Yveline Stephan
Yveline Stephan
« Les premiers jours, chez Eugénie Tullard, Lïa allait dans l'entrée. Elle collait son oreille contre la porte. Elle restait là, immobile, des minutes entières. Elle écoutait les moindres frémissements de la rue. Des pas sur les graviers illuminaient ses yeux. Les pas s'éloignaient. Les yeux s'éteignaient. Elle ne se plaignait jamais. Elle ne prononçait jamais leur nom. Elle obéissait. « Maintenant, tu t'appelles Liliane. Liliane Tullard. Répète après moi. Comment t'appelles-tu aujourd'hui ? Répète après moi. » Elle répétait. Maman l'avait dit. Papa aussi. » À la mort de sa bienfaitrice, une jeune femme découvre sa véritable identité, celle d'une petite fille juive confiée à Eugénie Tullard par ses parents obligés de fuir. Avec ce chant d'amour et de haine, de souvenirs et de regrets, Yveline Stephan a écrit un roman dont la maîtrise allie poésie et sensibilité à la découverte de soi et du monde.
« Elle s'appelle Anna. Elle est jolie. Elle le voit dans les yeux des garçons et dans l'eau du chenal. Elle ne ressemble pas aux jeunes filles des magazines, aux Parisiennes. On dit que là-bas, les filles ont des bottines à boutons ou des chaussures à hauts talons. Des robes de dentelle, des capes, des doubles jupes, des décolletés affolants. Des tailles étranglées et des hanches indécentes. On dit aussi qu'elles ont les lèvres peintes et les yeux enrubannés de fièvre. Ces yeux vous damnent... Paris ! Dieu merci, c'est loin. Le bout du monde. » Quelque part en Bretagne, au début du XXe siècle, une toute jeune fille, Anna Gézégaël, vit dans l'imaginaire des récits fantasques de son grand-père. La guerre 14 18, en brisant son rêve de devenir institutrice, l'amènera à rejoindre le peloton des petites ouvrières, et la transformera en militante acharnée. Au risque de se perdre, elle aimera Josué Zelmann, un peintre russe ; seule, elle élèvera leur fils. Fresque familiale dans une Bretagne authentique que l'auteur connaît visiblement bien, écho de vies simples au coeur du XXe siècle la vie même avec son cortège de joies, de luttes, de deuils, de rêves, toujours recommencés. Un hymne au monde tel qu'il est, à la vie telle qu'elle est.