Yvan Craipeau
Yvan Craipeau
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
La France secoue le joug nazi. Les travailleurs voient, dans la Libération, l'espoir d'une libération sociale. Les partis de Gauche n'incarnent-ils pas cette espérance, en particulier un puissant P.C.F., porté au sommet de la vague populaire, et qui contrôle les forces vives des maquis ? De son bord, De Gaulle manoeuvre, afin de briser tout élan des masses laborieuses ; et, pour y parvenir, il bride le P.C.F., lui ajuste le mors, et l'invite à la danse de l'union nationale. 1944-1947, Communistes et Socialistes, au gouvernement, collaborent au redressement national d'une France en crise. Au profit de qui ? Yvan Craipeau ne se contente pas de brosser un tableau vigoureux et fort documenté de ce rendez-vous manqué des travailleurs avec l'Histoire. Son mérite est aussi de donner la parole aux révolutionnaires d'alors, de montrer comment ils sont intervenus dans ce temps fort de la lutte des classes, leur force et leurs faiblesses. Une leçon pour le présent, pour la France de 1978, où la Gauche classique et la « nouvelle Gauche » ont, de nouveau, rendez-vous avec l'Histoire.
Quand la Gauche est au bord du pouvoir, et que l'actuel pouvoir d'une Droite aux abois tend ses pièges et fourbit les armes qu'elle retournera, demain, contre les travailleurs, chacun s'interroge et cherche une réponse aux échéances proches. 1978 ? La France de 36, de la Libération, ou bien le Chili d'Allende, autant d'espoirs déçus et qui font réfléchir. Aujourd'hui, la responsabilité des révolutionnaires partisans de l'autogestion est grande. À la mesure de l'espérance qui naît.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Il était une fois des éleveurs de poulets dont, depuis près de soixante ans, tous les oeufs donnaient naissance à des crocodiles. Au lieu d'honnêtes poulets prolétariens et socialistes, naissaient de sanguinaires crocodiles capitalistes. Les plus lucides des éleveurs, formés par Trotsky, avaient bien vu qu'il y avait là quelque chose d'anormal. Les oeufs étant prolétariens par définition, ils en concluaient que ces crocodiles étaient des poulets dégénérés. Quant aux éleveurs staliniens, ils chantaient les louanges des crocodiles, jurant qu'on n'avait jamais vu des poulets socialistes mieux faits, ni plus appétissants. Chaque fois que des crocodiles dévoraient des socialistes, ces Messieurs battaient des mains, crachaient sur les victimes et les traitaient de vipères lubriques. Mais depuis le XXe congrès du P.C. soviétique, plus personne n'était dupe. En France, les membres du parti convenaient que les crocodiles n'étaient pas des poulets parfaits et ils ne faisaient plus confiance qu'à des oeufs peints en tricolore. Quant aux socialistes autogestionnaires, ils concluaient qu'il n'existe pas d'oeufs modèles et ils préféraient ne pas trop penser à ces funestes précédents. Le plus étonnant, c'est que tous ces gens se réclamaient d'une certaine méthode scientifique, qu'on appelait marxiste, mais qu'ils ne se souciaient guère de comprendre pourquoi, une fois éclos, des oeufs réputés socialistes donnaient des crocodiles. (Conte de fées du XXe siècle de l'ère chrétienne.)