Scripta
L'ensemble de ces trois articles écrits à la fin de sa vie permet d'apercevoir tout à la fois la continuité du propos de Freud et les modifications profondes qu'il a introduites à l'égard des premières formulations de la psychanalyse. Ainsi au temps de la découverte de l'inconscient et de son élaboration, succède celui de la prise en compte de ses conséquences qu'elles soient d'ordre clinique ou d'ordre théorique. Des questions qui ne pouvaient pas être anticipées apparaissent : si une psychanalyse est possible et démontre ses effets, en quoi peut consister sa fin ? Sur quels critères la fonder ? Peut-on en attendre une unité, voire une harmonie du sujet avec lui-même ? Mais aussi : à quelles conditions une telle fin est-elle pensable ? Toutes ces questions conduisent Freud à examiner la valeur des résultats produits par la psychanalyse. Les trois écrits de ce livre ont été rédigés à Vienne, puis à Londres, entre 1937 et 1938. Ils constituent l'ultime enseignement de Freud qui y jette ses dernières pensées au sujet de la fin de l'analyse. La traduction s'accompagne du texte original allemand, permettant au lecteur de se reporter aux concepts fondamentaux, tels que Freud lui-même les formule. Elle prend pour guide de lecture l'oeuvre de Lacan, et s'efforce de faire entendre en français le poids du signifiant allemand, au point parfois de surprendre.
L'irréel pousse dans l'enfance comme les coquelicots dans un champ. C'est sur un champ de coquelicots que s'ouvre le livre, un champ que le peintre transformera en tableau, comme l'analyste transformera les énoncés du patient en interprétation. Nous sommes d'emblée dans l'irréel du transfert, avec une conversation qui va courir tout au long du livre, mêlant l'irréel de la création artistique à celui du transfert à l'analyste. L'approche de l'irréel du délire se déploie dans des élaborations portant sur la clinique de la psychose. L'un comme l'autre se distinguent de l'imaginaire comme du réel, dessinant la place de l'analyste qui n'est ni un semblable ni un partenaire du délire. L'irréel échappe aux mots et aux choses, à la réalité comme à la représentation, il est incorporel. Distingué de l'imaginaire et du réel, l'irréel, que le langage (le symbolique) permet de saisir, devient une dimension de la structure du sujet telle que la conçoit la psychanalyse.
Pouvoir penser librement aujourd'hui à partir de l'enseignement de Freud et de Lacan permet de faire les « petites trouvailles d'après ». Inventer, c'est poursuivre dans leurs traces. Un concept analytique ne s'attrape ni sur injonction ni par amour, il se saisit sur des chemins subjectifs singuliers. Solal Rabinovitch nous y invite en revenant sur son itinéraire en psychanalyse dans un dialogue avec Nils Gascuel et Marie-Jeanne Sala. Le jeu entre paroles et écritures tisse la trame de ces conversations psychanalytiques. Il éclaire les thèses qu'elle soutient sur l'« essence aphonique de la voix » et la « matérialité de la pensée », ou encore « l'autre non spéculaire » et « l'irréel », mais aussi la façon dont se fabrique collectivement une école de psychanalyse (encore une affaire de paroles et de lettres). Le rêve écrit, les voix écrivent, les noeuds s'écrivent. Depuis l'École freudienne de Paris, l'école aussi s'écrit. Si l'inconscient est une machine d'écritures, ces écritures sont la trace de ce que les paroles restent. Elles restent dans l'inconscient, elles restent dans la cure, elles sont le coeur de la transmission.
A l'heure où le projet psychanalytique est questionné dans ses fondements scientifiques et concurrencé dans son approche de la psyché humaine par le développement des neurosciences, Thierry Longé montre que le jeune Freud était engagé dans les courants scientifiques les plus novateurs de son époque. Il présente et restitue les textes, publiés entre 1884 et 1886, et jusque-là inédits en français, qui en témoignent. En effet, la psychanalyse est née dans ce terreau fertile d'une science neurologique en pleine mutation, et au moment même où les énigmes se déchiffraient les unes après les autres, permettant de concevoir un schéma cohérent de l'appareil neuro-cérébral. C'est en s'y adossant un temps pour mieux s'en détacher sans l'oublier jamais que Freud construit son propre appareil psychique. L'auteur redonne de la valeur à la continuité qu'on aurait volontiers tendance à disqualifier au profit de la rupture dans l'émergence de cette science nouvelle. Il insiste sur la dimension critique du geste freudien de penser avec et de penser contre.
Freud a commencé à écrire Esquisse d'une psychologie. Entwurf einer Psychologie en 1895, dans le train qui le ramenait de Berlin où il avait rencontré son ami Wilhelm Flie?. Ce texte est un document incontournable qui jette la base de toute élaboration théorique de la psychanalyse. On en trouve trace dans toute l'oeuvre de Freud, bien que lui-même n'y fasse jamais référence. Cette édition bilingue a fait l'objet d'un travail collectif de longue haleine. Elle devrait permettre au lecteur francophone d'aborder dans des conditions convenables ce texte fondamental.
Il s'agit d'expliciter ce que veulent dire « phallus » et « phallique » dans la pratique et la théorie psychanalytiques. La structure purement formelle du phallus est celle d'une relance. A partir d'un mouvement dynamique qui nous dépasse radicalement, un point de relance provoque un nouveau mouvement dynamique qui nous dépasse tout aussi radicalement. Cette structure est montrée au niveau du rêve (Freud), dans la direction de la cure (Lacan) et dans la théorisation lacanienne de la psychanalyse. Christian FIERENS exerce la psychanalyse à Tervuren près de Bruxelles.
« Qu'est-ce qu'une pensée ? La pensée d'une pomme est-elle mot ou fruit ? Fruit, il sera d'Ève ou de Cézanne. Mot, il s'écrira ou se prononcera à voix haute. Un geste, une chute engageront des pensées plus complexes, comme la peur de l'Apocalypse et la loi de la gravitation. La première femme avait déjà fait le geste inverse, de bas en haut, pour cueillir le fruit de la connaissance. Étrange métrage des pas d'un Virgile, qui permet à l'homme de connaître ce qu'il arpente : sa mère d'abord, puis la terre et l'enfer. Expériences sensitives, accès d'abstraction, fantaisies d'artiste ou jaillissement délirant, tout sort d'une même fabrique mentale. "Replongez-vous, pensées, au fond de mon âme", disait Richard III. Quand le silence d'une séance décide l'analyste à poser la question d'usage : "À quoi pensez-vous ?" l'analysant étendu sur le divan commence une phrase, puis s'interrompt : "Pourquoi me demander à quoi je pense ?" L'analyste hésite un instant : "Tant que vous ne vous entendrez pas le dire, me le dire, vous ne le saurez pas." Entre impensé et impensable, la pensée émerge et s'évanouit, se forme clairement ou défaille. De la formule d'un rêve à l'invention d'un nombre imaginaire, de l'obscurité d'une pensée du corps à l'écriture qui épouserait les pensées qu'elle fait naître, nous verrons les pensées sortir de l'ombre de l'insu. » S.R.
Une folie, le transfert ? Faire d'un inconnu son père, son amant, sa soeur, sa mère : une folie ? Une folie du mental ? Et cette folie serait le ressort, le matériau même d'une cure ? Depuis Freud, c'est pourtant à cette folie que nous nous prêtons chaque fois que commence une cure. Folie, outil, ou même obstacle, le transfert ne se pense guère aujourd'hui. A contre-courant de la pensée commune qui n'y voit plus qu'un mal nécessaire qui donnerait à la psychanalyse de « forts maux d'estomac », l'auteur s'attache à tisser ce fil logique de la cure, sans reculer devant la psychose. Solal Rabinovitch est psychiatre et psychanalyste, membre de l'Ecole de psychanalyse Sigmund Freud.
Fous, exilés, apatrides, exclus :ils sont enfermés dehors. Dehors, hors des frontières de leur pays comme hors des liens de leur langue maternelle. Mais les véritables enfermés dehors sont les fous, exilés à jamais de leur inconscient : ils ne sont pas seulement étrangers dans leur exil, ils sont étrangers à eux-mêmes, étrangers à leur histoire, étrangers à la langue de l'enfance. Ce n'est pas seulement d'un pays ou d'une langue qu'ils sont exilés ; le nom, la voix, le père les ont aussi abandonnés sans retour. La forclusion est le nom de la fracture qui les a enfermés hors de toute inscription, hors des traces de la route de nos rêves, du ciel de nos pensées, de la maison de notre douleur ou de notre joie : loin de notre heimlich. La forclusion n'a pas fait que frapper les signi?ants fondateurs de l'inconscient, elle en a jeté la clé pour toujours. Ainsi la clinique de la psychose oblige à se confronter au concept qui en éclaire l'orée. Ce livre interroge, avec les textes de Freud et de Lacan, le processus de forclusion à I'origine de la psychose.
L'auteur repense la clinique psychanalytique à partir des dernières élaborations de Lacan concernant le noeud borroméen et du travail de trois artistes. C'est à partir du travail de trois artistes plasticiens que l'auteur saisit les conditions de possibilité et d'impossibilité de la construction d'un Sinthome dans la psychose (Van Gogh) ; les particularités d'une telle construction (Schwitters) et la question de la mise au travail du Nom-du-Père, en tant que Sinthome, dans la névrose (Wolman). Ce livre contribue ainsi à l'élaboration d'une clinique borroméenne, tout en présentant une lecture singulière des apports de J. Lacan, et du rôle de l'oeuvre dans la vie de chacun des trois artistes.
« Comme le montre François Balmès, aucun des Il n'y a pas de Lacan ne peut se solder par un = zéro. C'est pourquoi les antinomies, les chicanes des négations demeurent nécessaires et non simplifiables pour cerner le réel du sexe, mais aussi bien ce lieu de l'Autre, où nous rencontrons le nom de Dieu. On admirera la rigueur qui nous barre toute échappatoire, avec laquelle François Balmès nous conduit sur les chemins épineux de l'impossible, dont Dieu, l'amour et le sexe sont les noms communs, les noms de ces trous qui nous aspirent dans leurs tourbillons. Il dégage ainsi l'antinomie de la castration : obstacle et accès au réel ; l'antinomie de la jouissance qui est partout et nulle part : celle de l'autre sexe, introuvable. » Catherine Millot François Balmès était psychanalyste (Paris), il a été président de l'Ecole de psychanalyse Sigmund Freud.
L'écriture elle-même du Moïse permet de déchiffrer les traces du meurtre de l'image (et c'est l'invention du monothéisme), les traces du meurtre de l'objet (et c'est la naissance de l'écriture) et enfin les traces du meurtre du père. Le père tué devient, à partir d'une absence dont il n'est pas absenté et dont le démenti fixe le réel, la lettre textuelle de cette écriture.
Tout - notre avenir, celui de la psychanalyse, celui du discours du maître, celui de la civilisation - dépend de si le réel insiste, avance Lacan en 1974. En partant du symptôme appréhendé sous la forme de l'insistance de ce qui ne va pas dans le réel, les auteurs de cet ouvrage relancent le travail autour des questions de l'actualité de la psychanalyse, de son avenir et de son aptitude à répondre à l'évolution de la société et de la civilisation. Christian Centner est psychanalyste à Bruxelles.
Freud assignait à chaque cure deux tâches conjointes : soigner et chercher ; Lacan a ajouté que chaque psychanalyste est forcé de réinventer la psychanalyse. Cet ouvrage situe la démarche de recherche et d'invention, à l'origine et au coeur de la psychanalyse, comme condition et objet de la pratique psychanalytique et de sa transmission : comment la pratique de la cure et la construction théorique en psychanalyse imposent-elles une méthode, une position subjective, un style de recherche et d'invention ? Jean François est psychanalyste (Marseille), membre de l'Ecole de psychanalyse Sigmund Freud.
Ce livre démontre une hypothèse : les différents temps d'élaboration du Père chez Lacan prennent appui à chaque fois sur une relecture de L'Homme Moïse et la religion monothéiste de Freud (en s'arrêtant ici à 1963 date de l'unique leçon sur les Noms du Père). Trois déterminations majeures - le Père comme nom, le Père comme loi, le Père comme voix - fondent une lecture originale des problèmes et des solutions qui constituent le fond psychanalytique essentiel du Moïse freudien.
Ces deux textes - Moïse de Michel-Ange et L'homme Moïse et la religion monothéiste - mettent en évidence les particularités du travail d'écriture par lequel Freud y réalise sa construction textuelle du père. Ils constituent la réponse freudienne à un certain moment de l'Histoire et de l'histoire du mouvement analytique.
L'École de psychanalyse Sigmund Freud a choisi d'éditer une série des derniers travaux de François Balmès concernant les questions de structure et de logique en psychanalyse. Les abords chaque fois un peu différents de ces questions, au fil des textes retenus, permettent de cerner les difficultés inhérentes aux concepts en jeu, ainsi que le maniement de l'outil que constitue le quadrangle de Jacques Lacan. François Balmès, psychanalyste et philosophe, montre comment le quadrangle peut être un appui pour une pensée exigeante et critique, permettant de revisiter les textes freudiens et philosophiques (Aristote, Descartes, Heidegger...) dans leurs résonances et leurs apports à l'élaboration contemporaine de la psychanalyse. Il y réinterroge également l'histoire de la structure, de sa pérennité comme concept au-delà de la fin du structuralisme. François Balmès, décédé en 2005, était psychanalyste, membre de l'École de psychanalyse Sigmund Freud, agrégé de philosophie, directeur de programme au Collège international de philosophie.