Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) - Mens
Québec, Acadie, et au-delà : ce numéro de Mens explore la renaissance des cultures régionales francophones à travers des études inédites et des débats actuels. Une lecture essentielle pour comprendre les enjeux identitaires d’aujourd’hui.
Les articles du présent dossier contribuent à éclairer de manière passionnante les périodiques criminels comme Police Journal, qui constituent d'une certaine manière les « précurseurs » de Photo Police. Comme l'écrivent Marie-Pier Luneau et Harold Bérubé, il est essentiel, pour mieux comprendre la circulation des imaginaires médiatiques, de « questionner de manière frontale, dans ce dossier, l'essor du magazine policier, résolument populaire (voire populiste) au début des années 1940 au Québec ». Les articles nous permettent de réfléchir non seulement aux « débuts » du magazine policier au Québec à travers Police Journal, mais aussi certaines publications moins connues ou publiées dans les années suivantes comme Drame judiciaire, Détective mystère et Détective tout court (version québécoise). De cette manière, nous pouvons mieux comprendre ce qui est en jeu dans les journaux d'actualités criminelles, lus dans un tramway en 1943 ou au dépanneur Beau-soir de Laurier-Station en 2024.
À partir du xixe siècle, les États occidentaux s'intéressent de plus en plus à la question de l'éducation, devenue un outil de construction nationale de première importance. Cette préoccupation devient vite prépondérante au Canada français, où l'éducation est considérée comme un des piliers fondamentaux de la « survivance » du fait français et du catholicisme en Amérique du Nord. Les collèges classiques s'inscrivent ainsi parmi les institutions les plus importantes et, à plusieurs égards, emblématiques de l'histoire du Canada français.
Le présent numéro s'inscrit dans le prolongement d'un colloque qui s'est tenu en 2022, organisé par Vanessa Blais-Tremblay, Caroline Loranger, Adrien Rannaud et Stéphanie Bernier et intitulé « Les années 1920 au Québec : reconfiguration de l'espace culturel et nouvelles modélisations littéraires, artistiques et médiatiques ». Cette rencontre interdisciplinaire, dans la lignée de la « grande histoire synthétique » proposée par l'équipe de La vie littéraire au Québec (formée en 1989 par Maurice Lemire et dirigée depuis 2012 par Chantal Savoie, Lucie Robert et Denis Saint-Jacques), a permis de confirmer plusieurs de nos hypothèses initiales sur les années 1920, notamment celle voulant que cette décennie soit empreinte du sentiment général de faire l'expérience d'un monde nouveau, aux potentialités simultanément nouvelles et décuplées.
Les textes rassemblés ici constituent le deuxième volet du dossier thématique Regards intellectuels sur la Révolution tranquille dont la problématique et la justification historiographique ont été présentées en détail dans les pages du numéro précédent (vol. XXIII, no 1). Tout comme les articles du premier volet, les contributions publiées dans celui-ci ont pour objectif d'approfondir ce moment déterminant dans la trajectoire de la société québécoise. Plus précisément, il s'agit d'alimenter les connaissances sur la Révolution tranquille par le biais des « regards intellectuels ». Portés par les acteurs et actrices qui ont vécu la révolution ou définis par les chercheurs et chercheuses qui conceptualisent et interprètent la société québécoise des années 1960 et 1970, ces regards offrent autant de vitrines pour mieux interpréter les contours de cette période charnière et les multiples effets qui lui sont associés. Les trois textes originaux de ce numéro font appel de près ou de loin à des concepts et à des notions qui nuancent ou bonifient notre compréhension de certains phénomènes clés de la Révolution tranquille : enjeux mémoriels, balises identitaires, colonialisme, valeurs et représentations, démocratie et citoyenneté.
L'histoire intellectuelle n'est pas le champ le plus reconnu pour ses innovations. Dans son ouvrage généraliste qui constitue une introduction au champ, intitulé What is Intellectual History?, Richard Whatmore nomme d'emblée les critiques fréquemment adressées à la discipline et à celles et ceux qui la pratiquent : « Intellectual historians have been called idealists, antiquarians of no relevance to the present, advocates of a policy of "books talking to books", students of the elite and the eminent alone, and of being unable to understand society, having no faith in causal factors other than ideas. » Whatmore tente par la suite de tailler ces critiques en pièces en montrant les apports non négligeables de l'histoire intellectuelle pour comprendre les idées qui ont façonné la société. Pour lui, les idées constituent des « forces sociales » qui ont le pouvoir de transformer le monde. Il souligne également le caractère mouvant de la discipline, sa définition même demeurant objet de débat. Toutefois, un principe commun relierait ses praticiens et ses praticiennes, soit un attachement rigoureux aux sources primaires. Le ou la spécialiste de l'histoire intellectuelle ne peut se contenter d'interprétations de seconde main; il ou elle doit retourner aux textes, les replacer dans leur contexte d'énonciation et en dégager le sens. Dans le dernier chapitre de son livre, Whatmore revient sur le présent et l'avenir de l'histoire intellectuelle et sur les possibilités qu'elle permet. Il soutient qu'avoir une compréhension fine des débats intellectuels du passé, des affrontements d'idées, des raisons pour lesquelles certaines idées se sont imposées au détriment des autres, permet aussi de mieux saisir les limites imposées par des cadres idéologiques à l'action humaine. Il rappelle le rôle que peut jouer la discipline pour éclairer le débat public en remettant en question certains mythes propagés par les responsables politiques.