Enfances, parentalités et institutions
En s'appuyant sur le référentiel de la CNAF mais aussi sur les apports historiques des pionniers de ces lieux issus de la psychanalyse et du travail social, les auteures présentent de manière détaillée et vivante les dispositifs simples et complexes à la fois que sont les LAEP. Dans une visée didactique et accessible à tous les professionnels quelle que soit leur formation d'origine, elles donnent des repères pratiques, cliniques et réflexifs pour la pratique d'accueil, à partir de situations issues de leur longue expérience. Le positionnement de l'accueillant, le travail d'équipe, celui avec les partenaires gestionnaires et financiers sont approfondis et questionnés. Le livre ouvre des pistes de réflexions variées, tantôt concrètes, tantôt théoriques, pour prendre soin de ces structures si particulières où sont accueillis conjointement et en légèreté les tout-petits et leurs parents. Les auteures partagent leurs inquiétudes sur les risques de dérive de ces dispositifs pourtant si utiles dans notre société et soulignent la nécessité que les lieux d'accueil se réfèrent à un cadre à la fois créatif, rigoureux et exigeant pour que l'accueil soit opérant.
Ce livre est une invite à penser l'inceste ou plus exactement les incestes, car il n'est pas une seule façon de fabriquer une famille incestueuse. Ce n'est ni un traité de victimologie ni un ouvrage à but thérapeutique, mais une incitation à décrypter les mécanismes, les stratégies conscientes et inconscientes et les significations de l'inceste. La question de l'inceste dépasse de loin la problématique de la criminalité sexuelle. L'inceste est un crime contre l'humanisation qui perdure depuis que le monde des mammifères a engendré, avec le langage, l'être humain et son besoin d'être institué dans une filiation. Les mouvements sociétaux récents qui permettent que l'on entende la parole des victimes ont engendré une frénésie législative pénale (quatre lois en cinq ans !). Or on ne peut combattre par la seule force répressive une problématique qui est plurimillénaire et surtout solidement ancrée dans nos inconscients individuels et collectifs. Aujourd'hui, nous en sommes au temps de la compassion : les gouvernants, après des années d'ignorance où l'on n'écoutait pas plus les victimes que ceux qui produisaient des travaux de recherche en sciences humaines et en droit sur le sujet, s'agitent et chacun y va de sa petite recette pour entendre/traiter/punir. Avant de fabriquer des réponses, il faudrait s'interroger sur ce qu'il y a de plus troublant : pourquoi ce crime universellement réprimé continue-t-il à se perpétrer sur des millions d'êtres humains ?
Beaucoup d'adolescents pourraient se définir ainsi : « Je » suis un être unique, mais à fleur de peau, comme « Mortelle Adèle », je manque de confiance je doute ; je délègue une partie de mes fonctions de pensée, et en tout cas de connaissance, à une intelligence artificielle qui m'accompagne à tout instant de ma vie, toujours et partout. Comment pourrait-il y avoir un travail sur soi, et même une pensée autonome, si je m'en remets à l'IA et au smartphone pour toute question ? Souvent, les enseignants parlent des élèves en disant : « c'est comme si on devait pousser une voiture qui a le frein à main ». Les adolescents ont peur d'apprendre. Derrière des résistances parfois spectaculaires, et des blocages cognitifs généralisés dans certaines classes (« je comprends rien »), se cache une peur panique, celle qui saisit face au radicalement autre, à l'alien. Le savoir scolaire est vu comme un objet étranger. L'identité de certains ados est tellement fragile qu'ils la protègent contre l'intrusion du monde extérieur par un empêchement de penser ; et par des comportements d'auto-mise en échec. Comment en effet, les jeunes pourraient-ils ignorer la crise dans laquelle ils vivent, celle d'une société « du malaise » où le dérèglement climatique et l'effondrement sont partout ? Comme le complotisme, qui en dit long, non seulement sur les complotistes, mais aussi sur le système social dont ils sont le produit, la mise en panne, par les élèves, de leurs propres apprentissages reflète également les défaillances du système scolaire, et au-delà.
Notre culture éducative du « dedans » - de la crèche à l'université -, en France, assortie de la préparation continue de l'étape suivante, serait-elle en train d'évoluer ? En laissant une place au dehors et à ses expériences, fondatrices, du temps présent ? Assiste-t-on à l'arrêt de l'asphaltisation, plastification, uniformisation des espaces extérieurs ? De la sous-occupation des « jardins » de crèche, souvent limités aux beaux jours pour les bébés et, pour les autres, aux moments « creux » ou de « surchauffe » ? De la réduction progressive de leurs parcelles vertes, de l'abandon des petits coins jardinés ? Des cours traditionnelles d'écoles, reconnaissables entre toutes avec leurs pauses quotidiennes ritualisées, où les enfants les plus jeunes ou venus d'ailleurs ne trouvent pas toujours leur place, où parfois on se blesse : effet « cocotte-minute » de la discipline des corps en classe ou conséquence de la plate affordance du sol auquel les enfants ne prêtent plus attention ? Dans ces hauts lieux de socialisation enfantine, où des adultes non formés à l'éducation à l'extérieur sont, à tour de rôle, chargés de surveillance, de vision panoptique, d'autres pratiques professionnelles se dessinent-elles ? C'est le voeu des coauteurs qui démontrent l'intérêt de repenser des espaces, des temps, des dispositifs et des pratiques institutionnelles pour autoriser et soutenir les liens que les enfants entretiennent dès le plus jeune âge avec le monde naturel. Les co-auteurs sont des professionnels de la petite enfance, de l'éducation et des loisirs.
La petite enfance est une étape essentielle dans le développement des enfants. L'environnement, physique et humain, dans lequel ils grandissent, est capital pour leurs trajectoires de vie. À partir de résultats issus de travaux de recherche, de revues de la littérature scientifique et de recherches collaboratives, les auteurs présentent un panorama des conditions de vie des enfants et des familles. Or le constat est sans appel : ils analysent, chacun à leur manière, l'aggravation des inégalités en tout genre pour parents et enfants. En France, la persistance voire l'augmentation des inégalités sociales et territoriales de santé physique et psychiques constitue un défi majeur à relever. Les auteurs interrogent les valeurs, principes et normes des institutions (structures d'accueil de la petite enfance, écoles, services de pédopsychiatrie, etc.) qui sont des lieux importants de socialisation mais aussi de prévention. Ils proposent des perspectives pour soutenir les tout-petits qui grandissent dans des contextes défavorables. Des actes forts et des moyens adaptés aux multiples situations rencontrées sur le terrain sont maintenant attendus pour améliorer leurs situations. Nous avons besoin d'une vision à long terme, à commencer par une reconnaissance politique des enfants.
Depuis peu les musées ouvrent leurs portes aux tout-petits, à leur famille et aux professionnel.le.s qui les accompagnent. Des collaborations se nouent avec les crèches, les RAM, les artistes. Des expériences inédites s'inventent dans les musées et les récents centres culturels dédiés à la petite enfance, mais aussi hors les murs, dans les quartiers, à l'hôpital... Cet ouvrage offre un panorama international de l'histoire récente de ces aventures multiples. Il présente et décline, de manière détaillée, les cheminements de quatre musées d'art du Sud de la France (musées Fabre de Montpellier, Bonnard du Cannet, Picasso d'Antibes et Renoir de Cagnes-sur-Mer) et de deux centres dédiés à la petite enfance : mille formes de Clermont-Ferrand (pour les moins de 6 ans) et le Lab de la cité des bébés (pour les moins de 2 ans) à la cité des Sciences et de l'industrie de Paris. Ces expériences, vécues de l'intérieur, révèlent pour les enfants comme pour les adultes, parents et professionnel.le.s, leur potentiel, en termes de démocratisation de la culture et de réduction des inégalités culturelles et sociales. En partageant les outils qu'ils ont construits, les auteur.e.s souhaitent contribuer à la généralisation de telles propositions et à l'enrichissement des pratiques culturelles, artistiques, éducatives, et de soutien à la parentalité.
Des anthropologues, des psychologues et des historiens de la petite enfance présentent un ensemble de techniques corporelles entourant la naissance et la prime enfance dans les sociétés de l'ailleurs ou du passé : techniques de toilette, massage, emmaillotage, modelage, façonnage du corps, ainsi que des rituels qui mettent en scène la socialisation de l'enfant. Ces techniques et rituels sont associés à une représentation de l'enfant qui entretient une relation particulière avec le monde invisible. Ils montrent ainsi que le soin ne relève pas uniquement du médical. Il est quelquefois associé à des pratiques religieuses et rituelles, ainsi qu'aux conditions sociales et environnementales de la naissance. Accompagné de films qui mettent les soins postnataux en images, cet ouvrage ouvre à d'autres façons de penser la naissance, le développement, la socialisation de l'enfant et la parentalité. Il constitue un support de formation pour les professionnels de l'enfance et de la santé en vue de mieux appréhender l'évolution des pratiques de maternage. Les films présentés dans cet ouvrage, accessibles grâce à un QR code, autorisent une analyse visuelle des données ainsi qu'un comparatif direct entre les différentes sociétés sur la manière dont le corps de l'enfant peut être contraint, sur les toilettes d'enfants dans différentes sociétés, sur les rites de passage, sur les jeux (mais s'agit-il bien de jeux ?) ou sur les cultes spécifiques aux enfants ou encore celui rendu aux enfants morts.
Que se passe-t-il dans les toilettes des établissements scolaires ? Selon qu'ils sont « filles » ou « garçons », « grands » ou « petits », quel regard portent les enfants sur ces espaces collectifs et individuels ? Comment les occupent-ils à mesure qu'ils grandissent, que les portes se ferment, que des murs s'élèvent et que la possibilité leur est offerte de se retrouver seuls à l'abri du regard des autres ? Quels sont les discours et les actions des adultes autour ces lieux et de ce qu'y font (ou non) les enfants ? Comment le corps des enfants et leurs besoins sont-ils pris en compte à l'école ? Grâce à des enquêtes qualitatives menées de la maternelle au lycée, les auteurs apportent un éclairage inédit sur les expériences, et parfois les épreuves, que vivent les enfants et les jeunes dans les toilettes scolaires. Car loin d'être des « petits coins » rejetés aux marges de l'école, celles-ci sont bien un lieu central où se construisent des apprentissages informels au fil de la scolarité. Le livre révèle ce qui s'y joue en termes de relations adultes/enfants, de construction d'un rapport à soi, à l'intimité, aux autres. La question du genre se pose inévitablement alors que les toilettes deviennent, à partir de l'école élémentaire, le seul espace « non mixte » des établissements scolaires. Avec le soutien des universités Sorbonne Paris Nord, Paris 8 et du laboratoire Experice.
Cette recherche s'est construite comme la formalisation d'un travail collectif d'analyse de situations présentées par des membres du groupe, doublée d'une tentative de définition du savoir professionnel spécifique que cette élaboration collective a produit. Elle présente sept situations où s'expriment différents volets des enjeux présents dans la rencontre avec les parents : - la question fondatrice du processus de séparation psychique nécessaire à l'enfant pour aller à la rencontre d'autres adultes que ses parents et de ses pairs ; - les difficultés éducatives prégnantes que peuvent rencontrer certains parents ; - la réalité des parents comme sujets et citoyens, non réduits à leur seule parentalité, et à ce titre vivant des épreuves qui affectent cette parentalité ; - les effets qu'une séparation de couple peut produire sur l'enfant et ses parents, ainsi que sur l'équipe qui accueille cette famille à la crèche. Toutes ces questions touchent à la reconnaissance de l'altérité des parents, avec leurs éprouvés et pensées, leur place singulière et inaliénable auprès de leur enfant, mais aussi leur inscription dans un contexte social et culturel porteur d'appartenances et d'affiliations symboliques, de conditions de vie, de contraintes. Dans le même mouvement, elles interrogent la réponse des professionnel·le·s face à tous ces enjeux qui se déploient dans l'épreuve d'une rencontre, « sur le vif », avec ces parents, ces enfants. Cette réponse est elle-même tissée de leurs propres éprouvés, de leur tentative d'élaboration, qui ne dissimulent pas les essais-erreurs, les impasses provisoires, ni les limites de leurs marges de manoeuvre. Ainsi ce travail auprès des enfants et des familles, loin de n'être qu'action ou exécution, nécessite une pensée en situation, qui doit s'ajuster en permanence à la réalité complexe de rencontres humaines. Pour cela, les professionnels ont besoin de temps et de soutien de dispositifs - comme l'analyse de la pratique ou la recherche -, qui supposent eux-mêmes une légitimation et une reconnaissance sociale et politique de ces métiers du care dont on a éprouvé l'importance durant la crise sanitaire.
En dépit des cloisonnements verticaux et horizontaux, les univers des crèches, des écoles maternelles et des centres de loisirs peuvent se rencontrer et créer des passerelles pour les jeunes enfants et leur famille. Les équipes de ces divers lieux en témoignent avec leurs actions communes menées dans deux arrondissements de Paris. Avec la participation de divers acteurs, responsables et décideurs de l'accueil, de l'animation et de l'éducation des jeunes enfants, cet ouvrage s'inscrit dans le processus initié, non sans mal, au début des années 1990, pour « faire passerelle » entre la vie à la crèche et la vie à l'école maternelle et au centre de loisirs. Il montre l'émergence d'une dynamique locale, engagée dans le cadre du projet éducatif territorial de Paris et soutenue par des institutions culturelles locales (conservatoire, bibliothèque) pour le plus grand bénéfice des enfants - tant au niveau du bien-être et que des apprentissages -, de leur famille et des équipes. Les modalités d'accompagnement de ces actions collaboratives, où l'art et la culture jouent un rôle central, sont expliquées en détail et illustrées d'exemples concrets dans l'objectif de stimuler la créativité des professionnels de l'enfance.