Dépaysage
Les Géantes s'inscrit pleinement dans la collection "Animales" dirigée par Gabrielle Filteau-Chiba : un texte où le vivant agit comme une force de transformation. À bord d'un voilier scientifique sur le Saint-Laurent, Morgane, artiste peintre, participe à une expédition à la recherche d'un narval égaré. Entre navigation, mémoire d'une emprise passée et transmission reçue d'un peintre breton, le récit compose une traversée intérieure d'une grande intensité. Laure Morali déploie une langue fluide, sensorielle, très maîtrisée. Le texte prolonge et élargit, côté mer, l'horizon ouvert par Louve en juillet... Laure Morali, née en Bretagne et installée au Québec, est écrivaine, poète et réalisatrice. Elle a publié une dizaine de livres et joue un rôle important dans la diffusion de la littérature autochtone, notamment en accompagnant l'émergence de la poète innu Joséphine Bacon. Elle dirige en 2008 l'anthologie Aimititau ! Parlons-nous ! et signe en 2024 l'adaptation théâtrale de Kukum.
Louve en juillet de Gabrielle Filteau-Chiba est un récit poignant qui explore la complicité entre une femme et sa chienne-louve, Séquoia. À travers des épisodes de survie, de fuite et de résilience, le texte se déploie dans les paysages sauvages du Québec, mêlant poésie et introspection. L'autrice y aborde des thèmes universels tels que la maternité, la violence, et la quête d'indépendance, tout en dénonçant les oppressions systémiques. Ce roman, à la fois intime et engagé, célèbre la connexion entre l'humain et le vivant, offrant un puissant message d'espoir et de réconciliation. Gabrielle Filteau-Chiba, écrivaine québécoise, s'est imposée par ses récits poétiques et engagés, célébrant la nature et dénonçant les oppressions systémiques. Sa trilogie (Encabanée, Sauvagines, Bivouac) explore des thèmes de la résilience féminine et de la quête d'harmonie avec le vivant. Souvent comparée à Sylvain Tesson ou Claudie Hunzinger, elle mêle introspection et militantisme, faisant de son écriture un outil puissant pour sensibiliser à l'écologie et aux luttes féministes.
Récit de mémoire « presque vrai », ce livre recompose par fragments la vie quotidienne à Wendake, localité autochtone du Québec : des portraits de femmes et d'hommes, de lieux, d'odeurs et de gestes qui fondent une communauté. À hauteur d'enfant puis d'adulte, il dit la chaleur des liens (famille, femmes tutélaires, artisans, maison ouverte) autant que l'ombre de la colonisation au quotidien : école, clichés, pauvreté administrée, humiliations ordinaires. Porté par une oralité vive, très scénique, drôle et parfois mordante, le texte passe du burlesque au tragique sans forcer, et aboutit à une affirmation de fière appartenance au Yändata', le territoire. Jean Sioui (né en 1948) est un écrivain wendat de Wendake, au Québec. Poète et auteur jeunesse, il fonde en 2010 avec son fils Daniel les éditions Hannenorak, adossées à la librairie du même nom. Lauréat 2024 du Prix francophone des Premiers Peuples (Metropolis bleu), il a inspiré la fondation de la Maison Jean-Sioui, lieu de création littéraire et artistique à Wendake.
Plongez dans Manifeste Assi, un cri poétique et politique de Natasha Kanapé Fontaine, où la Terre et les peuples autochtones trouvent une voix puissante. Ce recueil, entre révolte et espoir, célèbre la résilience et l’amour du territoire innu.
Maria, une Innu de 14 ans, passe l'été chez son père, Tom, à Pimitshuan. Persuadée qu'il la déteste, elle s'enfuit et rencontre l'aînée Kukuminash : une pluie de pollen la projette en 1982, quand Tom est ado et que la communauté est menacée par les « Démons du clergé ». Enquête haletante, compte à rebours jusqu'au 26 juillet, secrets du pensionnat : pour empêcher la tragédie, Maria doit comprendre la blessure de son père et réparer le lien. Un roman ado au réalisme teinté de merveilleux, voix vive et accessible, où mémoire, filiation et résilience s'incarnent dans l'image lumineuse d'un pommier à fleurs. Autrice Innu de 26 ans, Uashteskun vit à Montréal où elle anime des ateliers d'écrite avec les jeunes. Elle signe L'amie de mon père, roman ado où mémoire, filiation et réparation se répondent. Sa voix au présent, sensible et accessible, mêle réalisme et merveilleux discret.
Dans Floraverse. 1. Entre deux mondes, Wab Kinew met en scène Bugz, une adolescente anishinaabe (nation autochtone du Canada), discrète et peu sûre d'elle dans la vie réelle, mais admirée dans le Floraverse, un univers virtuel immersif où elle révèle toute sa puissance. À travers cette double existence, le roman explore avec finesse la construction de soi à l'adolescence, les rapports de pouvoir en ligne, le sexisme, le racisme et la quête de reconnaissance. Entre récit d'apprentissage, aventure virtuelle et roman d'émancipation, ce texte rythmé, sensible et très accessible inscrit l'identité autochtone dans un présent technologique, sans clichés ni exotisme. Wab Kinew est un auteur, journaliste, musicien et homme politique anishinaabe (ojibwé) du Canada. D'abord connu sur la scène hip-hop et dans les médias, il a développé une oeuvre littéraire attentive aux questions de transmission, d'identité et de jeunesse. Figure marquante de la scène culturelle autochtone contemporaine, il occupe une place singulière par sa capacité à articuler création artistique, engagement public et attention aux réalités autochtones d'aujourd'hui.
Yawenda d’Isabelle Picard retrace le destin déchirant d’une famille wendat disloquée par les politiques canadiennes de 1956 à 2024. Un roman choral puissant, entre quête identitaire et réparation, qui donne voix aux Premières Nations.
Dans Pour chaque perle offerte, Maya Cousineau Mollen tisse un recueil de résistance et de réparation. Ouvert par une dédicace aux enfants et aux femmes autochtones disparu·e·s, le livre déploie d'abord un « regard décolonial » : poèmes-front qui dénoncent l'effacement, les lois, l'écocide et la réconciliation de façade, portés par des images-totems (arbre, robe rouge, tambour). Puis « Marche avec moi » déplace la lutte vers l'intime : Paris, l'exil, le désir, la fatigue et la création (Théâtre du Soleil), jusqu'au noeud maternel et à la transmission. Les perles/wampum deviennent la forme même du texte : des fragments offerts pour guérir, tenir. Et continuer de lutter. Innu d'Ekuanitshit (Québec), Maya Cousineau Mollen écrit depuis ses 14 ans. Bréviaire du matricule 082 (2019, préface d'Ariane Mnouchkine) est suivi d'Enfants du lichen (préface d'Hélène Cixous), lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général. Sa poésie, à la fois chant et charge, noue territoire, mémoire et féminité à une colère lucide et à la quête de guérison. Militante, elle est conseillère principale aux relations avec les Premiers Peuples à l'Université de Montréal.
À l'occasion des 20 ans de la disparition de Jacques Lacarrière, cet ouvrage réunit ses chroniques de presse consacrées à la Grèce, publiées entre 1963 et 2003. Témoin privilégié, il explore une Grèce en mutation. Il nous plonge dans la dictature des colonels, la guerre civile occultée, les crises et renaissances du pays, tout en mettant en lumière les écrivains et poètes grecs qu'il a contribué à faire connaître en France. À travers son regard vif, érudit et engagé, il offre une Grèce du quotidien, loin des clichés. À mi-chemin entre journalisme, récit et essai, D'une Grèce l'autre est un document essentiel pour comprendre l'histoire récente du pays et (re)découvrir une facette méconnue du travail de Lacarrière. Écrivain, essayiste et journaliste, Jacques Lacarrière est le plus grand passeur de la culture grecque au XX siècle. Dès les années 1940, il explore la Grèce, dont il devient un fin observateur, mêlant érudition et sensibilité. À travers des récits de voyage, des essais et des chroniques journalistiques, il éclaire les mutations du pays tout en s'engageant contre la dictature des colonels. Vingt ans après sa disparition, son regard sur la Grèce et le monde demeure essentiel.
Mon sang est ici depuis toujours Aussi enraciné que la rivière Et tout aussi en danger Mon sang est ici depuis toujours Aussi longtemps que la terre Et aussi peu protégé Des femmes pareilles aux rivières, qui façonnent le monde autour d'elles, érodant une à une les pierres de l'oppression raciale, et accueillant la vie. Comme autant de méandres, les mots de la poète, « Métis Sage », disent l'amour, la maternité, la perte, les affres du colonialisme, la transmission des savoirs à travers les générations ; l'importance de la famille, de la culture, la connexion millénaire avec la terre et l'eau. Femme-rivière est un hommage poignant à la puissance et à la beauté de la féminité autochtone. Poète, romancière et cinéaste, Katherena Vermette est membre de la Nation métisse de la rivière Rouge (Manitoba). Étoile montante de la littérature canadienne, elle a remporté le prix du Gouverneur général en 2013 pour son premier recueil de poèmes, Ballades d'amour du North End (Mémoire d'encrier, 2017). En France, on la connaît principalement pour son roman Les Femmes du North End, paru chez Albin Michel en 2022.
femmes rouges nous sommes la parole qui monte du creux des reins du ventre la ou nous portons l'humanité nous sommes les voix pour crier ton nom Sindy Avril 2014. Une jeune Abitibiwinni de Pikogan, au Québec, disparaît. Comme des milliers de femmes autochtones avant elle. Dans une indifférence coupable. Face au déni collectif, la poète, sage et en colère, met les mots en ordre de marche. Les pieds enfouis dans l'humus d'une forêt de fougères, convoquant la force vitale des mondes non humains, elle honore la mémoire de Sindy. Et rappelle à toutes ses semblables que l'autre moitié du monde, encore et toujours, écrase et tue. Née à Rapide-des-Cèdres en Jamésie, au nord-ouest du Québec, Virginia Pesemapeo Bordeleau est une artiste multidisciplinaire d'origine eeyou (crie). Tant ses textes que ses peintures et ses sculptures sont enracinés dans un territoire féminin, un univers animiste et une humanité bouleversante. Son oeuvre est généreuse, puissante et maternelle, et embrasse toutes les cultures auxquelles elle appartient. Fruit d'une performance artistique menée à Val-d'Or, Marche pour Sindy est son troisième recueil de poésie.
Les bouleaux blancs grandissent toujours les fleuves nous emportent d'un monde à l'autre sentiers et feuilles mortes aurores boréales café pages frontières perlage blanc et rouge ishinakuan pakushenitamun la loi avec les Indiens Marcher le territoire des Innus. Le parler. Son immensité, sa beauté à pleurer, sa dureté aussi. Y retrouver ses origines. Avec force et fierté, les confronter au monde hostile des forêts citadines. Accepter encore les souffrances, les hurler même. Pardonner, mais ne pas oublier ; offrir aux gens de bonne volonté un chant de paix. Faire nôtres les luttes de la poète. Et, tremblants comme elle, accueillir l'exilée. La vie est un cercle. Innue de Pessamit, militante de longue date pour la défense des droits autochtones, Natasha Kanapé Fontaine est artiste, comédienne et écrivaine. J'achève mon exil pour un retour tremblant est son premier recueil de poésie, publié au Canada en 2012.
Quand je me regarde Dans ce miroir colonial À l'image de l'Indienne Se substitue celle de la femme Qui écrit Se tient debout Et rêve en prose Poésie engagée, pour dire la toundra majestueuse et la culture immémoriale, pour contrer l'histoire oublieuse et, malgré tout, tendre une main solidaire. Poésie enragée, pour hurler la douleur d'un peuple spolié, ses femmes offensées et ses enfants à jamais perdus. Solitaire au coeur de Montréal ou parée d'aurores boréales, jaillit ici la parole fière et résolue d'une enfant du lichen. Puisse sur le territoire s'asseoir la vérité. Innue originaire d'Ekuanitshit (Mingan), Maya Cousineau Mollen a été adoptée de façon traditionnelle par une famille québécoise choisie par sa mère biologique. Calmement enragée, sa poésie chante la féminité autochtone et fait résonner l'identité innue dans le territoire de Montréal/Muliats/Tio'tia:ke.
« Et si j'étais une sublime blessure à l'intérieur de laquelle les gens dansent ? » Fuir la ville et retourner dans sa réserve, au nord de l'Alberta ; y trouver auprès des membres de la communauté la matière pour écrire un roman. C'est le projet du narrateur, un brillant étudiant au doctorat que sa condition d'Autochtone queer fait doublement souffrir. Mais ce retour aux sources, fascinante tentative d'épuisement des lieux par les mots et le corps, le confronte à des souvenirs douloureux, les siens et ceux de son peuple. Dans une langue éblouissante, avec des fulgurances qui bousculent les codes littéraires et transpercent l'âme, Billy-Ray Belcourt témoigne de la résilience des Premières Nations, survivantes d'une histoire marquée par la violence du colonialisme et la marginalisation sexuelle. Poète bispirituel de la Première Nation crie de Driftpile, en Alberta (ouest du Canada), né en 1994, Billy-Ray Belcourt est professeur associé en création littéraire à l'Université de la Colombie-Britannique.
« La chose la plus saisissante, lorsqu'on voyage en traîneau à chiens, c'est le silence. Le vaste territoire l'exige - un soupir aussi immense que lui, un souffle divin pour aspirer toute son étendue. » Tout commence une nuit de décembre, par moins quarante degrés, sur un banc de neige dans le Grand Nord canadien. C'est là que naît Tomson, avant-dernier des douze enfants de Balazee et Joe Highway. Après lui viendra Rene, la prunelle de ses yeux. C'est l'histoire de la jeunesse des deux frères qui nous est contée ici, avec tendresse toujours, avec gravité parfois. Entre la rudesse de la vie nomade et l'expérience bouleversante du pensionnat, se déploie une véritable célébration du territoire et de la culture des Cris, de l'amour familial salvateur et de la formidable résilience des Premières Nations. Un récit empreint de poésie, illuminé par l'humour d'un magicien de la langue. Né en 1951 dans l'extrême nord du Manitoba (Canada), Tomson Highway est un écrivain, dramaturge et musicien cri. Son premier roman, Le baiser de la Reine blanche, a été un succès populaire et critique outre-Atlantique. Il a paru dans cette même collection en 2022. Né en 1951 dans l'extrême nord du Manitoba (Canada), Tomson Highway est un écrivain, dramaturge et musicien cri. Son premier roman, Le baiser de la Reine blanche, a été un succès populaire et critique outre-Atlantique. Il a paru dans cette même collection en 2022.
Bienvenue dans le monde d'après. Celui de Purring Technologies inc., une puissante firme qui sait combler l'inavouable besoin de ses clients fortunés : recevoir et donner de l'affection, sans les inconvénients humains qui vont avec. Au moyen, d'abord, d'étranges objets animés, purries et câlinis, qu'ils aiment toucher, caresser. Puis grâce au « modèle 5033 », capable de satisfaire leurs moindres désirs, y compris les plus vils. Sim, l'un de ces androïdes, vit seul avec un chien et un coq depuis la disparition de son maître. Et il s'en sort avec une étonnante aisance, révélant des aptitudes inconnues de ses inventeurs. Jusqu'au jour où, menacé, il est contraint de quitter la ferme, escorté de Filsdejean-Poule478... L'avenir que dessine Kurtness est troublant, quelque part entre l'extase et l'effroi. Mais ce qui frappe encore plus, c'est la lucidité avec laquelle elle interroge notre part d'humanité, ici et maintenant. Née en 1981 à Chicoutimi, J. D. Kurtness est québécoise par sa mère et innu de Mashteuiatsh par son père. Ses précédents romans, De vengeance (2017) et Aquariums (2019), ont été salués par la critique outre-Atlantique, tout comme La vallée de l'étrange, qui a reçu le prix Voix autochtones en 2024.
Les civilisations sont mortelles et souvent leurs meurtriers sont absous. Assiniwi le sait et le refuse. Aède des temps modernes, il conte, neuf siècles durant, la vie et la mort de quelques milliers de femmes et d'hommes établis sur l'immense île de Terre-Neuve, au Canada. Une fresque historique grandiose, sensuelle aussi, nourrie de mythes et de spiritualité, depuis le périple fondateur d'Anin jusqu'à la disparition de Shanawditith, la dernière de son clan. Explorer le territoire, chasser et se vêtir, se battre, aimer et mourir, en suivant à perpétuité, croyait-on alors, le cycle des saisons. Car avec l'arrivée des colons européens commence la lente agonie d'un peuple aujourd'hui entièrement disparu : les Béothuks. D'origine canadienne-française, algonquine et crie, Bernard Assiniwi, décédé en 2000, est écrivain, comédien, conteur et historien. La saga des Béothuks, titre de la version originale publiée au Québec en 1996, a été distinguée par le prix France-Québec et le prix Jean-Hamelin en 1997. Aux éditions Dépaysage a déjà paru Bras Coupé, en juin 2023.
« Il fallait faire payer ces lâches qui s'étaient mis à plusieurs pour lui infliger cette blessure. Oui. Il fallait se venger, mais d'une façon différente. À la façon du chasseur. » Née en 1991, Natasha Kanapé Fontaine est poète-interprète, écrivaine, comédienne, artiste en arts visuels et militante pour les droits autochtones et environnementaux. Originaire de la communauté innue de Pessamit sur la Côte-Nord, au Québec, elle vit à Montréal. Natasha Kanapé Fontaine s'est d'abord fait connaître par sa poésie. Elle publie quatre recueils chez Mémoire d'encrier : N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures (2012), Manifeste Assi (2014), Bleuets et abricots (2016) ainsi que Nanimissuat/Île Tonnerre (2018). Elle écrit dans des revues et contribue à différents collectifs, notamment Sortir le Québec du pétrole (Éditions Somme toute, 2015), Femmes rapaillées (Mémoire d'encrier, 2016) et Amun (Dépaysage, 2019). Avec Deni Ellis Béchard, elle signe le livre épistolaire Kuei, je te salue : conversation sur le racisme (Écosociété, 2016). Elle interprète le personnage d'Eyota Standing Bear qui apparaît dans les saisons 6 et 7 de la série télé Unité 9 (2017-2019). En 2021, elle publie son premier roman, Nauetakuan, un silence pour un bruit (Éditions XYZ). La même année, elle a été promue au grade de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres de la République française. Habitée par l'esprit du mouvement Idle No More, elle parcourt le Québec, le Canada et le monde avec un message de justice, de réconciliation, de guérison et d'échange entre les peuples.
Partir, c'est mourir un peu. Ou renaître absolument. Depuis des semaines, d'étranges songes habitent les nuits de Victoria. Il lui faut revenir chez elle pour faire la paix avec son âme et libérer celle de son aïeul, un chasseur disparu en forêt cinquante ans auparavant. Avec l'aide des siens, guidée par un vieux chaman aveugle, Victoria suit les traces laissées jadis par son clan, au coeur d'un territoire, le nord de l'Abitibi, où humains et non-humains vivent en harmonie. Une quête âpre, qui mènera la « Fille du Pont » aux frontières du monde des esprits. Dans une langue délicate, souvent poétique, cette odyssée boréale rend un vibrant hommage à une culture millénaire, celle des Cris de la baie James. Née à Rapide-des-Cèdres en Jamésie, au nord-ouest du Québec, Virginia Pésémapéo Bordeleau est une artiste multidisciplinaire d'origine eeyou (crie). Tant sa poésie que ses oeuvres picturales sont enracinées dans un territoire féminin, un univers animiste et une humanité bouleversante. Son oeuvre est généreuse, puissante et maternelle, et embrasse toutes les cultures auxquelles elle appartient. Ourse bleue, son premier roman paru en 2007 au Canada, a fait l'objet de nombreux travaux de recherche universitaire.
« Nous sommes en novembre, a une latitude très élevée. L'aube effleure a peine l'horizon et je me demande si l'humanité réussira a franchir la première moitié du xxie siècle. » Née en 1981 à Chicoutimi, J. D. Kurtness est québécoise par sa mère et innue de Mashteuiatsh par son père. De vengeance, son premier roman, salué par la critique outre-Atlantique, a reçu le prix Voix autochtones en 2018 ; il a paru en France en 2023.
S'inspirant de sa propre histoire, partagée entre les deux rives de la Méditerranée, l'anthropologue Mondher Kilani donne voix à cet espace aux frontières et aux identités multiples. Anthropologue, professeur émérite à l'Université de Lausanne, Mondher Kilani a publié en 2018 l'essai très remarqué Du goût de l'autre. Fragments d'un discours cannibale, aux éditions du Seuil.
C'était une époque où l'écriture n'existait pas, où les heurs et malheurs du quotidien étaient consignés dans la tête des anciens. Gardiens du temps, ils étaient archivistes du territoire, qu'ils sillonnaient saison après saison et dont ils connaissaient intimement chaque arpent de forêt, chaque bras de rivière, chaque versant de montagne. Chercheur, écrivain, éditorialiste, enseignant, animateur de radio, la carrière de l'anthropologue Serge Bouchard est impressionnante. Diplômé de l'Université Laval et de l'Université McGill, ce Montréalais se passionne dans les années 1970 pour les communautés autochtones, Il va à leur rencontre, dans le Grand Nord québécois notamment, et réalise des études de terrain sur plusieurs de ces communautés, leur art de vivre, leur culture. Il est devenu l'un des ambassadeurs des peuples autochtones qui lui vouaient un infini respect. Très populaire outre-Atlantique, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, devenu officier de l'Ordre national du Québec en 2016, il est décédé en mai 2021.
« La maison de mon enfance s'est écroulée et elle a été envahie par la végétation. Près de la fenêtre du côté est, le pin est asséché et flétri. Il n'y a que les peupliers et l'étang derrière la maison qui n'ont pas changé. Une famille de castors s'y trouve encore, ils travaillent en jacassant comme ils le faisaient il y a dix-sept ans, le matin où j'ai salué mon père en quittant mon chez-moi pour de bon. » Née en 1940 en Saskatchewan, une province de l'ouest du Canada, Maria Campbell est une écrivaine, dramaturge, cinéaste, enseignante et militante pour la reconnaissance des droits de la nation métisse. Métisse (Halfbreed) est considéré comme l'un des livres fondateurs de la littérature autochtone d'Amérique du Nord. Censuré lors de sa sortie en 1973, il est désormais accessible en français dans son intégralité.
« Éclair. La voie est la. C'est se tenir debout, au milieu des arbres, tous dix fois plus grands que soi ; c'est se tenir debout sans douter, sans avoir peur de faire silence, d'écouter la voix des ombres. C'est se tenir debout. Et croire aux ancêtres. » D'origine canadienne-française, algonquine et crie, Bernard Assiniwi, décédé en 2000, est écrivain, comédien, conteur et historien. Il est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages, dont La Saga des Béothuks, une fresque historique distinguée par le prix France-Québec et le prix Jean-Hamelin en 1997.
Quelque part au nord du monde. Le froid, la faim. Un campement attaqué, des chiens éventrés. Un ours devenu fou. L'expédition punitive tourne mal, le sang rougit la banquise. Un jeune chasseur armé d'un simple harpon se retrouve seul à suivre les traces du redoutable carnassier. Mais en vérité, qui traque qui ? Markoosie Patsauq (1941-2020) est un écrivain inuit du Canada. Il appartient à la dernière génération née à une époque où le mode de vie traditionnel inuit est encore possible.
Un roman atypique. Sur la vie. Au jour le jour. Les joies et les peines d'une petite communauté inuit du nord du Canada. On y apprend à construire en toute hâte un iglou, à repérer la glace traîtresse, à chasser l'ours avec des chiens de traîneau, à préparer de la viande séchée de phoque et à interpréter les signes de la présence de Tuurngaq, un esprit auxiliaire de chamane que n'apprécient guère les premiers missionnaires chrétiens. L'auteure : romancière, enseignante et artiste du Nunavik, Mitiarjuk Nappaaluk (1931-2007) écrit Sanaaq dans les années 1950. Elle exerce ensuite en tant que consultante pour la Commission scolaire Kativik et enseigne la langue et la culture inuites dans les écoles du Nunavik entre 1965 et 1996, date de sa retraite. Mitiarjuk Nappaaluk est l'auteure d'une vingtaine de livres, au nombre desquels on peut mentionner L'encyclopédie inuite de Mitiarjuk, publiée en version trilingue (inuktitut, anglais, français) dans la revue Tuvimut en 1993-1994 et qui vise à compiler le savoir traditionnel, les légendes et les notions d'histoire naturelles propres aux Inuit du Nunavik. Après sa retraite, Mitiarjuk Nappaaluk est restée une membre active du Conseil communautaire de Kangiqsujuaq et de la Commission de la langue inuite au Nunavik.
Elle et lui. Elle, c'est Jeannette, fille d'Almanda et Thomas. Lui, c'est Michel, son petit-fils. Deux personnages qui, à distance, narrent leur propre histoire. Elle, se remémore sa jeunesse, passée entre les lacs et les forêts de son territoire ancestral, le Nitassinan, jusqu'à son mariage qui la conduit à quitter les siens et à s'installer en ville. Lui, journaliste à Montréal, vient se recueillir sur sa dépouille à elle, et s'interroge sur son identité. Car l'Indien, lui dit-on, il l'a en lui Innu de Mashteuiatsh (région du SaguenayLac-Saint-Jean, au Québec), Michel Jean est écrivain, journaliste d'enquête et chef d'antenne pour le réseau TVA à Montréal. Aux éditions Dépaysage, dans la même collection, il a dirigé et contribué au recueil de nouvelles Amun (2019) et écrit Kukum (2020), primé à de nombreuses reprises (finaliste du prix Jacques Lacarrière 2020, lauréat du prix littéraire France-Québec 2020, du prix VLEEL 2020 et du prix Nature Nomade 2021) et vendu au Québec à plus de 110 000 exemplaires. Maikan (2021) traite d'un sujet d'actualité au Canada, les pensionnats autochtones. Son dernier titre, Tiohtia:ke, paru outre-atlantique, évoque les conditions de vie des Autochtones sans domicile fixe à Montréal ; on y retrouve les personnages de Jimmy et d'Audrey Duval, découverts dans Maikan.
« Venir me réfugier au lac, comme ce matin, m'apaise, car il me rappelle qui nous avons été et qui nous sommes toujours. Pekuakami : ta surface lisse se mêle à l'horizon, le soleil s'y mire comme dans une glace, et ce miroir me renvoie à tous mes souvenirs. » Innu de Mashteuiatsh (région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, au Québec), Michel Jean est écrivain, journaliste d'enquête et chef d'antenne pour le réseau TVA à Montréal. Il a publié dix livres, dont cinq romans et un récit, tous salués par la critique. Aux éditions Dépaysage, dans la même collection, il a dirigé et contribué au recueil de nouvelles Amun.
- C'est quoi une poule des prairies ? - Un oiseau. Une espèce de petite dinde obèse. - C'est gracieux ? - Ça vole pas, mais ça se déhanche en masse. Recrutée à la hâte pour faire une tournée en Europe, une improbable troupe de danseurs et de danseuses autochtones - une jolie fille aguicheuse, sa tante arthritique et bigote, un cowboy solitaire sentimental et un jeune voyou écervelé - doit honorer des engagements pris par d'autres. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et le voyage tourne au burlesque. Mais le rire est une arme : derrière le vaudeville pointe une satire sociale où « l'Européen » et « l'Indien » (nous sommes en 1972) en prennent chacun pour leur grade. Truculent. Dawn Dumont est née en 1978. Journaliste, écrivaine et comédienne, elle est membre de la Première Nation Okanese, en Saskatchewan, une province de l'ouest du Canada.
Les frères Okimasis sont des enfants de la toundra. Menant une vie nomade dans l'extrême nord du Manitoba, Champion et Ooneemeetoo sont envoyés dans un pensionnat catholique du Sud lointain. Rebaptisés Jeremiah et Gabriel, ils y apprennent à avoir honte de leur culture et des sévices que les prêtres leur font subir. Grandissant loin des leurs, mais protégés toute leur vie durant par la mystérieuse « Reine blanche », c'est dans les arts qu'ils s'accomplissent, l'un devenant musicien, l'autre danseur. En partie autobiographique, ce roman épique, porté par une langue aux accents de réalisme magique, mêle avec un rare talent les rêves, l'histoire et la mythologie du peuple cri. Né en 1951 dans une région isolée de l'extrême nord du Manitoba (Canada), l'écrivain et musicien Tomson Highway a passé les sept premières années de sa vie au sein de sa famille, des Cris menant un mode de vie nomade. Envoyé dans un pensionnat dans le sud de la province, il y découvre l'anglais et le piano. En 1998, il publie Kiss of the Fur Queen, qui obtient un grand succès critique et populaire et devient rapidement un best-seller. Highway a également écrit des pièces de théâtre et des albums pour la jeunesse. Lauréat de prix littéraires, membre de l'Ordre du Canada et détenteur de plusieurs doctorats honorifiques, il est l'un des auteurs les plus réputés outre-Atlantique et ses oeuvres sont enseignées dans les écoles et universités du monde entier.
« Comme la vengeance demande de l'énergie et du risque, il faut faire des choix. On ne peut pas punir tout le monde. On ne peut pas éliminer tout le monde, même si, à un moment ou un autre, ils finissent tous par vous taper sur les nerfs. Mais on peut se faire plaisir. » Née en 1981 à Chicoutimi, J. D. Kurtness est québécoise par sa mère et innue de Mashteuiatsh par son père. De vengeance, son premier roman, salué par la critique outre-Atlantique, a reçu le prix Voix autochtones en 2018.
Kitchike, une réserve fictive où se côtoient des personnages hauts en couleur, tels Noé, vieux farceur à la vessie capricieuse, Roméo, chamane, et son meilleur ennemi Albin, curé émérite, madame Paul, logorrhéique caissière au Gaz Bar ou encore le très corruptible chef Saint-Ours. Sans oublier Pierre Wabush, séducteur compulsif et névrosé, par qui le scandale arrive. Originaire de Wendake, au Québec, Louis-Karl Picard-Sioui, né en 1976, est membre du clan du Loup de la nation Athinye'nonnyahak (Wendat). En tant qu'écrivain, poète et performeur, il s'efforce de diffuser la culture et les arts autochtones. Il a contribué à Amun, le recueil de nouvelles dirigé par Michel Jean, paru en 2019 aux éditions Dépaysage, dans la même collection.