Ined Éditions via OpenEdition
Depuis l'apparition des premières enquêtes en France sur les minorités sexuelles dans les années 1980 et 1990, de nouvelles générations de chercheur·ses ont contribué à élargir le champ des recherches sur ces populations. Marquées par les enjeux de santé dans un contexte d'épidémie du VIH, les premières enquêtes s'intéressaient aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, leurs pratiques sexuelles et leurs modes de vie. Plus récemment, la reconnaissance légale des couples de même sexe a permis l'émergence de travaux sur la conjugalité. Les recherches ont ensuite porté sur d'autres minorités de genre et de sexualité et sur des thématiques plus diversifiées. Cet ouvrage aborde les questions d'ordre méthodologique que pose l'émergence des minorités de genre et de sexualité dans les enquêtes statistiques et, plus largement, les sciences humaines et sociales. Élaborer des outils pour saisir des expériences spécifiques conduit souvent à questionner les impensés des techniques d'enquête en matière de genre et de sexualité. La faible proportion de ces populations, la difficulté d'en cerner les contours, le manque de connaissances sur leur répartition dans l'espace social posent la question de leur représentativité et du respect de leurs singularités. À partir d'enquêtes existantes, les autrices et auteurs analysent les techniques de production de données sur ces groupes sociaux souvent difficiles à atteindre. Ces contraintes méthodologiques nécessitent des outils, des indicateurs et des dispositifs d'enquête spécifiques. La réflexion sur les catégorisations vise à rendre visible les dynamiques démographiques de populations minoritaires et plus largement à saisir les évolutions de l'espace des possibles sexués et sexuels.
Réalisée en 2015 auprès de 27 000 femmes et hommes, l'enquête Violences et rapports de genre (Virage) constitue un outil majeur de mesure et d'analyse. En interrogeant à la fois les femmes et les hommes, elle rend possible la comparaison des déclarations avec l'analyse de l'effet des normes de genre sur les violences auxquelles femmes et hommes sont confrontés. Quels sont les types de faits, à quelle fréquence et dans quels espaces les violences sont-elles vécues ? Les faits de violence déclarés traduisent-ils les mêmes réalités pour les femmes et les hommes ? Les conséquences matérielles et psychologiques, l'impact sur la santé sont-ils semblables pour les deux sexes ? Complété par des modalités spécifiques (enquêtes par Internet) afin d'atteindre des populations plus difficiles à identifier, le dispositif a permis d'interroger des étudiant·e·s et des personnes LGBT. Les violences fondées sur les rapports de genre sont aujourd'hui au centre d'enjeux sociétaux fortement médiatisés. Leur étude doit enrichir, actualiser et renouveler les connaissances, et fournir des outils solides afin de répondre aux besoins de mise en place et de renforcement des politiques publiques. Celles-ci permettront d'anticiper des situations et des cadres propices à accompagner les personnes qui en sont victimes.
Au-delà des différences biologiques qui caractérisent chaque sexe, les inégalités de statut entre hommes et femmes et les rapports qui en découlent ont un caractère socialement construit, c'est ce qu'exprime le concept de « genre ». Chaque société structure un système de genre, c'est-à-dire un ensemble de normes, de croyances, de connaissances sélectives qui vont guider les comportements sexués, imposer des rôles, valoriser certaines attitudes et en condamner d'autres. La problématique du développement des pays du Sud est progressivement passée d'une vue misérabiliste de la « condition des femmes » à une approche qui place la dynamique des rapports sexués au coeur de la réflexion. Connaître ces dynamiques, leurs interférences avec les évolutions en cours et notamment les moyens de renforcer le pouvoir de décision des femmes (empowerment) est une priorité stratégique pour le développement. En Afrique, les recherches de projets intégrant le genre, encore très rares, restent un énorme chantier. Cet ouvrage fait un bilan des connaissances sur les rapports de genre tels qu'ils s'expriment dans l'histoire des sociétés, les institutions, la production économique et dans les comportements vis-à-vis de la santé, du mariage et de la constitution de la famille. Pour la première fois, des synthèses sur les inégalités de santé dans l'enfance et sur la nuptialité pour l'ensemble de l'Afrique, y sont présentées. Démographie et statistique ont une place centrale, mais les approches qualitatives et les contributions d'historiens, d'économistes et de sociologues apportent l'enrichissement d'une vision multidisciplinaire sur les questions de genre dans les sociétés africaines.
Paru il y a cinquante ans, cet ouvrage majeur scrute les grandes évolutions du mariage durant les Trente Glorieuses. Dans un contexte de remise en cause de l'institution maritale et de révolution sexuelle, encore marginale dans la population de l'après Mai 68, Louis Roussel perçoit à la fois la continuité des comportements et les nouvelles aspirations des Français. Ce digne héritier d'Émile Durkheim, de Maurice Halbwachs et des études pionnières de Philippe Ariès ou de Margaret Mead sur la famille, conjugue de manière innovante la rigueur des enquêtes statistiques et le regard sociologique. Ainsi, sur le mariage, le choix du conjoint, le célibat, la sexualité, le divorce, son ouvrage embrasse avec ambition l'analyse comparative de plusieurs enquêtes statistiques et études d'opinion, offrant au lecteur un portrait de la France des années 1970 et des générations d'après-guerre entrant de plain-pied dans la modernité qui s'annonce. Celle des moeurs, de la place et des nouveaux droits des femmes, de la remise en question des schémas traditionnels de la famille et d'une jeunesse qui s'est imposée avec force. Préfacé par Florence Maillochon qui apporte le recul nécessaire et fait le bilan des grands changements annoncés, cet ouvrage fait le lien entre les travaux pionniers de Louis Roussel et l'évolution d'un champ disciplinaire essentiel pour la compréhension des comportements sociaux. Nouvelle édition augmentée et complétée
Cette réédition de l'ouvrage de Pierre George, publié en 1951 par l'Ined, témoigne de la nécessaire intégration des savoirs de plusieurs disciplines. Pierre George a su enrichir la géographie classique française, dès l'après-guerre, d'une réelle ouverture vers des processus économiques et politiques jusque-là peu explorés par les géographes français. Sa pensée claire et rigoureuse, son écriture précise et concise procurent encore aujourd'hui un réel plaisir de lecture. Sa vigueur intellectuelle et sa perspicacité se manifestent au mieux dans l'un de ses thèmes de prédilection, la géographie de la population. Avant la lettre, Pierre George a réellement pratiqué une démarche interdisciplinaire, intégrant avec subtilité les concepts et les méthodes de plusieurs sciences sociales. Il propose un parcours dont on dirait aujourd'hui qu'il déconstruit les idées reçues. Il tient à identifier les processus par lesquels les éléments du milieu contraignent ou sont utilisés par les populations, avec une vision spatio-temporelle détaillée qui lui permet de traquer « l'illusion des explications mécanistes ». Il enrichit les notions classiques en y intégrant des processus dynamiques et historiques. Il affirme une position qui donne la priorité aux processus sociaux dans l'explication des inégalités de répartition de la population, en excluant un trop grand déterminisme par les conditions physiques et en soulignant la grande variété des adaptations réalisées par les sociétés humaines, dans leurs choix comme dans leurs utilisations des ressources et du potentiel des technologies, existantes, « latentes », ou futures. Cette réédition est introduite par une Invitation à la lecture de Denise Pumain, professeure émérite de renommée internationale spécialiste de la modélisation en sciences sociales et de l'urbanisation.
Perçus comme une véritable révolution, les événements qui ont eu lieu en 2011 en Tunisie étaient porteurs de beaucoup d'espoirs au sein de la société tunisienne. Dix ans après, le pays peine à trouver une stabilité politique, à surmonter ses difficultés économiques et à résorber des inégalités territoriales anciennes entre la façade littorale et les régions du centre. Mais qu'en est-il de la population tunisienne dont une grande partie, et en particulier les plus jeunes, s'est soulevée en 2011 pour mettre fin à des décennies de dictature ? Pour répondre à cette question, une enquête sociologique de grande ampleur a été menée en 2016 par une équipe de chercheuses et chercheurs tunisiens et français. Pour la première fois, les histoires individuelles de plus de 3 000 Tunisiennes et Tunisiens ont été collectées dans leurs dimensions géographique, familiale et professionnelle. À partir de ces résultats, l'ouvrage entreprend de saisir les paradoxes qui traversent aujourd'hui la société tunisienne, tiraillée entre conservatisme et modernité, et d'en décrire la diversité. Au-delà des données factuelles sur l'emploi, l'éducation, le célibat, les rapports de genre, la mobilité géographique, il explore une dimension plus subjective, entre résistances, compromis et mutations, de cette société en mouvement.
Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que le logement devient largement conçu comme étant le monde privé des femmes. Le foyer est alors un espace essentiellement féminin tandis que les hommes investissent les lieux extérieurs et la sphère professionnelle selon la division traditionnelle du travail. Cette organisation sociale évolue au cours du XXe siècle avec les changements qui s'opèrent dans la famille et le monde professionnel. La généralisation du travail salarié des femmes, les recompositions familiales, le développement de la propriété (occupante ou de rapport), les nouvelles formes de domesticité et d'emplois à domicile, transforment à la fois le rapport à l'habitat et les relations de pouvoir entre les sexes qui se jouent dans la sphère domestique. Considérant le logement dans ses dimensions à la fois matérielle, économique, juridique et symbolique, cet ouvrage ouvre de nouvelles pistes de recherche sur la sphère domestique. L'habitat doit ainsi être perçu comme un révélateur des changements et des permanences des rapports sociaux de sexe dans la société française contemporaine.
Parce qu'elle touche à l'origine de la vie, à l'organisation sociale et au devenir des populations, la reproduction a, depuis l'aube de l'histoire, nourri des mythes et alimenté les imaginaires collectifs. En va-t-il différemment dans les sociétés contemporaines assistant au développement des technologies reproductives ? C'est la question à laquelle tente de répondre cet ouvrage qui explore des représentations littéraires, artistiques et sociales, laissant entrevoir la persistance d'un lien fort entre de nouvelles possibilités reproductives et le sentiment d'un basculement « civilisationnel ». De quelle manière la recherche scientifique et les innovations biomédicales alimentent-elles l'imaginaire public et quelle place ont, notamment, les fictions décrivant un monde où la maîtrise de la reproduction façonne un nouvel ordre social ? Comme en témoigne le succès intemporel du Meilleur des mondes d' Aldous Huxley ou l'engouement pour d'autres fictions dystopiques comme La servante écarlate, cette technicisation est un thème d'inspiration inépuisable. La fabrique de l'imaginaire reproductif offre des projections prophétiques et se fait l'écho de craintes séculaires, tout en perpétuant des modèles reproductifs, sexuels ou de genre. L'étude de ces représentations et de ces mythes confirme leur place, consciente ou inconsciente, dans notre rapport à la reproduction médicalisée.
Pandi (littéralement : « en espérant un fils »), Laidi (« un garçon va suivre »), ou Yehao (« ça va aussi »), c'est ainsi que sont nommées, dans les campagnes chinoises, les fillettes qui ont eu la malchance de naître en lieu et place du fils tant attendu... Car en Chine, en dépit de la modernisation économique des dernières décennies, une fille reste investie d'une bien moindre valeur qu'un fils. Dans les représentations sociales, un garçon présente divers atouts inhérents à son sexe, dont les filles sont globalement dépourvues. Victimes de leur statut dévalorisé, les filles naissent moins nombreuses qu'elles ne le devraient et meurent dans des proportions anormalement élevées. Ainsi, contrairement aux évolutions démographiques observées dans le reste du monde s'ensuit une masculinisation de la population chinoise, sa part masculine augmentant plus vite que sa part féminine. D'un point de vue strictement démographique, la situation des Chinoises est donc, relativement à celle des hommes, l'une des plus mauvaises qui soient. Là est l'immense paradoxe de cette société en marche vers la modernisation. Alors que les Chinoises se sont largement émancipées depuis les années 1950, de graves atteintes sont maintenant portées à leur existence. La législation chinoise, pourtant explicite sur la question de la protection des droits et des intérêts des femmes, ne permet pas de garantir leur droit le plus élémentaire : celui de vivre.
Publiée pour la première fois en 1934, La révolution démographique expose la théorie des régimes démographiques, annonçant ce qui deviendra la théorie de la transition démographique, fondement majeur de la discipline. Issu d'une famille de notables corses et homme politique radical-socialiste préoccupé par la « dépopulation », Adolphe Landry s'est très tôt intéressé aux questions de population, alliant réflexions philosophiques et morales sur le progrès et le bien-être social. Plusieurs fois ministre sous la Troisième République, impliqué dans les politiques natalistes et familiales, il s'inscrit dans les nouveaux courants de pensée sociologiques de l'entre-deux-guerres. Cet ouvrage, considéré par Alain Girard, dans sa préface à la réédition de 1982, « comme une oeuvre de science que la marche du temps n'a pas contredit », développe la théorie des trois régimes démographiques. Le régime primitif lie étroitement croissance démographique et subsistances avec une mortalité élevée. Le régime contemporain allie le progrès économique et social avec un contrôle des naissances de la part des familles. Landry en distingue un troisième, établissant que le passage du primitif au contemporain n'a pu se faire sans transition, sans « révolution », car ces deux régimes sont radicalement différents. Bien qu'ancré dans son époque, son exposé révèle une analyse méthodique des comportements démographiques et des réflexions civilisationnelles qui demeurent d'une grande acuité. Cette réédition est augmentée d'une préface de Fabrice Cahen qui situe la pensée de Landry dans le champ des savoirs sur la population au début du XXe siècle et s'attache à faire redécouvrir le parcours d'une figure inclassable.
Les principaux travaux de Louis-Adolphe Bertillon (1821-1883) visent à répondre à une seule question : « Pourquoi la mort prématurée rôde-t-elle ? » (Lucrèce). Pour identifier les morts évitables, ce médecin délaisse l'observation clinique et se fait statisticien : il cartographie la mortalité infantile, tente de mesurer âge par âge l'emprise de la variole, de la phtisie, des accidents, s'affirmant comme l'un des plus importants démographes du xixe siècle. Grand animateur de sociétés savantes (Société d'anthropologie de Paris, Société de statistique de Paris, Société de sociologie), il a la charge des rubriques de statistique médicale du Dictionnaire de médecine et du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, préside le Congrès mondial de démographie à Paris lors de l'Exposition universelle de 1878, et publie de nombreux articles dans les Annales de démographie internationale, première revue de démographie au monde. Républicain, opposé au Second Empire, distant du monde de la médecine, il est longtemps tenu à l'écart des institutions académiques. Nommé professeur de démographie à l'École d'anthropologie de Paris en 1876, il devient chef du service de statistique de la préfecture de la Seine en 1879. Son oeuvre majeure, la Démographie figurée de la France (1874), est un atlas centré sur l'étude de la mortalité. Elle innove par le primat accordé à l'expression graphique de sa pensée : des cartes et des diagrammes, faciles à lire, vont pouvoir toucher un large public. S'appuyant sur des archives en grande partie inédites, Alain Chenu présente ici, outre cet atlas, une vingtaine de textes qui, s'éclairant les uns les autres, permettent de prendre la mesure du rôle clé que Bertillon a joué dans l'émergence de la démographie moderne.
L'année 2003 marque le tricentenaire de la naissance d'Antoine Deparcieux (1703-1768). Ce mathématicien est connu, avant tout, comme l'auteur de la première Table de Mortalité française. C'est à lui que revient le mérite, non seulement d'avoir construit cette table, mais encore d'en avoir établi la théorie. Deparcieux a pu être qualifié de «seul grand théoricien français d'arithmétique politique du XVIIIe siècle », précisément à cause de son travail minutieux et novateur sur ces tables. Il peut aussi être considéré comme le pionnier de la théorie mathématique des populations : de lui en provient l'idée fondatrice. Les tables de mortalité de Deparcieux, calculées à partir de données extraites des registres des tontines et des nécrologes de divers ordres religieux parisiens, seront reprises et reproduites tout au long de la seconde moitié du XVIIIe siècle par toute une pléiade d'auteurs, allant de Buffon à Sümilch, en passant par Moheau, Price et l'encyclopédiste Jaucourt. Un siècle après la publication de l'Essai sur les probabilités de la durée de la vie humaine, les tables de Deparcieux continueront àêtre utilisées par les compagnies d'assurance françaises dans leurs calculs actuariels. Par la présente édition enrichie de commentaires qui sont autant de guides pour le lecteur averti ou non, cet ouvrage important est à nouveau rendu aisément disponible.
Publié pour la première fois en 1959, Questions de géographie de la population poursuit une réflexion commencée huit ans plus tôt par Pierre George (1909-2006) avec son livre Introduction à l'étude géographique de la population du monde, réédité en 2022 aux Éditions de l'Ined. Accueilli en son temps comme un travail majeur, à la croisée de la géographie et de la démographie, cet ouvrage ambitieux aborde les rapports qu'entretiennent, de fait, les deux disciplines, en analysant la répartition des populations dans l'espace, les liens entre géographie physique et population, mais aussi les rapports entre économie et population ainsi que les migrations. Cette approche scientifique, très neuve pour l'époque, s'appuie sur l'utilisation des méthodes quantitatives de la démographie, ouvrant ainsi un nouveau champ disciplinaire. Humaniste engagé, Pierre George livre ici non seulement une étude géographique des faits démographiques mais en appelle aussi à la solidarité mondiale face à la menace d'un fossé qui « se creuse entre deux humanités, l'humanité nantie, confortable, qui est malthusienne [...] et l'humanité famélique, mal vêtue, qui n'a pour abris que des masures ou des cabanes ». Sa conclusion prend ainsi la forme d'un réquisitoire sur ce qui est, selon lui, le problème majeur de la fin du xxe siècle. Force est de constater que ce problème n'a rien perdu de son actualité. Cette réédition est préfacée par Denise Pumain, professeure émérite de renommée internationale, spécialiste de la modélisation en sciences sociales et de l'urbanisation.
Cet ouvrage est la réédition d'un texte paru pour la première fois en 1855 par le naturaliste et démographe Achille Guillard. Pour l'histoire des sciences et de la démographie, les Éléments de statistique humaine ou démographie comparée est un ouvrage resté relativement méconnu, qui introduit pour la première fois le terme « démographie », conçue notamment comme une science indispensable à la connaissance de la société humaine. Dès l'avant-propos de ses Éléments, Guillard précise l'objet de la science de la population qu'il conçoit d'une manière très large. Il en circonscrit en détail le domaine, qui est de « s'occuper des hommes, de leur état encore précaire, de leurs progrès encore contestés, des lois physiologiques qui les régissent, des lois sociales qui les doivent régir, de l'économie des forces humaines qui est de théorie, et de leur dissipation qui est de fait, de la liberté et de la servitude, du travail obligatoire et du repos mérité, du bien-être par hérédité, de la misère par ignorance, de la naissance et de la mort, de l'argent et du sang, de l'agriculture, du commerce, du gouvernement, de l'industrie, et de quelques autres géhennes ». Guillard propose donc une définition large de cette discipline, incluant notamment la considération de phénomènes d'ordre culturel comme le niveau intellectuel ou moral des individus. S'interrogeant sur la place de la démographie par rapport à la science, il soutient « qu'elle en doit être le tronc » ou « le réservoir commun où doivent confluer tous les courants de la statistique ». Édition en fac-similé présentée par Jean-Marc Rohrbasser et Jacques Véron.
Durant la guerre d'Algérie, les autorités militaires françaises mirent en place des camps de regroupement destinés à contrer la lutte pour l'indépendance en déplaçant des populations de leurs terres d'origine. La guerre d'Algérie qui mena à l'indépendance du pays en 1962 constitue une rupture dans les trajectoires individuelles de milliers de ruraux algériens. On estime qu'un quart de la population algérienne fut en effet déportée dans des CRP, les camps de regroupements de population. Gardiennes de traditions millénaires, coupées de leurs terres et de leur moyens de subsistance, ces populations relativement pauvres, pour l'essentiel des femmes, des enfants et des personnes âgées, furent expulsées de leurs terres et confinées dans des camps de fortune où elles durent recréer de nouvelles vies. Cet ouvrage reconstitue la trajectoire de certains de ces témoins, autour de la région de Cherchell, et apporte, à travers cette série de récits, une pierre essentielle à l'édifice d'une mémoire souvent oubliée ou occultée. Emportés collectivement dans les secousses de la guerre, ces femmes et ces hommes ont vécu, chacun à leur manière, des parcours qui les ont menés dans des directions différentes. Les auteurs ont minutieusement récolté ces récits de vie, ces parcours cassés, qui malgré la douleur et l'arrachement ont pu, quelquefois, engendrer aussi de belles histoires.
Voici un livre qui apporte à l'étude scientifique des problèmes de la population une contribution d'un exceptionnel intérêt. Son auteur, M. Jacques Henripin, diplômé de l'Université de Montréal, docteur ès-sciences économiques de la Faculté de Droit de Paris, retrace, tout d'abord, à grands traits, l'épopée de cette petite poignée de colons français, venus se fixer au Canada au cours du XVIIIe siècle et qui, malgré la rigueur du climat, le rude travail de défrichement d'une terre encore inculte, les épidémies, les attaques des Iroquois, la pénurie de femmes immigrées, sont parvenus à doubler leur nombre tous les vingt ou vingt-deux ans.
Hommes et femmes ont-ils des vies de couple et une histoire parentale semblables ? Quels sont les principaux changements en matière de formation des couples et de fécondité ces dernières années ? Quel est l'impact d'une mesure de politique familiale sur l'activité des femmes ? La part des familles monoparentales ou recomposées progresse-t-elle ? Quelle histoire familiale pour ceux qui ont dépassé 50 ans ? Comment, au sein des familles, mesurer le veuvage, l'orphelinage et le décès des jeunes enfants ? Quel accès les enfants d'immigrés ont-ils au marché du travail ? Comment s'opère la transmission familiale des langues ? Telles sont quelques-unes des questions abordées dans cet ouvrage de référence qui réunit plus d'une trentaine de recherches et met en relief toute la richesse de l'enquête "Étude de l'histoire familiale", dite encore "enquête Famille", de 1999. Avec des éclairages divers et des thèses très nouvelles Histoires de familles, histoires familiales constitue un outil précieux à toute personne, chercheur, étudiant ou grand public, s'intéressant aux évolutions de la famille en France.
Individuals experience a variety of different events throughout their life-course - birth, marriage, change of employment, school graduation, etc. - which sometimes occur in rapid succession, and whose timing and definition may seem unclear. Now that survey questionnaires are able to record individual trajectories in greater depth, changes of status can no longer be viewed simply as separate events, but involve a transition process of variable duration. The observation, modelling and interpretation of these fuzzy thresholds between two situations constitute a dynamic field of research in the social sciences. The authors of this manual have pooled their experience of event-history data collection to address the questions of "focus", i.e. finding the right observation distance to grasp the complexity of life histories, and of time, i.e. choosing the right timescale of detailed information collection. After analysing the links between quantitative and qualitative data, addressing the distinction between facts and perceptions, and deconstructing analysis data categories, they offer a number of conceptual and methodological solutions. This study extends beyond the scope of specific examples to develop a major empirical approach in a still largely unexplored area. This book targets a much broader audience than the community of demographers alone. It concerns everyone in the field of social sciences who, at one moment or another, is required to organize data collection in the field, either for research or practical purposes. The Groupe de réflexion sur l'approche biographique (GRAB) brings together researchers and academics from a range of institutions (INED, IRD, CNRS, etc.) working in a variety of disciplines: demography, geography, sociology, economics, etc. It is building on the experience acquired through 25 event-history surveys conducted to date in France, Africa and Latin America.
Pays d'immigration depuis plus d'un siècle, la France est une société multiculturelle où la diversité des origines atteint un niveau sans précédent. Mais la situation des populations liées à l'immigration, objets d'idées reçues et de représentations stéréotypées, reste mal connue. Souhaitant répondre à ce besoin de connaissances statistiques, l'Ined et l'Insee se sont associés pour réaliser une enquête d'envergure sur la diversité des populations en France et l'étude des discriminations. Réalisée auprès de 22 000 personnes, l'enquête Trajectoires et Origines (TeO) marque une nouvelle étape dans les recherches quantitatives sur les personnes immigrées et leurs descendants. L'origine est-elle en soi un facteur d'inégalités ou simplement de différenciation dans l'accès aux différentes ressources de la vie sociale ? TeO offre des pistes de réflexion en accordant une grande place à la reconstitution des trajectoires scolaires, professionnelles, matrimoniales ou en explorant l'accès au logement et à la santé. L'un des apports majeurs de cet ouvrage, aboutissement de l'enquête TeO, est de combiner une approche à la fois objective et subjective de la discrimination en étudiant, pour la première fois l'expérience du racisme subi, et en ouvrant des perspectives méthodologiques sur l'étude de préjudices vécus du fait de l'origine, la religion ou la couleur de peau.
La famille, le couple, les relations entre générations revêtent aujourd'hui des réalités multiples. Y a-t-il de nouvelles formes de conjugalité ? Que signifie être en couple sans vivre ensemble ? Quelle influence la religion a-t-elle sur le mariage et les naissances ? Quelles sont les implications d'une séparation sur l'histoire familiale des enfants ? Le partage des tâches au sein du couple a-t-il changé ? Les grandes étapes du « passage à l'âge adulte » ont-elles évolué depuis 20 ans ? Désire-t-on un deuxième enfant dans les mêmes conditions que le premier ? Les relations entre parents et enfants adultes ont-elles changé ? Qui sont les grands-parents d'aujourd'hui ? Afin de rendre compte des nouveaux comportements démographiques en France, l'Ined et l'Insee ont interrogé 10 000 personnes, représentatives de la population en 2005 (Enquête Étude des relations familiales et intergénérationnelles). Parce que la famille n'en finit pas de se réinventer et que ces évolutions concernent ce qui nous touche le plus, ces témoignages, analysés ici par des sociologues, démographes, économistes et statisticiens, permettent de dresser différents « portraits de familles », représentatifs des évolutions en profondeur qui touchent nos sociétés depuis ces dernières décennies.
Six ans après Portraits de familles, ce deuxième volet de l'Étude des relations familiales et intergénérationnelles (Érfi) retrace les parcours de vie des 10 000 personnes ayant participé à l'enquête. Que sont-elles devenues ? Se sont-elles mises en couple, se sont-elles séparées ? Ont-elles eu des enfants ? Quelle influence a eu leur parcours familial sur leur vie professionnelle, et réciproquement ? Dans quelle mesure les événements de vie activent l'entraide entre générations ? Constate-t-on des différences de comportements entre les hommes et les femmes ? L'interrogation successive, trois puis six ans après des mêmes personnes permet de mieux appréhender les parcours de vie et les comportements démographiques tant individuels que familiaux. Elle offre un éclairage sur les grandes tendances et les diversités des modes de vie face à certaines évènements de l'existence comme l'arrivée d'un enfant, le chômage, une séparation, un départ à la retraite. Ce panorama détaillé permet de saisir les transformations de la famille et de ce qu'elle recouvre aujourd'hui en France.
L'évolution des mobilités, l'élargissement des espaces de travail et la transformation des modes de vie ont-ils une incidence sur l'organisation des familles et leurs fonctionnements? Comment se caractérise aujourd'hui une famille supposément éclatée en différents lieux? Le groupe familial se dé nit comme un ensemble dont les différents membres ne résident pas nécessairement, et pas toujours, sous le même toit. Il se déploie sur un territoire aux contours variés. Distances, proximités et frontières administratives et internationales impriment des dynamiques particulières sur les liens familiaux. À partir d'une série de situations familiales et de contextes géographiques variés, cet ouvrage offre de nouvelles pistes d'analyses. Le fait de vivre sous plusieurs toits différents, les relations avec les parents âgés, les liens des migrants avec la famille d'origine, la vie de couple sans cohabitation, la pratique du télétravail ou la mobilité professionnelle sont autant de manifestations du fonctionnement à distance de la famille qui, en s'adaptant à ces nouvelles contraintes, invente de nouvelles solidarités.
Depuis 2010, l'accès à une eau de qualité et à des installations sanitaires est reconnu comme un « droit humain fondamental et universel ». Or, dans des pays bien dotés, notamment en Europe, l'eau est devenue inaccessible ou d'accès incertain pour une part croissante de la population. Habituellement cantonné aux pays du Sud, ce phénomène reste mal connu. Pourtant, l'évolution des cadres légaux et des politiques publiques de lutte démontrent que l'enjeu est majeur. À travers des expériences du quotidien (accès aux bains-douches, habitat en logements dégradés, sans-abrisme, etc.) et quelques aperçus historiques et juridiques, l'ouvrage révèle combien la propreté et l'intimité restent fortement liées à l'accès à un espace approprié, dont l'absence constitue une épreuve quotidienne influant sur le rapport avec soi-même, avec l'autre et avec les institutions. Pauvreté en eau, précarité hydrique et risque sanitaire sont les différentes facettes de ces nouvelles formes de précarités. Dans un contexte d'accès marchand à l'eau et de déficit en équipements publics, la réhabilitation des installations sanitaires dégradées, une tarification abordable et la gratuité des dispositifs publics d'accès à l'eau et à l'hygiène doivent s'imposer comme une priorité dans la prise en compte de ces populations vulnérables par les pouvoirs publics.
Naît-on fille ou garçon ou le devient-on ? Comment se constituent les différences sexuées en matière d'éducation, de jeux, de droits, de représentations ? Quel regard portent les enfants sur leur condition de fille ou de garçon, comment sont-ils acteurs des dynamiques à l'oeuvre à l'école, à la maison, au travail ? L'ouvrage revisite l'enfance et l'adolescence en prenant en compte le genre dans les processus de construction sociale. En divers lieux, sur des terrains situés en Afrique et en Europe, les auteur-e-s croisent les regards, montrent comment se fabriquent les différences entre filles et garçons.Les questions de l'accès à l'instruction, des tâches domestiques, du travail des enfants, de leurs migrations, prennent toute leur mesure lorsqu'il s'agit de définir l'enfance comme une période de la vie, différemment construite et définie selon les cultures et les normes dans lesquelles elle prend place. Les expériences abordées ici montrent à quel point ces questions sont fondamentales pour comprendre le devenir des sociétés contemporaines.
Au début du XVIIIe siècle, à la mort de Charles XII, et après des années de guerres, la Suède entame une période de changements politiques connue sous le nom d'« ère des libertés », avec notamment l'avènement d'une monarchie constitutionnelle. Le nouveau pouvoir souhaite développer la croissance et le bien-être de la nation. C'est dans ce cadre que l'Académie royale des sciences est créée et mise à contribution pour redonner au royaume toute sa puissance. La population étant perçue comme un élément moteur du développement du pays, il s'agit, pour les savants de l'Académie des sciences, de mettre en place un système exhaustif et uniforme de collecte de données relatives à l'ensemble des sujets du royaume. Pionnière, la Suède devient ainsi le premier pays à mettre en place un recensement de sa population et à créer le tout premier institut de statistique au monde. C'est dans ce cadre que des savants enthousiastes mènent durant plusieurs décennies des travaux pionniers en matière d'arithmétique politique et de démographie. Le plus créatif d'entre eux, Pehr Wargentin, astronome de formation, établit les premières tables de mortalité pour la Suède. Grand visionnaire, il imagine des représentations de la population sous forme de pyramide des âges et utilise le concept moderne d'unité du ménage. Il est l'un des premiers à analyser la saisonnalité des naissances, et initie le dénombrement du solde migratoire. L'ouvrage retrace cette formidable aventure à travers une série de mémoires jamais traduits en français, apportant ainsi une contribution essentielle à l'histoire des sciences de la population. Une riche introduction complète cet apport en le replaçant à la fois dans son contexte historique et en insistant sur le rôle non seulement scientifique de ces savants, mais également sur leur poids politique. Quelque peu occultés par leurs célèbres collègues Halley, Linné ou Celsius dans l'histoire des sciences, ces savants méconnus retrouvent ici la place qui leur est due.
Au cours des dernières décennies, l'évolution de la mobilité résidentielle, des structures familiales, des études et des parcours professionnels a suscité un intérêt croissant pour les trajectoires biographiques en sciences sociales. L'étude quantitative des parcours de vie se concentre généralement sur les événements par le biais des méthodes d'analyse des biographies, mais l'ambition de ce type de recherche est aussi d'appréhender les trajectoires dans leur ensemble. Or il existe d'autres approches offrant la possibilité d'étudier les parcours de vie en tant qu'unité d'analyse, comme un tout. Ce manuel pratique explore la méthode la plus répandue qui est celle de l'analyse de séquences, associée à la construction de typologies de trajectoires. Il présente les choix successifs nécessaires à sa mise en oeuvre, du codage des données au nombre de classes de la typologie et passe en revue les différentes mesures de la similarité entre trajectoires, étape cruciale de l'édifice typologique. Cet outil de travail vient compléter l'arsenal méthodologique des études quantitatives et se révèle essentiel pour toute recherche en sciences sociales consacrée à l'analyse des parcours de vie. Un tutoriel en ligne est proposé pour la mise en application sous R de ces méthodes.
Ville mythique et attachante, maintes fois célébrée par les artistes, Marrakech exerce un pouvoir d'attraction sur les visiteurs du monde entier et sur ses propres habitants, les Marrakchis, qui sont les premiers badauds de la place Jemâa El-Fna, classée Patrimoine oral et immatériel de l'Humanité par l'Unesco. Ils sont les meilleurs clients des souks attenants et les promeneurs les plus assidus des jardins de la Ménara. Ils sont aussi les principaux acteurs de cet ouvrage qui a pour ambition de franchir ce décor de rêve et d'entrer « derrière les portes », pour explorer leurs modes et lieux de vie et leurs conditions de travail. Sur la base d'une approche démographique et géographique, les auteurs, fins connaisseurs et amoureux de la cité, étudient les comportements sociaux de cette population au sein d'un contexte urbain en très forte évolution, marqué architecturalement par son histoire et par un fort brassage des populations urbaines et rurales. Le contraste entre une ville européenne, issue du protectorat, et une ville musulmane ancestrale resurgit aujourd'hui avec l'essor récent des riads de la médina, que des Européens se sont appropriés pour les transformer en maisons d'hôtes et en résidences secondaires. À l'appui des résultats des recensements marocains, des grandes enquêtes nationales et des observations des auteurs sur le terrain, cette étude, agrémentée d'un atlas cartographique, propose une analyse fine de l'évolution des quartiers et de leurs populations et dresse un tableau précis de cette mosaïque et de son évolution au fil des décennies.
La première édition de cet ouvrage, en 1988, s'était faite dans un contexte où les méthodes d'analyse et de mesure de la mobilité spatiale connaissaient un important regain d'intérêt, notamment de la part des gouvernements. L'urbanisation et les changements dans la répartition spatiale des populations, ainsi que leur incidence sur les structures économiques et sociales nécessitaient en effet des outils d'analyse adaptés. Enrichie d'une nouvelle présentation, la réédition du manuel s'imposait, tant l'outil s'était révélé indispensable pour tout chercheur travaillant sur les mobilités spatiales et les migrations. Concepts, présentation et analyse des sources, directes (enquêtes, registres, recensements...) ou indirectes (estimations, autres statistiques...), définitions synthétiques des indices et des taux, démonstrations pratiques de leur utilisation, méthodes de calcul et estimations des flux composent ce manuel pratique offrant un panorama méthodologique complet. Du fait de l'ampleur et de la complexité inédites prises par les phénomènes migratoires, les sources se sont aujourd'hui développées et diversifiées. Pour mieux les comprendre et les analyser, l'apport de méthodes quantitatives ayant fait leurs preuves s'avère plus que jamais nécessaire.
L'histoire de vie des personnes est un enchaînement continu d'événements de nature diverse concernant, entre autres, leur famille, leur résidence et leur profession. Pour appréhender les rythmes d'évolution multiples et imbriqués de ces différents phénomènes, il est nécessaire de disposer de données spécifiques que les enquêtes biographiques permettent de saisir au mieux dans leurs interactions. Cet ouvrage confronte, en termes directement comparables, quatorze expériences de collectes biographiques menées entre 1974 et 1997 dans divers pays du Nord (France, Pologne, Italie, Roumanie), mais aussi du Sud (en Afrique : Sénégal, Mali, Cameroun; en Amérique latine : Colombie, Mexique ; en Asie : Inde) avec des objectifs et des moyens divers. Ainsi, le cheminement théorique et les options méthodologiques qui ont présidé à chacune de ces expériences sont présentés en détail et selon un plan commun dans chaque chapitre. Ces présentations sont précédées d'une analyse comparative systématique. Ce bilan est le fruit des présentations et des discussions qui ont eu lieu lors d'un séminaire international en juin 1997, organisé par l'Ined, l'Orstom (IRD) et le Réseau Socioéconomie de l'Habitat sur « l'apport des collectes biographiques pour la connaissance de la mobilité ». Les études présentées ici apportent d'utiles éléments de réflexion aux chercheurs, enseignants et étudiants, intéressés par la collecte de données susceptibles d'améliorer la connaissance des comportements individuels, en particulier dans le domaine de la mobilité. Afin de poursuivre les travaux dans cette direction, les organisateurs ont, à l'époque, constitué le Groupe de réflexion sur l'approche biographique (Grab), animé par Éva Lelièvre, dont les activités ultérieures ont donné lieu à des rencontres régulières et à de nouvelles publications (voir http://grab.site.ined.fr).
Qui était Paul Strauss ? Journaliste et fondateur de revues, élu de la République au conseil municipal de Paris avant d'accéder aux plus hautes fonctions, sénatoriales et ministérielles, Paul Strauss est pourtant un oublié de l'histoire. Son cheminement croise tous les soubresauts de la Troisième République, qu'il voit naître et mourir. Il a connu trois guerres, eu autant d'amis que d'ennemis, a été aux côtés de Gambetta, Clemenceau, Poincaré, Waldeck-Rousseau, etc., avec lesquels il a contribué à l'enracinement de la République. Proche des radicaux, pasteurien, philanthrope, solidariste, laïque et franc-maçon, Paul Strauss est à la fois une figure représentative et néanmoins atypique de la Troisième République. Ce provincial, juif alsacien d'origine modeste, défie en effet les classifications simplistes. Farouche défenseur des politiques sociales, convaincu de la nécessité de réformer, visionnaire en matière de protection sanitaire, il aura bâti un ensemble de lois dont la plupart restent d'actualité : habitations à loyer modéré, protection maternelle et infantile, assistance publique, hygiène publique, lutte contre le cancer, droits des femmes... Il aura contribué à la mise en place d'une politique sociale et sanitaire, attentif à la lutte contre la mortalité excessive, aux conditions de vie et de santé des plus démunis. Ses combats s'inscrivent dans le contexte de la modification du régime démographique, auquel il a été sensible. Cette politique à laquelle il contribue si fortement constitue l'un des fondements de ce qui formera, après-guerre, l'État-providence. Cet ouvrage, fruit des recherches d'une grande spécialiste de l'histoire sociale de la Troisième République, retrace cette carrière exceptionnelle à travers ses engagements politiques, sociaux et intellectuels et constitue, en quelque sorte, une forme de réhabilitation d'un homme resté dans l'ombre de la réforme sociale tout en étant l'un de ses principaux maîtres d'oeuvre. Catherine Rollet est historienne démographe, professeure de démographie à l'université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, et membre du laboratoire Printemps. présidente du Conseil scientifique de l'Ined de 2006 à 2009, elle a également été membre de la Société de démographie historique et du Comité d'histoire de la Sécurité sociale. En 2005, elle a présidé le comité d'organisation du Congrès de l'Union internationale pour l'étude scientifique des populations qui s'est tenu à Tours. Ses recherches portaient principalement sur les politiques à l'égard de l'enfance, sur l'histoire des politiques sociales et de santé aux xixe et xxe siècles. Virginie De Luca Barrusse est historienne démographe, professeure de démographie à l'Université Paris-1-Panthéon Sorbonne et membre du Cridup, centre de recherche de l'Institut de démographie (Idup). Ses travaux portent sur les politiques de population et les populations vulnérables aux xixe siècles.
Cette enquête, réalisée par l'Ined en 1945 auprès de 2 500 personnes, dresse le portrait des aspirations des Français en termes de confort urbain et d'aménagement de l'habitat dans l'immédiat après-guerre. Commandée par les pouvoirs publics, elle reflète le voeu d'insérer la population dans un vaste programme de réhabilitation de l'habitat et dans une dynamique de modernité que l'on peut aisément saisir au sortir d'une guerre dévastatrice. Elle exprime aussi les préoccupations de l'institut vis-à-vis de l'impact des conditions de logement sur la natalité, la santé et la mortalité des Français. À l'époque, à peine 10 % des logements sont considérés comme conformes aux normes d'hygiène et de confort. Organisé autour de l'aménagement extérieur et intérieur d'un logement « idéal », l'ouvrage permet une lecture précise des résultats du sondage à travers des schémas d'architectes et des analyses commentées. On y apprend que plus des deux tiers des Français ont une nette préférence pour la maison individuelle et sont favorables à l'idée d'habiter un pavillon construit en grande série, qui offre confort et modernité. Si les politiques urbaines optent pour les grands ensembles, l'accession à la propriété encouragera, quelques années plus tard, le développement des lotissements. Catherine Bonvalet, spécialiste des questions de logement et de territoires, complète cette réédition avec le recul nécessaire, plus de 75 ans après, en soulignant la méthodologie innovante imaginée par Jean Stoetzel et Alain Girard sur la première grande enquête française consacrée aux aspirations des ménages et la grande actualité de ses thématiques. Chacun pourra retrouver un peu de son histoire familiale, aspirations de nos parents et de nos grands-parents pour le confort moderne, évolutions majeures et démocratisation en matière d'amélioration de l'habitat, prise de conscience autour de la notion de salubrité, essor des arts ménagers, et revivre ainsi l'arrivée du progrès dans le quotidien des Français.
La perception des enjeux sanitaires touchant l'Afrique subsaharienne se réduit souvent aux épidémies, à la malnutrition et aux maladies infectieuses. Or, les pathologies non transmissibles et chroniques sont aussi un enjeu majeur, en particulier chez les citadins. La capitale du Burkina Faso compte aujourd'hui 2 millions d'habitants avec un taux de croissance de plus 7 % par an. Cette forte croissance s'est accompagnée d'une extension géographique, avec des quartiers entiers constitués de manière informelle, certains bénéficiant du lotissement et de la mise en place d'infrastructures collectives. En Afrique, peu d'études se sont intéressées à la santé des populations vivant en marge des villes, pauvres et souvent issues du milieu rural. Depuis 2008, l'Observatoire de population de Ouagadougou mène une enquête à passages répétés dans cinq quartiers périphériques. À partir de ces données devenues une source incontournable sur la santé urbaine en Afrique de l'Ouest, cet ouvrage dresse un bilan des différents fardeaux de maladies qui pèsent aujourd'hui sur leurs habitants de façon inégale selon les caractéristiques socioéconomiques et environnementales. Les résultats présentés s'avèrent précieux pour étudier la transition sanitaire en Afrique et aider à l'élaboration de politiques de développement et d'amélioration des conditions de vie.