Les Champs de la santé
Chargée par l'OMS d'étudier les répercussions de la malnutrition sur le développement intellectuel des enfants d'Afrique, l'auteur relate son expérience de près de quarante ans pendant lesquels elle a observé l'influence du maternage, de l'éducation dans différents milieux sociaux, de différentes ethnies, de différents pays. « Copyright Electre »
Notion universellement assimilée à la dégradation, la mutilation se révèle paradoxalement ambivalente. Élément déterminant de nombreux épisodes mythologiques, sublimée à travers d'innombrables rituels sanglants, ponctuant le cours des initiations individuelles et collectives, marque d'élection ou d'infamie, la mutilation est valorisée ou condamnée au gré des époques, des cultures et des codes. Recours ambigu transcendant schémas manichéens et particularismes locaux, la mutilation s'identifiant pleinement à la castration dénature pour mieux culturaliser. Se mutiler et répandre le sang est un geste universel inscrit dans la logique rédemptrice de « la partie pour le tout », légitimant le sacrifice qui scelle l'union et fonde les différences. Cet essai se propose au-delà des apparences et des traditionnelles oppositions entre « sauvagerie » et « civilisation », de retrouver l'unité structurelle de la mutilation volontaire, et d'analyser les termes du discours valorisant nos propres pratiques mutilantes et dévalorisant celles d'autrui instinctivement marquées du sceau de l'étrangeté et trop souvent rejetées du côté de la barbarie.
Etudie les représentations populaires d'un certain nombre de maladies en Afrique de l'Ouest, parmi les plus courantes, en s'intéressant aux processus sémiologiques, cognitifs et empiriques à l'oeuvre. « Copyright Electre »
Structure centenaire complexe, Sainte-Anne est, dans Paris, un centre hospitalier spécialisé qui se modernise à grands pas. Cependant, comme Charenton, Sainte-Anne demeure symbole de folie, image d'existence figée, et métaphore de l'impossible. Figure aussi du désespoir. La tendance actuelle des thérapeutiques en psychiatrie mène à l'allègement des symptômes par des médicaments spécifiques, à la psychothérapie comportementale, et à l'aménagement existentiel des patients dits chroniques dans des structures d'accueil qui pourraient, au moins, faire oublier l'asile. Mais la réflexion théorico-clinique que présente B. Dalle ne s'inscrit dans aucun de ces registres. Animateur depuis vingt-cinq ans d'une unité de soins intra-hospitalière dont les soignants ont, avec lui, une visée thérapeutique fondamentalement référée à la psychanalyse, l'auteur souhaite donner, dans cet essai contrasté qui s'appuie sur les particularités de quelques itinéraires psychotiques, un témoignage à la fois paradoxal et subversif : accompagner longtemps des sujets psychotiques rend modeste ; on y apprend aussi - angoisse et transfert psychotiques obligent - à avancer sans craindre excessivement l'éveil des orages.
À partir d'une expérience partagée entre la neuropsychologie et la psychiatrie, l'auteur propose, sous forme d'essai, une réflexion sur les rapports de la psychiatrie avec la biologie. Est-il possible, au-delà de l'impasse actuelle où les modèles biologiques, remarquablement construits dans l'ordre d'une causalité physique, vident le psychisme du sens qui lui est essentiel, d'envisager un développement de la biologie qui lui permette de réintégrer le sens perdu, et de fonder une connaissance fidèle de la qualité du travail psychique ? Les instruments théoriques construits par la psychanalyse en constituent la base, mais ne suffisent pas aujourd'hui à embrasser toute l'étendue et la complexité des phénomènes. Peut-on s'engager dans une étude du psychisme qui reste conforme aux exigences de la science sans en altérer la qualité ? L'aventure semble possible. Au-delà de la médecine et de la science, c'est d'une certaine idée de l'homme qu'il s'agit.
Ce que je propose ici est une anthropologie de l'adolescence définie comme un entre-deux à explorer à travers les pratiques et les discours des jeunes d'ici et d'ailleurs : entre puberté et maturité, entre rites et mythes, entre désir et agir, entre sentiments et jugements, autant de balises qui indiquent les quatre parties de ce livre. Mais on peut continuer la liste : entre féminin et masculin, entre joies et peines, entre dépendance et autonomie, entre solitude et solidarité, entre peur et audace, entre pudeur et provocation, entre passé et futur, entre amour et amitié, entre vie et mort, etc. Une des questions que pose ce livre est celle-ci : symboliser à la fois la mort et la reproduction, c'est-à-dire la succession des générations, ne serait-il pas une condition pour s'inscrire dans une identité sexuelle et un devenir adulte ?
Le chevet d'un malade est le lieu d'un rassemblement extraordinaire de personnages : on y voit défiler le médecin et ses aides, la famille, les parents éloignés, les amis et, de façon moins visible, d'autres individus qui apportent leur secours sous forme de tisanes, de prières ou d'exorcismes. Sur cette étroite scène une société fait affluer des acteurs qui symbolisent toutes ses forces, depuis les pouvoirs officiels de la science jusqu'aux échos troubles des traditions magiques, en passant par les relations d'affection, d'intérêt ou d'alliance qui parcourent les voies de la parenté. Aussi, ce qui se déroule autour du malade et de la maladie dit-il, mieux que tout autre discours, les réalités d'une société. Dans les pays créoles, issus de la rencontre de civilisations multiples, ce sont les héritages culturels, les contradictions et les conflits qui se retrouvent à ce carrefour que sont la maladie et le soin. Or, loin de s'affronter, ils s'ajustent dans des synthèses inattendues, où religions, techniques, empirisme et science se relaient. Dans cet ouvrage, il est surtout question de ce qui se passe à l'île de la Réunion, mais ce cas particulier est l'image extrême d'un mouvement très général dans les sociétés modernes. Les sociétés créoles ont préfiguré les grands télescopages de civilisations qui ébranlent notre monde. Les rencontres de médecines, les itinéraires des malades entre hôpitaux, cultes, plantes et guérisseurs sont un fait courant, bien que souvent masqué, dans notre société ; on le comprend mieux grâce à l'exemple de cet univers clos, à l'histoire dense et riche. Il nous offre les clés d'une anthropologie de la santé et de la maladie, et finalement du malheur. Par leurs rencontres, les médecines donnent des formes nouvelles à leurs réponses et poursuivent leur tâche essentielle, qui n'est pas seulement de prendre en charge le corps, mais de restaurer autour de la personne malade le monde que son tourment ébranle.