La montagne Sainte-Geneviève
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"Au cours du troisième et du second millénaires avant Jésus-Christ se produisit l'événement le plus important de l'histoire temporelle récente de l'humanité : d'une région qu'on semble pouvoir situer entre la plaine hongroise et la Baltique, par vagues successives, partirent en tous sens des troupes conquérantes qui parlaient sensiblement la même langue. Que s'était-il passé ? Désagrégation d'empires préhistoriques ? Difficultés alimentaires ou climatériques ? Impérialisme inné, appel confus du destin, maturation plantureuse d'un groupe humain privilégié ? Nous n'en saurons jamais rien. Mais le fait est là : des courses centrifuges, en quelques siècles, asservissent à ces hardis cavaliers toute l'Europe du Nord, de l'Ouest, du Sud et du Sud-Est ; les anciens habitants disparaissent, s'assimilent ou forment des îlots qui se résorbent lentement et dont il ne subsiste aujourd'hui que le « témoin » basque, au bout des Pyrénées, et, dans le Caucase, de petits peuples très originaux. En Asie centrale, quelques-uns poussent jusqu'au Turkestan, où leurs royaumes tiendront encore près de dix siècles après le début de notre ère, malgré la pression chinoise, malgré les remous des Turcs et des Mongols. Certains, très tôt, et d'autres après eux, se ruent sur l'Asie antérieure ; d'autres occupent l'Iran, cheminent jusqu'à l'Inde : mille ans avant Jésus-Christ, ils sont dans le Pendjab et déjà regardent le Gange où les Grecs du temps d'Alexandre les trouveront installé."
"Au cours du troisième et du second millénaires avant Jésus-Christ se produisit l'événement le plus important de l'histoire temporelle récente de l'humanité : d'une région qu'on semble pouvoir situer entre la plaine hongroise et la Baltique, par vagues successives, partirent en tous sens des troupes conquérantes qui parlaient sensiblement la même langue. Que s'était-il passé ? Désagrégation d'empires préhistoriques ? Difficultés alimentaires ou climatériques ? Impérialisme inné, appel confus du destin, maturation plantureuse d'un groupe humain privilégié ? Nous n'en saurons jamais rien. Mais le fait est là : des courses centrifuges, en quelques siècles, asservissent à ces hardis cavaliers toute l'Europe du Nord, de l'Ouest, du Sud et du Sud-Est ; les anciens habitants disparaissent, s'assimilent ou forment des îlots qui se résorbent lentement et dont il ne subsiste aujourd'hui que le « témoin » basque, au bout des Pyrénées, et, dans le Caucase, de petits peuples très originaux. En Asie centrale, quelques-uns poussent jusqu'au Turkestan, où leurs royaumes tiendront encore près de dix siècles après le début de notre ère, malgré la pression chinoise, malgré les remous des Turcs et des Mongols. Certains, très tôt, et d'autres après eux, se ruent sur l'Asie antérieure ; d'autres occupent l'Iran, cheminent jusqu'à l'Inde : mille ans avant Jésus-Christ, ils sont dans le Pendjab et déjà regardent le Gange où les Grecs du temps d'Alexandre les trouveront installé."
"Depuis trois ans, comme il se doit, Jupiter Mars Quirinus a vécu d'une vie double. L'auteur l'a constamment repensé, éprouvant les documents et les arguments qu'il avait produits. Et les divers publics auxquels il s'adressait ont réagi. De cette fermentation et de ces pressions extérieures sont sortis les quatre chapitres qu'on va lire. Le système d'explication a été en général compris et souvent accepté avec facilité. Le dépaysement que la démonstration comparative impose aux latinistes et aux historiens a été supporté de bonne grâce. Mais, si les approbations sont précieuses à plus d'un titre, c'est surtout des résistances et des contradictions qu'il sera fait état dans la suite et je dois avant tout remercier ceux qui ont consacré peine et temps à critiquer. Leurs objections m'ont parfois surpris, s'attaquant à des points si aisément défendables que je n'avais même pas songé à en découvrir la défense mais cela même sera utile, car, les petites difficultés une fois écartées, on s'apercevra que les grandes perdent beaucoup de leur matière et de leur vigueur." Georges Dumézil
"Depuis trois ans, comme il se doit, Jupiter Mars Quirinus a vécu d'une vie double. L'auteur l'a constamment repensé, éprouvant les documents et les arguments qu'il avait produits. Et les divers publics auxquels il s'adressait ont réagi. De cette fermentation et de ces pressions extérieures sont sortis les quatre chapitres qu'on va lire. Le système d'explication a été en général compris et souvent accepté avec facilité. Le dépaysement que la démonstration comparative impose aux latinistes et aux historiens a été supporté de bonne grâce. Mais, si les approbations sont précieuses à plus d'un titre, c'est surtout des résistances et des contradictions qu'il sera fait état dans la suite et je dois avant tout remercier ceux qui ont consacré peine et temps à critiquer. Leurs objections m'ont parfois surpris, s'attaquant à des points si aisément défendables que je n'avais même pas songé à en découvrir la défense mais cela même sera utile, car, les petites difficultés une fois écartées, on s'apercevra que les grandes perdent beaucoup de leur matière et de leur vigueur." Georges Dumézil