Yvonne Escoula
Yvonne Escoula
On me demande de résumer en dix lignes un livre de deux cents pages et de dire quelles étaient mes intentions en l'écrivant : aucune intention mauvaise, bien sûr ! Mais, résumer en dix lignes le livre de ma vie ? Impossible ! Car c'est de ma vie qu'il s'agit ici, une vie de chien, comme on va voir. Comment j'ai eu l'idée d'écrire ? Ça, c'est plus simple à raconter. Un jour, j'ai lu dans le journal (mais pourquoi cet air étonné ? est-ce qu'un chien n'a pas le droit de lire le journal ?), j'ai lu dans le journal, dis-je, que le célèbre acteur Jean Marais avait accordé une interview à une journaliste suisse. Cette dame l'avait beaucoup admiré dans un film où le chien de l'acteur tenait un rôle aux côtés de son maître. - Aimez-vous les chiens ? demanda cette personne. - J'aime un chien, lui répondit l'acteur. Réponse sublime ! Sympathique jeune homme ! Nul mieux que moi ne pouvait le comprendre : je n'aime pas l'espèce humaine, j'aime une personne. Je décidai aussitôt d'écrire mes mémoires et de raconter l'histoire de la tendre affection que je porte à ma dame et qu'elle me rend bien, ai-je besoin de le dire ? Je prie mes lecteurs de me juger sur preuves et de me dire en toute sincérité s'ils ont jamais rencontré un chien plus doué que moi. Qu'on excuse mon enthousiasme ; c'est le tome I de mes Mémoires que je livre au public et je suis émerveillé de me voir sacré gentilhomme de lettres. Car je suis un gentilhomme, voyez plutôt...
Gravement malade, un être humain perd son unité, sa personnalité se fragmente, mais malgré la souffrance physique et l'angoisse de la mort - ou pire - il tente de se retrouver et c'est à cette recherche que nous assistons. Il en appelle au témoignage des livres qu'il a lus, des gens qu'il a connus et aimés, des événements auxquels il a été mêlé. Ces témoins d'une vie apparaissent tous sur le même plan puisque désormais chaque seconde pèse une vie entière et que le temps est infini. L'orthographe oubliée et retrouvée du mot oeil ; la nostalgie d'une étape à Lusignan ; les jonquilles fleurissant dans la neige lui reviennent en mémoire pêle-mêle avec l'arrestation d'un suspect par les nazis dans une cathédrale de Prusse, la fuite d'une jeune femme juive qu'il a aidée et protégée et le retour d'une petite fille déportée. Car l'enfance villageoise du narrateur, dans les Pyrénées, à l'ombre d'un vieux grand-père, débouche par une pente très naturelle sur les plus graves événements des trente dernières années. C'est ici la dé