Documents d'histoire
Le destin des millions de combattants de la Grande Guerre, perdus dans l'enfer des tranchées, s'est joué en grande partie à l'arrière, dans les "chambres noires" des chiffreurs et de leurs ennemis, les décrypteurs. Telles sont les conclusions de ce livre haletant qui révèle, pour la première fois, toutes les questions liées à la guerre des codes secrets pendant la Première Guerre mondiale. À l'heure où les combats faisaient rage, une poignée de "casseurs de codes" français : Cartier, Givierge et surtout l'étonnant Georges Painvin, principal héros de ce livre, décryptaient dans le silence de leur cabinet les messages les plus secrets de l'armée du Kaiser. Le "radiogramme de la Victoire" du 3 juin 1918, par exemple, dévoila les projets les mieux gardés de l'état-major adverse et permit aux Alliés de briser la dernière offensive allemande vers Compiègne et Soissons avant de passer à la contre-attaque et de l'emporter. Le chiffreur code les messages, le décrypteur tente de leur arracher leurs secrets : telle est la loi de cette guerre des cerveaux, si longtemps occultée pour raisons de haute sécurité, que nous conte Sophie de Lastours dans ce livre bourré d'anecdotes, de portraits, de faits peu connus ou jamais révélés.
11 novembre 1918, onze heures du matin : les combats cessent sur le front de France. Les hommes sortent des tranchées, la foule se presse à la Concorde, dans le monde entier la joie éclate. Mais cette joie fut, dans les lignes, un soulagement incrédule. Car cette paix, les hommes l'avait payée d'un lourd tribut. Jamais depuis 1914 le conflit n'avait été si meurtrier ni si dramatique. De mars à juillet 1918, Paris a été menacé. Pierre Miquel a profondément renouvelé l'histoire de 1918 en consultant les archives françaises et alliées. Une course acharnée aux effectifs. Le sacrifice programmé d'une génération, quand les états-majors rayent d'un trait une classe de jeunes hommes de leurs prévisions. Une guerre technicienne, où le mouvement, l'usage massif des avions et des chars, annoncent les percées de 1939-1940. Une guerre terroriste, où les obus et les torpilles aériennes ajoutent aux souffrances de civils minés par les privations. Une guerre mondiale, à double titre. Parce que des hommes tombèrent aussi en Palestine, dans le Caucase ou les Balkans. Parce que, les Anglo-Saxons sont les arbitres de la paix. Ils pourraient aligner cent cinquante divisions en 1919. Seule la menace du bolchevisme, le risque de son extension à Vienne et à Berlin, les forcent à rechercher une fin rapide. Les poilus des grandes batailles de 1918 ont plus souffert qu'en 1916, l'année de Verdun. À la seconde bataille de la Marne, les jeunes de 19 ans meurent au côté des territoriaux quinquagénaires. La victoire du 11 novembre est due à leur sacrifice, ainsi qu'à celui trop longtemps sous-estimé des Alliés : Américains et Britanniques, Canadiens et Australiens, Belges et Italiens, tombés en nombre dans la croisade contre les Empires centraux.
La trop brève existence de Balzac s'est déroulée sous le double signe de l'amour et d'une inlassable activité littéraire. Tandis qu'il réalise une oeuvre grandiose, trois femmes vont jouer auprès de lui un rôle déterminant : Laure de Berny, la passion de sa jeunesse, puis Laure d'Abrantès, la maîtresse de son âge d'homme et enfin Evelyne Hanska « l'Étrangère », la bonne fée de son crépuscule qui traverse l'Europe pour le rejoindre. Les relations avec ces trois femmes tissent les fils de sa prodigieuse destinée ; non seulement on retrouve leur présence dans ses romans, mais encore elles interviennent dans ses péripéties financières. Car elle est mouvementée, la vie de cet écrivain qui se croit un homme d'affaires et se lance dans de chimériques entreprises. Après chaque déconvenue, il repart vers d'autres aventures, tout en poursuivant son oeuvre, véritable monument littéraire. Il faut un mot de passe pour entrer chez lui et ses maisons ont au moins deux issues. Avec cela, il aime le luxe, la bonne vie, les beaux objets, ce qui allonge encore la liste de ses dettes... C'est donc une existence passionnante et passionnée que l'auteur se propose de raconter, dans le style vivant qui convient à cet homme d'exception. Un portrait singulier qui dévoile les pensées intimes de Balzac en même temps qu'il explore les secrètes alchimies de son inspiration.
Pourquoi l'institution chevaleresque, si antique que ses origines se perdaient dans la nuit des temps, pourquoi la chevalerie si florissante aux XIIe et XIIIe siècles, au temps de Frédéric Barberousse, de Richard Coeur de Lion, puis de Saint-Louis, a-t-elle décliné durant les siècles suivants ? Elle scintillait comme l'Excalibur du roi Arthur : avec l'église des cathédrales et des grands monastères, elle était le phare du Moyen Âge à son apogée. Puis, lentement, l'édifice se fissure, la soif inextinguible de l'or ternit la pureté de l'idéal, les fervêtus sur leurs destriers sont défiés par les rustres à Courtrai (1302) et à Morgarten (1315). L'émergence de la bourgeoisie d'affaires n'inquiète guère d'abord les chevaliers qui la méprisent, mais des rois comme Philippe le Bel s'en servent comme des instruments de gouvernement. Ce sont les légistes de Philippe IV qui abattent le plus fier des ordres de chevalerie, les Templiers. L'esprit de croisade se meurt, la chrétienté éclate. À Paris en 1525, les plus intrépides chevaliers de France expirent : en 1526, Louis II de Hongrie tombe sous les coups des Turcs victorieux. Le machiavélisme ignore la foi jurée. Le Don Quichotte de Cervantes brûle ses romans de chevalerie. Une grande page est tournée. C'est cette splendeur puis ce crépuscule que nous raconte Emmanuel Bourassin avec une parfaite maîtrise et une verve qui trouve à s'exercer brillamment dans les récits de batailles, les joutes politiques et les sortilèges d'une fascinante histoire de décadence.
Les Ptolémée d'Alexandrie sont les derniers pharaons d'Égypte. À la mort d'Alexandre le Grand, l'empire conquis par le Macédonien est partagé entre ses différents généraux. Ptolémée I Sôter reçoit l'Égypte qu'Alexandre avait sauvée des griffes perses. Cette dynastie exceptionnelle et originale va, dans tous les domaines, assimiler traditions grecques et moeurs égyptiennes, puis, sous les derniers pharaons, au moment où Rome affirme sa supériorité sur l'Orient, s'ouvrir à la culture romaine. Les Ptolémée se révèlent tantôt d'excellents pharaons (Ptolémée Il fit bâtir la bibliothèque et le phare d'Alexandrie, l'une des sept merveilles du monde), tantôt de piètres rois et de cruels assassins, prêts à tout pour régner. La célèbre Cléopâtre VII, femme de légende, tenta de rebâtir un empire avec l'appui de César et d'Antoine. Elle fut la dernière représentante de la dynastie. L'histoire de cette famille étonnante et mal connue qui renoua avec les habitudes des anciens pharaons est l'occasion de faire revivre le luxe et la richesse uniques d'Alexandrie, la ville la plus puissante de l'époque. Une épopée qui s'appuie sur les dernières fouilles archéologiques effectuées dans la région.
Le IIIe Reich ne fut pas seulement cette grande machine de mort, l'État dont le délire raciste conduisit à la Shoah. Le Reich de mille ans voulu par Hitler fut aussi une immense entreprise de pillages qui enrichit quelques dizaines de dignitaires nazis dont le parcours après 1945 relève souvent du roman d'espionnage. Jean-Paul Picaper s'est donc lancé sur la trace de ces trésors nazis - métaux précieux, diamants, argent et autres biens dérobés notamment aux juifs - à travers le monde, pendant et après la guerre. À partir de l'or déposé par les SS dans les mines de Thuringe et découvert par l'armée américaine en 1945 puis remis à la future Bundesbank, ce livre dresse le portrait des spoliateurs - Bormann, Himmler, Pohl et bien d'autres - sans oublier leurs victimes ni négliger le rôle joué par les banques et les grandes entreprises allemandes et européennes encore en activité aujourd'hui. L'auteur analyse en particulier les méthodes à la fois subtiles et brutales employées par les nazis pour arriver à leur fin. Il apporte de nouveaux éléments sur le IIIe Reich, à travers le parcours des organisateurs de ce gigantesque brigandage et des initiateurs de l'Holocauste, remonte les filières et suit les chasseurs de nazis dans leur traque implacable des anciens chefs SS. Aujourd'hui, l'opinion publique demande des bilans. C'est l'un des intérêts de ce livre, mais ce n'est pas le seul, que d'ouvrir de nouvelles perspectives pour tenter de comprendre un peu mieux le nazisme dans ses aspects les plus secrets.
À moins que l'on découvre un jour (et c'est là une hypothèse bien improbable) quelque cassette pleine de documents inédits, cet ouvrage restera le grand livre sur l'affaire des poisons ; une affaire qui, comme le souligne Philippe Erlanger dans la préface qu'il donne à cette nouvelle édition, a fait trembler Louis XIV et même a ébranlé l'Ancien Régime. Le décor, c'est un XVIIe siècle méconnu, friand de sorcellerie et d'alchimie, baignant dans l'irrationnel à l'heure de Descartes, de Spinoza et de Leibnitz. Les acteurs, ce sont les « gens de qualité », le Roi, la Cour, le petit monde des magiciens et des sorciers, des faiseuses d'anges et des prêtres parjures, mais aussi La Reynie, lieutenant de police du roi, une figure remarquable. Frantz Funck-Brentano, qui rédigea le catalogue des archives de la Bastille et, à ce titre, a eu toutes les pièces en mains, replace les éléments du dossier dans leur contexte historique grâce à une connaissance intime de l'époque. Sa critique des sources et l'examen clinique des cas d'empoisonnement l'amènent à la même conclusion : si, aujourd'hui encore, on peut parler de « drame des poisons », il n'est plus possible de parler de « mystère des poisons ».