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Un soldat qui fume des clopes, un aviateur qui virevolte dans les airs, une centrale hydroélectrique, le métro, la vitesse... Les premiers écrits de Mykhaïle Semenko, d'inspiration futuriste, accordent une place majeure aux thèmes urbains et aux expérimentations formelles. Avec cet écrivain inventif, la poésie entre de plain-pied dans la modernité. Mais l'histoire qui est à l'oeuvre dans le monde soviétique modifie la trajectoire de son existence. Confronté à la guerre, à la terreur stalinienne puis au goulag, ce dissident devient le chantre d'une génération sacrifiée, le hérault de la Renaissance fusillée. Pour nous, lecteurs qui découvrons des pans entiers d'une mémoire occultée, le passé est aux portes de l'avenir. Il y avait Apollinaire, il y avait Lorca, il y aura désormais Semenko. Ce poète né en 1892 est considéré comme le père fondateur du futurisme ukrainien. Au début du XXe siècle, il prend part aux mouvements artistiques qui rompent avec les standards de la politique culturelle soviétique. Sa dissidence le conduit à créer des groupes d'avant-garde et à se montrer d'une surprenante vitalité créatrice. En 1937, il est arrêté et envoyé dans un camp dont il ne reviendra pas. Cette figure de proue de la Renaissance fusillée est aujourd'hui réhabilitée.
Un inédit de Yannis Ritsos. Dès les premiers chants de ce long poème écrit en 1938 sous le régime dictatorial de Metaxas, Yannis Ritsos fait allusion aux drames qui ont jalonné le printemps de sa vie : l'effondrement économique d'une famille noble, la mort prématurée de sa mère et de son frère, la démence qui conduisit son père dans un asile psychiatrique, le désespoir qui l'a lui-même guetté. Mais une présence lumineuse, celle d'une femme, vient effacer les traces de ce passé, apportant la jeunesse, l'espérance et la vie. Une invitation à ouvrir portes et fenêtres pour regarder le monde ? Oui, et à relever la tête, car dans le contexte difficile de la Grèce des dictateurs, le lyrisme explosif de Yannis Ritsos est une tentative de libération par l'imaginaire. Yannis Ritsos est né à Monemvassia, en Grèce en 1909, dans une famille de propriétaires terriens. Proche du parti communiste grec, il associe la poésie à l'engagement politique, aspire à un idéal de fraternité et lie l'héritage du surréalisme aux forces vives de la culture populaire. Ses combats contre la droite fasciste et la junte militaire, l'expérience de la prison, l'exil ne l'empêchent pas de mener à bien une oeuvre poétique de tout premier ordre. Il s'éteint en 1990.
Elle dit que « le tournesol est la fleur du Rom », qu'elle est une Tsigane qui aime « la pluie, le vent et l'éclair, quand les nuages masquent le ciel ». Elle dit qu'Auschwitz est son manteau et qu'elle ne connaît pas la peur car sa peur s'est arrêtée dans les camps. Elle dit que les notes de ses chansons en romani « sont toutes encore en désordre », mais que cela ne l'empêche pas de dire « Oui à la vie ». Elle, c'est Ceija Stojka, la première femme rom rescapée des camps de la mort à témoigner par l'art et par la poésie. Les poèmes de cette autodidacte ont été arrachés aux carnets où se mêlaient dessins, souvenirs de l'horreur, notes journalières et listes de mots allemands dont elle voulait apprendre l'orthographe. Publiés pour la première fois en France, ils révèlent une artiste majeure de notre temps. Merci, Ceija, d'avoir tellement donné. Ceija Stojka est née en Autriche en 1933 dans une famille rom d'Europe centrale. À l'âge de dix ans, elle est déportée avec sa famille et survit aux camps d'Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen. Quarante ans plus tard, elle éprouve la nécessité de rompre le silence. Débute alors pour cette autodidacte un extraordinaire travail de mémoire, tant dans le domaine de l'écriture que dans celui de la peinture, qui fait d'elle la première femme rom rescapée des camps de la mort à témoigner.