La Frégate
Mairgand note qu'il y a une fenêtre au milieu de cette pièce. L'assassin a pu venir et s'enfuir, soit par là, soit par la porte de la cuisine, à droite, soit par celle de la chambre. Quant à situer le meurtrier dans la grande salle, il n'y fallait pas songer un instant, le nombre de témoins rendant la chose improbable, sinon impossible. La victime a de très beaux cheveux, d'un blond chaud et comme lumineux. Elle devait être grande, élancée, bien faite. Elle porte des bas de soie et des chaussures très élégantes. Dans la salle, les conversations ont repris, mais à voix basse. Le commissaire écoute. Qui est-ce qui a bien pu faire le coup ? On ne leur connaît pas d'ennemis...
Le dernier train avait sifflé depuis des heures, quand on entendit le halètement d'une auto un peu essoufflée, qui grimpait la côte. Une minute plus tard, elle stoppait ; trente secondes après, la sonnette retentissait, tirée par une main vigoureuse. Mademoiselle Catherine poussa un gémissement d'effroi, et son peloton roula d'épouvante sous le buffet. Le commandant enleva sa pipe de sa bouche, attentif. Rosenn, en deux glissades, alla ouvrir. Un jeune géant pénétra dans le vestibule, sans attendre qu'on l'y invitât. Grand, large d'épaules, il avait un visage hâlé, pas beau, mais viril et sympathique, une chevelure hirsute, couleur de châtaignes mûres, des yeux qui riaient, une bouche qui en faisait autant, un air d'insolente santé...
Vimeux est un de ces petits villages souriants, typiques de la grande banlieue résidentielle. Dos à dos, juste au centre, la mairie et l'église. Deux places devant chaque bâtiment, d'où partent deux rues courtes et larges, qui traversent donc le pays dans sa longueur. Un hôtel, le Faisan doré, reçoit, à la belle saison, une cinquantaine de citadins, qui viennent dans ce charmant petit coin, soit pour des week-end, soit pour les vacances. Ajoutons que, ce matin de juillet, le village semblait noyé dans une brume bleutée, préludant à une journée qui s'annonçait aussi torride que celle de la veille. Et ainsi, se trouve esquissé le cadre d'une histoire qui commença de façon banale : par une vitre brisée. Une affaire de quartier, en somme, avec cette différence, dans le cas qui nous intéresse, que personne n'eut connaissance, de façon précise, de la genèse de l'affaire, qui éclata comme un coup de tonnerre...
On est de plus en plus inquiets de la situation et je commence à avoir peur. Dès que mon fiancé arrive, mes regards anxieux l'interrogent. Il m'a parlé ce soir si gravement ! "Il faut envisager l'avenir courageusement Joëlle. Oui, demain est menaçant. Si nous devons nous séparer, nous ferons, l'un et l'autre, notre devoir. Le mien sera de me battre, le vôtre de prier, de seconder vos parents, d'apporter aide et consolation aux éprouvés. Voyez comme votre tâche sera belle ! Et, comme je fondais en larmes, il a ajouté tendrement : "Est-ce que l'absence pourrait changer nos coeurs, dites-moi ?"
"On vient de voler les bijoux de Barbara Landell à l'hôtel Carlton." Dès qu'elle eut entendu la réponse, Anna bondit de sa chaise, sauta au cou de son mari, et l'embrassa sur toute la figure. Bill Tomsy ne comprenait rien à cette explosion subite d'affection, mais il se laissait faire, comme un bébé que l'on éponge dans sa baignoire. Sa femme le libéra enfin. "Tu as bien dit Barbara Landell, mon Billy ? Barbara Landell du Metropolitan Opera ?"
Parce que les êtres lui manquent, Denise va se rattacher aux choses. Elle regarde ce soir, avec une sorte d'avidité, la petite salle où tout lui parle de ses parents. Le fauteuil de paille où s'asseyait Madame François... son tricot aux longues aiguilles, qui ne sera jamais terminé... Le râtelier où sont encore accrochées les pipes de son père. Par la fenêtre ouverte, elle laisse sa vue errer sur le petit jardin éclatant de lumière ; elle regarde les légumes bien alignés, et les roses soufrées, greffées par Jean François. Un bruit de voix attire son attention : son frère et le maire sont en train de causer dans le jardin. À peine si Denise s'y arrête...
Ce sont deux Savoyard authentiques, de vieille souche, deux camarades d'enfance, heureux de se retrouver, qui remontent de Chambéry à Puygris, dans une opulente Panhard, assez mal à l'aise sur ce chemin de montagne. Celui qui joue de l'accent provençal pour déguiser son inquiétude, est journaliste à Paris ; il passe, comme chaque année, ses vacances au pays. L'autre, retraite prise, vient de réintégrer la maison familiale d'été, devenue pour lui refuge de ses loisirs. Marius est bien son prénom, mais il y a presque autant de Marius en Savoie qu'au bord des calanques méditerranéennes...
Madame Marcellin, descendant au jardin, le frôla au passage, en venant chercher son éventail oublié. Cet éventail - semé de perroquets écarlates et de roses bleues - et le "comomodore", étaient les deux signes particuliers de l'opulente Isabelle. Le commodore, énorme médaillon-broche, serti de gros diamants étincelants, épinglé sur sa vaste poitrine. Un souvenir de famille, dû à un miniaturiste anglais - la grand-mère de Marcellin était anglaise - et qui représentait, à mi-corps, un superbe major de l'armée des Indes, rouge de teint, de poil, de cheveux, sanglé dans une tunique écarlate. Léo lui lança un regard en biais. C'était celle-là, si grosse dans sa robe vert saule, où le commodore faisait l'effet d'un coquelicot dans un pré, qui s'avisait de taper sur ses favoris... parce qu'elle les jalousait... sûrement...
Claude avait cru de son devoir de prévenir son oncle par télégramme, et de lui annoncer le jour et l'heure des obsèques. Il n'avait reçu que cette laconique réponse : "Pleure et prie avec toi, mais impossible de venir". Depuis, plus rien. Il en avait compris que Madame Lemonnier ne se trompait pas en traitant son frère d'original...
Son enfance indépendante et sauvage se prolongeait. Elle grandissait, n'imaginant rien de plus beau que l'existence qui lui était faite dans le décor du vieux manoir, ses meubles, ses bibelots, son portail, son puits fleuri, et le grandiose spectacle que lui offrait une nature généreuse. Certes, des affections emplissaient son coeur. Elle chérissait ardemment celui qui l'avait recueillie, orpheline de huit ans ! et Mac'harite, dont les soins lui étaient précieux ; mais l'amour, l'amour qui, déjà, asservissait Yanneck, ne la touchait pas encore. Pour elle, tout était jeux et rêves.
Par un beau matin de fin d'été, les gens, alertés par la parade publicitaire, commencèrent - vers 11 heures - à envahir la rue des Moutons. Une ribambelle d'enfants les y avaient, bien entendu, précédés, et tenaient solidement les abords du mât de cocagne élevé devant l'entrée de l'Agneau, et qu'un acrobate, après avoir accroché les lots sous l'oriflamme du haut, s'occupait présentement, en descendant, de savonner. Au soir venu, la famille Grussen était là depuis longtemps, au grand complet. Joseph dansait avec Anna. Nicolas, Georges et Odilia folâtraient de-ci de-là. Rose et Aloïs se tenaient bien sagement à la table de leurs parents, bavardant avec les voisins, qui s'amusaient de leur gentillesse, les mignotaient, leur offraient des bonbons. Derrière le comptoir, Alfred Zinckle tirait la bière, chope après chope ; Marguerite surveillait la caisse...
Muette, appuyée contre le mur du parloir, droite, immobile, elle ressemblait à un automate. Un automate qui versait de grosses larmes lourdes, silencieuses, ces larmes qui semblent ne jamais devoir tarir. [...] Dans la petite pièce silencieuse où elle pleurait, sa vie semblait suspendue...
L'idée ne lui était jamais venue, d'épouser celle dont les journaux et les magazines relataient les moindre gestes. Comme tout habitant de Boston qui se respecte, il était plein d'admiration pour elle, et la trouvait souverainement belle : il n'allait pas plus loin. "Qu'est-ce qui t'arrête ?" lui demanda sa mère, inquiète de son silence prolongé. C'était difficile à expliquer : il reprit, en cherchant ses mots : "Bettina Fullerton me paraît... une femme très bien pour les jours d'apparat, pour présider les grandes fêtes... je ne la vois pas en femme de tous les jours."...
Elle monta se coucher dans la petite cellule qui lui avait été préparée en toute hâte, et qui donnait sur la vallée maintenant endormie dans le bleu de la nuit. Le lendemain matin, le jour entra par la fenêtre ouverte, comme un voleur. Il s'était déjà posé sur tous les meubles et sur le crucifix de plâtre, quand Odile s'éveilla. Elle songea aussitôt que le grand jour, dont elle avait parlé hier à Soeur Antonine, c'était en réalité celui qui venait de commencer et qui arrivait, si pimpant, en mettant du soleil sur les cimes. Mère Saint-Bertrand attendait Odile à 9 heures, dans un salon moisi, éprouvé par un long hiver. Le mur, peint à l'eau, était orné d'un rosaire de buis, que des montagnards pieux avaient offert, jadis, à la maison, en échange de menus services. Les mains crispées sur ses genoux serrés, Odile baissait les yeux dans la position que la tradition attribue à la Vierge de l'Annonciation...
Les deux garçons avaient assisté, muets, à la dispute et, le lendemain, qui était un dimanche, ils se promettaient d'être bien sages et empressés auprès de leur mère, afin qu'elle oubliât ses soucis. Mais, de grand matin, Auguste réveilla Freddy pour l'inviter à l'accompagner à la chasse. Et le petit n'osa pas refuser. Nous ne rentrerons pas vraiment par les Balmes ? demanda-t-il à son père. Auguste ne répondit pas. Il ne voulait pas avouer à son gamin que la "petite propriété" dans les grands pins, en fait, ne lui appartenait déjà plus...
Les deux hommes s'engouffrèrent dans le passage voisin et montèrent l'escalier, que l'habitude leur permettait de suivre sans lumière. Dominique marchait devant, tenant le chat, qui s'accrochait à sa chemise en ronronnant. Le père André suivait, en tirant la rampe. Au troisième et dernier palier, se trouvait l'appartement du jeune homme. Dominique déposa Satan sur un large divan râpé et saisit le chevalet pour le tourner vers la lumière...
Madame Geneviève drapait sur Jenny - le mannequin vivant - une lé d'étoffe somptueuse. Cela serait une robe, une toilette de grand prix, destinée à parer la femme d'un des puissants de l'heure. La lourde soie prenait vie, se pliant à l'idée créatrice... un nouveau chef-d'oeuvre de grâce et de goût viendrait enrichir la "Collection" de la célèbre maison de couture. Bientôt, ce serait la pause, et Jenny rejoindrait Jacques Dolbois pour déjeuner...
Quelques jours ont passé... de nouveau, Ludovia est seule, sur sa terrasse qu'embaument tous les parfums du printemps. Dans un instant, Gaël la rejoindra pour la suprême préparation, puisque c'est ce soir qu'elle entre au service de Priscillia. Le pas du jeune Celte la fait se retourner ; elle court vers lui, les mains tendues. Mais le visage du jeune homme est si bouleversé, si sombre !
Sans savoir où il était, ni où il allait, Jean Steuri marchait d'un pas d'automate le long des quais de la Seine. La nuit était venue depuis longtemps, une nuit brumeuse de fin octobre. Il faisait froid et Jean boutonna le seul bouton qui restait sur le devant de son veston râpé. Il avait faim aussi. Mais, à qui la faute ? S'il était arrivé au bout de la misère, à qui s'en prendre, sinon à lui-même ?
"Ne sois pas si faraude, ma fille ; point ne faut longtemps pour déparer beau visage." Et le soir, comme elle se baissait pour ouvrir le four de sa cuisinière, la Sophie se faisait tomber sur la tête un chaudron d'eau bouillante, qui la défigurait pour toujours. Et cela, c'étaient les prédictions d'occasion, celles pour lesquelles la Maufaite ne se donnait point de mal. Mais les autres, celles qu'elle lisait dans ses cartes poisseuses et dans son marc de café... elles avaient fait accourir des gens, et pas seulement des ignorants, de tous les coins du département. Quoi d'étonnant à ce que la pauvre Catherine se soit rendue, d'instinct, chez la Maufaite ? Et qu'avait-elle pu entendre qui la bouleversât ainsi ?
Gervaise avait ouvert la porte de l'ancienne resserre. C'était une vaste pièce à quatre fenêtre, avec un petit cabinet à côté. Un divan, au reps usagé, un tapis de corde jeté sur le carrelage, quelques meubles de campagne et des rayons chargés de livres empoussiérés, composaient une atmosphère d'un aspect assez accueillant. Tu seras bien ici, et tranquille, fit la vieille, je m'occuperai de tes repas. Maintenant, tu vas m'expliquer plus clairement cette étrange affaire qui semble révolutionner le pays...
Au mur, plusieurs tableaux : paysages du cru sans doute, et trois portraits d'assez belle venue, révélant le pinceau d'un artiste. Mais, chose curieuse : trois portraits de la même jolie jeune fille ou jeune femme, parée du même ruban de velours drapé et roulé parmi les boucles brunes, légèrement touchées d'or fauve... Mêmes francs yeux couleur de châtaigne sous les minces sourcils noirs arqués. Bouche à demi déclose par un sourire d'enfant. Seule le ruban variait : ici, cerise ; là, émeraude ; le dernier, orange, couleur de feu. Le long cou mince émergeait d'une robe de taffetas framboise, décolletée en rond sous une collerette de précieuse dentelle d'argent. Le médaillon-broche, rond, cerclé d'or et de perles fines, très caractéristique - comme la toilette et la coiffure - évoquait invinciblement le Premier Empire, peut-être le Consulat... une aïeule, probablement, cette jeune femme, trisaïeule même sans doute, des propriétaires de Maison-Rose.
Elle fût volontiers demeurée quelques jours encore à La Mousselière, mais son père - qui s'occupait d'une entreprise de ciment à Puteaux - venait d'être rappelé pour ses affaires. Ses deux fils étant mariés et fixés au loin, il habitait - avec sa fille - depuis son veuvage, un appartement ancien quai des Tournelles. Or, Monique avait toute une bande d'amis, filles et garçons, anciens camarades d'études, qui lui avaient fait promettre également d'être de retour avant la fin de l'année, pour assister à une joyeuse sauterie qui aurait lieu chez l'un d'eux, René Bréault, dont les parents étaient partis sur la Côte d'azur et qui disposait, en leur absence, de leur pavillon à Vincennes. René, en sortant de l'École centrale, avait trouvé un poste d'avenir dans l'industrie. C'était un garçon enjoué et plaisant, solidement planté dans la vie...
C'était bien la belle saison maintenant, celle dont l'arrivée est saluée joyeusement dans le pays de Léon par les feux de la Saint-Jean, allumés aux carrefours des chemins, et par la nouvelle floraison des voitures sur les flots ; celle où ajoncs et genêts, fiers de leur parure, étendent - en taches flamboyantes - l'or de leurs fleurs sur les landes et sur la crête des talus. Quand venait le soir, un calme inaccoutumé envahissait ce coin perdu de la côte du Finistère. À l'heure où toute activité cessait dans les champs, à l'heure où, fidèlement, les barques regagnaient les anses du rivage, le pays tout entier subissait ce calme, ainsi qu'un subtil sortilège...
Désormais, Darlay me prenait à côté de lui... Il me faisait examiner les malades la première. Je sentais ce regard bleu d'acier, qui pouvait se faire si doux, suivre tous mes mouvements. Quand je me relevais - pour donner mon avis - si celui-ci était conforme à celui du patron, il mettait sa main fine sur mon épaule, comme pour dire : "Celle-ci est digne de moi." Et nous parcourions ainsi les salles du service. Quelle fierté, Docteur, quel bonheur aigu, intense, j'ai goûté à ces moments-là...
Le lendemain, vers 9 heures, tandis qu'elle faisait sa toilette, on sonna à la porte. Elle enfila hâtivement un peignoir et alla ouvrir, se demandant qui pouvait venir la voir à pareille heure. Un télégraphiste lui remit un pneumatique. Elle le décacheta d'une main tremblante, en reconnaissant l'écriture de Luc, avec le pressentiment d'une déconvenue. Le violoniste lui demandait de ne pas venir, se déclarant sans goût pour travailler...
Pour éviter les indiscrétions des deux demoiselles de la Poste, et l'ennui d'un cachet trop lisible, Charlotte postait ses lettres à la gare, celles qu'elle recevait et celles qu'elle expédiait, ces dernières lettres, perdues, jetées au rebut, avec la mention "Inconnu" dans divers bureaux de Poste, en France et même à l'étranger, car elle supposait ses amoureux grands voyageurs. Grâce aux indications infaillibles du Baedecker, elle les faisait descendre tantôt au Waldorf-Astoria, à New-York, tantôt à l'Akropolis-Hôtel d'Athènes.
Les deux hommes s'arrêtèrent. Un pas, des chants derrière eux. Un groupe passa : hommes en bras de chemise, femmes en salopettes, quelques adolescents aux yeux lumineux et rieurs. Tous portaient le foulard des brigades internationales avec, à la pointe des noeuds, un petit pavillon cousu aux couleurs de leur pays d'origine. Des gardes mobiles les encadraient. On reconduisait vers l'Espagne ces fuyards de l'armée républicaine, qui avaient clandestinement franchi la frontière. Nous reviendrons ! crièrent-ils. Ce fut le dimanche soir que les choses prirent, avec un air grave, leur développement fatal.
Fille unique du propriétaire des Goyaves, orpheline très jeune, Lolita fut élevée au pensionnat de Versailles que dirigent les religieuses de Saint Joseph de Cluny. À dix-huit ans, elle épousait Hervé Launay, officier de Marine, qu'elle rencontra pendant un séjour chez des amis à Fort-de-France. Hervé Launay disparut avec son navire, coulé dans l'Atlantique en juillet 1940. Désespérée, Lolita revint aux Goyaves pour y mettre au monde son deuxième enfant...
Le silence, depuis longtemps, plane sur la maison. Le mistral qui giflait les pins, se repose. Mon oncle s'est endormi, veillé par tous les anges du paradis. Mélanie a laissé en repos balais et casseroles. Je l'imagine dans son lit, qui marmonne une dernière dizaine de chapelet. Il est grand temps, pour moi aussi, de fermer les yeux sur mes souvenirs...
Si Jacqueline Soizy n'avait pas ignoré, qu'avec trois points en main, elle ne pouvait soutenir une ouverture de deux piques, le destin eût pris un autre parti, et ce n'est pas cette histoire que je vous raconterais. Mais elle commit cette faute, et son mari ne manqua pas de la relever. - Ma petite Line, tu n'avais pas le droit... Elle leva les yeux, et ce fut à ce moment exact que, derrière son mari, quelque chose dans le parc arrêta son regard et l'hallucina. - Qu'est-ce que tu as Line ? Elle répondit, les yeux fixes : - J'ai peur, Jacques...
Le bruit de l'orchestre leur parvint, plus distinct. On avait ouvert les hublots où les musiciens jouaient une danse moderne. Sur le pont arrière, on servait des rafraîchissements par petites tables. Les globes lumineux, qui répandaient une lueur laiteuse, attiraient des insectes en nuages serrés. Ils ne pouvaient venir de terre, les côtes étant trop éloignées. Valérie se dit qu'on avait dû les embarquer au départ. Mais Jean Lemonier fournit indirectement une raison à leur présence : - À l'aube, nous franchirons le canal de Panama... - La nouveauté est bien agréable, dit Valérie, heureuse. Je dois être née pour l'aventure. Vous connaissez bien le Pérou ?