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Huitante ans après la disparition de Paul Valéry, ce numéro de la Revue générale explore l’héritage d’un géant de la littérature française.
« Il existe une région du globe qui se distingue profondément de toutes les autres au point de vue humain. Dans l'ordre de la puissance et dans l'ordre de la connaissance précise, l'Europe pèse encore aujourd'hui beaucoup plus que le reste du globe. Je me trompe, ce n'est pas l'Europe qui l'emporte, c'est l'Esprit européen. » Ainsi pouvait encore s'exprimer Paul Valéry il y a un siècle. Vision maximaliste, arrogante de positivité et de suprématisme sans doute, mais qui témoigne d'une réelle confiance en la puissance civilisationnelle - que la Grande Guerre put décréter mortelle - des peuples quand ils consentent à s'unir pour redéfinir leur identité, penser leur destin, tracer leur futur. Trois quarts de siècle après la déclaration de Robert Schuman, le 9 mai 1950, qui jetait les bases de la construction européenne, que reste-t-il de cet esprit ? La production et le commerce de matières l'ont-ils définitivement emporté sur l'échange des vues, la circulation des goûts, le partage des idées ? Les contributions de notre dossier offrent autant de regards, parfois décentrés ou inattendus, mais toujours pertinents, qui nous prouvent qu'en Europe le règne de la quantité n'a pas supplanté celui de la qualité.
Il y a 125 ans, à l'occasion du Congrès international d'électricité qui a lieu à Paris dans le cadre de l'Exposition universelle de 1900, l'ingénieur russe Constantin Perskyi présentait une communication « Télévision au moyen de l'électricité » qui marquait la première apparition du terme « télévision » en français. Cet appareil révolutionnaire a marqué, voire modelé, les esprits de plusieurs générations d'« enfants de la télé », depuis l'après-guerre jusqu'à l'orée du XXe siècle. Outil d'information, de divertissement, d'éducation populaire pour les uns, elle a aussi été, pour les autres, au centre de toutes les critiques contre une certaine culture de masse et les effets pervers de la société du spectacle. Mais à l'heure où elle semble concurrencée, sinon supplantée, par de nouveaux médias, à commencer par Internet autour duquel semble se concentrer aujourd'hui toute l'attention des adeptes des écrans de tous âges, n'est-il pas temps de rallumer cet objet mythique pour l'interroger ? Car, qu'elle ait suscité le mépris, la fascination, le rejet ou l'addiction, la télévision, en tant qu'objet de réflexion historique, socio-culturelle et philosophique, est toujours restée en ligne de mire.