L'OR D'ATALANTE
Au travers des déviations de la conduite sexuelle s'exprime une dimension essentielle, une tentation permanente de l'esprit: le désir de s'évader des limites que le réel impose, et de faire advenir l'"impossible". Il s'agit de détrôner Dieu le Père, d'opérer une transmutation du monde. Sade, Wilde, Bellmer viennent, entre autres, illustrer le propos de l'auteur qui propose une théorie de la perversion fidèle à Freud bien qu'échappant aux schémas classiques et qui avance une hypothèse sur la nature des liens que la perversion entretient avec l'esthétique.
Cet ouvrage collectif entreprend d'étendre la problématique nouvellement retrouvée du négatif à des champs divers de la pensée contemporaine. Tester la fécondité d'un tel questionnement dans des registres cliniques, esthétiques et spéculatifs différents mais amenés au même carrefour logique est le pari de ce livre.
Pour Murielle Gagnebin, le laid n'est ni l'horreur, ni la douleur ou encore l'abject. L'auteur propose une définition en analysant conjointement l'oeuvre de Goya et celle de Platon, l'esthétique et la philosophie donc, puis elle confronte ses résultats à l'histoire reconstituée du concept de laideur qui, la plupart du temps, apparaît comme le simple négatif du Beau. Souhaitant vérifier son interprétation, elle interroge ensuite l'art du XXe siècle étonnamment riche en difformités et en hideurs. Enfin, elle donne un tour plus psychanalytique que philosophique à sa réflexion dans une postface: au nombre de sept les propriétés du laid surgissent, expliquant à la fois sa force de captation et sa fonction profondément régressive. Celle-ci permet à l'homme d'échapper au destin de la sublimation, pour accéder au plus trouble de l'humain.
Pourquoi la critique psychanalytique a-t-elle été si longtemps imparfaite pour traiter du cinéma qui pourtant lui faisait la part belle? Nés quasiment avec le siècle, psychanalyse et cinéma entretiennent malgré tout d'innombrables relations : on parle, ici, comme là, de séance, d'activités fantasmatiques démultipliées, d'identifications à l'analyste ou au héros, de projections - qu'elles soient paranoïdes, défensives, primaires ou d'un 16 mm, voire d'un Super 8... Le cinéma met volontiers en scène des personnages représentant des psychanalystes ou des psychiatres, le patient parle de son « film » quand il évoque un rêve, pour certains analystes le premier « écran blanc » est le sein maternel et nombreux sont les films qui tentent de restituer un matériel onirique. Or, l'inconscient paraît jouer des tours à l'emprise herméneutique, lorsque celle-ci s'applique au cinéma. Leurres, chausses-trappes sembleraient duper le rapport du cinématographique et du psychanalytique, chacun comme pris dans un kaléidoscope vertigineux et de fausses ressemblances.Ce livre tente ainsi de capter à nouveau l'essence si particulière du cinéma à la faveur de divers éclairages psychanalytiques.
Tout affrontement ne procéderait-il pas d'un malentendu ? Celui-ci ne résiderait-il pas dans le sujet lui-même, dans ses drames intérieurs? La notion d'affrontement est très loin de pouvoir être ramenée à la seule mise en face à face de sujets, d'entités, de pensées, d'idéologies. Cette notion complexe englobe tout spécialement la jalousie, en réservant une place à l'incertitude : sujet/objet, dedans/dehors, aujourd'hui/autrefois. Cela se vérifie dans le champ des images aussi bien picturales, théâtrales, cinématographiques, musicales que verbales. Des images de l'affrontement à l'affrontement des images, tel est le cheminement, à la fois esthétique, philosophique et psychanalytique, de ce livre. Dès lors, les termes de déconstruction, de démembrement, de démantèlement, élevés au rang d'instruments, et s'exerçant dans le champ strict de l'image, engagent une fécondité révolutionnaire.
Il y a des images propres à représenter la honte et, à côté, des images éhontées, enfin des images qui éprouvent, en leurs plis, la honte. Dira-t-on que notre culture se plaît à jouer avec l'impudeur, l'opprobre, l'abjection? Cherche-t-elle à les piéger ou à les exalter? Que signifie la tentation du snuff movie: ces films «interdits» qui veulent capter le travail du trépas sur les visages ou dans les postures ultimes, et ainsi porter atteinte à ce qui est au plus profond de l'être, à l'identitaire?Aux multiples domaines de l'art s'appliquent les diverses interrogations propres aux sciences humaines: histoire des mentalités, esthétique, psychanalyse.
Les images limites gagnent une importance cruciale dans les différents domaines de l'art (littérature, poésie, peinture, théâtre, cinéma, vidéo, etc.) chaque fois que s'y affirment les problématiques du seuil, de l'entre-deux, de la béance, du manque, de la disparition comme de la butée. De surcroît, camper sur les limites est aussi l'occasion de vertiges, parfois inquiétants. Sont interrogés l'originel (nuit utérine, scène primitive), propre à conférer sa temporalité à l'image des tout débuts, et l'originaire qui en marque le fondement structural. Les bornes de l'image, lieux tantôt de néo-création, tantôt épreuves du désert, retiendront l'attention.