Véra Nikolski
Véra Nikolski
Pourquoi toutes les sociétés anciennes ont-elles adopté une répartition des tâches très similaire entre les hommes et les femmes ? Pourquoi, partout autour du globe, et pendant des millénaires, sont-ce essentiellement les hommes qui ont été chargés de la chasse et de la guerre, et les femmes de la gestion du foyer ? L'histoire de l'humanité, comme celle de toute espèce vivante, est celle de la survie face aux risques. À rebours de l'idée en vogue selon laquelle les femmes préhistoriques auraient chassé à l'égal des hommes, cet essai démontre, notamment à l'aide de modélisations numériques, que la division sexuelle du travail est la meilleure réponse collective que les groupes humains avaient trouvée à la menace d'extinction démographique. Déterminisme ? Sans doute. Mais c'est en comprenant les contingences qui nous ont façonnés que nous pouvons nous en libérer. Fatalité ? Certainement pas. D'ailleurs l'évolution récente de nos sociétés le prouve. Mais cette évolution s'appuie sur des conditions matérielles d'existence qu'il nous faut absolument garder à l'esprit si nous voulons continuer d'avancer sur le long chemin de l'émancipation. Véra Nikolski est docteure en science politique. Elle a publié Féminicène (Fayard, 2023), qui a connu un très grand succès. Nicolas Pichoff est docteur en physique et ingénieur au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives.
Ce livre part d'un constat simple, qui se présente comme une énigme : bien que parfaitement justifiées et nécessaires, les luttes pour l'émancipation des femmes sont pour la plupart restées sans conséquences. À l'inverse de conquêtes sociales résultant clairement de mobilisations diverses, l'évolution du statut des femmes dans la société n'a fait suite à aucune grève, aucune manifestation d'ampleur, aucun blocage. Et cependant nul ne peut nier que, même s'il leur en reste à parcourir, les femmes ont fait du chemin depuis un siècle et demi. À la croisée de deux thématiques, le féminisme et la crise environnementale, Véra Nikolski pose l'hypothèse « matérialiste » que c'est l'enrichissement général de la société, le progrès technique et plus spécifiquement médical qui ont permis aux femmes de faire évoluer leur statut social et politique. Volontairement polémique, le titre lie donc sciemment l'amélioration du sort des femmes avec le vaste processus historique enclenché à la révolution industrielle et dont on sait aujourd'hui qu'il fait peser des risques immenses sur notre environnement. Et ce afin de mettre les femmes en garde : la déstabilisation du climat et la crise des ressources ne menacent-elles pas de fragiliser voire d'inverser le mouvement d'égalisation ? Et dans ce cas ne faudrait-il pas abandonner la logique de réclamation qui caractérise le féminisme actuel pour mener le combat sur d'autres terrains ? Issue d'une famille de scientifiques, Véra Nikolski est normalienne, titulaire d'un DEA de sciences sociales et d'un doctorat en science politique. Mère de trois filles et ancienne pratiquante d'arts martiaux, elle travaille dans la fonction publique.