Essai/Histoire
De la décapitation de Louis XVI au pontificat du pape François, John McGreevy revisite l'histoire du catholicisme - et c'est son originalité - à travers une approche mondiale. En effet, contrairement à l'historiographie courante, l'auteur ne se limite pas ici aux pays de vieille chrétienté. S'il évoque les projets missionnaires européens, il insiste aussi, par exemple, sur la lutte des catholiques africains en faveur de l'indépendance politique et religieuse, sur les espoirs des fidèles latino-américains et des catholiques sud-coréens pour plus de justice et de démocratie, et sur les circulations des modèles et des dévotions catholiques à l'échelle mondiale.John McGreevy retrace cette histoire complexe et passionnante du catholicisme contemporain dans des récits vivants et documentés en faisant appel à des témoins connus ou non, dont, entre autres, le prêtre révolutionnaire mexicain Servando Teresa de Mier, le héros de l'émancipation irlandaise Daniel O'Connell, la religieuse soudanaise autrefois réduite en esclavage Joséphine Bakhita. On rencontre aussi le philosophe français Jacques Maritain, la philosophe juive allemande convertie au catholicisme Edith Stein, le pape polonais et opposant au communisme Jean-Paul II, le fondateur péruvien de la théologie de la libération Gustavo Gutiérrez, ou encore la mécène franco-américaine, chantre de l'art moderne, Dominique de Ménil.Dans cette synthèse unique en son genre, John McGreevy met au jour les courants de réforme à l'oeuvre au sein de l'Église tout comme les tentations de repli institutionnel. Il est aussi question des conflits entre Église et dirigeants politiques, du renouveau de l'engagement religieux et social au XIXe siècle, des espoirs suscités par le concile Vatican II au XXe siècle, ainsi que du traumatisme des abus sexuels commis par des membres du clergé. Cahin-caha, entre ombre et lumière, dans toute la complexité de son histoire, se dessine le visage d'une institution multilingue et plurinationale confrontée à des défis immenses mais dont la vitalité missionnaire reste une interpellation pour un monde moderne en quête de sens. John T. McGreevy (né en 1963) est historien, professeur à l'université de Notre-Dame (Indiana). Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment sur l'histoire du catholicisme aux États-Unis et sur les jésuites américains.
Reconnu en 1939 comme le plus influent des penseurs catholiques, trouvant dans chaque pays, et jusqu'au Vatican, des relais fervents, Jacques Maritain est également le plus controversé, depuis qu'il a combattu les totalitarismes, le « national-catholicisme » de Franco dans la Guerre d'Espagne et toutes les modalités de l'antisémitisme. Tout le préparait donc à devenir l'une des principales « consciences des Français de l'extérieur » (Raymond Aron), puisque la défaite française de juin 1940 l'exile pendant cinq ans avec Raïssa et Véra à New York, où le Quai d'Orsay l'avait envoyé pour une mission d'influence.Leur foyer, au 30 Fifth Avenue, sera l'un des principaux carrefours de l'Europe en exil, tandis que la publication d'À travers le désastre en janvier 1941, acte de deuil et d'espérance aussitôt réédité clandestinement dans l'Europe occupée, assure au philosophe toute une audience interalliée. Il en use dans ses relations avec la « France Libre » comme avec l'administration américaine, sans enfermer son action dans un cadre institutionnel malgré l'Université française en exil (ELHE) qu'il préside, mais en concevant ses messages radiodiffusés et ses nombreux ouvrages comme autant de « munitions idéologiques », en quête d'une refonte de la démocratie et d'un renouveau de chrétienté ; comme il le suggérera dès 1941 au général de Gaulle, il s'agit de « réconcilier la France de Saint Louis et celle de la Déclaration des Droits ».Ces carnets, tenus au jour le jour par Jacques et Raïssa à travers toutes les détresses et les obscurités de la Guerre, et nourris par d'innombrables rencontres, illustrent mieux qu'aucun autre document la fécondité de consciences fermement décidées à « racheter leur temps » : « Il faut que ceux qui ne veulent pas céder à la Bête descendent dans les catacombes de l'histoire et y inventent des moyens inédits de résister au mal. » Michel Fourcade enseigne l'histoire contemporaine à l'Université Montpellier III. Coéditeur de la Correspondance Maritain-Massignon (Desclée de Brouwer, 2020) et des Lettres intimes entre Jacques et Raïssa (t. I, Desclée de Brouwer, 2023), il préside le Cercle d'études J. et R. Maritain, après leur avoir consacré sa thèse (Feu la modernité ? Maritain et les maritainismes, 3 vol., 2021).Longtemps secrétaire et archiviste du Cercle d'études J. et R. Maritain, René Mougel a été notamment l'artisan, avec son épouse Dominique, de la publication de leurs oeuvres complètes (17 vol.) et de leur correspondance avec le cardinal Journet (6 vol.).
Si l'on a beaucoup évoqué et débattu des relations entre le Vatican avec l'Allemagne nazie ou l'Italie fasciste, on connaît moins en revanche les liens de celui-ci avec le régime japonais au cours de la Seconde Guerre mondiale. C'est donc un aspect peu connu mais tout à fait intéressant et problématique de l'histoire de l'Eglise au XXe siècle qui se trouve développé ici. Au cours de cette période, Mgr Marella est envoyé comme nonce au Japon, empire alors sous la domination d'un régime autoritaire, voire fascisant. Dés lors, deux problèmes majeurs se posent à lui. Quelles peuvent être les relations du Saint-Siège avec un régime de ce type, allié aux puissances de l'Axe ? Comment l'Eglise et le Vatican doivent-ils se situer par rapport à ce type d'Etat ? Seconde difficulté, comment établir aussi des relations avec un régime soumis à un rite religieux d'Etat particulier, le shinto ? N'est-ce pas revenir à la fameuse querelle des rites chinois posées par les jésuites quelques décennies plus tôt ? Un tableau historique très fouillé que propose ici Régis Ladous.
Parce qu'elle touche aux relations passionnelles entre deux peuples, l'histoire des chrétiens d'Algérie est une mémoire blessée. Conquête et colonisation, affrontement des communautés, drame de la guerre et de l'exil, sentiment d'une occasion manquée en constituent la trame douloureuse, et ce jusqu'à aujourd'hui. Mais comment appréhender cette histoire, sans juger les choix des uns et des autres ? Avec courage, Pierre Boz revient sur ce " passé qui ne passe pas ". Le destin de l'Église des pieds-noirs, les personnalités comme Mgr Duval ou Christian de Chergé, le martyre et les disparus, les chrétiens kabyles, autant d'aspects que l'auteur prend à bras-le-corps. Quitte parfois à poser des questions difficiles...
L'historien livre un ensemble de réflexions autour du thème de l'identité catholique.
À l'heure où l'on se passionne pour l'Histoire, les Carnets de guerre de Pierre de Gaulle (1897-1959), frère du Général, livrent un autre regard sur le second conflit mondial. Appelé sous les drapeaux dès 1938 parce qu'il appartenait aux " détachements précurseurs ", mobilisé en août 1939 et démobilisé en juillet 40, il est arrêté par la Gestapo le 16 mars 1943 pour ses activités de résistant. Emprisonné à Fresnes, il est ensuite déporté au camp de représailles d'Eisenberg, dans l'actuelle République tchèque. Les Alliés le libérèrent le 8 mai 1945. Conseiller général de la Seine, président du conseil municipal de Paris, sénateur, député de Paris, il abandonne la vie politique au moment où Charles de Gaulle retourne au pouvoir. Présentés par sa fille Véronique Gamblinde Gaulle, ces Carnets font revivre le quotidien de la France sous l'Occupation, à travers des pages fortes sur les interrogatoires de la Gestapo, le travail sous Vichy, l'attitude pétainiste d'une partie du clergé, l'organisation des camps. Propos émouvants d'un homme de conviction, avec en toile de fond l'ombre d'un frère illustre parti à Londres...
Vues autrefois comme un des moments les plus glorieux de l'Histoire de France, les croisades ont de nos jours de plus en plus mauvaise réputation, considérées comme les premiers symboles de l'expansionnisme et du colonialisme occidental. Le mot est tellement galvaudé qu'il a perdu son sens originel - dérivé de " croix ", insistant sur l'aspect religieux - pour ne plus signifier que " combat ". La politique elle-même s'en est emparée, à propos de la guerre en Irak. Or c'est bien là que se cache le malentendu fondamental : chaque siècle s'est intéressé aux croisades, et les a naturellement racontées selon ses propres critères. Ce livre dénonce les mensonges manifestes si répandus aujourd'hui, en cherchant à comprendre une époque fort éloignée de la nôtre, en se fondant, avec le recul qui s'impose, sur les textes du temps.