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Grave est la nostalgie dont à prononcer le nom même, nous ne savons plus si c'est d'elle ou de nous qu'il s'agit. Elle est avant tout l'empreinte du visible. Jacques Borel nous conduit au coeur de hautes solitudes, dont témoignent les poètes présentement approchés, saisis, voire traversés, dans ce dénouement d'une écriture comme dérobée à l'oubli, grâce à la découpe précise et sinueuse d'une parole intérieure. Jacques Borel célèbre par la reconnaissance de l'absence ces poètes rongés dans leur articulation face à l'existence, et, pose ainsi, la question de leur présence au monde en tentant d'y répondre par une question qui le ronge à son tour lui... Du Bellay, Chénier, Jammes, Fargue, Joyce, Supervielle, Pessoa, Follain, Édith Boissonnas et Philippe Jaccottet, nous sont rendus dans la trace de leur propre cheminement, afin que puissent être perçues les diverses modulations de la nostalgie, avec chaque poète différente, singulière, aux ramifications infinies, aux conséquences immédiates sur un monde que d'aucuns eussent souhaité de pure raison. J'ajoute que ce livre est un lieu de béance, dédit de tout narcissisme théorique, quand l'écrivain se veut notre premier regard. Faut-il en préciser la quête par cette phrase de Nerval, hanté lui aussi par un impossible "retour"
Ici, révéler traverse son premier souffle : écrire. Ecrire, lire à travers, l'air, dedans, dehors, la face cachée et non cachée du temps. L'indice qui permet cette double traversée résulte du contact de la bouche, des yeux - comme respirer - avec la pensée. Le mot n'est pas l'image, mais la découvre. La fonction du texte ne consiste pas à commenter mais à poursuivre l'instant interrogé, tel un organe ses sens. Par exemple : l'enfant qui joue de la flûte souffle en quelque sorte son "langage d'existence", dans cet arrêt des choses où le temps se dépouille. Instant, si troublant, qui fait vibrer les limites encore fragiles de ce qui le retient au monde. Aussi, l'image de l'enfant se déplace-t-elle en tant que second sens de la photographie, du texte, du moins dans les rapports de l'un à l'autre, par une réflexion continue. Le livre devient alors, dans son fonctionnement, jeu de miroirs que le lecteur peut orienter de différentes manières, avec le risque de s'y voir réfléchi. Qui sait écouter L'Ombre de l'Autre ? Le visage de l'enfant ne cherche-t-il pas ici, enfin, notre propre regard ?