Le monde en poche
L'Anthropocène désigne l'époque où l'être humain s'est imposé comme une force géologique à part entière, apte à remodeler durablement les dynamiques profondes de la Terre. Bien que la Commission internationale de stratigraphie ait refusé, en 2024, d'entériner officiellement le concept, dont les premières intuitions apparaissent au XIXe siècle, il s'est largement diffusé dans les sciences humaines et sociales. Ce concept prend appui sur un faisceau d'observations difficiles à ignorer - changements climatiques, extinction massive des espèces et pollution généralisée. Autant de signaux qui nous conduisent à repenser les récits collectifs liant nature et culture. Face aux limites de la notion d'Anthropocène, certains chercheurs proposent des cadres autres, tels le Capitalocène ou le Plantationocène, afin de mieux rendre compte des enjeux économiques, sociaux ou historiques inhérents à cette nouvelle époque. Malgré ces propositions concurrentes, l'Anthropocène demeure un outil critique puissant pour imaginer de nouvelles manières d'habiter le monde.
L'érosion du droit à l'avortement aux États-Unis, qui a culminé avec le renversement de l'arrêt Roe c. Wade en 2022, s'est mise en place dès sa légalisation en 1973. Bien que cet arrêt ait établi un droit universel, il est resté entravé par des obstacles géographiques, économiques et législatifs qui ont exacerbé les inégalités entre les États et les disparités entre les femmes. Les répercussions de ce recul juridique s'étendent bien au-delà des frontières nationales, affectant notamment les régions frontalières avec le Mexique et le Canada, tout en symbolisant la régression des droits reproductifs aux États-Unis. Ce contexte met en lumière la complexité des dynamiques politiques et sociales qui entourent l'avortement dans un monde post-Roe.
Comment, en quelques décennies à peine, le régime chinois a-t-il réussi à subjuguer l'ancien territoire britannique ? Ce serait grâce à un cadre institutionnel propice à appâter les élites économiques, à diviser l'opposition et à en réinterpréter les dispositions à son avantage que Pékin a pu soumettre Hong Kong à son joug. Recourant tantôt à l'ambiguïté stratégique et y allant tantôt de main ferme, Pékin a habilement exploité les failles du statut d'autonomie de Hong Kong et de sa feuille de route sur la démocratisation afin d'en atteindre les objectifs inverses : l'intégration et l'autocratisation. Dans ce processus, le régime a su utiliser la contestation comme un prétexte pour accélérer sa mainmise, une tendance qui s'est manifestée lors du soulèvement de 2019 et de l'imposition de la Loi sur la sécurité nationale, qui a constitué le coup de grâce dans le processus d'assujettissement de la ville. L'expérience hongkongaise constitue un signal d'alarme de ce qui pourrait se produire ailleurs, d'où l'importance d'y prêter une attention aiguë.
La Russie est-elle vraiment l'ultime rempart contre ce qu'elle considère comme la décadence morale de l'Occident ? Comment en est-elle venue à jouer ce rôle ? Pourquoi l'État endosse-t-il ce programme et quel écho obtient-il dans la population ? Ce virage conservateur de la Russie s'explique par la rencontre de deux forces : d'une part, un mouvement social traditionaliste réagissant aux bouleversements post-communistes ; d'autre part, un pouvoir politique opportuniste qui, après avoir affiché une posture technocratique hostile à tout engagement idéologique, cherche de nouveaux soutiens en brandissant la bannière des valeurs morales pour pallier une popularité en berne. Le conservatisme russe d'aujourd'hui ne reflète donc pas une conversion spirituelle des dirigeants ou de la société russes. Il s'agit d'un bricolage à la carte, volontairement flou et sans cesse redéfini, qui participe aux stratégies de légitimation des autorités en contexte autoritaire.
L’intelligence artificielle n’est plus une simple innovation : elle est devenue l’enjeu central des rivalités entre États. Qui contrôle l’IA contrôle le monde de demain.
Dans moins d'une génération, l'ordre géopolitique et géoéconomique mondial sera manifestement différent de celui que nous connaissons aujourd'hui, ces dynamiques à l'oeuvre étant le résultat de la puissance décomplexée de la Chine et des « nouvelles routes de la soie ». Amorcé en 2013, le mégaprojet Belt and Road Initiative (BRI), avec pour objectif le déploiement à partir de la Chine d'un ensemble multiforme d'initiatives économiques, commerciales, géopolitiques, diplomatiques et normatives, suscite spéculations et inquiétudes. Il vise la construction d'importantes infrastructures de transport reliant la Chine au reste du monde, tout en développant des flux commerciaux et en améliorant la connectivité entre la Chine et des régions qu'elle vise pour ce faire. À la fois projet commercial ambitieux, plan « civilisationnel » pour faire de la Chine une puissance d'envergure mondiale, le BRI annonce irrémédiablement un nouveau rapport de force international.
Et si la menace nucléaire n’était plus une relique de la guerre froide ? Le retour du risque nucléaire décrypte les nouvelles tensions entre grandes puissances et l’urgence de comprendre les enjeux stratégiques du XXIe siècle.
Que comprendre de la tragédie qui frappe le Yémen depuis 2015 ? Quelles sont les causes et les conséquences de cette guerre qui continue de faire des milliers de victimes et dont la complexité des enjeux est apparemment inextricable ? Initialement un conflit intérieur entre le mouvement houthiste et le gouvernement central, la guerre qui fait rage au Yémen s'internationalise en 2015 lorsque l'Arabie saoudite et ses partenaires interviennent en soutien au gouvernement central afin de contrer les houthistes, eux-mêmes proches de l'Iran. Jonglant entre les multiples factions ennemies ou amies, et les motivations souvent contradictoires des acteurs, l'auteur montre comment les puissances extérieures ont profité de la faiblesse de l'État central pour faire du Yémen un théâtre de leurs affrontements. Il analyse l'internationalisation de la guerre et brosse un tableau très sombre des perspectives de stabilisation du pays.
Devant l'urgence climatique et la nécessité de transformer notre société de consommation, quel rôle l'État doit-il jouer, et quelle est sa marge de manoeuvre dans le monde ? Devenu une arène où les controverses politiques pullulent, entre ceux qui croient que le marché génère les meilleures solutions et ceux qui déplorent l'absence de réponse politique, l'État demeure l'institution la plus puissante pour coordonner les actions des êtres humains. Ce livre défend ainsi la thèse qu'il joue un rôle clé dans la protection de la planète. Mais face à une crise environnementale dont l'issue pourrait être catastrophique, les obstacles politiques sont nombreux et le temps est compté.
L'Afrique connaît d'intenses bouleversements dont les répercussions économiques et politiques sont à la fois considérables et préoccupantes. Des vagues contestataires prennent forme dans la région et on peut se demander quelles en sont les motivations les plus profondes. Ces mouvements sont-ils vraiment nouveaux ou prennent-ils racine dans une histoire beaucoup plus ancienne ? Pour bien comprendre les dynamiques qui secouent la région, faut-il mettre l'accent, comme on le fait actuellement, sur les jeunes et les nouveaux médias? Et comment se reconfigure le paysage politique africain à la suite de ces soubresauts ? Écrit par deux spécialistes de l'Afrique francophone, de la sécurité et de la gouvernance, cet ouvrage brosse un large panorama de la politique africaine, des contraintes qu'elle subit et des espoirs qu'elle suscite.
Au confluent de la culture et de l'économie, de l'individu et de la société, les idéologies fournissent des cartographies plus ou moins poreuses pour naviguer entre la vie sociale et la vie politique. Au lieu d'attribuer des préférences immuables à des sujets rationnels, l'étude de l'idéologie s'attarde à la manière dont les idées se forment et évoluent, mais aussi au rôle qu'y jouent l'affect et les contextes social, économique et culturel. Ce livre jette un regard sur l'extrême polarisation culturelle et politique qui frappe les États-Unis ainsi que sur les transformations importantes du siècle dernier en accordant une attention particulière à deux situations tenaces : les inégalités socioéconomiques et le racisme. Affaiblissement de la démocratie, préjugés systématiques contre les personnes racisées et les pauvres, schisme entre les élites et la population ou entre les électorats républicain et démocrate sont autant de phénomènes qu'on peut voir à travers le prisme des idéologies politiques.
Longtemps associé à un phénomène en marge de la politique européenne ou à l'instabilité de régimes présidentiels de l'Amérique latine, le populisme est maintenant indissociable de l'actualité politique : le Brexit, l'élection de Donald Trump à la présidence américaine en 2016, celle de Bolsonaro au Brésil en 2018 ou d'Orban en Hongrie en 2014 et 2018, en sont des exemples. Même si les chercheurs ne s'entendent pas sur l'articulation du populisme avec d'autres phénomènes politiques - autoritarisme, nationalisme ou fascisme -, plusieurs conviennent qu'il est en vogue en particulier dans des milieux non pas nécessairement moins fortunés, mais certainement moins éduqués, en région plutôt qu'en milieu urbain et chez les hommes plutôt que chez les femmes. Enfin, cette idéologie semble mettre en scène une opposition d'ordre moral entre « le peuple » et « les élites » et dévalorise, à gauche comme à droite, l'expertise au profit de la revendication d'un accès spontané à une vérité fortement dérivée des émotions, de l'intuition et du ressenti.
Depuis une trentaine d'années, on a tendance à amplifier, parfois grossièrement, la portée de la mondialisation et à en déformer la réalité. Selon plusieurs, l'accélération de la mondialisation conduit à l'avènement d'un monde « sans frontières », exacerbant la concurrence entre les nations. Ces critiques face à la mondialisation sont-elles justifiées ? C'est en examinant les données sur la performance économique et sociale des pays sociaux-démocrates et libéraux, en décortiquant la situation de l'emploi et en expliquant les inégalités qui y sévissent que nous pouvons cerner la portée de la mondialisation dans nos vies. Les conclusions sont claires : l'État-providence est bien vivant et la social-démocratie est toujours le modèle économique et social le plus performant.
Au mois de juin 1945, l'Organisation des Nations unies a été créée afin de rassembler tous les États indépendants et d'organiser leurs rapports selon les modalités définies dans sa Charte. Ces modalités servent de cadre à une concertation politique dont la finalité est de maintenir la paix et la sécurité internationales. C'est un des organes principaux de l'ONU, le Conseil de sécurité, qui en a la responsabilité. Le Conseil concentre entre ses mains des attributions de plus en plus larges qui permettent à l'ONU d'intervenir dans le règlement des différends par des moyens pacifiques ou, lorsque la paix est rompue, par la coercition. Le Conseil est aussi un organe politique que les cinq grandes puissances - États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni - dominent et parfois manipulent. On peut l'aimer ou le détester, mais avant de porter un jugement sur son action ou son inaction, ne vaut-il pas mieux comprendre exactement à quoi il sert ? Ce livre tente de répondre à cette question.
Lieu de convergence au sein du monde tropical et océanique, l'Asie du Sud-Est est constituée de onze pays fort différents, dont l'avenir était envisagé en termes alarmistes par des observateurs chevronnés de la scène mondiale dès après la Deuxième Guerre mondiale et jusqu'aux années 1960-1970. Malgré des pronostics très pessimistes et des perspectives économiques et politiques jugées désastreuses, le Sud-Est asiatique est toutefois parvenu à appliquer des politiques contredisant les experts occidentaux, montrant ainsi combien imprévisible reste cette région.