Clinique du travail
Crises sanitaires, urgence écologique, tensions sociales, épuisement psychique : jamais la question du sens du travail n'a été aussi présente dans les discours publics, professionnels et politiques. Mais que recouvrent exactement ces inquiétudes ? À quelles conditions le travail peut-il encore faire sens aujourd'hui ? Pour dresser un état des lieux des recherches pluridisciplinaires sur le sujet, une quarantaine de chercheur·es ont mis en commun leurs enquêtes de terrain menées auprès d'une grande diversité de femmes et d'hommes issus de domaines professionnels variés (agriculture, artisanat, enseignement, industrie, économie sociale et solidaire, spectacle vivant, service public...). Si les travaux présentés sont centrés principalement sur le travail salarié ou en emploi, ils explorent également ses liens avec d'autres pratiques, qu'elles soient bénévoles, domestiques, sportives ou culturelles. Destiné à devenir une référence, cet ouvrage analyse finement les transformations contemporaines du travail, c'est-à-dire des rapports orageux entre emploi, métier, activité concrète et production. En croisant les différentes dimensions de la construction du sens du travail, il met en lumière la complémentarité des regards, identifie les controverses en cours ou à poursuivre, et dessine des pistes d'action ouvertes par ce vaste chantier d'une vive (et parfois douloureuse) actualité. en sociologie, psychanalyste et enseignant à Sciences Po. Fondateur d'une association de psychanalyse en Seine-Saint-Denis.
Les sept patients dont il est question dans ce livre consultent pour souffrance au travail et non pour racisme et discrimination au travail. Pourtant ils en ont douloureusement fait l'expérience au sein de leur entreprise parce qu'ils se sont tous trouvés pris dans un « effet de système », assignés à une place subalterne dans les rapports de travail, définie par des catégories de race, mais aussi pour nombre d'entre eux, de classe et de genre. Dans le cadre de la psychothérapie, ils parviennent peu à peu à démêler les différents fils qui les font souffrir. Si, dans le récit de certains, les pratiques racistes et discriminantes sont évidentes, pour d'autres elles sont plus feutrées, voire occultées. Cependant tous comprennent par eux-mêmes et pour eux-mêmes dans quoi ils ont été pris. C'est cette compréhension subjective qui leur permet de sortir du désespoir, de la plainte, de prendre conscience de la portée de ce qu'ils disent, de s'émanciper et poursuivre plus sereinement leur route sur les chemins cahoteux du travail.
L'ouvrage est né d'une expérience de consultations auprès de personnes en difficulté professionnelle. Il témoigne de ce que l'auteur a entendu dans sa pratique depuis une quinzaine d'années, pour que les colères et les interpellations que des patients lui ont adressées ne restent pas dans le huis-clos des consultations. Cheminant à travers de nombreuses situations concrètes racontées de façon vivante et détaillée, l'auteur montre des évolutions majeures du travail et interroge la façon d'y répondre. Il identifie des points de résistance qui permettent de redonner à l'expérience de travail toute sa force de création vitale. Il soutient une clinique engagée, aux charnières entre la rencontre d'un patient et la critique d'un monde productif qui tourne fou, entre l'écoute thérapeutique et l'engagement politique. Une attention particulière est portée aux mots du travail et aux récits des patients. Affranchi des contraintes académiques, l'ouvrage est une invitation à réfléchir ensemble à ce qu'il advient du travail dans des sociétés emportées par l'idéologie de la performance productiviste. Il explore ce qu'une écoute du travail, toujours étonnante, demande pour rencontrer ses enjeux cliniques et politiques.
Alors que les périodes de chômage émaillent de plus en plus les parcours professionnels, les chômeurs semblent tomber dans une zone d'invisibilisation majeure. Sont-ils toujours des travailleurs ? Ou errent-ils entre les statuts légitimes qui fondent les différentes catégories instituées : ni en emploi, ni en éducation, ni en formation, ni en retraite ? Au-delà des chiffres du chômage régulièrement commentés, ou des injonctions répétées à « traverser la rue » pour retrouver rapidement un emploi, cet ouvrage lève le voile sur ce qu'est la vie au chômage. Les auteurs sont allés à la rencontre de chômeurs faisant face à une problématique de santé au sens large : des femmes et des hommes de tous âges, de différentes catégories socioprofessionnelles, vivant en zones urbaines ou rurales. Ils ont cherché à comprendre, avec eux, ce qui les avait conduits au chômage, leurs expériences de ces temps plus ou moins longs, plus ou moins récurrents sans emploi, les questions qu'ils se posent, qu'ils nous posent... Si le travail peut nuire gravement à la santé, qu'en est-il alors du chômage ?
Suite aux attentats de 2015/2016, le gouvernement français conçoit dans l'urgence une réponse inédite pour détourner les jeunes du djihad. Un projet emblématique est alors au coeur de toutes les attentions : le centre de prévention et d'insertion à la citoyenneté (CPIC), vite et mal nommé « centre de déradicalisation ». Mais comment « déradicaliser » ? A quels professionnels confier ces jeunes ? Comment les accompagner ? L'ouvrage revient sur cette histoire méconnue, sur la base d'une enquête de terrain auprès des équipes du centre. Dans un style narratif axé sur les récits d'expérience, il plonge le lecteur en immersion dans le quotidien des professionnels, et tout particulièrement dans les aspects les plus ambigus et complexes de leur mission. Les auteurs proposent une lecture sociologique des désaccords et des conflits qui ont rendu impossibles la conception et la réalisation de ce travail de « déradicalisation ». Car derrière les murs et les grilles, se sont posés les termes d'un débat qui n'est pas clos, et qui constitue peut-être l'une des questions les plus centrales, les plus piégées et les plus mal posées de notre époque : qu'est-ce que la radicalité politico-religieuse et que peut-on faire pour la contrecarrer ?
Au coeur du débat qui s'amplifie en France sur l'équilibre personnel et la santé au travail, les textes réunis dans ce recueil sont d'une actualité saisissante, tant les descriptions y sont minutieuses et les propos clairs sur les épreuves traversées collectivement au travail. Ils portent notamment sur la pénibilité du travail, l'intensification des contraintes organisationnelles, et leurs effets sur la vie extraprofessionnelle, mais aussi sur les questions essentielles que ces réalités posent en psychologie du travail : les rapports entre individu et collectif et leurs développements au moyen des pratiques d'intervention en milieu professionnel. Ergonome de formation, Dominique Dessors, décédée brutalement en 2007, a été l'inspiratrice, à travers ses enquêtes cliniques, de l'effervescence intellectuelle et sociale qui, au tournant des années 1980 et 1990, s'est manifestée autour de la psychopathologie du travail et de la psychodynamique. Avec la participation de Damien Cru, Marie-Pierre Guiho-Bailly, Pascale Molinier
Préface de Alain Corbin Qui sont les travailleurs des déchets ? Sont-ils déchus parce que travaillant auprès des ordures ou sont-ils affectés au ramassage des ordures parce que considérés comme inemployables, inutiles, comme « déchets sociaux » ? En quoi consiste le travail dans ces zones de relégation symbolique et de dureté physique ? Au sein des collectifs de travail, qu'est-ce qui peut être dit, écrit, transmis ? Comment objectiver l'activité, la mesurer, l'évaluer ? Comment étudier les conditions de travail et les améliorer ? Quelles sont les ressources possibles pour subvertir le « sale boulot » en bon boulot, pour transformer la honte en fierté et, en particulier, les ressources collectives ? Les recherches sur les travailleurs des déchets livrent des analyses pertinentes sur nos sociétés. Delphine Corteel est anthropologue, maître de conférences à l'université de Reims, chercheure à l'IDHE-Cachan. Stéphane Le Lay est sociologue, chercheur associé au CRTD-CNAM.
« Small is beautiful » ? Ferait-il vraiment mieux vivre et bon vivre dans les toutes petites entreprises ? Les auteures explorent sur le terrain l'articulation entre santé et travail au sein de TPE comptant moins de 10 salarié.es dans les secteurs de la coiffure, de la restauration et du bâtiment. La statistique publique montre que la santé des salarié.es des TPE tend à être meilleure qu'ailleurs alors même que la présence de risques professionnels et de pénibilités y est plus forte, et que la prévention y est très peu développée. C'est ce que l'on peut appeler le paradoxe des TPE. L'enjeu de ce livre est d'en démêler les fils en s'intéressant à la manière dont dirigeant.es et salarié.es gèrent au quotidien les problèmes de santé et de travail. Qu'il s'agisse des pratiques de prévention maison ou des troubles de santé, ces deux phénomènes passent bien souvent sous les radars des institutions et de la connaissance scientifique. L'enquête donne à voir les ficelles et les arrangements à l'oeuvre pour tenir malgré tout, mais au prix de la santé des salariés et des patrons de TPE.
Le travail, pratique et rapport social à part entière, est central dans la vie des individus et des sociétés : il y a eu, il y a et il aura toujours du travail humain, même s'il est caché, invisible, refoulé ou encore à inventer. Pour cette raison, le travail est à penser et à critiquer dans sa relation constitutive avec le pôle apparemment opposé de la liberté. Celle-ci ne peut pas être instrumentalisée par une rhétorique néolibérale qui revendiquerait un droit de monopole fictif et contingent sur cette vérité capitale de la condition humaine. Mais la liberté ne peut néanmoins être réduite à une variable dépendante ou négligeable par une critique du travail qui se concentrerait exclusivement sur le côté pathogène de cette expérience. Travail e(s)t liberté, tel est le postulat qui caractérise la démarche d'ArTLib. De cette prise de position fondamentale découlent les questions qu'ArTLib a développées dans les textes collectifs de ce livre et qu'il a posées aux auteurs invités à contribuer à cet ouvrage : quelles sont les articulations aujourd'hui dominantes entre travail (contenu du travail, rapport au travail, rapports de travail, organisation et sens du travail) et liberté (individuelle et collective, positive et négative, autonomie et puissance d'agir, émancipation et servitude volontaire) ? Qu'y a-t-il de critiquable ou d'intolérable dans ces configurations ? Existe-t-il des alternatives possibles, voire des utopies concrètes ou nécessaires qui émergent aujourd'hui dans ce domaine, tant sur le plan théorique que pratique ?
Elles sont sept femmes, de 35 à 60 ans, infirmières, couturière, assistante sociale..., mariées ou célibataires, grands-mères ou en attente de fonder une famille, vivant en ville ou à la campagne, harcelées, surchargées, ballottées ou encore mal traitées par un supérieur, un collègue, un système. Elles sont tombées brutalement, après un long déni. Elles ont mis des mois à se relever. Repérées par le service social de l'Assurance maladie, elles ont accepté de participer à des séances de groupe. Leurs sept récits de burn-out aux caractéristiques communes montrent avec une émotion intacte que cette « maladie » de l'estime de soi, causée par une longue exposition quotidienne à un stress majeur proche du stress post-traumatique, est bel et bien une pathologie chronique. Avec un titre en « pied-de-nez », qui ironise sur les promesses de rétablissement en 15 jours, elles démontrent pas à pas combien le travail social de groupe, et plus largement toutes les modalités de travail collectif entre pairs, est bénéfique : sortie de l'isolement, gestion d'un calendrier, souci de présentation physique, sentiment d'être comprises, partage, entraide... Ensemble, elles ont créé une association pour venir en aide à d'autres victimes du burn-out et pour définitivement transformer une épouvantable épreuve en ressource pour les autres.
"Alors que le bonheur de travailler - ou cette nécessité d'être impérativement heureux au travail - n'a jamais été autant proclamé, c'est le mal-être et la souffrance qui s'accroissent statistiquement dans la réalité des entreprises, mais aussi des services publics. Probablement parce que le bonheur prescrit n'est qu'une coquille vide masquant un délitement des conditions de travail et surtout de la définition même du travail. La perte de sens de son travail, l'invisibilité progressive de ce qui constitue le coeur de son métier reviennent comme des arguments forts dans quasiment toutes les études en sciences sociales sur les liens entre santé et travail."
Prix du livre RH Le Monde - Sciences Po - Syntec 2017 La part des maladies chroniques va croissant avec les progrès de la médecine : en France, près de 10 millions de personnes en âge de travailler ont une ou plusieurs maladies chroniques - diabète, cancer, asthme, VIH-sida, hépatites, maladies mentales ou atteintes anatomiques ou fonctionnelles (cécité, sclérose en plaques...), etc. Le plus souvent, elles souhaitent se maintenir en emploi ou retrouver un travail. Leurs raisons ne sont pas seulement financières, ni uniquement liées à l'intérêt que peuvent revêtir l'activité et les relations sociales : l'activité est un puissant instrument pour lutter contre l'emprise de la maladie. Aussi elles déploient énergie et ingéniosité pour faire avec leurs symptômes et rejettent violemment ces représentations de malades, passifs ou victimes, qui ébranlent leur identité et les enferment dans un statut qu'elles refusent. Ce livre s'appuie sur une enquête approfondie explorant à la fois l'expérience de personnes qui vivent avec la maladie et la façon dont les entreprises, les milieux de travail gèrent les situations des « personnes ayant des problèmes de santé ». Il indique aussi des voies de dégagement des difficultés et impasses rencontrées. L'une d'entre elles est essentielle : sortir du silence sur ces questions car la clandestinité des « malades au travail » fabrique à terme de l'exclusion.
Du fait des transformations du travail (intensification, individualisation, précarisation...), nombreux sont ceux qui utilisent des substances psychoactives pour être en forme au bureau, traiter des symptômes gênants ou encore pour se détendre après une journée difficile. Devant ces nouveaux usages et la multiplication des produits utilisés (alcool, tabac, amphétamines, cannabis, cocaïne, héroïne, caféine, psychostimulants, analgésiques, médicaments psychotropes), les auteurs, universitaires, chercheurs, syndicaliste et acteurs du soin et de la prévention s'attachent à comprendre les fonctions de ces consommations en milieu de travail. Pour eux, il est aujourd'hui important de se déprendre des représentations sociales qui externalisent les sources du problème, comme les jugements moraux, et d'engager un travail réflexif sur les actions et les pratiques concrètes. Alors que les politiques publiques tendent à prescrire ou interdire, cet ouvrage ancre la prévention des addictions dans l'analyse du travail réel et des usages tels qu'ils existent et non tels qu'ils sont fantasmés. Il met à l'épreuve de la recherche et de l'action les liens multiples entre travail, santé et usages de substances psychoactives qui peuvent être, dans certaines conditions, des instruments de la production et prévenir d'autres risques au travail.
L'ouvrage présente des textes essentiels d'un des fondateurs de la psychopathologie du travail : ils éclairent, dans un langage accessible à tous, les débats contemporains sur les processus de dégradation de la santé au travail et d'exclusion des dits « vulnérables ». Cet ouvrage s'inscrit dans la lignée des rééditions de textes des fondateurs de la psychopathologie du travail initiées chez érès avec Le Guillant et Tosquelles. En s'attachant à la question de la fabrication des « inaptes », « handicapés », « vulnérables », du statut assigné et du traitement différentialiste qui leur est réservé et qui les installent dans l'exclusion, Claude Veil donne des outils pour comprendre les processus à l'origine de la souffrance au travail et agir dans le but de les transformer. Des textes d'une grande actualité. Claude Veil (1920-1999), psychiatre, médecin du travail, directeur de recherche à l'École des hautes études, a été l'un des fondateurs de la psychopathologie du travail dès les années 1945.
Conçu comme un texte de référence pour la clinique du travail, cet ouvrage présente différentes perspectives théoriques et méthodologiques développées autour de la problématique «subjectivité et travail». Une approche pluridisciplinaire rigoureuse qui renouvelle la psychologie du travail et s'intéresse à la question du plaisir et de la souffrance au travail. Dominique Lhuilier est professeure de psychologie du travail, université de Rouen.
Les médecins du travail entendent fréquemment des salariés en situation de souffrance au travail dire « si on avait moins de directeurs, ça irait bien mieux dans la boîte », ou bien « mon patron est nul, il a besoin d'être formé ». Certes, les méthodes et les choix managériaux peuvent avoir un effet pathogène sur les salariés. Mais peut-on régler ces problèmes de santé au travail uniquement en formant mieux les directeurs, ou bien simplement en supprimant leurs postes ? Les services de santé au travail peuvent-ils constituer une réelle ressource pour les managers ? Sur la base d'enquêtes de terrain menées par des sociologues et des ergonomes, cet ouvrage explore quelques aspects du management dans une perspective d'exigence, et non uniquement pour les dénoncer. Les managers doivent pouvoir mieux faire : ils doivent porter un regard critique sur leurs propres pratiques, mais aussi questionner les systèmes dans lesquels ils déploient leur activité. Les services de santé au travail, pris entre le risque d'être perçus comme des menaces et leur volonté de non-ingérence dans la gestion d'entreprise, peuvent-ils leur venir en aide ? Un véritable dialogue entre employés, employeurs et professionnels de la santé est-il possible pour transformer le travail ?
Cet ouvrage illustre, à partir de situations concrètes et de réflexions théoriques, le concept de « capacité d'action », qui est un puissant régulateur de l'identité professionnelle et de ses évolutions, inévitables dans notre société en constant changement. Alors que les carrières deviennent moins linéaires et plus complexes, les auteurs montrent l'importance de la dynamique identitaire et de la capacité d'action pour construire, ou reconstruire, un projet professionnel, quel que soit le contexte personnel ou social des sujets. L'action met en relation la connaissance et les capacités propres, les valeurs et les aspirations, les représentations, les émotions et la possibilité de reconnaissance individuelle et sociale. Les études qualitatives présentées restituent une réalité vivante de situations complexes comme le déclassement des jeunes diplômés, l'accompagnement des cadres demandeurs d'emploi, la quête de nouvelles identités suite à des situations de crises ou d'injustice sociale, ou simplement de changement de travail. Des perspectives se trouvent dessinées pour l'accompagnement, l'orientation et la formation des personnes amenées à vivre ces transitions sociales et/ou professionnelles, contraintes ou choisies. .
Au centre de la clinique de l'activité en psychologie du travail, il y a les valeurs du «travail bien fait ». Mais est-ce une question morale ? Ce livre, qui tire les enseignements de longues années d'actions et de recherches sur les conflits ordinaires du travail concret, fait plutôt le choix de l'éthique. Morale et éthique ne sont pas synonymes. Dans le travail collectif, l'éthique consiste à prendre des libertés avec les habitudes, celles de l'organisation officielle mais aussi celles de chacun. C'est un vrai travail de Culture, pour reprendre une idée de Freud. Mais, en s'appuyant sur Spinoza et Vygotski, Yves Clot montre que ce travail de culture « marche » à l'affect, pas contre lui. Ce livre est à la fois une réflexion poussée sur les méthodes d'intervention en milieu professionnel et, grâce aux controverses qu'il instruit, un dossier sur le problème des valeurs en clinique du travail.
Définir la qualité du travail soulève la question de l'évaluation des critères retenus pour juger du produit fabriqué, du service rendu ou du soin prodigué et des activités pour y parvenir. La qualité est celle prescrite par les directions, mesurée, contrôlée et régulée par le management au moyen d'indicateurs de gestion. Mais on sait également combien cette évaluation peut varier selon les points de vue des clients/usagers/patients, des professionnels de première ligne, des différents métiers et niveaux hiérarchiques, de la direction, de la gestion financière, des organisations syndicales, ou encore des citoyens, de l'empreinte écologique, de la santé publique... L'auteur rend compte de la genèse et du développement d'un dispositif de dialogue sur la qualité du travail entre pairs, ligne hiérarchique, direction jusqu'au dialogue social dans l'usine de Renault Flins. Ce dispositif a été à l'origine d'innovations durables et généralisables (référents-métiers élus par les ouvriers, instance tripartite de « coopération conflictuelle » entre eux, la direction et organisations syndicales...) qui montrent qu'en agissant sur la qualité du travail, il est possible d'améliorer la santé des ouvriers, leur efficacité et les relations au sein de l'entreprise.
Le jeu est sur le devant de la scène depuis plus d'une décennie avec l'invasion des jeux vidéo, des jeux télévisés, des jeux de rôle grandeur nature, des jeux d'énigmes en groupe... La culture du jeu s'est introduite dans l'univers sérieux des adultes jusqu'à leur lieu de travail. Entre liberté et contrainte, illusion et réalité, l'usage des serious games favorise t-il la créativité en entreprise ? Quelles sont les conséquences du jeu sur le travail, l'équipe et la santé lorsque celui-ci devient obligatoire dans un dispositif de formation managériale ? La compétition fait-elle partie du jeu ? Sous couvert du jeu, les conflits éthiques peuvent-ils être gommés ? A partir d'une enquête approfondie dans le cadre de la formation de managers, Lydia Martin explore à la fois le dispositif, le rôle des formateurs et l'expérience des utilisateurs. Elle analyse le jeu à ces différents niveaux pour comprendre les enjeux qui le sous-tendent, mais aussi les conditions qui favorisent l'attitude ludique comme celles qui sollicitent l'anesthésie de la pensée et de la responsabilité dans l'exercice du métier de manager.
Lire l'entretien avec Anne-Lise Ulmann, coauteur (propos recueillis par Audrey Minart) Travailler n'est pas exécuter. Dans le décalage irréductible entre ce qui est défini comme étant à faire et ce qui est fait, se loge la créativité, cette puissance inventive engagée dans le travail vivant. S'y jouent à la fois la question de l'efficacité mais aussi, et fondamentalement, celle de la santé. La créativité n'est donc pas l'apanage des grands créateurs : elle se loge aussi dans les arts de faire, le bricolage, l'intelligence pratique, les processus de renormalisation qui permettent de se dégager de la soumission à l'environnement et à ses contraintes. Son éloge, remis aujourd'hui à l'ordre du jour dans le monde de l'entreprise, n'est pourtant pas exempt d'ambiguïté. Dans la perspective retenue ici, la créativité n'est pas seulement instrumentale (nécessité d'inventer pour faire), elle nécessite et manifeste une invention de soi. Elle se révèle dans un mouvement où l'on se surprend soi-même. Mettre la créativité au travail pour en explorer les ressorts, modalités et enjeux requiert de mobiliser des approches disciplinaires, théoriques et méthodologiques complémentaires.
Cet ouvrage présente des textes classiques de la clinique du travail : du métier de roulant à la SNCF jusqu'à celui des bonnes à tout faire, des téléphonistes aux mécanographes en passant par l'analyse de l'existence empoisonnée d'une ouvrière d'usine, Mme L, il s'agit d'une véritable introduction à une nouvelle clinique du travail. Tous ces textes mobilisent le sens du concret qui caractérise Le Guillant. Tous sont aussi écrits dans la grande tradition clinique française. La langue utilisée par l'auteur, précise et créative, est un véritable hommage rendu au travail humain. Yves Clot, qui a supervisé cette édition et lui a donné son ouverture, montre pourquoi la contribution de Le Guillant reste une force de rappel pour tous ceux qui s'intéressent aux rapports entre psychologie et travail. L'activité professionnelle des femmes et des hommes d'aujourd'hui est affectée par des épreuves dont on ne connaît pas encore l'issue. Sont-elles différentes de celles que Le Guillant a patiemment décrites ? Même si, ces dernières années, la clinique du travail s'est développée au rythme de la crise du travail, si visible dans l'exclusion sociale que le chômage de masse met au devant de la scène, nombreux sont les problèmes cliniques, théoriques et pratiques qui restent à résoudre. Il faut les affronter. Les textes de Le Guillant nous donnent le moyen de le faire. A une condition : regarder son oeuvre non pas comme un temple mais comme un chantier.
Certains milieux de travail connaissent une véritable inflation des normes. Leurs finalités sont multiples : instaurer de la transparence, garantir au « client » un service de qualité, orienter et contrôler les comportements, responsabiliser les acteurs et les inciter à « l'excellence », mieux évaluer le personnel. En constituant un véritable corset, voire un carcan, ces normes peuvent empêcher les salariés de réaliser un travail de qualité, être une source de démotivation - voire de souffrance au travail - et fragiliser les collectifs de travail en place. Elles peuvent aussi générer des actions de résistance, individuelles et/ou collectives. Damien Collard invite le lecteur à un véritable voyage au centre des organisations. A travers trois univers professionnels différents (les agents d'ambiance ou d'escale à la SNCF, les agents au contact avec les usagers d'une préfecture, les enseignants-chercheurs de l'université), il essaie de comprendre pourquoi et comment de nouvelles normes ont été instaurées. Sur la base d'exemples concrets, il en analyse les effets induits, pointe les risques de dérive potentielle pour la société toute entière et esquisse quelques pistes de réflexion pour repenser la question de l'évaluation du travail.
En se fondant sur une enquête de terrain accomplie en immersion au sein d'une société sous-traitante d'assistance aéroportuaire, l'auteur livre une analyse sociologique des évolutions de ce secteur libéralisé, à la fois spécifiques et représentatives du monde du travail contemporain. Il décrit les mutations de l'emploi et de l'organisation du travail dans le domaine des transports aériens, suite à sa déréglementation au cours des années 1990 et au développement concomitant de la sous-traitance. En effet, pour répondre aux exigences des compagnies aériennes donneuses d'ordres, le management impulse des réformes organisationnelles au niveau du travail en piste (individualisation des carrières, intensification du travail). Se développent ainsi des logiques de précarisation et de fragmentation des collectifs de travail. À la lumière de ces transformations productives, l'ouvrage aborde les politiques de sécurité et de sûreté mises en oeuvre, la santé au travail, la délégation du « sale boulot », le déclin des solidarités professionnelles et les relations ethniques au sein de collectifs ouvriers principalement issus de l'immigration. En dépit de ses spécificités, le secteur aéroportuaire apparaît ainsi comme un laboratoire privilégié des évolutions actuelles du monde du travail.
Les réfugiés, ceux qui font la une de l'actualité, ne cessent de lutter pour une vie meilleure, et leurs déplacements peuvent s'étendre sur des durées très longues marquées par l'incertitude et la précarité. Arrivés dans le pays qui traite leur demande d'asile, ils se trouvent encore en « suspension territoriale », dans un entre-deux entre pouvoir rester et devoir repartir. Alexandra Felder s'intéresse aux trajectoires singulières de construction de soi en exil, à travers les activités des demandeurs d'asile qui se révèlent être de puissants vecteurs de résistance. Résistance à la réduction de soi à un statut de « demandeur », à l'assignation à la place d'étranger en quête d'un statut de citoyen. Dans l'activité partagée avec autrui, le sujet exilé transforme sa situation et lui-même. Il s'approprie des manières de faire, diversifie les temporalités par les rythmes des activités, noue des relations sociales et développe des interactions, réactualise des schèmes d'action. En cela, il participe à une construction commune du monde avec autrui. Ainsi sans sous-estimer le poids des contraintes, des déterminations sociales majeures ici, l'ouvrage montre que l'important n'est pas seulement le traitement qui est fait aux réfugiés, mais ce qu'ils font eux-mêmes de ce qu'on fait d'eux.
Dans un monde du travail de plus en plus individualisé, où l'attente d'engagement et d'investissement est toujours plus forte, où les salariés aspirent d'avantage à réaliser des activités qui ont du sens et pour lesquelles ils sont reconnus, la question de la passion au travail devient essentielle. Mais elle est ambivalente : être payé pour réaliser sa passion est à la fois une chance que les salariés apprécient, mais aussi un risque de surinvestissement, d'épuisement professionnel face à une injonction angoissante à en faire toujours plus. Les auteurs ont mené des recherches en sociologie du travail et clinique de l'activité dans trois domaines emblématiques du travail passionné : l'art, le sport, la politique. Pour eux, ramener la passion à un « rêve d'enfance » ou à une question de personnalité ne suffit pas pour en comprendre les ressorts et les enjeux. Ils analysent des trajectoires individuelles, leurs dynamiques identitaires, mais aussi les logiques professionnelles et organisationnelles dans lesquelles elles se déploient et plus largement les mutations des valeurs au travail. Mise en vente le 24 septembre 2015.
A partir de l'idée de « marges » du travail, entendue comme frontières ou mieux encore chevauchements des frontières plutôt que comme périphérie et bords, les auteurs cherchent à saisir la temporalité du travail et du loisir dans ce qu'elle a de concret. Ils analysent les tensions provoquées par la flexibilité, les formes de captation du temps libre par le temps de travail. Ils interrogent les limites entre sphère professionnelle et sphère familiale. Dans cet entre-deux, comment les nouveaux modes de gestion de la force de travail, à l'ère des 35 heures, cherchent-ils à s'emparer du « temps libre » du clandestin ou de l'intérimaire en imposant une logique de file d'attente, qui colonise leur sphère privée ? En quoi moduler de façon plus libre son rapport au travail en développant des activités hors travail, peut-il paradoxalement favoriser la construction de soi et créer de nouveaux assujettissements ? Ce livre arpente les frontières poreuses du travail, ces zones où les possibilités de vie et de sécurités nouvelles s'ouvrent, ces impasses où les affirmations de temps sont aussitôt ressaisies par la domination et transformées en misères, ces marges où les logiques sociétales s'affrontent. Patrick Cingolani est professeur de sociologie à l'université Paris Ouest Nanterre. Après avoir étudié le travail précaire et la précarité (voir notamment La précarité, Que-sais-je ?, PUF, 2005) il oriente ses recherches vers les fragilités et les tensions du monde professionnel pour interroger les ressorts de nouvelles sécurités qui prendraient en compte les transformations dans l'expérience du travail.
Un ouvrage sur la reconnaissance au travail à partir d'une analyse concrète et vivante d'une situation de travail : celle des agents du nucléaire. En ethnologue du monde du travail, l'auteur a partagé la vie et écouté longuement les agents de conduite de centrales nucléaires françaises. Il montre comment ceux-ci explorent des voies multiples pour tenter de faire de leur travail un lieu de construction identitaire ou pour réduire les dangers qu'il fait peser sur leur équilibre. Au-delà de cette recherche, il donne une lecture à portée générale de la volonté d'exister dans et par son travail, des dimensions occultées de l'engagement subjectif et de la nécessité de reconna ître ces éléments comme conditions du développement des personnes et de leurs compétences au travail.
Aucune proposition de prévention efficace ne peut être délivrée de l'extérieur, quelle qu'en soit sa valeur propre. Elle doit prendre place au coeur des débats sur la santé et la pénibilité en impliquant les personnes concernées. à partir d'une recherche sur la prévention des accidents dans le BTP, l'auteur élabore les fondements théoriques d'une conception de la prévention (et du travail) qui facilite la participation effective des professionnels à tous les stades de la démarche préventive et à la résolution des problèmes. Il s'attache à unir le champ de la santé physique et mentale au travail contre la segmentation résultant des pratiques antérieures des grands organismes spécialisés (INRS, OPPBTP, ministère du Travail...) et contre les hyperspécialisations par risques (TMS, RPS, souffrance au travail...).
Alors que leur mission est de soigner, quels rapports les soignants entretiennent-ils avec la mort ? Ce livre permet d'approcher et de rendre intelligible différents modes, souvent non-conscient, de gestion de la mort par les soignants. Grâce à des analyses contextualisées, on comprend pourquoi la mort est apaisée dans certains services et intolérable dans d'autres, pourquoi certaines morts sont plus difficiles que d'autres pour les soignants ou encore pourquoi certaines spécialités useront de la violence entre collègues, d'humour noir, quand d'autres privilégieront le collectif et le dialogue.
L'originalité de cette enquête est d'étudier le monde pharmaceutique de l'intérieur en s'intéressant à l'ensemble des acteurs de la chaîne de production et de distribution du médicament. Pour la première fois en France, l'ouvrage présente des investigations en sciences sociales menées au sein même des entreprises pharmaceutiques sur le quotidien des travailleurs du médicament, des ouvriers aux pharmaciens. Il montre une industrie de profits traversée par des contraintes et des problèmes d'organisation, loin des images associées à la société de la connaissance dont le secteur se veut l'emblème.
La réalité concrète des épreuves du travail contemporain ne porte guère à cultiver les exclusives. Sociologie, ergonomie, psychologie sociale, psychopathologie, psychanalyse, histoire, philosophie... se trouvent convoquées pour comprendre le sort qui est fait au travail humain, objet de tant de convoitise et de tant d'ignorance, courtisé et dénié à la fois, objet de tant de discours convenus, de déplorations rituelles ou d'éloges suspects ; de tant de passions finalement, même les plus tristes. Mais cette compréhension doit d'abord servir à agir. Elle doit être utile pour transformer les situations et devenir un instrument de travail à entretenir, au tranchant toujours affûté par les débats et discussions rigoureux entre professionnels. Yves Clot est professeur titulaire de la chaire de psychologie du travail du CNAM. Dominique Lhuilier est professeure, chaire de psychologie du travail du CNAM.