La Compagnie des mots
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Un homme est né à dix-huit kilomètres du méridien de Greenwich. Il s'en est éloigné, mais de peu. Aujourd'hui, à trente-six ans, propriétaire d'une estafette - la coquille de cet escargot -, de quelques objets usuels, et d'une femme en matière plastique, qu'il appelle la Reine, il rencontre Gladys. Sans doute est-elle la femme de sa vie, puisqu'elle accepte de le suivre. Ensemble, ils prendront la route, parviendront au méridien, et s'en décréteront les gardiens. Si, en chemin, il arrive que l'on trouve Gladys un peu bizarre, elle n'en satisfait pas moins le besoin de compagnie de cet homme qui, après tout, est un menteur. Il nous avait prévenus. Cette histoire est celle de la plus petite population après la solitude, celle d'un couple.
Si vous possédez un side-car amphibie, si vous venez d'écrire un essai fulgurant sur les rapports secrets entre les mots, les mythes et les maths, si votre micro-ordinateur s'appelle Arthur et cherche, désespérément, où l'on a mis son âme, alors, c'est sûr, vous êtes Jérémy et vous tombez amoureux de Jenny, qui n'aime que les fleurs, la folie et les flans. Courez, courez après elle et après la vie qui passe. Dites-lui qu'elle est belle comme un Carpaccio (1455-1525) et que vous lui donnerez tout, à part peut-être votre Dinky Toys Aronde avec des pneus blancs. Mais continuez, courez jusqu'à la fin. Alors, qui sait, vous retrouverez Jenny. Et tout se remettra à l'endroit. Mais, au fond, c'est quoi, l'endroit ? L'envers de l'envers ? Un roman drôle et désinvolte, tendre et grave, dans un monde qui possède sa logique propre, de l'autre côté du miroir.
Tirée au cordeau, la vie d'Annie Moore, une jeune comptable de vingt-huit ans, sans imagination ni audace. Rien ne dépasse. Pas d'écart. Sauf Charly, un voyou sympathique qui l'aime bien et lui ment mal. L'imprévu fait irruption un beau matin lorsque la voisine d'Annie lui demande de s'occuper de sa petite fille de huit ans, car elle vient d'apprendre la mort accidentelle de son mari. La journée pourrait se dérouler sans histoire, mais Margot est capricieuse, Annie, elle aussi, a perdu son père lorsqu'elle était enfant, et Charly entre en scène... Un premier roman tendre, vif, où la drôlerie des situations le dispute à la gravité de l'émotion.
Le grand Stern vit avec son vieux père et un enfant infirme dans une grande maison saccagée, dévastée. Comme l'est sa raison. Dans la maison comme dans la raison, il n'y a plus rien à préserver, sinon un certain ordre. Le vieux Stern entretient les placards, car Toto, l'enfant à la toute petite tête, y vit. Le grand Stern nourrit la maisonnée grâce aux lapins qui ont envahi le jardin, et le soir venu, il crie, il hurle, épouvanté. À la mort du père, le grand Stern et Toto, devenus des fugitifs, creuseront dans la terre leur dernier refuge. Quel monstre sommeille en chacun de nous ? Quel malheur, quelle peur pourraient nous transformer en bêtes malfaisantes ? Dans quel monde est-il encore possible d'être innocent ?
Du mou au dur, en quatre étapes, les créatures-créateurs de Jean-Marc Aubert gravissent leur insolite chemin de croix, de l'engloutissement de l'artiste dans la matière même de son oeuvre à l'ascèse et à la paix du gardien des Gisants et Tilleuls. Vous qui ouvrirez ce livre, ne tentez pas de baliser votre route, ne cherchez pas de délectables réminiscences ! En effet, comme le soulignait Patrice Delbourg lors de la parution du précédent roman de Jean-Marc Aubert : « Dans un pays où les humoristes - noirs, jaunes ou transparents - sont en voie d'extinction, l'auteur n'est pas seulement une bombe corrosive, mais une triomphale exception : quelqu'un qui ne ressemble ni aux ancêtres du genre, ni à ses contemporains, ni aux grands maîtres anglo-saxons, ni même aux petits maîtres oubliés. Bref, un énergumène déporté au large de toutes les normes : seul, solitaire et sans pedigree. Un avant-centre du saugrenu. »