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Si les sans-abri, figures extrêmes de l'exclusion, suscitent une attention médiatique saisonnière, ils ne sont cependant que la partie visible d'une précarité résidentielle grandissante qui recoupe des réalités très diverses. Un nombre croissant de personnes vivent ainsi dans des centres d'hébergement mais aussi dans des campings, des camions ou même des voitures, des cabanes, des abris de fortune, sans oublier la rue et ses corollaires, gares, métro... Quelles trajectoires ont conduit ces personnes à vivre aux marges du logement ordinaire ? Comment vivent-elles cette situation ? Quelles ressources et quelles stratégies mettent-elles en place pour (sur)vivre et quels liens entretiennent-elles avec les services d'aide ? À partir d'entretiens effectués dans le cadre de plusieurs enquêtes, ce livre offre une immersion dans leur vie quotidienne. Loin des enjeux politiques et médiatiques, l'ouvrage souligne la diversité mais aussi l'épaisseur des existences de celles et ceux qui sont à la fois inaudibles et invisibles.
Qui sont les migrants ? D'où viennent-ils et pourquoi ? Comment s'intègrent-ils à la société française ? L'enquête Trajectoires et Origines 2 montre la diversité croissante de la population depuis plus d'un siècle en France, grâce aux réponses de 27 000 personnes représentatives des différentes générations d'immigrés. Si l'intégration à la société au fil des générations est souvent visible (maîtrise de la langue française, études supérieures, configuration familiale), des inégalités économiques et sociales persistent (métiers inférieurs au degré de qualification, plus faibles revenus, difficultés d'accès au logement) et le sentiment de discrimination reste important pour certaines origines.
C'est à partir de 1868, au début de l'ère Meiji, que le Japon s'empare réellement des questions de santé publique. Face à la nécessité de structurer le corps médical, les différents gouvernements tentent d'établir un système de santé comparable à celui des puissances occidentales. À cette époque, les concepts eugénistes du britannique Francis Galton se diffusent progressivement dans les milieux scientifiques et intellectuels japonais, et vont fortement influencer les politiques mises en place notamment pour encadrer les pratiques abortives, jusqu'à aboutir, en 1948, à la promulgation de la loi relative à la protection eugénique. Loin de se cantonner au pouvoir, le mouvement eugéniste japonais devient un étendard qui rassemble des hommes et des femmes aux parcours divers (généticiens, féministes, politiciens, etc.), tous unis par une même volonté: celle d'«améliorer la race japonaise» et d'en assurer sa pérennité. Ainsi, après la guerre, cette politique fut renforcée et étendue, à l'aide par exemple du planning familial, dans le but de reconstruire le pays. Ce n'est qu'à partir des années 1990 qu'un réveil progressif se fait jour et que les pratiques eugénistes sont remises en question. L'ouvrage d'Isabelle Konuma explore ces politiques eugénistes et la législation singulière qui en découla, marquée par des périodes de restriction des naissances et des périodes d'incitation à la procréation. Il décrit en détails cet eugénisme protéiforme, modelé par des problématiques vernaculaires, et apporte un éclairage indispensable sur cette histoire peu connue.
À la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, l'ethnie bwa, emblématique du contexte démographique et socioéconomique de l'Afrique subsaharienne, est encore fortement rurale. Cette population pour moitié composée d'enfants se trouve aujourd'hui au coeur d'évolutions sociétales majeures. Cet ouvrage collectif est le résultat de plus de trente ans d'enquête au sein de sept villages, à la frontière du Mali et du Burkina Faso, peuplés par l'ethnie bwa. Toutes les composantes démographiques : dynamique et structure de la population, mortalité, fécondité, nuptialité, migrations, ainsi que les structures familiales ont été étudiées et inscrites dans leurs contextes sociaux et anthropologiques. L'originalité de ce dispositif d'enquête et notamment son immersion sur le terrain, ont permis la mise en place, au Mali, d'un observatoire de la population qui a fonctionné jusqu'au début des années 2010, avant la récente période de troubles. La structure sociétale organisée en communautés d'intérêts, les zun, place l'enfant au coeur d'un environnement familial diversifié où interviennent, dès la naissance, de multiples figures de parenté ayant chacune un rôle déterminant. Quelle est la place de l'enfant au sein de cet entourage complexe et variable? Dans un contexte de transition démographique, l'analyse des facteurs sociaux révèle de nouveaux comportements et de nouvelles configurations familiales. Des tendances de fond émergent - plus d'enfants instruits, plus de mobilité migratoire, etc. -, remodelant les cartes d'une géographie sociale et familiale renouvelée. Mieux comprendre ces changements constitue un enjeu majeur des politiques de développement. Enfin, de manière très originale, l'ouvrage explore l'imaginaire et les représentations de l'enfance. Les prénoms donnés à la naissance par les différents membres de l'entourage constituent des symboles sociaux et familiaux. L'étude de nombreux contes traditionnels, véritables marqueurs sociaux, est révélatrice des complexités familiales, de la transmission entre les générations et de la société dans laquelle ils prennent place. À la lueur des récents événements qui ont secoué le Mali et les pays alentour, cette enquête prend d'autant plus de valeur, tant sur un plan sociologique qu'anthropologique, qu'elle capte le devenir de cette société rurale et ses transformations, profondes et durables pour ces populations et pour la région.
La perception des enjeux sanitaires touchant l'Afrique subsaharienne se réduit souvent aux épidémies, à la malnutrition et aux maladies infectieuses. Or, les pathologies non transmissibles et chroniques sont aussi un enjeu majeur, en particulier chez les citadins. La capitale du Burkina Faso compte aujourd'hui 2 millions d'habitants avec un taux de croissance de plus 7 % par an. Cette forte croissance s'est accompagnée d'une extension géographique, avec des quartiers entiers constitués de manière informelle, certains bénéficiant du lotissement et de la mise en place d'infrastructures collectives. En Afrique, peu d'études se sont intéressées à la santé des populations vivant en marge des villes, pauvres et souvent issues du milieu rural. Depuis 2008, l'Observatoire de population de Ouagadougou mène une enquête à passages répétés dans cinq quartiers périphériques. À partir de ces données devenues une source incontournable sur la santé urbaine en Afrique de l'Ouest, cet ouvrage dresse un bilan des différents fardeaux de maladies qui pèsent aujourd'hui sur leurs habitants de façon inégale selon les caractéristiques socioéconomiques et environnementales. Les résultats présentés s'avèrent précieux pour étudier la transition sanitaire en Afrique et aider à l'élaboration de politiques de développement et d'amélioration des conditions de vie.
Durant la guerre d'Algérie, les autorités militaires françaises mirent en place des camps de regroupement destinés à contrer la lutte pour l'indépendance en déplaçant des populations de leurs terres d'origine. La guerre d'Algérie qui mena à l'indépendance du pays en 1962 constitue une rupture dans les trajectoires individuelles de milliers de ruraux algériens. On estime qu'un quart de la population algérienne fut en effet déportée dans des CRP, les camps de regroupements de population. Gardiennes de traditions millénaires, coupées de leurs terres et de leur moyens de subsistance, ces populations relativement pauvres, pour l'essentiel des femmes, des enfants et des personnes âgées, furent expulsées de leurs terres et confinées dans des camps de fortune où elles durent recréer de nouvelles vies. Cet ouvrage reconstitue la trajectoire de certains de ces témoins, autour de la région de Cherchell, et apporte, à travers cette série de récits, une pierre essentielle à l'édifice d'une mémoire souvent oubliée ou occultée. Emportés collectivement dans les secousses de la guerre, ces femmes et ces hommes ont vécu, chacun à leur manière, des parcours qui les ont menés dans des directions différentes. Les auteurs ont minutieusement récolté ces récits de vie, ces parcours cassés, qui malgré la douleur et l'arrachement ont pu, quelquefois, engendrer aussi de belles histoires.
L'évolution des mobilités, l'élargissement des espaces de travail et la transformation des modes de vie ont-ils une incidence sur la famille et les liens qui la constituent ? Comment se définit aujourd'hui une famille supposément éclatée en différents lieux ?Sous l'effet des mobilités et des migrations, la dispersion géographique des individus et leurs choix de localisation supposent, pour chacun, des arbitrages complexes, au centre desquels la proximité ou l'accessibilité du réseau familial prend toute sa place. Comment rendre compte et comprendre le fonctionnement de la famille à distance ? Au-delà du ménage, le groupe familial se définit comme un ensemble dont les différents membres ne résident pas nécessairement, et pas toujours, sous le même toit. Il se déploie sur un territoire aux contours variés. Distance, proximités et frontières administratives et internationales impriment des dynamiques particulières aux relations familiales. La multirésidence ou le fait de vivre sous plusieurs toits différents, l'entretien des liens des migrants avec la famille d'origine, les relations avec les parents âgés, la vie de couple sans cohabitation, la pratique du télétravail ou la mobilité de groupes professionnels (personnels navigants par exemple), sont autant de manifestations du fonctionnement à distance de la famille qui, en s'adaptant à ces nouvelles contraintes, invente de nouvelles solidarités.
L'étude démographique des populations anciennes repose sur le dépouillement des registres paroissiaux et d'état civil. Elle met en lumière l'histoire des comportements, leur évolution et leur impact au fil du temps. Les unions, les naissances, les maladies, la mort rappellent, même à une échelle locale comme celle de la Dombes, les grandes transformations de la société française. Cette étude locale, centrée sur le petit territoire de la Dombes, fait renaître une population sur près de deux siècles. Elle met par exemple en exergue et de façon inattendue, la grande mobilité des personnes, entre monde rural et ville, ou d'un village à l'autre. Elle révèle l'évolution de leur patrimoine. Elle rappelle combien la mort et le veuvage furent importants avant les progrès sanitaires, au sein de familles pourtant encore très nombreuses. L'analyse de l'auteur souligne aussi les forts écarts sociaux, une alphabétisation encore balbutiante mais dont on observe les progrès, une mise en nourrice réservée aux familles les plus aisées. Voici donc un portrait de la France à travers une histoire locale traversée par les grandes évolutions du pays, et qui dresse, grâce une fine analyse, la transition démographique que connut le pays durant ces deux siècles.