Nodules
Idées de suicide fréquentes, tentative de suicide et suicide de l'adolescent, s'inscrivent dans un continuum de gravité croissante renvoyant à une problématique commune. Les conduites suicidaires renvoient, généralement, à un trouble grave du développement à l'adolescence, lié aux perturbations actuelles et passées du fonctionnement familial. Les relations perturbées avec les parents, ont maintenu dans l'insécurité l'adolescent qui est incapable de s'en séparer, mais elles ont aussi activé une agressivité qui rend insupportable la poursuite du lien avec les parents, que vient conflictualiser encore la sexualisation du corps et des relations. Les désirs oedipiens sont exacerbés par les besoins de dépendance, et sont infiltrés d'agressivité. La poursuite de la dépendance, à laquelle l'adolescent se sent incapable d'échapper, représente une menace de destruction réciproque. Le geste suicidaire réalise alors une tentative désespérée de se soustraire à une situation vécue comme intolérable, mais il est aussi un ultime effort pour la modifier. Désir de mort et désir de vie coexistent étroitement dans ces comportements irréductiblement contradictoires. Geste dirigé sur le corps, il vise en fait l'atténuation des conflits psychiques et familiaux, tout en restant un mode de solution pathologique, inefficace et néfaste. Volonté de changement, il comporte aussi le risque de figer l'adolescent et sa famille dans un fonctionnement morbide : le geste suicidaire réalise, à la fois, une attaque du corps sexué et une attaque des parents, une intrusion meurtrière dans l'espace psychique parental. L'adolescent qui a tenté de se suicider, a tué une partie de lui-même qui est projetée dans le psychisme parental. L'existence de cette partie morte, dans l'appareil psychique familial, y pérennise le processus mortifère. Les défis de la thérapeutique des tentatives de suicide de l'adolescent, consistent à réussir à réduire la dynamique suicidaire, dans les familles dont la coopération est limitée par l'intensité de l'hostilité ouverte, ou par le déni de la destructivité cachée.
Au cours de ces vingt dernières années, l'épidémiologie a permis de mesurer l'importance des associations comorbides entre troubles mentaux et affections organiques. Cette comorbidité péjore le pronostic pour ces deux types de pathologies, rend plus complexe la prise en charge thérapeutique et représente un surcoût financier. « Copyright Electre »
La psychopathologie cognitive est l'une des approches compréhensives des troubles mentaux qui s'est développée, dans les années 1960, selon deux versants : les psychothérapies cognitives et les études concernant l'analyse des processus cognitifs dans certaines pathologies mentales. Dans ce dernier domaine, ce sont surtout les troubles psychotiques et les troubles de l'humeur qui ont fait l'objet de recherches. L'intérêt y est double : celui de caractériser les dysfonctionnements cognitifs présents chez certains individus, et de lier ces anomalies au niveau de la clinique psychopathologique. Ce livre présente plusieurs des acquis de la recherche cognitive réalisée en psychopathologie sur les phénomènes attentionnels, langagiers et mnésiques, et sur les processus de communication et d'interaction. Cependant, cet ouvrage souligne les apports respectifs que peuvent se donner la psychanalyse et la psychopathologie cognitive. La question du lien avec les psychothérapies, est abordée à partir des prolongements, en termes de prise en charge cognitive, suggérés par les recherches présentées, et par l'intégration du niveau émotionnel dans ce courant de recherche.
À travers leurs témoignages écrits, leurs poèmes, leurs dessins, des adolescents atteints d'une grave maladie, la mucoviscidose, nous offrent une approche de ce qu'est leur vie. Tantôt avec un désespoir poli, parfois provocateur, c'est-à-dire avec humour, tantôt avec sagesse, ou encore dans le déni de leur affection, ces jeunes gens usent de mécanismes de défense pour mieux survivre psychiquement dans cette dramatique situation sous-tendue par la perspective d'une mort trop proche. Le travail d'acceptation de cette maladie chronique, invalidante sur le plan physique, s'allie avec le travail d'intégration de la puberté. Il y a, à l'adolescence, l'émergence d'une conscience existentielle et, du fait de la maturation des capacités intellectuelles, les questions du sens de la vie et du sens de la mort surgissent. Cet éveil de la conscience d'être révèle à l'adolescent sa vulnérabilité, l'éphémérité de sa vie et le fait qu'il est le héros tragiquement isolé de son histoire. Chez l'adolescent mucoviscidosique vont s'éveiller, en plus, la conscience de sa maladie, de sa gravité, de sa perspective trop rapidement fatale, et aussi la douloureuse conscience de la perte rapide de son intégrité corporelle et narcissique. Ce travail de renoncement s'apparente à un travail de deuil. Mais ce deuil n'en finit plus et s'amorce trop précocement...
Dès la naissance, l'enfant vit des moments anxieux de durée et d'intensité variables. D'une certaine manière, il appréhende le monde extérieur et son monde intérieur grâce à une angoisse adaptative, véritable signal d'alarme. Normative dans certains cas, voire créative dans d'autres, l'anxiété permet la représentation des situations, leur maîtrise et sous-tend la création. Y a-t-il une esthétique de l'angoisse ? En revanche, il va exister des développements pathologiques où l'anxiété va être source d'échecs, d'inadaptation, depuis les blocages cognitifs jusqu'aux expressions somatisées, depuis les peurs inexpliquées jusqu'aux grandes paniques. L'importance des implications théoriques et pratiques de telles questions nous a donc conduits à faire le point sur les troubles anxieux de l'enfant.
La dangerosité alcoolique est un concept difficile à cerner qui fonde pourtant, en partie, la législation de la lutte contre l'alcoolisme. Il est en tout cas central dans la loi du 15 avril 1954, dont il constitue le paradigme dominant, et a été intégré tel quel dans le Code de la Santé publique, où il fait l'objet de l'article L. 355-2 : Tout alcoolique présumé dangereux doit être signalé à l'autorité sanitaire par les autoritaires judiciaires ou administratives compétentes dans les deux cas suivants : L'autorité sanitaire peut également se saisir d'office, à la suite du rapport d'une assistante sociale, lorsque celle-ci se sera rendu compte du danger qu'un alcoolique fait courir à autrui. De ce point de vue, la loi du 15 avril 1954, qui sanctionne un état et non un fait, manifeste qu'on passe du droit pénal d'interdiction au droit pénal d'obligation. Ce tournant dans la pensée juridique, instaure cette notion quelque peu ambiguë d'obligation de soin, qui scotomise la réalité de la relation thérapeutique derrière la coercition. Ainsi peut-on légitimement se demander s'il s'agit d'une loi sanitaire ou d'une loi d'exception, avec tous les aspects discriminatifs de sûreté et de répression que cela implique ? Pourquoi une législation spécifique pour une maladie, dès lors que le principe du droit commun assure à chacun l'égalité devant la légalité ? Afin de progresser pas à pas, il apparaît utile de mieux saisir la maladie alcoolique en définissant clairement des notions clés, puis en abordant les éléments statistiques, épidémiologiques et cliniques qui la caractérisent. Ce qui permettra ensuite, à partir d'une réflexion critique sur la notion d'obligation de soin, de voir comment la loi du 15 avril 1954 introduit une rupture dans les grands principes du droit pénal. Enfin, nous nous interrogerons sur son inapplication qui est peut-être la preuve la plus criante de son caractère obsolète. Là, devraient se rejoindre la médecine légale et l'alcoologie moderne, dont on doit reconnaître les plus récents progrès.
Avec le décret du 14 mars 1986, se trouve officialisé le secteur psychiatrique en milieu pénitentiaire, qui prend place aux côtés des secteurs de psychiatrie générale, et de psychiatrie infanto-juvénile. Toutefois, les psychiatres n'ont pas attendu cette date pour intervenir en prison ; ils y sont implantés maintenant, depuis plus d'un siècle. Cependant, l'exercice de la psychiatrie en milieu pénitentiaire est assez mal connu. Cette méconnaissance relative est certainement due à la structure même du milieu carcéral, par définition replié sur lui-même, peu enclin à la communication, paraissant rebutant, et souvent oublié par le citoyen. Le but de cet ouvrage est de présenter un panorama des diverses facettes du travail psychiatrique s'effectuant en prison. Les aspects historiques, législatifs, topographiques et cliniques sont tour à tour abordés. Nous espérons ainsi pouvoir contribuer, en apportant un éclairage sur l'ombre carcérale, à une meilleure articulation et coopération des différents secteurs de psychiatrie cités in limine.
L'étrangeté d'une vision intermittente, d'une capacité de voir sans reconnaître, laisse perplexe l'entourage d'un malade aux prises avec des phénomènes paradoxaux si éloignés des caractéristiques classiques du déficit visuel : enfin, voit-il ou ne voit-il pas ? Lorsqu'il s'agit d'un enfant, la réponse à la question posée est encore plus cruciale puisque les réactions parentales, les décisions thérapeutiques, et les orientations éducatives, vont infléchir si lourdement l'avenir. Sans compter que le petit nombre d'enfants touchés par un tel handicap ne favorise pas l'adaptation des structures à ces cas singuliers. Cet ouvrage est la résultante d'une pratique clinique auprès d'enfants cérébro-lésés, présentant un déficit visuel permanent d'origine centrale. Il présente les particularités de ce tableau clinique par rapport à celui de l'adulte, en présentant les perspectives thérapeutiques. Il relie à cet aspect pratique une théorisation sur l'acte visuel, et ce que la pathologie peut donner à connaître des processus à la genèse de cette fonction. Car, que veut dire exactement voir ?
L'hôpital de jour est présent dans la grande majorité des intersecteurs en France. Il occupe une place bien plus stratégique avec les enfants qu'avec les adultes, dans la mesure où un intersecteur sur deux ne dispose pas d'hospitalisation complète. Au début des années quatre-vingt, son fonctionnement a fait l'objet de critiques internes qui ont assoupli son fonctionnement. Dans le même temps, des centres d'accueil thérapeutique à temps partiel ont vu le jour, à partir des pratiques groupales en centres médico-psychologiques et il est rapidement apparu que les CATTP n'étaient pas destinés à remplacer les hôpitaux de jour, mais à les compléter. L'hôpital de jour reste le moyen préférentiel de faire face aux pathologies psychotiques, tandis que le CATTP offre plutôt une réponse aux pathologies limites. L'originalité du CATTP pour enfants est de combiner la notion de réseau avec celle de groupes thérapeutiques. L'auteur présente de façon complète et détaillée, aussi bien les hôpitaux de jour que les CATTP, ainsi que leurs nombreuses formes de transition, notamment les unités de soirée. Il propose une vue d'ensemble sur deux types d'institution capables de s'harmoniser. La pédopsychiatrie française dispose ainsi à l'heure actuelle de l'un des continuums les plus perfectionnés, entre la consultation psychiatrique et l'hospitalisation à plein temps.