Monde en cours
Suivant une tradition méditerranéenne millénaire, et sans qu'on y prenne garde, un comptoir commercial « colonial » a pris forme à Marseille ces dernières années. L'événement s'est produit dans le quartier de Belsunce, centre historique d'accueil des immigrants venus des mondes pauvres ou en conflits tout au long de ce siècle. À la différence des anciens comptoirs coloniaux, ce dispositif, qui s'appuie sur les différentiels de richesse entre pays, contribue à l'enrichissement de tous les maillons de son réseau. Il prend place dans une organisation mondiale de l'économie souterraine. Il invente une économie transfrontalière qui bouleverse les desseins des États, du Nord comme du Sud, et leurs hiérarchies rigides. Loin des fondamentalismes, Tunisiens, Marocains, Algériens, Polonais, Turcs, Libyens, Africains se croisent en d'incessants échanges civilisationnels dans cet espace de l'honneur et de la parole donnée. Peu sensibles aux rêves républicains d'une intégration française, ces communautés d'hommes et de femmes actifs interrogent radicalement notre conception de la citoyenneté.
Michel Anselme fut l'un des pionniers de la politique de la ville en France. Dès la fin des années soixante-dix, à la demande du maire de Marseille et de l'Office public d'HLM, il dirigea, avec ses amis du CERFISE, une première réhabilitation, dans l'une de ces cités où les travailleurs sociaux et les policiers craignaient d'aller. Avec le souci d'écouter les habitants et de donner droit à leurs revendications, mais aussi de construire des accords entre voisins, et de renouer le lien entre locataires et institutions, il inventa les « permanences de parole » là où régnaient la violence et l'abandon, le non-dit et l'exclusion urbaine. Ce fut l'expérience fondatrice du Petit Séminaire. D'autres expériences suivirent. Des quartiers nord de Marseille aux premières opérations de développement social des quartiers lancées dans les DOM-TOM, ce livre retrace l'itinéraire d'un sociologue qui choisit très tôt de tenir une position d'intervention sur le terrain de l'action publique, plutôt que de faire carrière dans le monde universitaire. Homme de parole dans tous les sens du terme, Michel Anselme consacra peu de temps à écrire. Il est mort subitement en 1993, à l'âge de 44 ans. De ses écrits, nous avons choisi les plus significatifs, pour faire entendre une nouvelle fois cette voix qui affirmait que les habitants des quartiers les plus difficiles sont capables de prendre la parole, de participer à la gestion de leur cadre de vie, du moment qu'on sait mettre en place des dispositifs adéquats. La politique de la ville a réclamé dès le début une présence active des habitants. Vingt ans après, elle ne sait toujours pas comment obtenir leur implication. Pour tous ceux qui cherchent du sens sous les discours incantatoires, il nous a paru utile de remettre en circulation les textes d'un homme que la passion de la démocratie avait mis en position de précurseur. Ce livre est l'initiative d'amis qui ont partagé son expérience professionnelle et sa vie quotidienne.
« Orphelin, scorpion/buffle se complaisant dans l'entourage de vieillards et de fortes femmes seules mais pas esseulées, gaucher contrarié, myope et curieux comme une taupe, menteur et voleur ou plutôt hâbleur - en patois provençal on dit garofeur - plein de bouche et chapardeur, toujours pressé mais jamais stressé, rarement ému, sceptique sur les valeurs inculquées par rapport aux pratiques que je ne qualifiais pas encore de sociales, complètement isolé en dépit de la naissance de Moncadet et d'un nombre impressionnant de cousines, mais tous venus trop tard, après moi, c'est-à-dire après la guerre donc après Lui, il n'en fallut pas plus pour m'apprendre à dire NON systématiquement et me positionner toujours ailleurs : c'est donc l'hystérie salvatrice autant que protestante qui m'a poussé vers l'épistémologie ! Comprendre le monde plutôt que de ne pas le comprendre, même s'il est irrémédiablement corrompu et même si cette connaissance ne me donne pas le moyen de le changer. Je ne voulais pas mourir idiot, je décidai donc de vivre jusqu'à ce que j'eusse tout compris, y compris ce misérable tas de petits secrets... » Bruno Étienne nous confie ici une grenade entrouverte (essai d'anthropologie complémentariste), sorte de « vie mode d'emploi » qui, si elle est Perec-ement jubilatoire, constitue par ailleurs, un formidable travail d'anamnèse : celui qui nous fait parcourir le trajet d'un enfant provençal devenu professeur de science politique, spécialiste de l'Algérie et de l'Islam, mais aussi professionnel de karaté, et maître dans l'appétit de vivre !
Grèves de la faim, passages à la télé, photos publicitaires dénudées, mais aussi SDF quêtant dans la rue ou expert portant sa compétence partout avec lui... nous sommes entrés dans une ère où de plus en plus le corps individuel s'émancipe du groupe pour devenir notre moyen principal de communication et de relation sociale. « Copyright Electre »
Ce livre est important, au moins pour deux raisons. Pour la première fois, un acteur essentiel du nationalisme corse, en nous introduisant à un conflit chaque jour plus tragique, nous permet de comprendre cette situation et ses dérives. Par ailleurs - et surtout - la volonté de l'auteur de tout raconter de cette lutte est une tentative, peut-être désespérée, de créer « un effet de souffle » pour que cessent les luttes fratricides et les enfermements actuels. C'est évidemment d'abord cela qui nous a incités à l'éditer. L'auteur lui-même écrit : « Le mouvement corse ne représente plus une alternative pour le peuple corse. S'il veut la symboliser à nouveau, il lui faudra trouver la force et le courage politique de procéder à une introspection sans concession. » Ce journal d'un homme chaque jour en danger de mort veut être le déclic d'un apaisement. Gabriel Xavier Culioli, dans sa préface, souligne quant à lui que si « ce journal accable d'abord celui qui s'y plonge car, transcendant la volonté de l'auteur, il dresse un bilan du nationalisme corse qui donne froid dans le dos, » c'est aussi un livre nécessaire car « si la barbarie mafieuse triomphe là, elle se déchaînera en France en contaminant d'abord la côte méditerranéenne. Puis elle montera vers le nord... » Ce livre est de ceux dont la lecture crée un choc, un ébranlement violemment salutaire - sans doute avant qu'il ne soit trop tard.
En 1951, lors de la première expédition polaire organisée par Paul-Émile Victor, le docteur Sapin-Jaloustre et Mario Marret découvrent une rookerie, lieu de vie des pingouins Adélie et des Empereurs. En 1953, lors de leur troisième expédition, Mario Marret et six compagnons refusent de rentrer en Australie alors que leur base est détruite en quelques minutes par un incendie. Ils vont donc se retrouver à sept dans un abri précaire prévu pour quatre et vivre une étonnante aventure dans cette partie du monde particulièrement peu clémente qui, par la force du récit extraordinairement vivant et plein d'humour de Mario Marret, ressemblera à un décor de rêve fantastique. Une aventure où se succéderont péripéties et drames, mais que le plaisir de la découverte transformera en expérience chaleureuse dans ce monde loin de tout, torturé par le blizzard, le froid et les dangers. « Sept hommes chez les pingouins » se lit comme un merveilleux roman d'aventures. Mais c'est aussi un document exceptionnel sur une expérience digne des grands explorateurs du début du siècle.
De la ville, sous toutes ses formes, trop vieille, trop neuve, de ses splendeurs et de ses épreuves, il faut discuter beaucoup tout en agissant, pour ne sacrifier jamais à des simplifications traîtresses, vis-à-vis de l'opinion et auprès des pouvoirs. On doit aimer et soutenir constamment des agglomérations que la nécessité a fait souvent improviser, que les événements n'ont pas formées comme on l'avait prévu à l'origine, où tout change vite et forcément mal si on néglige ces soins constants, à réviser, voire à réinventer toujours. Il n'y a pas, pour cela, de recettes passe-partout. Rien n'est jamais gagné ni perdu de façon définitive. Il faut être sans cesse sur le qui-vive, prêt à modifier des solutions rectilignes, au vu de réalités mouvantes, de mieux en mieux comprises. Alain Fourest est un de ceux qui ont suivi l'aventure urbaine de la France du second demi-siècle avec une attention et un coeur particuliers. François Bloch-Lainé
Le travail en friche n'est ni « la fin du travail », ni même la rareté du travail. Il est le travail d'aujourd'hui, un travail qui ne fonctionne plus dans sa pratique ni même dans son principe comme unificateur social. Cette idée très abstraite, et essentielle pour la compréhension des bouleversements profonds du lien social, est remarquablement présentée et analysée dans ce livre à partir des récits, très vivants, de jeunes en situation précaire. On y voit comment s'enchevêtre, dans la ville d'aujourd'hui, une diversité d'économies qui font apparaître ce que l'auteur appelle les mondes de la « petite » production urbaine. La sociologie de ces mondes ici présentée - une approche en termes d'économie, d'espaces et de cultures - permet de penser les porosités, les imperméabilités, entre les différents mondes de la production mais aussi la difficulté des acteurs à percevoir, et à se raconter leurs places et leurs trajets. Premier boulot ? Petits boulots ? Début d'une ascension professionnelle possible ? Dérive vers l'exclusion ? Ainsi, au-delà du travail en soi, ou de son absence, c'est plus largement la question des mondes sociaux eux-mêmes qui est posée ; et la possibilité offerte aux acteurs de se saisir, ou non, de leur propre destin. Cet essai renouvelle ainsi fortement la réflexion sur la notion même du travail par une mise en abîme du réel et du rôle socialisateur perdu du travail.
Avec les arrêtés municipaux de l'été 1995 la mendicité et le vagabondage, deux questions qui traversent les siècles, ont repris place dans les débats juridiques et politiques. Ce livre retrace l'histoire de la prise en charge des mendiants et des vagabonds. Le modèle du « jeu de ping-pong » qui y est décrit permet de comprendre la gestion collective du phénomène. Ces arrêtés, petits détails de l'action publique, se situent certainement au centre des problèmes soulevés par la vulnérabilisation massive de la société française. Ils conduisent à s'interroger sur la citoyenneté dans un pays qui est malade de « l'exclusion » et dans des villes confrontées à une nouvelle donne que seule l'émergence d'une gouvernance urbaine efficace saura réguler. Aussi, au-delà de la condamnation philosophique de l'interdiction de la mendicité, il faut comprendre les décisions des maires comme un appel à l'État qui a tant de difficultés à comprendre et à gérer cette question SDF, alors qu'il fait de la lutte contre l'exclusion sa priorité impérieuse. Aujourd'hui, plutôt que de montrer certains « mauvais » pauvres du doigt, un des choix collectifs majeurs est certainement de se remettre en question face aux plus démunis. Les politiques « d'insertion » pourraient, à cet égard, être fortement reconsidérées car elles semblent surtout pointer un déficit de capacité d'intégration.
Cet essai nous plonge dans des mondes méconnus, celui des Gitans de Perpignan, des commerçants africains de Marseille, des sidérurgistes lorrains en Provence... mais aussi celui des élites professionnelles internationales. Alain Tarrius, qui se consacre depuis des années à la découverte de ces populations dites marginales, montre avec brio qu'elles ont construit un monde à part, international, efficace, qui mène à un renouveau des cosmopolitismes dans les villes européennes sous l'effet de la mondialisation. Il analyse comment ces populations développent dorénavant des capacités de métissages sociaux, culturels et économiques insolites, éloignées des formes classiques de l'intégration, dans une cohésion apparemment paradoxale qui échappe aux logiques de fonctionnement des États-nations, mais rejoint des pratiques planétaires de la nouvelle économie. L'ouvrage est conçu comme un dialogue entre exposés didactiques de travaux de terrain et propositions théoriques : économies de l'officialité, économies souterraines, de produits d'usage licites ou de drogues, trajectoires individuelles, destins collectifs, s'articulent dans les quartiers de grandes villes et le long des espaces qui les relient, afin de produire de nouvelles formes sociales cosmopolites impensables voici peu encore. Pour le lecteur aussi, le dépaysement et le voyage sont de la partie...
Entre les tenants d'un rural considéré comme un « reste » non-urbain et les chantres du bonheur rustique d'autrefois, une autre approche de l'espace rural est possible. Tel est l'objet de ce livre pour lequel la vieille problématique des rapports ville campagne n'a plus cours, notamment parce que les inégalités géographiques se révèlent moins importantes que les inégalités sociales. D'ici 2015, le système sociospatial français continuera à subir de profondes transformations. Le monde rural y jouera un rôle déterminant. Mais par quels moyens les initiatives locales et l'innovation sociale peuvent-elles participer de cette évolution ? Comment penser un nouvel équilibre social et ses implications sur les territoires ? Quelles formes d'intervention publique seront à même d'y répondre ? Ce livre, après l'état des lieux présenté par la même équipe en 1993 dans Naissance de nouvelles campagnes, tente d'apporter des réponses.
Le tourisme n'a pas toujours existé. Il a été créé par étapes. Ses pratiques et ses lieux sont autant d'inventions qui reflètent l'histoire socioculturelle de l'Europe depuis le XVIe siècle : telle est la démonstration de la grande thèse de Marc Boyer rendue accessible par ce livre. Les attraits du tourisme, les sites à visiter (sight seeing), les lieux où séjourner (stations saisonnières) ne sont pas des données, mais des acquis culturels. Le tourisme jusqu'à la fin du XIXe siècle (et même au-delà) est un privilège aristocratique, un comportement qui distingue certains oisifs. C'est le vaste Sud Est qui est choisi ici pour présenter tout ce que ces « ouvreurs de voie », essentiellement venus de Grande Bretagne, nous ont apporté : le Tour éducatif, la saison mondaine en stations, la campagne espace de plaisance, la montagne terrain de jeux, l'Éden hivernal du Midi... Autant de motifs d'un tourisme toujours élitiste qui a lancé durablement les lieux correspondant à ces inventions de l'inutile. Un livre qui donne son sens à l'histoire du tourisme en montrant que tout ne commence pas en 1936 avec les congés payés et que les comportements culturels se transmettent et se diffusent par l'imitation et la traduction. Ce livre est une lecture profondément humaine d'une invention qui a bouleversé nos manières de vivre.
Du paysage et du milieu urbain, le vocabulaire contemporain des politiques de la ville dit qu'ils sont choses publiques. En tête de ce vocabulaire, les civilités ordinaires de la condition citadine et la question de leur rapport au civisme : quelles sont les qualités communes constitutives du droit de cité ? Comment décrire cette matière publique nouvelle qui naît du devoir d'exposition et des épreuves de réciprocité dans les sociétés urbaines ? Ce livre propose de faire quelques pas de plus dans la ville contemporaine pour découvrir la chose publique comme société et comme « administration » Le paysage urbain s'y découvre comme le théâtre de l'action, pour le politique et pour le citadin, l'espace de dispute par excellence sur le civil et l'incivil, aussi bien pour les différents acteurs du « projet urbain » que pour les citadins qui en ont l'usage.
1652 : trois navires de la Compagnie générale des Indes orientales mouillent au Cap. Commence alors l'histoire tragique de la prise de possession de cette terre. De la conquête de la culture orale noire par l'écriture blanche, de la dépossession matérielle des tribus noires réduites en esclavage à l'exclusion des métis, elle aboutira à l'enfermement légalisé par un arsenal de lois fondatrices de l'apartheid en 1949. Se basant sur les méthodes de l'anthropologie historique, Dominique Lanni retrace les étapes de cette aventure dramatique en lui rendant toute la saveur du récit. Il célèbre la naissance d'une nation arc-en-ciel composée de blancs, noirs, métis, Indiens après l'abrogation de l'apartheid en 1994, sans dissimuler la difficulté de « bâtir une nation alors que des barrières ethniques, culturelles, identitaires, linguistiques ont été érigées et maintenues tant d'années ». Un livre indispensable pour la compréhension des enjeux actuels de la vie politique sud-africaine et, au-delà, pour la cohabitation d'hommes aux trajectoires différentes.
La législation sur les 35 heures suscite autant d'espoirs que de craintes : - permettra-t-elle de créer les 600 000 emplois prévus ? - condamnera-t-elle des pans entiers de l'industrie française à la délocalisation ou à la faillite ? - amplifiera-t-elle la fracture sociale ? Soucieux d'apporter une contribution positive à la lutte contre le chômage et l'exclusion, l'auteur de ce livre propose un éclairage original de la dynamique de l'emploi en s'inspirant des sciences de l'environnement : thermodynamique, écologie, analyse systémique, etc. Il montre que la relation entre valeur ajoutée et coût du travail détermine l'ampleur de l'exclusion des circuits économiques concurrentiels. Une mauvaise application des 35 heures risque alors de favoriser les salariés en place au détriment des chômeurs, des exclus et de la compétitivité des entreprises.
En dépit de critiques radicales et de remises en cause lors de crises majeures, la théorie économique libérale a la vie dure et, depuis l'effondrement de l'idéologie communiste, elle semble en voie de devenir le credo de l'organisation du monde. Or, nous changeons à nouveau de système technique. Le passage de la société industrielle à la civilisation cognitive se fera tout au long du siècle prochain. Et la définition même de ce que l'on appelle économie n'est plus pertinente. Son usage abusif cause des dégâts considérables, aux hommes, aux cultures et à la nature. Cet ouvrage propose les bases d'une autre pensée économique, un cadre cohérent dont le respect permettrait d'éviter bien des horreurs.
« Parfois à Téhéran, les hivers surgissent au coeur de l'été. Et il arrive que quelques touches de printemps s'imposent dans l'automne le plus gris. Dans « Vali-Asr », l'avenue du « Maître-du-Temps », longue de quinze kilomètres, ce qui en fait l'une des plus grandes du monde, ce ne sont pas les saisons qui habillent les femmes. Si, sous les lourdes chaleurs d'août, la grande artère qui traverse la capitale connaît des jours de frimas avec des tchadors tirés au cordeau sur les fronts, c'est parce que les milices islamiques sont sur le qui-vive, qu'elles font campagne contre « la corruption sociale ». Si, au contraire, quelques mèches de cheveux s'échappent d'un foulard, si un peu de fard rosit des joues, si un trait de rouge à lèvres dessine une bouche, c'est que le régime s'est assoupi un moment et que les forces de l'ordre font relâche. L'hiver le plus rigoureux est alors rapidement maquillé en printemps, souvent fugitif. Les femmes de Téhéran y excellent. » C'est ainsi que Jean-Pierre Perrin ouvre son livre. Nous ayant ainsi attirés, l'auteur nous emmène au coeur de la ville et du drame iranien - et en particulier de celui des femmes - dans un document qui laisse l'a parole aux Iraniens et mêle finement descriptions, analyses et information. Un livre qui se lit d'une traite et dont on sort à la fois fasciné et édifié par ce maelstrm qu'entraîne une révolution islamique.
Il n'est pas un jour sans que la presse écrite ou télévisée n'aborde d'une manière ou d'une autre « la question de la drogue ». Mais cette approche médiatique se fait souvent dans la plus grande confusion. Tout est mêlé : toxicomanie, insécurité, production, blanchiment, dealers, crime organisé, mafia... Sur un sujet aussi grave, il est nécessaire d'éviter le sensationnel. Dans ce livre, les auteurs présentent le « phénomène drogue » en économistes. Ils le considèrent comme un marché qui pose donc toutes les questions d'un marché. Sur cette base, ils réfléchissent à ce que pourrait être une politique de dépénalisation liée à un contrôle étatique pour que la question de la souffrance exprimée par la demande ne croise plus les chemins du grand banditisme. Une thèse vive, originale et argumentée.
« Attachons-nous à multiplier les moments et les lieux de dialogue ; à susciter de nouvelles formes de médiation entre les intérêts divergents. Mais le temps presse. Il faut préparer le retour du citoyen sur le devant de la scène. Ou s'attendre au chaos. » Ce vigoureux essai de Gérard Delfau est dans la lignée du célèbre Paris et le désert français. Mais son originalité ne tient pas tant à l'idée qu'il faut maintenant dire l'Ile-de-France et le désert français, elle tient surtout dans des propositions précises pour réinsérer chaque citoyen dans la vie publique en repartant des bassins de vie. La réalité au secours de la République, en somme.
Ces entretiens invitent le lecteur à une longue promenade sur près d'un demi-siècle, dans laquelle vie et travail se trouvent intimement mêlés. À partir de sa pratique où la socio-psychanalyse articule sur le terrain psychanalyse et psychologie sociale, Gérard Mendel a élaboré une théorie de l'acte pouvoir dont il donne à voir ici le cheminement et les implications dans la vie quotidienne. Un thème donne son unité à ces entretiens, celui du vouloir de création. Chacun de nous introduit une part d'intervention personnelle dans sa vie, dans ses actes, source de « ce qui fait que la vie vaut d'être vécue. » (Winnicott).
« L'idée même que les habitants des quartiers populaires puissent avoir leur mot à dire - avec leur propre forme d'expression - et être considérés comme des « acteurs » reste incongrue dans la caste des « décideurs ». Demande-t-on à un malade d'être médecin ? Pourtant, les habitants sont des aménageurs parce que ce sont eux qui inventent la ville au quotidien. » Nourri d'expériences à travers le monde, ce texte de Pascal Percq est porté par la conviction que bien des problèmes qui semblent insurmontables se résolvent quand on remet l'homme au centre des débats et des politiques.
« J'ai, au fil de ces pages, esquissé quelques pistes dictées par mon expérience concrète, formulé quelques propositions qui se sont imposées à moi au fil des années. Ce ne sont que des illustrations de ma conviction qu'il est nécessaire, qu'il est possible, dans ce domaine comme dans d'autres, de ne pas séparer l'utopie du réalisme, les valeurs de la tactique, l'imaginaire de l'action, le long terme des chemins pour y aller car ce ne sont que deux facettes indissolublement liées du même élan vital. L'aménagement du territoire sera la traduction de la recherche d'un humanisme du XXe siècle ou ne sera pas. »
"La terre, être silencieux dont nous sommes l'une des expressions vivantes, recèle les valeurs permanentes faites de ce qui nous manque le plus: la cadence juste, la saveur des cycles et de la patience, l'espoir qui se renouvelle toujours car les puissances de vie sont infinies." Avec ce texte, magnifiquement illustré par Pascal Lemaître, Pierre Rabhi nous fait partager son amour pour la Terre, pour la nature, et nous appelle à en prendre soin. Pierre Rabhi, écologiste convaincu, expert international, est également philosophe et écrivain. Pascal Lemaître est illustrateur, tant dans l'édition que pour la presse.
Ils sont cinq parents, français et belges, aux parcours très différents. Ils ont plongé dans un même cauchemar : l'un de leurs enfants est parti en Syrie. Enrôlés par des recruteurs aguerris, ils ont cédé à l'appel du djihad, abandonnant leur vie, leur famille. Pour Samira, c'était un dimanche : sa fille Nora n'est pas rentrée à la maison. Olivier était en Espagne quand Sean a pris la route. Il a filé avec son meilleur ami, Sammy, le fils de Véronique. Christine a cru bien faire en envoyant Matthias se changer les idées à Paris, mais il s'y est radicalisé. Élodie pensait Luc, son fils unique, en vacances au Maroc. Céline Schoen est allée à la rencontre de ces parents avec l'objectif assumé de mettre la focale sur eux, et non sur leur enfant, dans une démarche à la fois humaine et nouvelle.
« "Il est l'heure de bâtir un nouvel humanisme." L'exhortation de Pascal Picq illustre la détermination et le dessein communs aux douze contributeurs de cette somme d'entretiens. Scientifiques, philosophes, artistes, sociologues, navigatrice, avocat, chefs d'entreprise : chacun dans son champ d'expertise ou de convictions, tous construisent là un débat fondamental, destiné à offrir au lecteur ouvert à la complexité quelques clés d'une exploration approfondie de lui-même et du monde afin qu'il mène son existence et celle de la planète avec responsabilité, sens. Et humanité. À cette condition, qui révèle les plus beaux trésors du verbe entreprendre, qui éclaire de manière singulière la nécessité de rêver, de créer, de bâtir le progrès, qui conscientise l'obligation de penser et d'agir autrement - et même insurrectionnellement -, bref qui "possibilise" l'impossible, l'époque peut bel et bien s'avérer formidable, et le "chef-d'oeuvre de l'intelligence" espéré par Pierre Rabhi devenir réalité. » Denis Lafay Denis Lafay, journaliste, a fondé et dirige Acteurs de l'économie - La Tribune.
Les auteurs de ce livre partent d'un constat clair: il n'y a pas eu de pensée du totalitarisme comme il y a eu une pensée du capitalisme, de la démocratie, de la dictature C'est donc à la fois un concept «repère» et une notion chargée de passion.Aujourd'hui, la montée des extrémismes religieux, politiques nous contraint à nous interroger plus que jamais sur ce qu'est le totalitarisme, un mot inventé par Mussolini! Certains parlent d'un «totalitarisme islamiste». D'autres, d'un «totalitarisme capitaliste», ou encore d'un «totalitarisme écologique»! Mais que cela veut-il dire? Quelle est l'histoire de ce mot et surtout, quelle est l'histoire du totalitarisme? En étudiant à la fois l'organisation totalitaire, le déni de la réalité totalitaire, mais aussi les rôles que jouent les hommes dans cette organisation et la violence que le totalitarisme engendre, Antoine Delestre et Clara Lévy nous offrent les clés pour mieux comprendre une notion qu'il est urgent de maîtriser.
« Nous, femmes, il est indubitable que nous venons à la politique avec dans nos bagages les références de notre vécu. C'est une chance. La loi va venir en soutien du mouvement que nous avons provoqué. Les motifs de doute sur notre volonté de nous engager ou les tentations de dissuasion disparaîtront de fait. Mais il y a encore du chemin à parcourir pour que dans la sphè
Ce livre est d'abord la chronique d'une campagne, celle de Jack Lang pour être élu député des Vosges en 2012, qui s'est soldée par un échec. L'auteur décrit avec mordant l'ambiance d'une campagne électorale, ses coups durs, ses coups bas, ses réussites et ses joies. Il s'agit aussi d'analyser la vie politique actuelle, la force des médias qui figent une image, les éléments de langage, les modes, les comportements formatés. L'auteur déplore le manque de légèreté, d'humour, de plaisir, en politique. Ce livre se lit d'une traite, on connaît déjà la fin de l'histoire, pourtant on ne sait pas le reposer avant d'avoir lu la dernière page. Parce qu'il est une véritable bouffée d'air, écrit comme un polar populaire, dans ce qu'on fait et dit de la politique aujourd'hui.
Jean Viard dresse un portrait de la France bien différent des images courantes. La place du travail a évolué, la carte de France s'est transformée, le tri social par origine ou par âge a accéléré. Les choix de modes de vie priment de plus en plus sur les choix professionnels, les vies s'allongent et sont discontinues, la mobilité virtuelle bouscule la mobilité physique, les extra urbains repeuplent les campagnes... Oui, la France a changé, et elle change tous les jours par une multitude de décisions publiques, économiques, administratives, mais aussi privées, familiales, professionnelles. Certes, tout le monde ne vit pas ces changements de la même manière, mais il nous faut renouer avec un récit commun qui dise l'individu face au monde. La France de Jean Viard est une société du bonheur privé et du malheur public, où nous vivons une véritable dépression collective quand le politique est incapable de saisir le changement, de l'impulser, de l'accompagner.
Vous avez dit «priorité à la jeunesse»? «Refondation de l'école»? Chiche!Quand l'un des auteurs de ce livre a inventé l'expression «le mammouth» pour désigner l'Éducation nationale, il ne pensait pas que, trente ans après, l'image de l'animal disparu continuerait de coller à un système à bout de souffle. Le mammouth résiste, engraissé par des ministres qui n'osent le réformer en profondeur, par des syndicats majoritaires bureaucrates et par une gestion du meilleur archaïsme. Préhistorique! L'Éducation nationale a besoin d'un électrochoc: il faut tuer le mammouth. Pour ce faire, les auteurs ont usé d'une arme redoutable: le parler vrai. Ils disent pourquoi rien ne change. Se refusant à la résignation ambiante, ils suggèrent des mesures simples, rapides et efficaces. À l'unique condition que le système ultra-centralisé accepte de lâcher la bride et de faire confiance aux acteurs de terrain, dans les académies, les collectivités, et surtout au sein même des établissements scolaires. Historique!Dans cet ouvrage incisif, les auteurs donnent des clés pour rénover un système sclérosé.Soazig Le Nevé est journaliste à la rédaction d'Acteurs publics.Bernard Toulemonde, ancien recteur et ancien membre de plusieurs cabinets ministériels, est le père de l'expression «le mammouth» largement popularisée par le ministre Claude Allègre.
Les « banlieues ghettos » jouent le rôle du bouc émissaire dans la cité. Elles portent une charge qui les dépasse et qui concerne l'ensemble de la société : urbanisation outrancière, chômage grandissant, immigration non contrôlée, rupture familiale, délinquance exacerbée... Le thème du « ghetto », banalisé à l'extrême, doit être mis en relation avec les grandes peurs contemporaines : drogue, sida, repliement minoritaire, intégrisme religieux, nationalisme aveugle... De l'émotion personnelle devant la mort annoncée à l'émotion collective des banlieues, le lien est moins ténu qu'il ne semble. L'explosion toujours imminente des quartiers sensibles fait écho aux débats actuels sur la vulnérabilité de l'existence. Elle est emblématique du malaise de la civilisation en cette fin de millénaire où toute vie et toute ville paraissent constamment au bord du désastre.
Il a fallu attendre la moitié du XXe siècle pour admettre que le langage ne fait pas que décrire le monde, mais qu'il accomplit des actions. Même si l'idée que les paroles ne sont pas des actes est encore communément admise, chacun expérimente un jour ou l'autre dans sa vie, en certaines circonstances, que les mots font ce qu'ils disent. Pour François Jost, il est clair que photos et séquences filmées sont aussi des actes, et non seulement des images. Journaux télévisés, chaînes d'information continue, mode du selfie, réseaux sociaux... L'intellectuel décortique, à la veille de l'élection présidentielle, l'actualité et les outils de communication actuels, entre analyse des médias et analyse politique. Un essai extrêmement instructif et passionnant de bout en bout.