Critiques Littéraires
Tout entière construite sur le retour en série des mêmes thèmes et motifs, l'oeuvre de Marguerite Duras est souvent associée à l'obsession, une obsession à l'origine de laquelle se trouverait l'angoisse du manque, de la perte et de la déchirure. Loin de considérer la répétition du simple point de vue du blocage, il s'agit alors de voir comment celle-ci devient un moyen, par le jeu de la reprise et des modifications, de transformer des scènes d'amour marquées par l'échec et la frustation en scènes d'amour et d'accomplissement.
Partant d'un présupposé à la fois historique, narratologique et thématique, notre analyse cerne la place de la femme au sein des romans francophones, québécois, algériens et russes. Notre étude se focalise sur la remise en question de la notion de l'héroïne, ainsi que son immersion dans l'ère du soupçon. Étant absente et désagrégée dans le foyer incertain des myriades d'impressions, l'héroïne francophone se trouve flanquée dans le néant. Ayant perdu son statut de personnage, elle demeure l'objet de l'histoire racontée, et assujettie en ce sens au reste des personnages, qui la façonnent à leur manière.
Les grandes fresques littéraires représentant le peuple en mouvement nous offrent des illustrations saisissantes de la notion de peuple. C'est le moment de vérifier que l'imaginaire entre pour une bonne part dans le domaine du politique. Les figures du Pouvoir obligent à remonter loin dans le temps et à se poser la question de l'origine de l'Histoire, et particulièrement, le passage de la tribu à la Cité.
Andreï Makine est une figure à part dans la littérature française contemporaine, car, bien qu'il écrive en français, il reste, pourtant, un romancier profondément russe. Ce phénomène s'explique par son appartenance à deux mondes différents qui ont influencé son éducation et sa formation littéraire. Ce dédoublement détermine les sujets de ses romans dans lesquels, l'écrivain rend hommage à son enfance et à son adolescence, à son passé et son présent, à son pays natal et à son pays d'adoption.
Cet ouvrage consacré à Andreï Makine, se penche sur les sources d'inspiration russe du romancier- ce "soil and soul" qui a tant fasciné la critique anglo-saxonne- et propose un contrepoint au premier regard plutôt tourné vers l'Ouest. Il fournit une autre "clé" pour comprendre "la musique d'une vie" qui parcourt toute l'oeuvre et donne une autre version de l'Histoire que celle qui apparaît à première vue.
André Malraux a donné à la création romanesque du XXe siècle une définition toute nouvelle, soit "l'imaginaire de l'écriture". Ce livre tient à poser l'hypothèse que l'imaginaire de l'écriture des romans malruciens relève étroitement de son Musée Bibliothèque imaginaire. C'est justement dans cet univers de formes littéraire, artistique et culturelle, que Malraux a élaboré les nouveaux procédés créateurs pour réaliser son imaginaire romanesque.
Depuis les années quatre-vingt-dix, le paysage littéraire marocain s'est considérablement enrichi de l'apport féminin. Libérées de contraintes de tout ordre, les femmes marocaines sont de plus en plus présentes dans la création littéraire. Cet ouvrage propose des études variées sur un corpus d'écrivaines marocaines dont les écrits sont situés entre 1990 et 1995 : Fatma Bentmine, Fatiha Boucetta, Nadia Chafik, Dounia Charaf, Aïcha Diouri...
"Mensonge !", ce qualificatif retentit comme un jugement manifestement négatif, dénonçant un comportement de ruse ou de calcul qui demeure condamnable par comparaison avec son contraire, la vérité. Cependant, au cours du XXe siècle, nombreux sont les écrivains qui ont rencontré une défaillance radicale située au coeur du langage, un point d'opacité qui ôte aux représentations leur crédibilité. Ce livre propose une approche du thème du mensonge chez certains écrivains parmi les plus innovants de notre temps: Giono, Genet, Aragon, Duras, Jabès, Sarraute.
Qui est l'autre Cioran ? Celui qui a choisi la France en quittant la Roumanie ? Celui qui, renonçant à la Roumanie, ne peut s'empêcher parfois de renouer avec elle ? En abordant Cioran par la question de la langue, Constantin Frosin pose ce problème dans la juste perspective, celle de la création littéraire.
La création au XXème siècle trouve ses motivations dans la découverte et l'exploration d'une évidence : l'image n'est pas ce qu'elle montre et la parole n'est pas ce qu'elle dit. Depuis, la littérature porte en elle cette imprescriptible scission. Litote d'un monde qui la déborde, la littérature offre aux écrivains deux postulats esthétiques, l'un de tout dire pour "qu'on en parle plus", et l'autre de parler à l'économie et même de se taire dans l'espoir d'atteindre l'absolu du dire.
Dans cette étude qui relève autant de la critique littéraire que de l'essai, Hafid Gafaïti s'appuie sur les oeuvres de Rachid Mimouni et d'Assia Djebar pour expliquer comment, à partir des bouleversements majeurs des années 1980 et 1990, la littérature post-coloniale est passée d'une écriture de la nation à une écriture de l'exil et de l'expatriation. Le lecteur trouvera ici des références et des documents jusque-là méconnus ou introuvables sur les écrivains étudiés et sur l'histoire de la littérature maghrébine post-coloniale.
Comme dans tous les pays africains, le roman résulte au Niger d'un emprunt à l'Occident par suite de la colonisation. Mais après une trentaine d'années d'existence, la production romanesque nigérienne reste à peu près ignorée. Le romancier est l'interprète d'une société culturellement métisse, et sa création est soumise à une double tentation : l'art du conteur traditionnel et l'art de la narration moderne. Encore hésitant sur son identité, le discours romanesque nigérien s'oriente peu à peu vers un mariage harmonieux de ses deux sources esthétiques.
Maryse Condé, Massa Makan Diabaté et Edouard Glissant représentent un type de littérature qui a été peu analysé jusqu'ici. Cette littérature se caractérise par un haut niveau de fragmentation au niveau symbolique ou textuel. Elle comporte une multiplicité de données et une causalité non-linéaire qui témoignent de l'arrière-plan culturel multiple à l'origine de l'oeuvre. Cet ouvrage propose une analyse littéraire qui se prête à un texte souvent difficile à interpréter. L'auteur appelle son approche "poétique de la complexité" et, par rapport à la littérature africaine et antillaise, "poétique de renversement".
Qu'est-ce qui motive un livre sur le postmodernisme littéraire en Afrique ? Loin des débats philosophiques d'une postmodernité africaine, mais acceptant le contexte postmoderne global, les contributeurs se sont livrés à un exercice de lecture du roman africain, avec des outils postmodernes, et ont travaillé à interroger les frontières mouvantes et l'identité rhizomatique de ce roman.
Le roman algérien de langue française de l'entre-deux-guerres est méconnu aussi bien du grand public que des spécialistes des littératures francophones du Maghreb. Ce travail constitue une présentation originale et une nouvelle approche de la production romanesque algérienne de cette période. En s'appuyant sur les concepts de Bakhtine de "dialogisme" et "d'idée d'inachevée", il propose de lire l'entreprise romanesque de ces oeuvres comme fondée sur la rencontre de deux sphères culturelles plutôt que sur la question de l'assimilation.
Au tournant du millénaire, fascinées par tout ce qui s'apparente de près ou de loin à l'Apocalypse, les Lettres françaises entretiennent volontiers un climat de fin de partie : clonage et disparition de l'homme (Houellebecq, Dantec), culte de la fête ultime (Beigbeider, Murray), syndrome de Zidane (Toussaint). Dans le même temps, oeuvrant à contre-courant, d'autres romanciers se montrent au contraire fascinés par les commencements, qu'il s'agisse de néolithique (Montalbetti, Bergounioux), des grottes ornées (Chevillard, Michon, Rouaud). Si bien que la littérature contemporaine, ressemble à Janus, le dieu romain à deux visages.
Cet ouvrage examine l'oeuvre de grands poètes et pose des problématiques concernant la forme du sonnet. Les vingt-huit articles rassemblés ici confrontent siècles et langues en abordant des auteurs comme Ronsard, Nerval, Shakespeare, Cummings... et en traitant du sonnet polonais, du sonnet italien au XXe siècle ou encore du sonnet espagnol de Quevedo à nos jours. L'ouvrage comporte en outre des annexes où figurent des exemples littéraires et une dernière partie où sont développées plusieurs théories du sonnet.
Lire Duras dans la vaste perspective que trace un demi-siècle de création fait apparaître qu'elle procède par retard sur l'événement et par ambiguïté, ce qui la conduit d'une part au désengagement politique et à la perte du réel, et d'autre part, à un engagement poétique et à la poétisation du réel. Fondamentalement hostile à toutes les formes du pouvoir, Marguerite Duras s'en prend aussi à la coercition du langage et du style: de cet affranchissement généralisé naît le progrès de la pensée et de la forme durassiennes vers l'indifférence et l'indifférencié.
Il existe depuis plusieurs années un "cas Houellebecq", mais peut-on parler d'une écriture houellebecquienne et quels en sont les thèmes constructeurs ? Les romans de l'écrivain, l'un des plus controversés du paysage littéraire français, peuvent-ils être qualifiés de pornographiques ou bien est-ce de l'érotisme pur ? Quel est le rôle des rêves des protagonistes et quelle est la fonction de la mémoire dans les diégèses ? Cette analyse spectrale, fondée sur le close-reading, appréhende les romans de l'intérieur et répond à ces questions encore peu abordées de l'oeuvre houellebecquienne.
L'écrivaine franco-japonaise Kikou Yamata (1897-1975) occupe une position singulière sur la scène littéraire française du XXème siècle, et ses ouvrages (romans, récits, essais) ne peuvent manquer de susciter un intérêt immédiat : Yamata a en effet signé des oeuvres d'une beauté saisissante qui s'attachent à élucider le Japon, figure majeure de l'altérité géoculturelle. L'auteur de cet essai propose une relecture des oeuvres principales de Yamata, afin d'évaluer sa contribution particulière à la question de la représentation du Japon.
Cet ouvrage a l'ambition d'apporter un éclairage nouveau sur Le pauvre Christ de Bomba et Le roi miraculé. L'interrogation de Mongo Beti sur l'opportunité du prosélytisme religieux dans le contexte colonial est traitée dans le souci constant de la rigueur. L'étude met à profit l'analyse rhétorique soutenue par l'enquête socio-historique et biographique.
Maupassant est un des auteurs français les plus lus mais il n'est pas sûr que ses lecteurs sachent dire clairement pourquoi ils l'apprécient. Ils s'en expliquent parfois par des idées reçues qui ne résistent pas à la lecture des contes (pas tous normands) ni des romans (pas seulement Bel-Ami). Parmi les idées qui méritent d'être revues plutôt reçues : Maupassant serait un cynique - alors qu'il ne cesse de s'indigner contre la cruauté ; il porterait sur les femmes un regard machiste et libertin - alors qu'il témoigne d'une empathie étonnante à l'égard du monde féminin.
Cette étude a pour objet de relever les traces plus ou moins cryptées qu'à laissées dans Les Thibault de Roger Martin du Gard son "étroite intimité avec Gide, avec sa personne, sa vie, son entourage". L'analyse suit l'ordre chronologique de la vie de Gide, de son enfance jusqu'à son engagement communiste dans les années trente (...). Elle s'appuie sur la correspondance des deux écrivains, sur leurs journaux et les témoignages de nombreux contemporains.
Ecrite au moment où son père meurt à Dijon - ce qu'il ignore, semble-t-il - cette dernière lettre d'Europe témoigne de l'angoisse permanente d'un Rimbaud enlisé dans sa vie comme dans la neige du Gothard, "tronçon immobile" avant l'heure, incapable de marcher dans sa tête. Voici une enquête minutieuse, revisitant avec rigueur toute l'histoire de la "rimbaldothèque", étendue sur plus d'un siècle, afin de mettre en perspective l'intérêt et la particularité de cette lettre étonnante.
Manifeste dans Joseph, la figure mythique est aussi prégnante dans le roman de Thomas Mann : Les Confessions du chevalier d'industrie Félix Krull, roman picaresque hermésien, c'est-à-dire que le héros, aux trente-six métiers..., reste fidèle à des valeurs auxquelles il ne renonce jamais, contrairement à des donneurs de leçons qui font profession de mépriser celui qu'ils désignent par le nom péjoratif, à les en croire, de "marginal".
Le premier roman de Thomas Mann, Les Buddenbrook, longtemps considéré comme un excellent exemple de roman de la décadence avec tout ce qui s'ensuit : réalisme, naturalisme... présente, en fait, l'éventail des leitmotive de l'oeuvre toute entière et permet ainsi une approche de l'imaginaire mannien.
Cette étude entend esquisser une histoire sociale de ce qu'il est convenu d'appeler maintenant "le champ littéraire africain". A rebours de l'historiographie classique, cette histoire analyse les conditions dans lesquelles la littérature africaine a pu se constituer, depuis, au moins, les années 1930 jusqu'à aujourd'hui, en un monde social autonome, dont les auteurs et leurs textes bénéficient d'un statut institutionnel à part entière dans le vaste marché des biens symboliques.
Comment le jeu de la mémoire fonctionne-t-il dans les oeuvres des créations francophones en tant que facteurs de réactivation et de subversion d'une histoire institutionnalisée ? L'écrivain francophone parvient-il toujours à transcender les tensions de la mémoire? Cet ouvrage examine et repense les enjeux identitaires aussi bien dans la démarche des différents auteurs étudiés (Patrick Chamoiseau, Kossi Efoui, Henri Lopès, Emile Ollivier, Assia Djebar, Ahmadou Kourouma, Edouard Glissant etc.) que dans la pensée même des oeuvres.
Le devenir de chacun est tissé de ces explorations, de ces approches furtives qui sont parfois des rencontres miraculeuses... Nous vivons une période de migrations et il est bon que l'intelligence, elle aussi, soit migratrice, capable de s'adapter à de nouvelles situations. Mais qu'est-ce que l'étonnement sinon le stade suprême de la curiosité ? De ce désir insatiable en l'homme depuis Adam de forcer le coffre-fort de l'irrévélé, de soulever le masque du caché, de perquisitionner dans l'inconnu ? Extraits de la préface de Charles Dobzynski
L'oeuvre littéraire d'Hervé Guibert (1955-1991) est ici relue à la lumière de son journal intime, Le Mausolée des amants, qui fut publié de manière posthume en 2001. A travers la question de l'altérité, qui se manifeste aussi par le rapport à soi présent dans son écriture, l'on croise chez cet auteur les influences d'intellectuels admirés, tels que Roland Barthes, Michel Foucault ou Thomas Bernhard. Le genre autofictionnel, considéré ici comme une variante postmoderne de l'autobiographie, révèle chez H. Guibert une crise identitaire liée à l'apparition du virus du sida. Arnaud Genon analyse les conséquences de cette fracture autobiographique au travers d'une tension entre la volonté de se dire et la difficulté de la réaliser.