Xavier Orville
Xavier Orville
Découvrez l'histoire hilarante et mordante de Trésilien-Théodore Auguste, dictateur antillais qui, pour moderniser son île, supprime le samedi et déclenche une grève générale aussi inattendue qu'efficace.
Et si l'irruption du délire était l'ultime recours pour rendre compte des éclats et des fractures d'un pays en rupture de repères ? C'est la réalité d'une Martinique blessée, incapable de se situer entre tradition et modernité, que tente de fuir Bergamote en s'inventant, au grand désespoir d'Anatole, une histoire d'amour et d'humour avec un ange, et en se gavant de romances et de feuilletons télévisés. À travers l'évocation baroque de ce destin, où se mêlent tendresse et dérision, passent d'inénarrables personnages - Man Clé et Maci Loto, Man Mouna et Fafane la Foudre, dont on ne sait plus très bien s'ils sont fantomatiques ou vivants. Au fil des pages, la dimension poétique et onirique de l'écriture amplifie l'écho, douloureux sous le sourire, d'un chant dont la gageure est de reconquérir la vie au coeur même de la mort.
Dans la Martinique secrète de Xavier Orville, les morts quittent le cimetière pour courir dans les feuilles, le vent, l'eau, et observer d'un oeil narquois la vie tumultueuse des vivants. Dans la Martinique douloureuse de Xavier Orville, la jeune Marie-Triangle est vouée aux gémonies pour avoir refusé de dénoncer l'homme qui lui a fait un enfant mort-né : "Je marche au creux d'un deuil ; au milieu coule une rivière de chagrins, elle charrie des souffrances très anciennes." Dans la Martinique irréelle de Xavier Orville, Dieudonné vend des larmes à toutes celles et tous ceux qui n'ont même plus de quoi pleurer, et ces larmes glissent des yeux de Marie-Triangle.
Même si l'on a exercé des métiers aussi divers que cancre à six doigts, cordonnier, baromètre municipal ou fossoyeur d'occasion, il est difficile de mener sa vie en ce monde quand on change de nom sans cesse, faute d'en avoir un à soi. Tour à tour Zandol, Noix de Cajou, Souliécléré, Quart d'Heure de Charme, Lavette, Sieur Et Caetera, celui qui s'appelle parfois lui-même tout court n'en vit pas moins de multiples aventures. Il aura beau connaître la prison, le cirque et l'armée, invoquer Notre-Dame la Noire, Man Bé, les rois mages et le voyant Sopha Circonstancié Dorénavant, la quête de l'"homme aux sept noms" sera vouée jusqu'au bout à l'imprévisible fantaisie des destins d'exception. Ce conte insolite serait-il la version antillaise de Candide revu par Xavier Orville ? Peut-être, après tout, mais avec une poésie verbale d'une luxuriance extraordinaire, où les mots explosent dans un feu d'artifice permanent, qui pousse jusqu'à l'extrême les dons de langage et l'imagination fertile qu'avait révélés Délice et le fromager.
Depuis plusieurs romans, Xavier Orville a choisi de célébrer, dans une véritable orgie de mots et d'images, cette Martinique qui est, pour lui, et à jamais, la patrie des désirs parfumés au rhum. Son héroïne, ici, s'appelle Laventurcia. Elle n'est pas seulement une femme réelle et sensuelle, c'est aussi la créature d'une fiction que le romancier croit dominer lors même qu'il en est le premier esclave. Fable sur le désir et sur la création littéraire, fable du feu et de l'amour, ce roman - qui brasse des climats luxuriants - a, d'abord, la force d'un style. On y entendra, encore, l'écho de la puissante poésie caraïbe, celle-là même qui ravive les couleurs et la saveur de la langue française.
Comme son nom ne l'indique pas pour tout le monde, le fromager est un arbre des Caraïbes, un arbre immense qui peut vivre fort longtemps, et voir beaucoup de choses. A travers l'aventure d'une femme et celle du fromager qui la raconte, voici l'histoire exaltante d'un peuple, soudain jaillie de ces pages, dans sa fraîcheur farouche, où la vie et la mort se confondent au rythme des saisons, des années et des rêves.