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1972, Riace, en Calabre. Une équipe de plongeurs remonte des fonds marins deux bronzes sublimes, presque intacts. D'eux on ne sait rien, ou si peu. Que figurent-ils ? Qui représentent-ils ? Qui les a faits ? La littérature croit reconnaître pour l'un d'entre eux - le plus beau - la main d'Agéladas d'Argos, que l'exégèse hésite encore à retenir. Qu'importe : l'écrivain offre au lecteur, et pour la première fois dans son oeuvre, une pièce de théâtre, une tragédie qui amalgame la splendeur et la violence, l'airain et le sang, le sexe et l'effroi, le rire et le cri, le ciseau et le glaive, la "nudité héroïque" des corps et le "chant lugubre" des aèdes, Agéladas, Eschyle et Apollon, un merle et un éditeur, une vierge et une esclave, hier et aujourd'hui. Ce drame en deux actes est un autoportrait prismatique de Pierre Michon lui-même, car rien ne saurait jamais saisir en face le visage vrai de l'Auteur.
1972, Riace, en Calabre. Une équipe de plongeurs remonte des fonds marins deux bronzes sublimes, presque intacts. D'eux on ne sait rien, ou si peu. Que figurent-ils ? Qui représentent-ils ? Qui les a faits ? La littérature croit reconnaître pour l'un d'entre eux - le plus beau - la main d'Agéladas d'Argos, que l'exégèse hésite encore à retenir. Qu'importe : l'écrivain offre au lecteur, et pour la première fois dans son oeuvre, une pièce de théâtre, une tragédie qui amalgame la splendeur et la violence, l'airain et le sang, le sexe et l'effroi, le rire et le cri, le ciseau et le glaive, la "nudité héroïque" des corps et le "chant lugubre" des aèdes, Agéladas, Eschyle et Apollon, un merle et un éditeur, une vierge et une esclave, hier et aujourd'hui. Ce drame en deux actes est un autoportrait prismatique de Pierre Michon lui-même, car rien ne saurait jamais saisir en face le visage vrai de l'Auteur.
De William Shakespeare, on sait tout, c'est-à-dire à peu près rien. À moins que ce ne soit l'inverse. Car que sait-on, au fond, de la vie d'un homme ? Que peut-on en rapporter ? Comment dessiner le portrait de cet auteur, immense, quand ses traits sont ceux de tous - autant que ceux de personne ? Une vie suppose des faits et des gestes. Ils sont tous là. Une vie s'étoile de mots. Ils sont partout. "Words, words, words", dit Hamlet : Philippe Forest sait le vertige des phrases et le mirage de l'identité, quand nous n'avons rien en propre. Partant, cet essai est une vie de Shakespeare, par-delà la vérité.
De William Shakespeare, on sait tout, c'est-à-dire à peu près rien. À moins que ce ne soit l'inverse. Car que sait-on, au fond, de la vie d'un homme ? Que peut-on en rapporter ? Comment dessiner le portrait de cet auteur, immense, quand ses traits sont ceux de tous - autant que ceux de personne ? Une vie suppose des faits et des gestes. Ils sont tous là. Une vie s'étoile de mots. Ils sont partout. "Words, words, words", dit Hamlet : Philippe Forest sait le vertige des phrases et le mirage de l'identité, quand nous n'avons rien en propre. Partant, cet essai est une vie de Shakespeare, par-delà la vérité.