Vintila Horia
Vintila Horia
Au cœur d’une Espagne déchirée, Manuel, vendeur de cadavres, et Blanca, veuve d’aubergiste, défient le temps et l’Histoire par une passion si intense qu’elle transcende l’amour profane.
Poète à la mode fêté par Rome, Ovide fut frappé par Auguste d'une sentence d'exil. Relégué à Tomes, garnison romaine sur le Pont-Euxin, il ne cessa d'implorer sa grâce, en vain. Ovide, homme heureux, avait été poète futile. Mais ce poète érotique et léger, Horia nous le montre se transformant en exil à partir du moment où il découvre que l'« on peut donc mourir avant d'être mort pour de bon ». Peu à peu, il pressent, puis découvre une autre vérité. Qui apportera aux hommes qui souffrent la parole de la paix ? Il devine qu'un jour « les hommes la trouveront, cette parole, comme une fleur étrange au bord d'une longue route ». Et si ses souffrances avaient été voulues par une puissance divine qui avait résolu de le contraindre à s'élever au-dessus de lui-même ? Et si le Dieu nouveau était un homme comme lui, un homme de douleur et promis à la mort ? Ce que le médecin grec Théodore lui révèle enfin, c'est que tout ce qu'il espère est vrai, qu'un enfant des hommes est venu sur terre pour assumer leur angoisse et leurs espérances. À Bethléem de Judée, « Dieu est né en exil ».
Ce nouveau roman de Vintila Horia, deuxième partie de la "Trilogie de l'exil", développe son action, comme "Dieu est né en exil", sur deux plans, l'un philosophique et l'autre politique, de même qu'il se situe dans un cadre historique et dans un cadre contemporain. Un jeune prince valaque, Radu-Negru, placé dans un XVIIe siècle imaginaire - donc actuel -, dont le pays a été envahi par les Turcs, part pour Venise afin d'y chercher l'aide dont il a besoin pour sauver les siens. Ne trouvant pas cette aide dans un monde qui ne pense qu'au bien-être et à la luxure et qui trafique avec les Infidèles à l'abri d'une coexistence factice et fragile, le prince se résigne au combat solitaire. Rentré chez lui, il affrontera les Turcs dans une bataille qui décidera de son drame intime, mais pas de celui de l'histoire. A cette résignation s'en ajoute une autre : celle de l'homme impuissant à résoudre les grands problèmes de l'existence et qui dépassent les forces humaines : la mort, la souffrance, le mal, l'oppression. Déçu par cette impuissance, le prince comprend que son renoncement n'est qu'une liberté qui se résigne à sa tâche humaine, faute de pouvoir se réaliser plus durablement : tel est le sens du mot de Kierkegaard qui donne son titre au roman.
Platon eut une vie tourmentée et tragique. Il perdit son maître Socrate en pleine jeunesse, et sa vieillesse fut assombrie par la mort de son disciple Dion de Syracuse, que le philosophe avait voulu ériger en créateur de la Cité parfaite. Trois voyages à Syracuse - où il pensait pouvoir convertir à la vraie sagesse le tyran Denys, et plus tard le fils de celui-ci - marquèrent d'un sceau dramatique l'existence de ce sage qui voulut élever le monde grec au niveau de ses idées. Le conflit entre le philosophe et le tyran, le souci de forger une personnalité capable de sauver une civilisation sur son déclin, le danger de mort que courut Platon chaque fois qu'il entreprit le voyage de Syracuse, les profanations qui ouvraient à Athènes l'ère de la décadence, le fantastique voyage en Atlantide, les guerres que les Grecs menaient les uns contre les autres, la menace des Perses et des Carthaginois, la fondation de l'Académie, l'expédition que cette institution platonicienne entreprit contre la tyrannie syracusaine, la fin sanglante du disciple, une subtile expérience de l'amour, que de richesses dans cette vie ! Et dans cette époque lointaine que de mythes éternellement valables ! Pour justifier son attitude et raconter son étonnante aventure syracusaine, Platon écrivit une lettre à ses amis siciliens, et c'est à cette Septième lettre du philosophe que Vintila Horia confère la dimension épique du roman. Un des esprits les plus profonds et les plus riches de tous les temps revit dans ce livre, où tous les événements conservent leur authenticité et leur signification. Une mystérieuse silhouette féminine, celle de Briséis, domine ce monde en transformation. Belle et intelligente, soumise aux dieux, mais aussi aux servitudes de la chair, peut-être est-elle le symbole des tourments divins et humains de la Sagesse, notre maîtresse et notre esclave.