Sophie Cras
Sophie Cras
À la fin du XIX siècle, une forme de musée apparaît et connaît un grand succès en Europe comme sur tous les continents : le musée commercial. Cette institution accompagne la mondialisation du commerce et les entreprises coloniales. Les immenses collections accumulées dans ces musées ne relèvent pas de la contemplation, mais de l'intelligence économique et de la marchandisation du monde. Ils sont ensuite tombés complètement dans l'oubli : leurs collections ont été enfouies, voire détruites, leurs bâtiments ont pu être reconvertis. Les redécouvrir, c'est saisir le musée comme un instrument de politique commerciale, et relire l'histoire du capitalisme et de la colonisation comme une histoire du regard.
À la fin du XIX siècle, une forme de musée apparaît et connaît un grand succès en Europe comme sur tous les continents : le musée commercial. Cette institution accompagne la mondialisation du commerce et les entreprises coloniales. Les immenses collections accumulées dans ces musées ne relèvent pas de la contemplation, mais de l'intelligence économique et de la marchandisation du monde. Ils sont ensuite tombés complètement dans l'oubli : leurs collections ont été enfouies, voire détruites, leurs bâtiments ont pu être reconvertis. Les redécouvrir, c'est saisir le musée comme un instrument de politique commerciale, et relire l'histoire du capitalisme et de la colonisation comme une histoire du regard.
Qu'il suscite l'engouement ou la controverse, le marché de l'art ne laisse guère indifférent. Mais, derrière les prix records et les succès spéculatifs, que sait-on vraiment du rôle qu'y jouent les artistes et leurs oeuvres ? Ni génies désintéressés ni entrepreneurs stratèges, les artistes, hommes et femmes, négocient leurs prix et leurs coûts, défendent leur art, nouent des attachements, mais rêvent aussi de publics nouveaux en inventant des formes inédites d'exposition et de vente. Ce livre nous plonge dans l'histoire longue - depuis la Renaissance - du premier marché de l'art. Dans ce moment de transaction inaugurale, les oeuvres quittent l'atelier pour être vendues à des mécènes, marchands ou galeristes, clients familiers ou inconnus. Á l'épreuve des exigences de l'art et du marché, les oeuvres devront prouver leur valeur pour la première fois. C'est ainsi qu'entre connivence et critique, l'art participe, sans toujours y adhérer, aux déploiements du capitalisme. Vendre son art : d'Albrecht Dürer à Frida Kahlo, d'Artemisia Gentileschi à Kehinde Wiley, un autre marché de l'art se dévoile pour la première fois sur le temps long, dans des oeuvres que ce livre fait redécouvrir et voir autrement. Charlotte Guichard est historienne de l'art moderne, professeure à l'École normale supérieure. Elle a notamment publié au Seuil : Graffitis. Inscrire son nom à Rome (XVIe-XIXe siècle) (2014) et La Griffe du peintre. La valeur de l'art (1730-1820) (2018). Sophie Cras est historienne de l'art contemporain à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle a notamment publié L'Économie à l'épreuve de l'art. Art et capitalisme dans les années 1960 (Les Presses du réel, 2018) et édité Écrits d'artistes sur l'économie, une anthologie. De modestes propositions (Ed. B42, 2022).