Sylvain Chantal
Sylvain Chantal
Pour une stupide histoire de tromperie, Jean-Christophe Vitalon tue avec un couteau à pain son ami Anatole Bétancourt, turfiste repenti et désormais factotum dans une résidence seniors. « Jicé » vide alors son congélateur coffre bahut, y entrepose le cadavre et embarque quelques affaires dans un sac de sport. Jean-Christophe Vitalon a cherché asile dans un sous-sol. On y trouve normalement la paix et le calme. Pas au 2, allée Jean-Bart, dans cette bonne ville de Nantes où, d'ordinaire, il ne se passe pas grand-chose. Enfin si,quand même parfois... Dans la veine de cet humour belge qu'il apprécie tant, Sylvain Chantal livre ici un récit grinçant, où l'absurde se vit entre parenthèses et l'haletante inaction entre quatre murs. C'est arrivé près de chez vous : oui, à la cave. La cave se rebiffe, mais le rire est là, à redouter, car vite inextinguible. Personnages empêchés, digressions savantes ou idiotes, adresses au lecteur, sautes de ton et d'humeur, on retrouve ici les ingrédients qui constituaient le sel de son précédent roman. Comédie en sous-sol, un roman qui atteint des sommets comiques.
Le narrateur de Turco part sur les traces de son arrière-grand-oncle, Francesco de Martini, aventurier grandiose dont la moindre des réussites fut d'avoir pulvérisé à coups de tank le portail du palais éthiopien pour en délivrer le futur négus dont il devient le chef de la garde impériale. Sylvain Chantal excelle dans cette manière de mêler le trivial quotidien et la grande histoire, les problèmes de siphon et la géopolitique mondiale, la drague sur Internet et les commandos suicides.
Les chevronnés adeptes du Pari Mutuel sont Urbains à un point que l'on n'imagine guère, d'une urbanité qui confine à l'intrusion, voire touche à l'invasion. C'est ce qu'endure à la journée Anatole Bétancourt, héros de Fièvre de cheval, ancien consultant (en quoi, il a oublié) tourné maniaque du tapis vert pré, parieur compulsif et trinqueur frénétique. À peine a-t-il pénétré dans un café-turf, salué bas la tenancière et s'est-il mis, bic en main, un oeil à l'écran, l'autre au carnet, en position de défricher la journée hippique, que s'en vient rôder puis le harceler pléthore de fâcheux en veine de confessions, de petites combines, de bons tuyaux ou de martingales infaillibles. Ainsi d'Abdelkader en Franck, de Rodolphe en Wassim ou Madjid-les-belles-montures, tout un petit monde de glandeurs futés et de flaireurs d'arnaques qui viennent s'épancher et zyeuter les notes d'Anatole. Car notre homme raisonne, compute, déduit, pesant les chances au trébuchet des possibles. Un art de mettre le canasson en équation qui n'est pas toujours payant et l'oblige à quelques entorses avec la légalité. Et quand la patronne de l'hôtel, pour une monte, s'invitera dans son paddock et l'initiera à fouler le gazon et humer l'air des champs de courses, Anatole n'échappera pas à la sortie de piste. Monologue drolatique d'un turfiste stratège, Fièvre de cheval nous restitue avec brio le monde des bistrots attelés, le galop mental et les errances d'une vie sur terrain lourd. Le pari est une fête... mais très rarement.