Medium
L'image au soleil Salah Stéti é PowerPoint, la rhétorique universelle Pierre d'Huy Anatomie d'une agonie : le gaullisme Paul Thibaud À propos des sectes Didier Leschi L'enfer de la transmission Sadok Hammami Lettres d'un moulin sinistré René Nouailhat Pour Voltaire Jacques Lecarme « Spirou », «Tintin » et « Regulus » Michel Thiébaut * Secret-défonce, Roger Bensky et Régis Debray Tango pour les temps futurs Comédie dansante en 14 tableaux * B onjour l'ancêtre Les Idéologues, avec Robert Damien S alut l'arti ste Piotr Kowalski, par Monique Sicard U n concept Tradition, par François-Durand Gasselin S ymptômes Panthéon ; Du religieux ; Noël au balcon ; Mnouchkine ; L'image-événement
Nouveaux pouvoirs Nouvelles servitudes
Le médium cerveau est-il remplaçable ?, par Douglas Hofstadter Les rapports de notre cerveau biologique avec notre pensée sont-ils du même ordre que ceux du médium avec le message ? Jusqu'où pouvons-nous améliorer les performances du software en changeant de hardware, par exemple en remplaçant nos neurones par du silicium ? Ce remarquable article de l'auteur de Gdel Escher Bach (prix Pulitzer 1979), célèbre chercheur en intelligence artificielle (I A), répond à de retentissantes annonces qui extrapolent à partir des foudroyantes avancées de l'ordinateur. Un problème médiologique radical s'y trouve saisi à bras-le-corps, à travers un récit personnel et familier : quel lien entre l'esprit et les machines ? Douglas Hofstadter est professeur en sciences cognitives à l'université d'Indiana (Bloomington, USA). Ouvrages disponibles en traduction française : Gdel Escher Bach, InterÉditions, Paris, 1985 ; Vues de l'esprit (The Mind's I, en collaboration avec Daniel Dennett), InterÉditions, Paris, 1987 ; Ma Thémagie (Metamagical Themas), InterÉditions, Paris, 1988. À quoi sert un chef d'orchestre , par Michel Tabachnik Juché sur un podium depuis le XIXe siècle, ce personnage vedette de la scène musicale est l'un de ceux qui incarnent le mieux la fonction médiatrice. L'extrême visibilité qu'il doit à sa médiatisation occulte ce que son rôle a d'étrange. En quoi consiste au juste son travail ? Et pourquoi est-il indispensable ? Questions toutes pratiques que nous avons naïvement posées à un homme du métier, chef d'orchestre en activité qui, malgré l'épouvantable fait divers auquel son nom a été lié, ne cesse de réfléchir sur son art. Michel Tabachnik, chef d'orchestre et compositeur, est l'invité des orchestres les plus prestigieux. En France, il fut chargé de fonder l'Orchestre philharmonique de Lorraine, à Metz, en 1976. Parallèlement, Pierre Boulez lui confia la création et la direction musicale de l'Ensemble InterContemporain à Paris. Il est aujourd'hui régulièrement invité à diriger des concerts à Paris. En 2005, Michel Tabachnik a été nommé chef d'orchestre titulaire du Noord Nederlands Orkest (Pays-Bas). Corps transparent, esprit nouveau, par Monique Sicard Il y a quelque chose de pourri au royaume des objets d'art rêverait peut-être un Hamlet d'aujourd'hui, en allant et venant entre un musée qui ferme et un autre qui s'ouvre, le Trocadéro et le quai Branly, ou encore entre les réserves en sous-sol et les salles d'apparat. Un voyage à travers les limbes de la transmission contemporaine pose la question préjudicielle : qu'est-ce qui distingue un objet d'exposition d'un objet tout court ? Les « arts » de «l 'Art » ? Monique Sicard est chercheur au centre de recherches sur les arts et le langage de l'École des hautes études en sciences sociales. A publié Images d'un autre monde. La photographie scientifique, Centre national de la photographie, 1991, et La Fabrique du regard (XVe-XXe siècles). Images de science et appareils de vision, Odile Jacob, Coll. « Champ médiologique» , 1998. « Fabulous Labs », par Paul Soriano Le thème de la dématérialisation donne lieu à bien des utopies. Mais les nanotechnologies, à défaut de nous libérer de la matière, promettent de transformer sévèrement notre rapport pratique avec elle. Et, dès aujourd'hui, notre modèle industriel se voit remis en cause par des applications qu'inspire l'analogie entre le traitement informatique des bits et celui des atomes. Que nous réserve au juste le passage du PC (Personal Computer) au PF (Personal Fabricator) ? Paul Soriano dirige l'IREPP (Institut de recherches et de prospectives postales. www.irepp.com). Il a publié, avec Alain Finkielkraut, Internet, inquiétante extase, Mille et Une Nuits, 2001, et Lire, écrire dans la société de l'information, Descartes, 1999. L'obscène, la scène et le secret, par Daniel Bougnoux Représenter, théâtralement parlant, suppose une rampe, et des coulisses ; loin de tout montrer, celles-ci mettent en valeur une absence. La recherche de la sensation, du direct, d'une visibilité forcenée et d'une emprise grandissante sur les corps caractérise à la fois les propositions « cruelles » de l'art contemporain et le fonctionnement ordinaire des médias. Entre scène et obscène, où passe aujourd'hui la ligne rouge dans nos représentations artistiques, médiatiques, politiques ? Daniel Bougnoux, philosophe, est professeur (émérite) à l'université Stendhal de Grenoble III. Dernier ouvrage publié : La Crise de la représentation (La Découverte, 2006). L'indomptable résilience de la belote, par Pierre d'Huy La notion de résilience passe-partout serviable sur lequel nous reviendrons bientôt est de nature à éclairer la transmission au quotidien, ses déchirures et ses sutures. Il n'y a pas que des ruptures de chaîne irréparables. Il peut y avoir des accidents heureux. Le jeu de cartes en fait partie. Affaire sérieuse. Pierre d'Huy est consultant international en innovation. Derniers livres parus : Les Clés pour innover et L'Innovation collective, Éditions Liaisons sociales. Vie et mort d'une discipline : la polémologie, par François-Bernard Huyghe Comment se perd une idée magnifique ? L'histoire de la polémologie1 (science de la guerre, terme inventé par Gaston Bouthoul en 1942) fournit un exemple parfait de projet intellectuel incontestable en son principe, capable de mobiliser quelques années des talents exceptionnels, mais non de perdurer ni de transmettre. François-Bernard Huyghe est docteur d'État en Sciences Politiques, habilité à diriger des recherches en sciences de l'information et communication. Il intervient comme formateur et consultant. Dernier livre paru : Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, septembre 2005 ; Voir également son site huyghe.fr Le kamikaze, erreur de traduction, par Miura Nobutaka « Kamikaze (kamikaz) n.m. (mot jap., vents divins). 1. En 1944-1945, pilote japonais volontaire pour écraser son avion chargé d'explosifs sur un objectif ; cet avion. 2. Par ext. Personne téméraire qui se sacrifie pour une cause. » (« Le Petit Larousse »). L'expéditive extension du nom aux attentats-suicides fait l'affaire du communicant. Pour savoir si elle est historiquement et culturellement fondée, nous avons demandé à un ami japonais d'éclaircir son sens original. Miura Nobutaka est professeur d'études françaises à l'université de Chuo, Tokyo. Parasite, par Jean Berthier On trouvera ici le scénario du film de court métrage intitulé «Parasite» tel que l'enregistrement cinématographique ne l'a pas encore changé. On peut le lire en imaginant le personnage principal sous les traits de Carlo Brandt et en entendant les voix d'Émilie Mazoyer et de Daniel Mesguich sous les mots respectivement de Muriel, l'animatrice radio, et d'Alexandre Nahon, le sexologue psychothérapeuthe. «Parasite» est produit par Lumina Films (Marie Napoli) et aidé par le conseil régional de Picardie. Jean Berthier a publié des textes littéraires et critiques ou théoriques dans diverses revues (Action poétique, Lignes, L'Atelier du roman, etc.). Il est également cinéaste. BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. François Arago (1786-1853), avec Monique Sicard Arago est né à Estagel (dans les Pyrénées-Orientales, alors le Roussillon), petite ville dont son père était le Maire, le 26 février 1786. Il est mort à l'Observatoire de Paris, le 2 octobre 1853. Arago enfant fut sans doute conquis à l'astronomie par la visite à Estagel de Méchain. Ce dernier avait été chargé en 1792, avec Delambre, de mesurer la méridienne de France (à Méchain le sud, à Delambre le nord...!). En 1806, encore élève de l'École Polytechnique, Arago obtient de se voir confier avec Biot l'achèvement des travaux de ses deux illustres devanciers. Il est chargé d'achever la prolongation de la méridienne de France jusqu'aux îles Baléares. L'opération géodésique est suivie d'aventures périlleuses, qui le font passer pour mort : fait prisonnier par des pirates, il était détenu dans les prisons du Bey d'Alger Mais l'opération était terminée. À son retour en France, en 1809, il est élu à l'Académie des Sciences. Il a vingt-trois ans. Il en deviendra le Secrétaire perpétuel, le Président Il s'installe à l'Observatoire de Paris où il vit désormais et dont il devient vite la figure marquante. Il y devient directeur des observations en 1834 et directeur délégué du bureau des longitudes en 1843. Arago peut être considéré comme le père de la vulgarisation scientifique moderne. La carrière politique d'Arago commence en 1830. Élu et réélu député des Pyrénées-Orientales, puis de Paris, il restera parlementaire jusqu'au coup d'État de 1852. Il est membre du Conseil Général de la Seine, qu'il présidera deux fois, de 1830 à 1849. Ses convictions ardemment républicaines le poussent à participer à la Révolution de 1848 où il exerça d'ailleurs une action modératrice. Il est membre du Gouvernement provisoire, ministre de la Marine puis de la Guerre. C'est lui qui promulgue le décret abolissant l'esclavage aux Colonies. Il préside le Comité exécutif qui exerça le pouvoir du 9 mai 1848 jusqu'à la dissolution le 24 juin: à ce titre, il fut chef de l'État durant 46 jours... SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Wang Qingsong par Françoise Gaillard Wang Qingsong est né en Chine en 1966. Il a été l'élève de l'Académie des beaux arts du Sichuan et il a quitté la province pour venir dans la capitale, où il a fait partie de cette colonie d'artistes, d'écrivains et de créateurs à laquelle on doit le renouveau de l'art et de la littérature en Chine, appelée Yuan Ming Yuan, qui fut interdite au début des années quatre-vingt-dix. Aujourd'hui, il vit et travaille à Pékin. Il fut peintre avant de choisir le médium photographique. Il a participé à des expositions collectives dans de nombreux pays. À l'occasion de l'année de la Chine, son travail a été montré à Arles et à Montpellier. Il figure dans la collection de la Maison européenne de la photographie. Françoise Gaillard est philosophe et enseigne à l'université Paris VII. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Mémoire, par Louise Merzeau [] De l'oralité au numérique, l'histoire des raisons est celle des suppléments qui (re)configurent notre mémoire. Jack Goody 7 a ainsi montré que l'apparition de l'écriture n'a pas eu pour effet de mémoriser la culture orale, mais d'introduire une rationalité graphique, fondée notamment sur les catégories conceptuelles inédites de la liste, de la formule et du tableau. De même, l'invention de la photographie n'a pas simplement ajouté une mémoire de l'image à celle de l'écrit. Elle a engendré la vidéosphère en recentrant l'économie des traces autour du paradigme de l'indice. Enfin, on peut avec Bruno Bachimont faire l'hypothèse d'une « raison computationnelle 8 », émergeant de la généralisation des documents électroniques et des hypertextes. [] Louise Merzeau est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à Paris X et photographe. Son dernier livre publié est Au jour le jour, Descartes et Cie, 2004. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. Défense et illustration du cycliste et du piéton, par Gaspard-Marie Janvier Gaspard-Marie Janvier. est écrivain. Publisophie/philocité par Daniel Bougnoux Dominique Quessada, La Société de consommation de soi, Verticales, 1999), L'Esclavemaître, Verticales ; Le Seuil, 2002. Le coton mondialisé par Louise Merzeau Erik Orsenna, Voyage aux pays du coton. Petit précis de mondialisation, Fayard, 2006. Avignon 2006, un pas en avant, deux pas en arrière par Robert Dumas Robert Dumas est professeur de philosophie à Annecy. Falstaff's Stories par Marcel maréchal par Roger Benskyv Roger Bensky est dramaturge, metteur en scène et professeur à Georgetown University, Washington DC. Derniers livres parus : Le Masque foudroyé, lecture traversière du théâtre français actuel, Nizet, 1997 ; Cixous/Mesguich : reprises d'amour. Journal de bord de « L'Histoire (qu'on ne connaîtra jamais) », théâtre de la Ville, mars-mai 1994, et Structures textuelles de « La Marionnette », Nizet, 1969, réédition en 2000. Basket, survet, market ou Homo basketicus, Homo democraticus ? par Robert Damien Robert Damien est professeur de philosophie à l'université de Nanterre.
Le terrorisme et l'espoir André Malraux 3 Vérité médiatique, erreur historique : Sartre Jacques Lecarme 11 Le sacré, une force quantifiable ? Albert Assaraf 27 Tradition et traduction : la modernité japonaise Nobutaka Miura 44 La vaporisation de la valeur Paul Soriano 58 Un véhicule littéraire : le tramway Wolfram Nitsch 79 Un gaullisme intransmissible Bruno Lavillatte 96 Du rite comme oeuvre : l'art contemporain Michèle Fellous 106 Vitalité de théâtre anglais Nicole Boireau 117 Un contretemps nommé Mozart Régis Debray 132 Bonjour l'ancêtre Gabriel Naudé, avec Robert Damien 140 Salut l'artiste Philippe Hurteau, par Louise Merzeau 152 Un concept L'Origine 162 Symptômes 4x4 ; Pas d'souci ; Poésie ? ; Berlusconi ; Carictures ; Mesguich 170
Le médiologue et les médias, par Régis Debray Paradoxe : c'est Le Débat qui parle médias, non Médium. Pourquoi ce chassé-croisé, entre une excellente revue généraliste qui consacre deux numéros au médiatique contemporain et une non moins bonne revue médiologique qui sur le sujet reste discrète, et moins portée aux vues d'ensemble ? Parce que la médiologie s'occupe des médiations, dans l'histoire longue, dont nos actuels mass-médias sont un cas de figure - parmi d'autres. Une mise au point. Régis Debray, dernier livre paru, Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle, Gallimard, 2006 Maudits médias, par Daniel Bougnoux Sur la question des médias, décidément ressassée, interminable, la médiologie ne snobera pas le débat. L'objet-média, celui qu'on aime haïr, mal dit, maudit, nous réserve encore des surprises, et d'improbables envies : on y revient toujours, tous nos chemins s'y croisent mais personne n'aura, à l'ombre de ce marronnier médiatique, le dernier mot. Daniel Bougnoux est professeur émérite en sciences de la communication à l'université Stendhal de Grenoble. Du musée de l'Homme au quai Branly, par Patrick Prado Il y a quelque chose de pourri au royaume des objets d'art - rêverait peut-être un Hamlet d'aujourd'hui, en allant et venant entre un musée qui ferme et un autre qui s'ouvre, le Trocadéro et le quai Branly, ou encore entre les réserves en sous-sol et les salles d'apparat. Un voyage à travers les limbes de la transmission contemporaine pose la question préjudicielle : qu'est-ce qui distingue un objet d'exposition d'un objet tout court ? Les « arts » de «l 'Art » ? Patrick Prado (art vidéo - cnrs) à la poursuite des gens et des objets abandonnés, prospecteur de secrets bien gardés dans les greniers de l'enfance. Le « dialogue interreligieux » : une formule creuse ?, par Jean-Christophe Attias La formule est à la mode. Elle répond à un désir sincère de nos églises, et sans doute à un besoin vital de nos civilisations. Mais si l'on sait pourquoi dialoguer, encore faut-il savoir comment, à quelle fin, et sur quoi au juste. Chercheur rigoureux, l'auteur de ces lignes, historien du judaïsme médiéval, remet l'actualité en perspective, sans ménagements superflus. Jean-Christophe Attias est directeur d'études à l'EPHE, spécialiste du judaïsme médiéval. Il est l'initiateur avec Esther Benbassa du « Pari(s) du Vivre-Ensemble » (19-26 mars 2006). Dernier ouvrage publié : Juifs et musulmans. Une histoire partagée, un dialogue à construire, Paris, La Découverte, 2006 (dir., avec Esther Benbassa). Un lieu médium : l'église de la Madeleine, par Albert Lévy Les églises, lieux de prières ? Oui, mais aussi des enjeux pour l'autorité. Ces médiums de pierres peuvent se lire comme d'exemplaires machines à faire croire, logiquement convoités par les pouvoirs séculiers. L'église de la Madeleine en fait partie. Une visite des lieux. Albert Lévy est architecte, chercheur CNRS, ses recherches portent sur le projet architectural et urbain. Dernier livre paru : Les machines à faire-croire, I-Formes et fonctionnements de la spatialité religieuse, Anthropos/Economica, Paris, 2003. En préparation, La Madeleine et le Panthéon, Les machines à faire-croire, II-Pouvoir de l'espace pouvoir de l'image, Anthropos/Economica (à paraitre fin 2006) Faisons un rêve : l'uniforme à l'école, par Daniel Faivre Un témoignage sur le vif, doublé d'une proposition aussi pertinente qu'impertinente. À l'occasion d'un jumelage avec un lycée cambodgien, un professeur de Courbevoie découvre le fossé des mentalités, entre deux jeunesse de même génération, notamment autour de l'uniforme scolaire. Et si on osait... Daniel Faivre, né avec la seconde guerre mondiale, est professeur de français engagé en 1968, longtemps responsable local du SNES. Itinéraire varié, du lycée Saint-Louis aux collèges de banlieue et auteur d'ailleurs d'un essai sur ceux-ci : Ta Mère Point Com. Une technique de transmission : le secret, par François-Bernard Huyghe Si toute transmission exige un corps spécialisé, les sociétés secrètes constituèrent historiquement le noyau dur de celui-ci. Mais le secret est aussi le sel de nos vies : être un sujet (moral, psychologique, politique), c'est avoir des secrets. Il est donc logique que nos sociétés dites d'information accordent un pouvoir croissant à toutes sortes de secrets, économiques, stratégiques, scientifiques, bancaires... La transparence des affaires humaines n'est pas pour demain. François-Bernard Huyghe est docteur d'État en Sciences Politiques, habilité à diriger des recherches en sciences de l'information et communication. Il intervient comme formateur et consultant. Dernier livre paru : Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, septembre 2005. Espace et politique en Afrique du Sud, par Johann Rossow Gouverner, c'est toujours relever le défi des distances à franchir. Et la communication commence avec la domination et l'unification de diverses espèces d'espaces. Dans un pays aussi étendu que l'Afrique du Sud, réunir et tenir séparés (par l'apartheid) différents groupes ethniques a supposé, depuis les débuts de la colonisation, une gestion très matérielle de la distance. Johann Rossow est rédacteur du Die Vrye Afrikaan, mensuel qui édite l'edition sud-africaine du Monde diplomatique, philosophe, écrivain et traducteur. Le baptême des morts : une transmission rétroactive, par Bernadette Rigal-Celard Les recherches généalogiques des Mormons ont pour finalité d'offrir aux défunts l'accès au salut en leur administrant un baptême par procuration. Comme chaque baptisé doit être rigoureusement nommé, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a entrepris de microfilmer ou d'enregistrer tous les documents écrits ou sonores permettant d'identifier jusqu'à l'humanité tout entière. Au-delà du pittoresque américain, une illustration des liens entre nouvelle spiritualité et nouvelles technologies. Bernadette Rigal-Cellard est spécialiste des religions nord-américaines, professeur à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3 (UFR des Pays Anglophones). Elle y est responsable du Master interdisciplinaire « Religions et sociétés ». Vitalité du théâtre anglais, par Nicole Boireau Le théâtre se porte assez bien au pays de Shakespeare. Mieux qu'en France ? Si juger, en art, c'est comparer, rien de plus opportun qu'un parallèle entre les prestiges et la popularité de l'écriture dramatique en Grande-Bretagne et leur équivalent dans l'hexagone. Une leçon de réalisme, voire d'humilité. Nicole Boireau est professeur de langue et littérature anglaise à l'université Paul Verlaine-Metz. Dernier livre paru : Théâtre et société en Angleterre dans les années 1950 à nos jours, PUF, Paris, 2000. Valéry et le devoir de fiction, par Joël Loehr Sans le secours de fictions, il n'est pas d'ordre civilisé qui tienne. On savait déjà Valéry médiologue, mais rappelons qu'il n'a pas seulement annoncé « l'ère de l'ubiquité ». Les communautés, dit-il, sont imaginaires ou ne sont pas, et chaque fiction appelle son monument approprié de coordination. « L'ère du fait » n'est-il pas fatal à l'union politique de l'Europe ? Joël Loehr est chercheur associé à Paris III. BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Marshall Mc Luhan, avec Catherine Bertho-Lavenir Dans toutes les familles il y a un aïeul un peu excentrique dont on ne sait trop s'il fait honneur à la lignée ou s'ils est légèrement embarrassant. C'est le cas de Marshall Mc Luhan. On reproche bien souvent à l'auteur de La Galaxie Gutenberg 1 et de Pour comprendre les médias 2 un goût pervers pour le mélange des disciplines ainsi qu'un coupable penchant pour des formes d'écriture non académiques. Pourtant si, à l'orée des années 1960, il séduisait ingénieurs et historiens, informaticiens en herbe et télécommunicants en devenir, c'est pour une autre raison. Dans des sociétés confrontées à l'irruption des technologies de la communication, ses livres successifs s'ordonnaient peu à peu en une bible foisonnante et baroque, fondée sur l'idée forte que la technique devrait être replacée au coeur de la réflexion sur l'histoire des sociétés. Idée que ne réfuterait aucun médiologue qui se respecte. Cependant, de livre en livre, Marshall Mc Luhan s'est forgé chez les gens de bien une image déplorable. Ce Canadien iconoclaste a franchement exagéré : affirmer sans broncher que le « message, c'est le massage 3 » et soutenir que le contenu des livres n'a aucune importance en a choqué plus d'un. D'où cette mauvaise réputation. Le procès pourtant ne mérite-t-il pas d'être réinstruit ? Catherine Bertho-Lavenir est, avec Frédéric Barbier, l'auteur d'une Histoire des médias, de Diderot à Internet, chez Armand Colin (dernière édition 2004). Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris III-Sorbonne nouvelle, elle va occuper, à partir de septembre 2006, la chaire « Étude de la France contemporaine » à l'université de Montreal. SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Andy Goldsworthy par Daniel Bougnoux Andy Goldworthy est né en Angleterre en 1956. Il est établi depuis 1986 à Penpont, en Écosse. Son travail, réalisé dans des lieux aussi divers que le Pôle nord, le désert australien, le Japon ou la ville de Digne (Alpes de Haute-Provence), a fait l'objet de nombreuses expositions, notamment sur les toits du Metropolitan et du Jewish museum de New York. La galerie Lelong, à Paris, l'a exposé en 2006 pour la troisième fois. Le film Rivers and tides (2005) est disponible en DVD. Un ouvrage, Passage (2004, Anthèse. 30, avenue Jean Jaurès. 94117 Arcueil) donne également une riche présentation de son oeuvre. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Représentation Représenter implique généralement l'extraction d'un schème à partir d'un territoire et sa transposition dans un autre monde - dont les matériaux, les supports ou l'élément sont plus diaphanes ou faciles à manier - appelé carte ; cette opération de substitution ou d'allègement tient nos deux termes fermement séparés de part et d'autre de la « coupure sémiotique » : le signe n'est pas la chose, le mot chien ne mord pas - non plus que son image d'ailleurs. Et « ceci n'est pas une pipe » (vous ne pouvez pas la fumer). Cette coupure qualifie donc l'accès au symbolique, soit un certain propre de l'homme. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. Défense et illustration du cycliste et du piéton, par Gaspard-Marie Janvier Gaspard-Marie Janvier. est écrivain. Libraires télégéniques : la fonction « coup de coeur », par Guillaume Zorgbibe. Guillaume Zorgbibe est doctorant en philosophie politique à Paris IV-Sorbonne, membre associé du groupe de recherche ETOS de l'INT-Management et éditeur aux Éditions du Sandre. Injustes radars, par Maurice Sachot Maurice Sachot est professeur en sciences de l'éducation à l'université Marc Bloch (Strasbourg). Pinault Show, par Daniel Bougnoux Hamlet en une heure vingt, par Daniel Bougnoux Correspondance : pour un courrier des lecteurs ?, par Gilles Clamens et Antoine Perraud
Les nouvelles hybrides Paul Soriano p. 5 Glissements progressifs de l'autorité Daniel Bougnoux p. 27 Logistiques de l'écrit Yves Jeanneret p. 41 Le livre déplié Michel Melot p. 51 Après le journal, les journalistes Pierre Assouline p. 67 Inondation médiatique et presse écrite Jean-Marie Charon p. 79 Laisser dire, laisser passer France Renucci p. 93 La relation épistolaire Paul Oraison p. 106 Truffaut, homme de lettres Régis Debray p. 122 Le cauchemar de Proust Pierre-Marc de Biasi p. 127 Défaut de correspondances Jacques Lecarme p. 138 La sacoche du facteur Marc Pontet p. 153 Vos papiers ! Daniel Perrin-Dinville p. 165 Le désordre du discours Jean-Rémi Gratadour p. 171 Paroles d'entreprises Jeanne Bordeau p. 182 Bonjour l'ancêtre François de Neufchâteau avec Robert Damien p. 197 Salut l'artiste Louise Merzeau p. 207 Un concept Logistique par Paul Soriano p. 215 Symptômes Deux regards sur Quartett ; Cyrano ; La lettre au cinéma ; Saint Paul ; La Croix p. 225
Avoir le chef en tête, par Antoine Perraud Musarderie étymologique et lexicale à travers les chefs d'une accusation Le terme chef a connu des détours avant de percer. Il a eu un ou deux concurrents avant de rester seul en lice. Puis il s'est imposé avec une efficacité envahissante et virile. Mais, en le prenant au mot, ne peut-on pas forcer le chef à se découvrir ? Antoine Perraud est producteur à France Culture. Du maître au coach, par Michel Erman La chefferie doit autant au discours de persuasion qu'à l'image avantageuse. Le « discours du chef » a ses métaphores traditionnelles, devenant communes aux mondes politique, économique et sportif. Après le lion, le tigre et le loup, voici le coach, moins redoutable et plus entraînant. Un mot à examiner de près. Michel Erman est professeur de linguistique et de poétique à l'université de Bourgogne. Il travaille en particulier sur le discours politique. Dernier ouvrage paru : Poétique du personnage de roman, Ellipses, 2006. Pasteur ou bien tisserand ?, par Dimitri El Murr La politique est question d'unité, ou plutôt d'unification. Or penser cette unité sur le modèle du tissage n'est pas la même chose que de la penser, par exemple, sur le modèle du mélange. La réunion de deux liquides miscibles ne produit pas une unité du même type que celle de la chaîne et de la trame dans l'étoffe d'une toile tramée. Tel ou tel élément du mélange peut disparaître dans la fusion qui produit une nouvelle unité substantielle. Mais la chaîne et la trame ne cessent jamais de se distinguer ; elles sont toujours dénouables. Dimitri El Murr est ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Agrégé de philosophie, maître de conférences à Paris I à partir de septembre 2007. Son dernier livre publié : L'Amitié, Flammarion, 2001. Chefferies, par François-Bernard Huyghe L'autorité fut longtemps l'attribut du chef. Il suscitait spontanément l'obéissance. Or notre société privilégie l'influence. Plus d'autorité, donc plus de chef ? François-Bernard Huyghe est docteur d'État en sciences politiques, habilité à diriger des recherches en sciences de l'information et communication. Il intervient comme formateur et consultant. Dernier livre paru : Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, 2005. L'icône démocratique (à propos des portraits de Gambetta), par Michel Melot Être chef, en démocratie, devient-il une simple affaire d'image ? Omniprésente, inévitable, banalisée, l'image devient en tout cas une affaire politique. Elle s'impose pour rassembler les énergies dispersées et colmater les brèches de sociétés fissurées. Ainsi se construisent les républiques, à coups d'images. Michel Melot a été président du Conseil supérieur des bibliothèques. À la fin de son mandat, en 1996, il a été chargé de la sous-direction de l'Inventaire général et de la documentation du patrimoine. Son dernier livre paru : Livre, avec des photographies de Nicolas Taffin (L'OEil neuf, 2006), voir entretien dans Médium n°10. En majesté, par Daniel Bougnoux Dynamique des images : certaines ne s'arrêtent pas au sage face-à-face mais cherchent un contact virulent, une invasion de la conscience, une pulsion d'emprise. En deçà ou au-delà de la représentation, elles détiennent un pouvoir et manifestent un ascendant. « Présence réelle », vertu d'incarnation, magnétisme ou influence galvanisante..., ce vocabulaire théologico-politique contourne la relation sémiotique en direction d'une action plus vive, et plus dangereuse pour les sujets menacés de suggestion. On reconnaît à cela le chef : dès son image il en impose, son effigie ne l'éloigne pas. Daniel Bougnoux est professeur émérite à l'université Stendhal-Grenoble III. Son dernier livre paru : La Crise de la représentation, La Découverte, 2007. Premiers rôles, par Louise Merzeau Les mécanismes de la gouvernance et de l'autorité ne s'exercent qu'à travers une mythologie, simultanément mystificatrice et normative. Il n'est pas de chef sans une figure, où s'incarne la rencontre d'un pouvoir et d'une aspiration. L'image n'est donc ni un habillage ni une signalétique : c'est une génétique où s'élabore la médiation. En ce sens, le cinéma offre plus que des illustrations. Il produit des modèles de légitimation, susceptibles d'alimenter une philosophie des regards qui est aussi une pensée du politique. Louise Merzeau est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à Paris X et photographe. Son dernier livre publié est Au jour le jour, Descartes et Cie, 2004. Désirs de chef , par Jacques Lecarme L'entre-deux-guerres a vu deux désirs bien distincts, celui de devenir un chef et celui d'avoir des chefs. La littérature de cette période manifeste une grande ambivalence : les chefs seraient à la fois la pire des choses et le recours suprême. Jacques Lecarme est professeur émérite de littérature française à l'université Paris III. Dernier livre paru : L'Autobiographie, avec Éliane Lecarme-Tabone (Armand Colin, 2004). Mégalomanie et mélancolie , par Robert Damien Relationnelle toujours, l'autorité est relatée par celui à qui elle en impose. La satire rappelle à l'éminence qu'elle n'est que relative à cet autre même dont elle se fait l'écho narquois, parfois rancunier. Elle rétablit le rapport à l'autre de toute autorité en parasitant les illusions de grandeur. En changeant les points de vue et les échelles du regard, elle restitue les termes de comparaison. Dans la mégalomanie, folie des grandeurs, se creusent alors les plis amers de l'idéal. Déçu de découvrir sa dépendance vis-à-vis d'autrui, le chef sombre dans la mélancolie, maladie d'Héraclès, maladie de la grandeur. Robert Damien est professeur de philosophie à l'université Paris X Nanterre. Dernier livre paru : Le Conseiller du Prince, de Machiavel à nos jours, PUF, 2004. Pour Voltaire , par Jacques Lecarme Très contrastées, les réactions à l'opuscule Aveuglantes Lumières (Gallimard, 2006). Indulgentes, côté Monde et Marianne (Marc Fumaroli, Jean-François Colosimo). Haineuses, côté Figaro et Le Point (Sylvain Lapaque, Jean-Paul Enthoven). En médiologue de la chose littéraire, Jacques Lecarme, lui, trouve encore bien du charme et de la sagesse au hideux sourire. Jacques Lecarme est professeur émérite de littérature française à l'université Paris III. Dernier livre paru : L'Autobiographie, avec Éliane Lecarme-Tabone (Armand Colin, 2004). L'optique de l'aura , par Régis Debray « Sc. occultes. Sorte de halo enveloppant le corps, visible aux seuls initiés » (Petit Robert). Extrait pour partie de Loués soient nos seigneurs. Une éducation politique, Gallimard, 1996. Quatre figures du discours , par Paul Soriano Les quatre figures temporelles de l'autorité repérées par Alexandre Kojève ne font pas l'économie de dispositifs d'obéissance : de la coercition à la persuasion, du charisme à la rhétorique, les instruments du pouvoir recombinent inlassablement l'image et la parole. Et il n'est pas sûr que leur dernier avatar, appelé « gouvernance », mette un terme à cette histoire. Paul Soriano dirige l'IREPP (Institut de recherches et prospective postales.www.irepp.com). Dernier livre publié : Internet, l'inquiétante extase, avec Alain Finkielkraut (Mille et Une Nuits, 2001). Docteur ès lettres, il a soutenu une thèse sur l'Antiquité. L'école des leaders, par Pierre d'Huy Il y a sans doute un destin dans toute histoire de chef, mais aussi souvent beaucoup de connaissances sur les bancs de l'école des élites. Peut-on apprendre à être chef ? Pierre d'Huy est consultant international en management de l'innovation, professeur associé au Management Institute of Paris, enseignant au CELSA Sorbonne-Paris IV. Dernier ouvrage paru, L'Innovation collective, Éditions Liaisons sociales, 2003 et 2007. En avant marque ! L'autorité des marques comme système fonctionnel, par Benoît Heilbrunn Dans la logique industrielle, accoler un nom propre à un produit de série ne va pas de soi. C'est pourtant une nécessité du marketing, qui sait fort bien recycler les anciennes autorités traditionnelles et charismatiques. Un nouveau rôle pour le chef postmoderne. Benoît Heilbrunn est professeur de marketing à l'École supérieure de commerce de Paris (ESCP-EAP) et à l'Institut français de la mode (IFM). Il s'intéresse notamment au design, à la culture matérielle et à la religiosité des marques. Dernier ouvrage paru : La Consommation et ses sociologies, Armand Colin, 2005. BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Maurice Barrès (1862-1923) - avec Jacques Lecarme Les écrivains croyaient écrire pour l'éternité, or il suffit d'une génération pour que les plus prestigieux d'entre eux soient ensevelis dans la poussière de l'oubli et de l'indifférence. Qui a mieux communiqué avec son époque (1890-1914) que Maurice Barrès, sinon Sartre avec la sienne (1938-1964) ? Le succès ininterrompu de leurs écrits, le prestige durable de leur personne, ont épuisé leur crédit pour les générations. Qui a trop gagné de son vivant perdra devant les nouvelles vagues de lecteurs. Mais il est difficile de disparaître aussi complètement des librairies et du lectorat que ce Barrès, qui pourtant a influencé et fécondé la génération de ses cadets : Mauriac, Malraux, Montherlant, Aragon, Drieu La Rochelle. Ils ne l'avouent pas tous, mais ils ont repris de Barrès la petite musique qui devient la note même de l'écrivain, son new sound, ce qui est la grâce littéraire. Ils lui ont aussi emprunté cette mise en scène de la figure de l'auteur, qui fait passer sa personne avant son oeuvre et qui dispense de la lire. Cette obscénité littéraire qui recourt à la posture commence avec Barrès, et elle contaminera la plupart de ses successeurs. Aujourd'hui, on ne voit plus que la pose, comme sur ce tableau de Zuloaga : le cheveu noir, le regard d'aigle, cambré comme un dandy, Barrès regarde Tolède, copiée d'après le Gréco. Ce n'est qu'une image de celui qui fut le prince de la jeunesse, l'idole du Quartier latin, le chantre de la Lorraine occupée. Mais cette image dissuade de lire une foule de livres ou de libelles dont l'énergie reste intacte. SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Jean Baudrillard par Marc Guilaume Mes amis Nous sommes la communauté des amis de Jean Baudrillard. Quand Jean donnait son amitié, c'était pour la vie. Fidélité absolue, quelles que soient nos faiblesses, nos limites. Fidélité qui laissait toute liberté. Ceux qui ne voyaient pas Jean souvent restaient néanmoins ses amis. Ces liens d'amitié, de formes diverses, étaient parcourus par des courants singuliers et subtils, des courants qui résistent à l'usure du temps : les courants de la séduction. La séduction s'ajoute à l'amitié, et en même temps elle l'allège : elle l'allège des échanges convenus et des manques. Nous, les amis de Jean, nous étions saisis par la grâce et la puissance de son écriture, de sa pensée. Il nous accueillait, nous partagions la joie d'être ensemble et, en même temps, nous comprenions que nous ne lui manquions pas... L'allégresse de disparaître, par Louise Merzeau Jean Baudrillard aimait prendre des photos. Il parlait souvent de cette allégresse - celle des matins de lumière sur une ville, ou de l'oblicité d'un livre sur une table. Moments de joie, solitaires et gracieux. Sans autre conséquence qu'une effraction dans le principe même de réalité... La photographie comme pratique philosophique, par Françoise Gaillard Certains auteurs de contes pour enfants ont exploité le soupçon d'une existence autonome et séparée des choses. Jean Baudrillard a donné à ce soupçon la forme d'un questionnement philosophique : « N'avons-nous pas le phantasme profond, depuis toujours, d'un monde qui fonctionnerait sans nous ? » Et c'est ce monde qu'il a voulu photographier. Ce monde qui ne nous suppose pas. Ce monde où nous ne sommes pas. Aussi a-t-il choisi ces moments où les choses s'imposent à nous dans leur pure évidence. Ces moments où les choses semblent exister pour elles-mêmes, indifférentes à notre regard. Ces moments où elles se ne laissent prendre que par surprise. Et pour les rendre à ce pur « être là » qui est leur vérité, il a arraché les choses à toutes les qualités dont notre subjectivité les recouvre... UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Gouvernance par Paul Soriano En vieux français (XIVe siècle), gouvernance désigne simplement l'art de gouverner. Tombé en désuétude, le terme réapparaît en anglais dans les années 30, à propos du gouvernement d'entreprise (corporate governance), à l'époque où Ronald Coase 1 se demande « pourquoi y a-t-il des entreprises ? » plutôt que, simplement, des marchés (des contrats), ouvrant ainsi la voie aux théories « institutionnalistes » de la firme. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. À la porte, clopes et cloportes !, par Pierre Murat Foucault, bon prophète, avait décelé ce lent et profond mouvement amorcé au XIXe siècle qui, à présent, se déploie sous nos yeux, investit nos corps et régit nos comportements. Il le nommait « biopolitique ». Finie l'époque où dieux et États laissaient vivre les humains comme ils pouvaient, mais décidaient de leur mort. Est venu le temps béni où, au nom de l'hygiène et de la Sécu réunie, les États, se chargeant de notre bien-être, refusent que notre vie soit une mort à petit feu. En ces temps d'euthanasie, la santé s'acharne : ces bons bougres de citoyens ignares de ce qu'ils font, qui s'assomment d'alcool, se tabassent de nicotine et s'envoient en l'air sans préservatifs, il faut désormais les faire vivre malgré eux. D'information en propagande, de dépistage en prévention, de protection en prohibition, la Santé Publique, nouvelle idole, impose ses diktats. Au nom de la liberté des uns, elle réécrit l'histoire des autres et prive de leur clope Camus, Sartre et Malraux. Fin de la responsabilité individuelle, l'Ordre moral et sanitaire nous protège contre nous-mêmes. Première étape, le « développement séparé », chacun dans son aire et goûtant son air favori, vicié ou embaumé. Mais voici venu le second temps, celui de la réprobation et de l'exclusion. Il se joue en deux versions : Maréchal, nous revoilà, ou Allons enfants de l'apathie. Pierre Murat, professeur é-clopé clopin-clopant. Fantaisie pharmacologique, par Jean-Pierre Dautun Marianne et son mari se trouvaient de plus en plus mal fichus. Ils avaient mal un peu partout à leur Constitution. Ils voulaient prendre quelque chose, mais ils ne savaient pas quoi choisir. Ils allèrent consulter le gentil pharmacien de leur village recomposé, monsieur Bayrou. Jean-pierre Dautun, professeur de lettres, puis publicitaire au XXe siècle. Hors caste et peu situable depuis. Auteur de Chroniques des non-travaux forcés (Flammarion) et de Testez et développez votre stupidité sans peine (J'ai lu). Les mots qui ont fait élire Nicolas Sarkozy, par Michel Erman À l'heure de la démocratie d'opinion et de la suprématie des médias audiovisuels, faire prévaloir un dessein politique est moins une affaire de raison que d'adhésion. Aujourd'hui, pour espérer l'emporter, un candidat à l'élection présidentielle se doit donc de créer un climat d'empathie avec les électeurs. En 2002, l'échec d'un Lionel Jospin qui souffrait d'un déficit d'enthousiasme en est la preuve par l'absurde. C'est pourquoi Nicolas Sarkozy s'est attaché au long de la campagne à susciter une relation d'identification gratifiante, protectrice et rassurante à sa personne.
Le Coran ou la fabrication de l'incréé, par Alfred-Louis de Prémare Le Livre des musulmans se distingue de celui des juifs et des chrétiens en ce qu'il consigne la parole même de Dieu, révélée au prophète dans la « Nuit du destin » par l'entremise de l'ange Gabriel. En réalité, la « descente » du Coran, que la tradition appelle « incréé », est inséparable d'un long travail d'inscription, de sélection et de composition, où se prouve une fois de plus que transmettre et créer ne font qu'un. De quoi faire trembler, diront les timides, les colonnes de la mosquée...Alfred-Louis de Prémare est professeur émérite à l'université de Provence. Il est l'auteur de Les Fondations de l'islam. Entre écriture et histoire, Paris, Seuil, 2002, et de Aux origines du Coran, questions d'hier, approches d'aujourd'hui, Paris, Téraèdre, 2004. Plaidoyer pour un Dieu silencieux, par Albert Assaraf Une analyse pragmatique de l'énoncé « Dieu a dit Z » met en évidence les désastres causés par le mot Dieu, comme l'attestent nos fondamentalismes et fanatismes. Admettons la voix, mais gardons-nous de ventriloquer « Dieu ». Albert Assaraf, est historien des religions et informaticien. La B.D., nouveau fléau monothéiste ?, par René Nouailhat Il y a ceux qui vivent selon la parole de Dieu, et qui étouffent. Il y a ceux qui vivent sans Dieu, et qui ressentent parfois un certain vide. Un médiologue propose une troisième voie : que le Très-Haut nous aide, mais en silence À propos d'un héritage « structuralo-marxiste », par François Maspero (décembre 2004) Les maisons d'édition sont des filières de transmission. Notre génération politique, littéraire et théorique, ses espérances, ses découvertes, ont une dette envers François Maspero. Fondateur, en 1959, des éditions du même nom, il en est parti sans indemnités, et en faisant don de ses parts, en 1982. Les Éditions La Découverte lui ont alors succédé. Un bref rappel généalogique, pour combler d'éventuels trous de mémoire... (R.D.) François Maspero est écrivain (derniers livres : Balkans-Transit et Les Abeilles et la Guêpe, Seuil, 1997 et 2002) et traducteur. Sur l'affaire du Temple solaire, par Régis Debray Quels rapports y a-t-il entre des écrits ésotériques et des actes de sang, en l'occurrence des suicides collectifs ? Quels effets concrets, les idées abstraites ? Question morale (celle de « la responsabilité de l'écrivain »), mais aussi typiquement médiologique « l'efficacité symbolique ». C'est pourquoi il a paru opportun de publier la réponse à la demande de maître Szpiner, dans l'affaire, jugée en appel, du Temple solaire (Grenoble, juin 2005). Régis Debray est philosophe, écrivain. Son dernier livre paru est Les Communions humaines, Pour en finir avec la religion (Paris, Fayard, 2005). Einstein : célèbre par malentendu, par François de Closets Les quiproquos, moteurs de transmission... La gloire est une célébrité involontaire, et qui résiste. Le cas Einstein en témoigne : les gloires les plus durables ne se fabriquent pas médiatiquement. Elles se tissent méthodologiquement dans le dos des glorifiés. François de Closets est journaliste scientifique et écrivain. Cette réflexion fait suite à la rédaction d'une biographie d'Albert Einstein, Ne dites pas à Dieu ce qu'il doit faire, Seuil, 2004. Heurs et malheurs de l'écrivain haïtien, par Léon-François Hoffmann Transmettre, c'est aussi écrire et lire - ce qui ne va pas de soi partout. Dans quelle langue ? Au bénéfice de quelles classes ? Avec quelles stratégies et pour quel public ? Le cas d'Haïti, nation paradoxalement littéraire - qui marie illettrisme et sophistication -, nous rappelle les difficultés de l'exercice en société orale et créolophone. Léon-François Hoffmann est professeur émérite au département des littératures française et italienne de l'université de Princeton. Auteur de plusieurs livres sur le romantisme et sur la littérature et la culture haïtiennes, il a coordonné récemment l'édition critique des oeuvres complètes de Jacques Roumain aux Éditions Archivos. Le premier geste, par Dominique Naert Comment se transmet une compétence manuelle ? Par une initiation, qui a sa clé dans « le premier geste », propre à chaque métier, où la transformation du matériau ne fera qu'un avec celle du jeune apprenti. Un maître maçon, Dominique Naert, compagnon du Devoir, s'en explique ici. C'est un disciple de Paul Feller, père jésuite fondateur de la Maison de l'outil et de la pensée ouvrière (à Troyes), qui apprit le métier de forgeron à l'âge de quarante-deux ans.Dominique Naert est président de l'Association des amis de Paul Feller. Quels arts de masse ?, par Louise Merzeau La production des oeuvres a toujours été dépendante de ses moyens techniques, et la notion d'art de masse ne doit pas nous cacher la différenciation des publics et les détournements culturels auxquels elle donne lieu. Voici donc la réponse d'une médiologue à Roger Pouivet (« Sur l'art de masse »). Louise Merzeau est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à Paris X et photographe. Elle vient de publier Au jour le jour, un album de photographies précédé d'un entretien avec Jean Baudrillard (Descartes & Cie, 2004). BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Michel de Certeau, par Marc Guillaume Marc Guillaume est professeur à l'université Paris-Dauphine, membre du Cercle des économistes. Ces travaux de recherche concernent l'économie des réseaux et de la santé SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Pierre-Marc de Biasi Pierre-Marc de Biasi est artiste plasticien et chercheur au CNRS. Ancien élève de l'ENS, agrégé des lettres (1976), il est directeur de recherche à l'Institut des textes et manuscrits modernes. Parallèlement à son cursus littéraire, Pierre-Marc de Biasi a suivi une formation en sculpture et architecture (ENSBA, Paris, 1973-1976) et en histoire de l'art (agrégation des arts plastiques, Saint-Charles, Paris, 1977). Depuis 1977, ses travaux ont été présentés, en musée et en galerie, dans une cinquantaine d'expositions personnelles ou collectives en France et à l'étranger. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Technique Technique n'est pas à confondre avec mécanique ni même avec matériel (à côté des « techniques du corps », voir Marcel Mauss, il y a les « technologies intellectuelles », voir Pierre Lévy). Peut être qualifiée de technique, en général, toute compétence, performance ou invention qui n'est pas inscrit dans le programme génétique de l'espèce. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. Flash Mobs, par Éliane Burnet Directrice de philosophie de l'université de Savoie. Extérieur nuit, par Catherine Bertho-Lavenir Professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris III-Sorbonne nouvelle. Centenaires par Antoine Perraud Producteur à France Culture et journaliste à Télérama Le médiateur et le médiologue, par Arnaud Guigue Agrégé de philosophie, enseigne l'esthétique à l'université Paris 3
Après l'ordre du livre, par Patrick Bazin Le projet Google de bibliothèque universelle a été vécu par les autorités françaises comme un défi à relever. Mais ces réactions fort légitimes ne sauraient nous faire oublier que le passage de l'ordre du livre à l'ordre numérique, qui bouleverse les notions d'oeuvre, d'auteur, de lecteur et de savoir, est un changement de monde. Patrick Bazin est directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon. Dernier livre paru: Les vingt-cinq ans de la BPI (Paris, BPI - Centre Pompidou, 2003). Profane et sacré en République, par Pierre Nora Pierre Nora a bien voulu publier dans Médium l'allocution qu'il a prononcée le 14 mars 2005, sous la coupole, à l'occasion de la commémoration du centenaire de la loi de 1905, confiée aux soins de l'Académie des sciences morales et politiques. Pierre Nora, de l'Académie française, a fondé en 1980 la revue Le Débat qu'il dirige depuis. Derniers livres parus: Michelet, historien de la France (Paris, Gallimard, 1999); Discours de réception à l'Académie française et réponse de René Rémond (Paris, Gallimard, 2002); Le Débat, Mémoire et identités juives dans la France contemporaine. Les grands déterminants (Paris, n°131, sept-oct 2004). Le moi par la lettre: de Platon à Tati, par François-Bernard Huyghe L'apparition du moi dans l'histoire des mentalités est classée fait culturel. Celle du transport à distance des missives, fait technique. Mais comment saluer l'émergence littéraire de l'intime sans rendre sa juste gloire au facteur? François-Bernard Huyghe enseigne à HEC et à l'École de guerre économique. Dernier livre paru avec Édith Huyghe : Les Routes du tapis (Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », 2004). Qu'est-ce qu'une épidémie?, par Jean-Paul Escande Les phénomènes d'épidémies symboliques, les contagions mythiques, les projections incontrôlées de modèles de comportement, illustrent au premier chef la question médiologique (Comment une idée devient-elle force matérielle?). D'où l'intérêt pour nous, au-delà de ces métaphores, d'une mise au point rigoureuse sur la notion proprement médicale d'épidémie, par un homme de l'art. Jean-Paul Escande est diplômé d'immunologie à l'Institut Pasteur, ancien professeur de dermato-vénérologie à l'hôpital Cochin-Tarnier. Il a été l'élève du biologiste René Dubos et du physicien Pierre Auger. Dernier livre paru: Des cobayes, des médailles, des ministres (Paris, Max milo Editions, 2003). Du personnage comme médium, par Régis Burnet Aide-mémoire, facilitateur de récit, moyen pour une idée de faire image, le personnage, qu'il soit historique ou légendaire, a une puissance de transmission incomparable. Sans Marie-Madeleine, pas de Da Vinci code. Un rappel à longue portée, déclinable sur plus d'un registre. Régis Burnet est ancien élève de l'Ecole normale supérieure et docteur en sciences religieuses. Son dernier livre: Marie-Madeleine, de la pécheresse repentie à l'épouse de Jésus (Paris, Cerf, 2004). A quoi bon connaître les religions?, par François Boespflug La notion d'enseignement du fait religieux dans l'école laïque a été récemment entérinée par le législateur (amendement Brard). Elle suscite encore quelques réticences tant chez les rationalistes que chez les clercs. On dénonce alors un cheval de Troie, tantôt du mysticisme dans l'enceinte du savoir, tantôt du relativisme dans l'enceinte du dogme. Un professeur d'histoire des religions à l'université Marc-Bloch de Strasbourg répond à ces inquiétudes. François Boespflug est professeur d'histoire des religions à l'université Marc-Bloch à Strasbourg. Le présent texte est la partie centrale d'une contribution à une conférence de l'université de Liège (décembre 2003) publiée par la Société belgo-luxembourgeoise d'histoire des religions (9, 2004, pp. 7-19). L'art à l'estomac, ou l'anti-Malraux, par Régis Debray On trouvera ici la transcription d'une intervention orale, dans le cadre d'un séminaire mensuel de médiologie. Elle enchaîne sur les réflexions déjà publiées de Michel Melot, ancien directeur de l'Inventaire de France, louant la lucidité esthétique d'André Malraux. Régis Debray est philosophe et écrivain. Son dernier livre paru : Les Communions humaines. Pour en finir avec la « religion » (Paris, Fayard, 2005). Ce que la science doit à la sorcellerie, par Bruno Lavillatte L'autorité de « la magie naturelle », jusqu'à la Renaissance, reposait sur la preuve par l'ancienneté. Désenchanter le monde, c'est changer le régime d'autorité, du lu vers le vu ; et donc nier le livre comme dépôt de vérité. C'est à ce « délestage médiologique » qu'a procédé la toute nouvelle science expérimentale. Bruno Lavillatte est ancien professeur de philosophie (spécialiste de la Renaissance) et poète. Dernier livre paru : Karukéra, éditions du Cygne, préfacé par Alain Borer. Les deux mémoires de l'esclavage, par Gérard Barthélémy Que reste-t-il de l'esclavage dans la mémoire des anciens esclaves ? Et dans celle des anciens maîtres ? Les deux sortes de traces ne peuvent se rencontrer. À partir du cas haïtien, une approche anthropologique d'un douloureux divorce, aux effets toujours sensibles. Gérard Barthélemy, anthropologue et économiste, ancien attaché culturel en Amérique latine et professeur à l'université de Port-au-Prince (1988-1991), est l'auteur notamment de L'Univers rural haïtien. Le pays en dehors (Paris, L'Harmattan, 1991), et de Créoles-Bossales: Conflit en Haïti (Guadeloupe, Ibis rouge Éditions, 2000). Le magnétophone et l'nathropologue, par Jack Goody Comment se fabrique le regard ethnographique ? L'anthropologue anglais Jack Goody, auteur du célèbre « La Raison graphique » (The Domestication of Savage Mind, Paris, Minuit, 1979), prend au sérieux les outils de transcription des mythes, et leurs incidences sur la perspective structuraliste. Une approche empirique, qui tire à conséquence. Jack Goody est professeur honoraire à l'université de Cambridge. Traduction et présentation de Maxime Drouet, doctorant en sociologie (EHESS) BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. L'abbé Grégoire, avec Robert Dumas Fils d'un tailleur, Grégoire est né dans une famille modeste le 4 décembre 1750, à Vého, un village de la province des Trois-Évêchés qui jouxte la Lorraine. Il a été élevé dans la foi catholique et a poursuivi d'excellentes études au collège des jésuites de Nancy. Après la suppression de la Compagnie par l'édit royal de 1768, il entre à la nouvelle université de Nancy, il étudie la théologie et la philosophie à Metz de 1769 à 1771 et à Pont-à-Mousson de 1771 à 1774. Enfin, sa dernière année accomplie au séminaire de Metz, il est ordonné prêtre en 1775. Vicaire à Château-Salins, puis à Marimont-la-Basse, il est nommé curé des paroisses d'Emberménil et de Vaucourt le 15 avril 1782. Esprit pieux mais libre, le jeune ecclésiastique découvre les préjugés du monde paysan. Homme des Lumières mais aussi homme de foi, il prêche l'Évangile tout en combattant l'obscurantisme qui abrutit le peuple et entrave les progrès de l'agriculture. Il participe à la rédaction des cahiers de doléances de sa paroisse d'Emberménil puisque la défense des idées politiques nouvelles n'est que l'accomplissement de sa mission religieuse. Élu à la Constituante en 1789, il prend activement part au processus révolutionnaire jusqu'à la Convention. Prêtre patriote, il perçoit dans les événements politiques le souffle de Dieu qui les inspire. Curé député, il lutte contre l'ordre inique de l'Ancien Régime et contre la monarchie qu'il déteste. D'ailleurs absent lors du vote de la mort du roi, il aura été un régicide d'intention. Évêque de Blois, il reste l'apôtre de la liberté et de l'égalité tout en devenant l'une des têtes pensantes du clergé constitutionnel. Sa vie durant, il restera fidèle à la Constitution civile du clergé. Militant et théoricien, homme d'action et de réflexion, l'abbé Grégoire offre un profil surprenant parce que paradoxal : celui d'un prêtre engagé dans la Révolution, celui d'un révolutionnaire parce que prêtre. Robert Dumas est professeur de philosophie à Annecy. SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Jean Le Gac Pour qui y se prend, çui-là ? Un prof de dessin qui joue au démiurge canonisé ! Voyez-vous ça. On met en scène, en belle compagnie, ses Adieux à l'art aux Gobelins de Beauvais (jusqu'au 18 septembre 2005), et pour faire bonne mesure, on a déjà logé ses collections au musée Jean-Le Gac (avenue Gambetta, 75020 Paris). Et puis quoi encore ? Jean Le Gac est né le 6 mai 1936 à Alès (Gard). Il expose régulièrement en France à la galerie Daniel Templon à Paris depuis 1970, à la galerie Issert à Saint-Paul-de-Vence, de 1982 à 1994. Il est représenté en Allemagne par la galerie Brigitte March à Stuttgart. Principales expositions : 36e Biennale internationale d'art de Venise (1972); Israel Museum de Jérusalem (1974); Documenta 5 et 6 de Kassel (1972 et 1977); Centre Georges-Pompidou (1978); ARC, musée d'Art moderne de la Ville de Paris (1984) ; Museum Het Valkof de Nimègue (2002); Château de Villeneuve-de-Vence (2002-2003); et dans de nombreuse galeries à travers le monde. Monographies: Catherine Francblin, Jean Le Gac (Paris, Art Press/Flammarion, 1984); François Cheval et Ann Hindry, Jean Le Gac par Jean Le Gac (Paris, Cercle d'Art, 1992); Anne Dagbert, Jean Le Gac (Paris, Fall, 1998). UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Médiasphère S'entend par ce mot la sphère de circulation des traces et des individus techniquement déterminée par les modes de transport dans l'espace et dans le temps prévalant à un moment donné de l'histoire. ACTUALITÉ Régis Debray, A bout de souffle, l'Europe? L'Europe au sens fort sera dramatique ou ne sera pas. Pour l'heure, le sens faible a le dessus. Quiconque a pu réfléchir, en médiologue, au devenir-force des idées et connaît ce qu'il faut de « grand récit » pour donner corps à une personnalité collective accueillera cette évolution avec le calme des vieilles moustaches. Tenu par nos délais d'impression mais désireux d'éclairer l'équivoque, on a choisi de publier ici tel quel le texte d'une intervention faite à Berlin au début de 2001, en réponse au malaise (déjà) suscité dans l'opinion d'alors par les «maigres résultats» du traité de Nice. Elle n'engage, bien sûr, que son auteur. Le titre était : Après Nice, l'Europe à bout de souffle ? Quitte à lui substituer, quatre ans plus tard, un Après le référendum, on ne voit pas de raison aujourd'hui de redire autrement la même chose. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. Le haut débit des télécorps, par Monique Sicard. Centre de recherche sur les arts et le langage de l'EHESS. Vidéopéra et Lemming, le lemme de Dominik Moll , par Daniel Bougnoux. Responsable de la publication des oeuvres romanesques complètes d'Aragon dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard). La peine et la panne, par Antoine Perraud. Producteur à France Culture et journaliste à Télérama.
Le palais de cristal, par Peter Sloterdijk Peter Sloterdijk nous a donné un extrait de son prochain livre, « Sphères II ». Construit à Londres en 1862, le palais de cristal, anticipation du consumérisme climatisé et ancêtre de nos « Shopping Malls », dômes commerciaux et superdômes sportifs, a fourni à Dostoïevski l'intuition prophétique du « capitalisme psychédélique ». L'autre nom de la platitude post-historique. C'était avant l'ouragan Katrina, mais le projet « ennui généralisé » n'est sans doute pas gommé de l'ordre du jour. Peter Sloterdijk est philosophe allemand, professeur à l'université de Karlsruhe. Son dernier livre paru est Ni le soleil ni la mort, Pauvert, 2003. Bulles, écumes, médiasphères, par Daniel Bougnoux À la notion visuelle et sécurisante de « champ », chère à la sociologie de Pierre Bourdieu (le champ artistique), la médiologie a toujours opposé celle, tactile et compromettante, de « sphère » (la médiasphère). Le sujet, hélas, n'est pas « devant », il est « dedans » (« H20 n'est pas la découverte d'un poisson »). Avec les travaux de Sloterdijk, nous voilà donc en famille. Le dialogue va bon train. Daniel Bougnoux dégage ici quelques points d'intersection. Daniel Bougnoux est professeur émérite en sciences de l'information et de la communication à l'université Stendhal de Grenoble. Elsa, les yeux et la mémoire, par Edmonde Charles-Roux C'est par un jour de juin, cette année, au moulin d'Aragon à Saint-Arnoult-en-Yvelines, qu'Edmonde Charles-Roux a évoqué, devant un groupe d'amis et de militants, ses souvenirs d'Elsa Triolet. Son nom et son oeuvre ne sont plus guère fréquentés. Merci à l'auteur d' « Oublier Palerme » de nous rafraîchir la mémoire. Edmonde Charles-Roux est présidente de l'académie Goncourt. Son dernier livre paru est Isabelle du désert, volume regroupant « Un désir d'Orient » et « Nomade, j'étais », Grasset, 2003. Transmettre par effraction, par Jean Lambert Le tympan de Vézelay offre une remarquable allégorie visuelle des paradoxes de la transmission en montrant un Christ qui voyage aussitôt qu'il renaît dans ses disciples en marche. Il donne à réfléchir, au-delà du domaine religieux, aux deux sources inaltérables de la transmission culturelle : le transfert et l'hiatus, la fidélité et l'invention. Jean Lambert est maître de conférences en sciences de l'éducation et membre du Centre d'études interdisciplinaires des faits religieux, (EHESS), Paris. Il est l'auteur de Le Dieu distribué, une anthropologie comparée des monothéismes, Éditions du Cerf, collection « Patrimoines », 1995. Un nouveau pèlerinage : la maison d'écrivain, par Michel Melot Le ministère de la Culture avait demandé en 1990 à notre ami Michel Melot un rapport sur « la maison d'écrivain ». C'est ainsi, sous son parrainage, qu'est née la Fédération des maisons d'écrivain et des patrimoines littéraires, actuellement présidée par Jean-François Goussard, et supervisée par la Direction du livre. Si la lecture des textes se porte mal, la visite des lieux se porte bien. Un jeu de vases communicants à l'intérieur de la transmission ? Ne désespérons pas : les pierres et les écrits peuvent être complémentaires, affirme ici l'auteur, quinze ans après. Michel Melot est conservateur général des bibliothèques honoraire. Il a été chargé en 1996 par le ministre de la Culture d'un rapport sur les maisons d'écrivain. Kamikazes : la contagion de la mort, par François-Bernard Huyghe La prolifération des attentats suicides témoigne du principe de la guerre du faible au fort poussé à l'extrême : rentabiliser au maximum son sacrifice en termes stratégiques, politiques et symboliques. Cette pratique n'est ni nouvelle ni spécifique des mouvements islamiques, mais son succès - dont témoigne le nombre constant de volontaires djihadistes - suppose la diffusion spectaculaire du « modèle », y compris par l'image, et sa justification théologique. François Bernard Huyghe enseigne à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à l'École de guerre économique et sur le campus virtuel de l'université de Limoges. Site : www.huyghe.fr. Dernier livre : Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, 2005. L'éducation civique, une tâche impossible ?, par Philippe Barret Quoi de plus familier, dans l'école républicaine, que l'« instruction civique », forme laïcisée du cours de morale ? Et si ce pieux exercice était devenu au fil du temps une forme vide, dont les paradoxes sont de plus en plus difficiles à soutenir ? C'est la question impie que pose Philippe Barret, qui fut naguère chargé du dossier au cabinet du ministre de l'Éducation nationale. Le droit positif pourrait néanmoins nous servir de recours. RPhilippe Barret est inspecteur général de l'Éducation nationale. Art contemporain, art africain ?, par Bruno-Nassim Aboudrar L'Afrique, qui n'a pas connu l'art moderne, donne à l'art contemporain sa pleine authenticité, et sa nécessité vraie. C'est à cette conclusion réjouissante que nous conduit une récente exposition, « Africa Remix ». Bruno-Nassim Aboudrar est historien de l'art, maître de conférences en esthétique à l'université de Paris III-Sorbonne nouvelle et professeur à l'IEP de Paris. Son dernier livre paru est Nous n'irons plus au musée, Aubier, 2000. Enseignants, journalistes : droits et devoirs, par France Renucci Le Centre de liaison pour l'enseignement des moyens d'information (CLEMI) a été créé en 1983 par Alain Savary. Rattaché au ministère de l'Éducation nationale, il a vocation à former les enseignants à la lecture critique de la presse et au décryptage des médias (notamment au cours de la Semaine de la presse et des médias dans l'école, manifestation annuelles du 13 au 18 mars 2006). Sa directrice, France Renucci, maître de conférences à Paris IV, a bien voulu pour « Médium », mettre en regard deux univers professionnels qui ont intérêt à se connaître avant de se juger. Voici les premières pièces à verser au dossier. France Renucci est maître de conférences à l'université Paris IV-Sorbonne et directrice du Centre de liaison de l'enseignement et des moyens d'information (CLEMI). Un dialogue manqué, par Régis Debray Voici un échange d'opinions inopiné qui a eu pour cadre, au début de l'été, le siège de notre revue. Julien M., agrégé de philosophie et maître de conférences à la Sorbonne, était venu, par curiosité, rencontrer Régis D., son permanent. Et lui dire en face ses doutes sur le bien-fondé de la démarche médiologique. Les deux hommes se connaissaient fort mal (Julien M. est de la jeune génération). L'entretien fut enregistré d'un commun accord ; et le verbatim des quiproquos, relu et forcément expurgé de part et d'autre. Julien M. a demandé l'anonymat. A-t-il craint de se compromettre ? Il s'en défend. Nous avons respecté son souhait. C'est un homme de bonne foi. Régis Debray est philosophe et écrivain. Son dernier livre paru : Les Communions humaines. Pour en finir avec la « religion » (Paris, Fayard, 2005). BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Mallarmé, avec Louise Merzeau Dans les dictionnaires et les manuels scolaires, il est l'archétype du poète symboliste, métaphysique, hermétique. On en fait le chantre de cette réaction au positivisme des années 1880 qui puise son énergie dans la redécouverte de Baudelaire et dans le parfum de décadence dont toute fin de siècle aime à se draper. Présenté comme l'ennemi d'une réalité que sa matérialité rendrait vulgaire, il incarne pour beaucoup le repli de l'homme de lettres, préférant au commerce de ses contemporains la solitude obscure des signes et des idées... Louise Merzeau est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à Paris X et photographe. Son dernier livre publié est Au jour le jour, Descartes et Cie, 2004. SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Opalka par Françoise Gaillard « L'art est un univers qui n'est fait ni de hasard ni d'explosion. » Sur des toiles de dimension constante, Opalka aligne des nombres qui se suivent selon une progression arithmétique. Un jour de 1965, avec un pinceau trempé dans de la peinture blanche, il a tracé le chiffre 1 dans le coin gauche du canevas, et ce geste, résultat d'une longue méditation sur l'art, a décidé de toute son oeuvre et de toute sa vie. Le premier « Détail » était né. Depuis, Opalka poursuit inexorablement ce qu'il appelle « son programme ». Pendant que la main les dessine sans trembler, il égrène à mi-voix les nombres. L'enregistrement de cette étrange mélopée fait partie de l'oeuvre, tout comme l'autoportrait réalisé dans l'atelier selon un rituel immuable. Toujours le même fond sans qualité, toujours la même chemise blanche, toujours la même expression inexpressive contrôlée à l'aide d'un rétroviseur, toujours la même définition technique de l'image. Une fois le « Détail » achevé, le pinceau traceur est répertorié et conservé comme une signature supplémentaire... Françoise Gaillard est philosophe, enseigne à l'université Paris VII, est membre du comité de rédaction des revues Esprit et Médium. Son dernier livre paru est Diana Crash, Descartes et Cie, 1999. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Effet jogging Nom plaisant donné par les médiologues à un phénomène grave et déroutant, par trop sous-estimé : l'effet rétrograde du progrès technique. Un futurologue d'avant guerre, alarmé par l'expansion de l'automobile, avait annoncé une mutation anthropologique à l'horizon de l'histoire : l'apparition d'hommes-tronc, qui à force d'être assis immobiles dans leurs boîtes métalliques n'auraient plus besoin de jambes. La déchéance des membres inférieurs fut ainsi logiquement pronostiquée chez les bipèdes motorisés. Or, moins les citadins marchent, plus ils courent. Au lieu de l'atrophie annoncée, la remusculation. Au parc et en salle, sur tapis roulant... SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. Le français, ou bien les lettres, Dominique Dumas Céline's band, la terreur en chantant, Daniel Bougnoux Tiens, voilà du déclin !, Antoine Perraud Internet, ou la nouvelle triade « oeuvre, artiste, piblic », Elsa Olu Google print, André Rouillé Avignon : la mort du texte, Robert Dumas
Pour une sacralité profane Régis Debray On ne répare pas un marronnier Robert Dumas Transmettre et interpréter : le temps du dialogue Ernst Wolff Le Net art Jean-Paul Fourmentraux Le fakir et le savant Nicola Setari Du marché aux esclaves à eBay Eliane Burnet Le monde réduit à trois feuillets Antoine Perraud Breton en Amérique Yves M. Larocque Dossier : La croyance, l'outrage et la loi Da Vinci mode Jérôme Cottin La théopub et ses clichés Régis Burnet & Thierry Baffoy L'état du droit (entretien) Georges Kiejman Bonjour l'ancêtre Platon, avec Daniel Bougnoux Salut l'artiste Federica Matta Un concept Propager, par François-Bernard Huyghe Surcom.com Feuilleton de Christian-Marc Bosséno Symptômes Alain Rey ; Rond-points ; Fogel/Patino ; Seniors ; Houellebecq; Re-transmettre; Perec/Ferry
Relier, par Régis Debray Familiarité du livre, par Julien Gracq Longtemps, le texte a dédaigneusement effacé le livre. Comme l'interprétation des signes, la manipulation des choses qui les recueillent et les portent jusqu'à nous. Consciente de tout ce qu'il entre d'esprit dans une forme matérielle, la médiologie voudrait redonner une place d'honneur aux objets, aux ustensiles, aux plus humbles dispositifs. Et comprendre ce que leurs outils font aux humains. Le livre est une invention technique du IIIe siècle (le codex), indémodable, et dont la modernité susciterait l'enthousiasme, si elle datait d'aujourd'hui. En analysant ce que le livre fait au lecteur, Julien Gracq vient à notre rencontre Université : la cote d'alerte, par Claudia Moatti S'il est une institution vouée au transmettre, c'est bien l'École. Sa pièce maîtresse, l'Université, atteint son point critique. Écoutons ce cri d'alarme. Un professeur quitte sa chaire et la France - et dit sans fard pourquoi. Aragon/Breton : médias contre médium, par Daniel Bougnoux S'ils ne s'adonnent pas à la sociologie des médias, les médiologues ne peuvent ignorer les moyens d'information. D'autant que la question du journalisme pose celle de la militance et de notre rapport au présent. Le siècle et la règle : tension éthique, dilemme politique, et choix littéraire. Hier éclaire-t-il aujourd'hui ? Irak : de l'info au credo, par François-Bernard Huyghe Drame d'idées et de croyances, la guerre a toujours été au carrefour du technique et du religieux. Or les technologies de l'information et du faire-croire sont en pleine révolution. En conséquence de quoi les moyens militaires et le but de guerre ont changé, - jusqu'à l'absurde. Une analyse à longue portée. Victoires et déboires du journal intime, par Jacques Lecarme « Le chanteur, non la chanson » : les moyens techniques du direct, du live et de l'immédiateté conspirent dans tous les domaines de création à mettre en valeur l'auteur, et son « vécu », bien plus que l'oeuvre en sa distance. D'où un changement de portage dans le littéraire: correspondance et journaux intimes font fureur. Histoire d'une réhabilitation. Questions d'un Huron sur le quai Branly, par Philippe Dubé Machine à transmettre, le musée est aussi une machine à transformer un objet de croyance vécue en objet de spectacle ou d'étude. Jusqu'où aller dans cette métamorphose, quand c'est des peuples oubliés dont il s'agit ? En février 2006 s'ouvrira au quai Branly, en bordure de Seine, un magnifique musée, consacré aux arts dits primitifs. Un spécialiste canadien s'en inquiète déjà. Le portrait de l'Empereur, par Hidetaka Ishida « Technique occidentale, âme japonaise. » Le slogan de l'ancien empire du Soleil Levant pose le problème médiologique par excellence : quel effet a une innovation technique sur une tradition politique et culturelle ? La transformation par la photo du portrait de l'Empereur, à la fin du XIXe siècle, fait une bonne leçon de choses. Droit d'auteur contre brevet Conseil général des technologies de l'information (CGTI) Du technique au juridique, il n'y a qu'un pas. Et un changement du droit modifie les rapports de puissance. L'informatique a changé la donne de la propriété intellectuelle. L'extension du domaine du brevet, au profit des firmes nord-américaines, met l'Europe en danger. BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Proudhon et les chemins de fer, par Robert Damien Au contraire de la sociologie, et comme l'attestent les numéros des Cahiers de Médiologie sur la route (n° 2), Anciennes nations, nouveaux réseaux (n° 3), la bicyclette (n° 5), l'automobile (n° 12), la médiologie a toujours accordé la plus grande importance aux moyens de transport. La notion de médiasphère, par exemple, ou milieu de transmission culturelle historiquement déterminé, inclut les systèmes de transport physique en vigueur. La domestication du temps ne peut ignorer celle de l'espace. Sur cette voie, un prédécesseur... SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Jean-Louis Faure Le petit-fils du grand historien de l'art Élie Faure (1873-1937) pratique la sculpture à texte. Ce faisant, il ne déroge pas à la grande lignée familiale. Il la détoge. Il a remplacé la pompe rhétorique du grand-père par la pompe à vélo. Rébus, calembour visuel, clin d'oeil et parodie, Jean-Louis Faure, croisement de Raymond Aron et de Marcel Duchamp, construit des machines célibataires, automates producteurs d'imaginaire et d'intelligence mêlés. Pudique et facétieux, il dresse en trois dimensions le catalogue « Bourdes et Crimes du Siècle », comme d'autres, jadis, les Armes et Cycles de Saint-Étienne. Cela tient du pamphlet, de la confidence, et du cérémonial. Nous qui aimons le mélange des genres, et défendons le droit à l'humour noir, nous tenons à saluer les noces bariolées de la gravité et du cocasse. Cet artiste original et pas assez connu (sauf des happy-few), notre facteur Cheval de demain, la culture en plus, a inventé le tragique farceur. Son seul défaut : ses délires font sens, et ses parodies, réfléchir. Peut-être, nonobstant, un commissaire de l'art franchira-t-il un jour sa porte.
Une nouvelle feuille de route Louise Merzeau p. 3 Le Che avant, le Che après Daniel Aranjo p. 16 Pour une diplomatie efficace Alain Dejammet p. 33 Le choix des mots : Brasillach Gilles Perrault p. 48 Pushing the canvas Nicolas Setari p. 59 La photo et l'imaginaire numérique N. Casemajor Lousteau p. 67 Les chrétiens dans la modernité arabe B. Labaki p. 80 Du Tibet à la Dordogne Sylvie Guérineau p. 94 Corps politique, corps médial Giuliana Parotto p. 106 Du refus d'être fils Jean Bastaire p. 115 Un habeas corpus numérique Michel Arnaud p. 129 Étrangère de nulle part (poésies) Monique Mesplé-Lassalle p. 140 Bonjour l'ancêtre Augustin Cochin, avec F.-Bernard Huyghe p. 148 Salut l'artiste Armand Gatti, par Antoine Perraud p. 156 Un concept Prothèse, par Paul Soriano p. 164 Symptômes Lady Di, Le pape au Brésil, Les mots d'Emma, Mondial rugby p. 174
Nous, le réseau, par Paul Soriano Wikipédia, dispositif technologique, culturel et social,ouvre une véritable terre de mission à la réflexion médiologique. En tant que dispositif de production et de diffusion de savoir. Et plus encore en tant que collectivité en réseau, à la fois ludique, productive et néanmoins rétive au commerce qui investit (dans) l'Internet social. Paul Soriano est chargé de mission « études et recherches » à la direction de la stratégie du groupe La Poste. Dernier livre publié : Internet, l'inquiétante extase, avec Alain Finkielkraut (Mille et Une Nuits, 2001). Docteur ès lettres, il a soutenu une thèse sur l'Antiquité. Adn : la tyrannie de la transparence ?, par Monique Sicard « Si, comme Zola, nous déclarions que nos personnages sont veules, faibles, lâches ou mauvais à cause de l'hérédité, à cause de l'action du milieu, de la société, à cause d'un déterminisme organique ou psychologique, les gens seraient rassurés, ils diraient : voilà nous sommes comme ça, personne ne peut rien faire ; mais l'existentialiste, lorsqu'il décrit un lâche, dit que ce lâche est responsable de sa lâcheté. Il n'est pas comme ça parce qu'il a un coeur, un poumon ou un cerveau lâche, mais il est comme ça parce qu'il s'est construit comme lâche par ses actes. » Sartre, L'existentialisme est un humanisme, Nagel, 1946. Monique Sicard est chercheuse au centre de recherches sur les arts et le langage de l'École des hautes études en sciences sociales. Dernier livre publié : La Fabrique du regard (XV-XXe siècle). Images de science et appareils de vision, Odile Jacob, 1998. « Think tanks », penser pour peser, par François-Bernard Huyghe Les think tanks, ces centres de recherche élitistes qui produisent des idées destinées à inspirer les politiques, font de la médiologie appliquée : ils font passer le message et se veulent médiateurs. François-Bernard Huyghe est docteur d'État en sciences politiques, habilité à diriger des recherches en sciences de l'information et communication. Il intervient comme formateur et consultant. Dernier livre paru : Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles, 2005. Le Québec : une identité en péril, par Catherine Bertho-Lavenir À défaut de croyances partagées pour les inscrire dans la durée et de projet politique pour les projeter dans l'avenir, les dispositifs identitaires entrent en crise. Alors, les initiatives communautaires, culturelles ou artistiques de la société civile semblent se disperser, orphelines du grand récit qui leur donnerait du sens. L'exemple du Québec. Catherine Bertho-Lavenir est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris III-Sorbonne nouvelle. Elle s'est occupée, en 2006, de la chaire « Étude de la France contemporaine » à l'université de Montréal. Son dernier livre : Histoire des médias, de Diderot à Internet, avec Frédéric Barbier, Armand Colin. Entre fiction et biographie : l'inversion des valeurs, par Jacques Lecarme Le roman est une fiction, la biographie se veut un récit véridique et effectif. Il semble établi que le roman est le genre roi, et que la biographie est un genre inférieur. Or un fait étrange apparaît : le public dévore des biographies portant sur des écrivains dont il ne veut ou ne peut lire les romans. Les clients, une fois de plus, auraient-ils raison ? Jacques Lecarme est professeur émérite de littérature française à l'université Paris III. Dernier livre paru : L'Autobiographie, avec Éliane Lecarme-Tabone (Armand Colin, 2004). Les infrastructures de l'immédiat, par Eirick Pouhaër Zéro délai, zéro distance, zéro stock, zéro intermédiaire ? À vrai dire, rien ne consomme davantage de temps, de moyens matériels, logiciels et organisationnels que la fabrication de l'immédiateté apparente. Visite guidée des dispositifs que le clic met en branle. Eirick Pouhaër, formations en sciences économiques, études politiques, sciences de l'information et de la communication, a exercé les fonctions de professeur d'économie générale et de gestion des entreprises, de concepteur-réalisateur de sites Web. Axes de recherche : l'appropriation des techniques, changements techniques et organisationnels, et les médiations techniques sur le Web. La jouissance intégriste, par Albert Assaraf Aujourd'hui comme hier, l'hyperreligiosité s'accompagne d'un intense désir de dépassement du stade sexuel, si ce n'est de son annihilation pure et simple. Comme si ce dépassement ouvrait la voie à une jouissance d'un autre ordre, probablement supérieure. Sinon, pourquoi déserter l'une pour totalement s'adonner à l'autre ? Albert Assaraf est informaticien, auteur de L'Hérétique : Elicha ben Abouya ou l'autre absolu, Paris, Balland, 1991, et de plusieurs articles sur la dimension relationnelle du langage, des croyances et des idées religieuses. Saint François et le sultan, par François Durand-Gasselin Chaque époque a interprété à sa manière et selon ses besoins la rencontre, devenue emblématique, de François d'Assise et du sultan Al-Kâmil. Resituée dans son contexte historique, elle retrouve sa saveur propre et reste porteuse d'une leçon de réalisme et de modestie, dont l'actuel dialogue des cultures et des religions aurait tout intérêt à s'inspirer. François Durand-Gasselin (frère Anselme) est moine bénédictin de l'abbaye d'En Calcat. PENSE-BÊTE (1), par Régis Debray Amorces, préludes, incipit de livres possibles ou d'articles à faire : ces notes et observations, inspirées par les rencontres de l'actualité à Régis Debray, pourraient s'intituler « Le journal d'un médiologue ». Notre revue publiera régulièrement ce témoignage subjectif et bohème (qui porte ici sur le mois de novembre 2007). BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Le comte de Saint-Simon (1760-1825), Penseur du changement social, avec Pierre Musso Saint-Simon est un fondateur. Sa « philosophie inventive » a fixé les règles de la méthode pour conduire la réforme sociale. Il se déclare d'ailleurs « réformiste », au sens où sa problématique est celle du changement social, hic et nunc. Il vise « une mise en activité » générale des forces industrielles, comme il le déclare dans le Catéchisme des industriels : « Nous essaierons de faire entrer en activité les passions généreuses des hommes qui possèdent les capacités les plus positives. » Pierre Musso est professeur à l'université de Rennes II. Dernier livre publié : Le Vocabulaire de Saint-Simon, Ellipses, 2005. SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Ndary Lo, dialogue de résonances par Éliane Burnet Parler d'un artiste africain, c'est marcher sur un territoire miné tant il est habité par des désirs divergents. Pour ranimer et réenchanter un art qui parfois s'étiole en Occident, certains commissaires occidentaux puisent dans ce nouveau vivier ; l'artiste devient alors une sorte d'« Africain de service » pour le « zoo artistique » des grandes expositions africaines occidentales. Certains artistes africains souhaitant prendre une place sur le marché international cèdent au vertige des attentes d'africanité de la part de l'Occident. D'autres, au contraire, se voulant artistes avant tout, effacent tout ce qui pourrait faire africain pour se fondre dans une certaine uniformité de l'art occidental. De leur côté, certaines « communautés » africaines, au risque de l'enfermement, font pression sur les artistes pour qu'ils expriment seulement leur identité africaine, comme si l'appartenance à un continent suffisait à créer une identité artistique. Sans parler des discussions pour savoir si un artiste africain est africain avant d'être artiste ou artiste avant d'être africain. Éliane Burnet est directrice du département de philosophie de l'université de Savoie. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Indignation, par Pierre D'Huy Définition : « Sentiment de colère que soulève une action qui heurte la conscience morale, le sentiment de justice. » Il s'agit là d'une affaire sérieuse : on s'indigne face à un acte immoral qui met en cause sa propre dignité. Le concept antique d'indignation - aganaktein - fut l'une des pierres de touche de toute la pensée morale grecque. Pierre D'Huy est consultant international en management de l'innovation, professeur associé au Management Institute of Paris, enseignant au CELSA Sorbonne-Paris IV. Dernier ouvrage paru, L'Innovation collective, Éditions Liaisons sociales, 2003 et 2007. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. Gardarèm lou marché, ou l'environnement de Grenelle, par Pierre Murat Dans la colline, ce ne sont qu'arbousiers aux boules trop tôt mûries, dures et rabougries, lauriers-tins recroquevillés, arbrisseaux cramoisis. Inutile de s'acharner à arroser dans le jardin les deux érables ou le magnolia, ils agonisent. Au fond du vallon, l'apiculteur se désespère : bruyères sans fleurs, romarins qui s'effritent à vue d'oeil. D'année en année, les ruches ont moins produit ; cette fois-ci, il a laissé à ses abeilles leur peu de miel pour qu'elles subsistent. Pierre Murat est professeur de lettres en classes préparatoires à Marseille. Spinoza mode d'emploi, par Daniel Bougnoux Professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l'université Stendhal de Grenoble, Yves Citton vient de signer sur Spinoza une étude d'une ampleur qui étonnera bien des philosophes chevronnés. Daniel Bougnoux est professeur émérite à l'université Stendhal de Grenoble. Un étrange médium : la poésie, par Alain Moreau Pourquoi des poèmes dans notre dernier numéro ? La question a été posée. Un lecteur a répondu... D'abord, parce que l'émetteur « Je » « est un autre » (Rimbaud). Ensuite, parce que le récepteur, lui aussi, est un autre. Pris dans un suspend de la temporalité banale (le trois en un : passé, présent, avenir). Tous se retrouvent communément « possédés », comme le dit le jeune Platon - lorsqu'il aimait encore Homère !. Alain Moreau est poète, essayiste et économiste. A publié notamment Structure de la relation (L'harmattan), L'Acier en mouvement (Presses de l'École des mines»), Éloge de la vieillesse (Bibliophane).
Du christianisme au libéralisme, par Maurice Sachot Le libéralisme s'est formé dans un monde où le christianisme, en tant que religion, était devenu l'instance instituante. Sa possibilité et sa chance de réussite tiennent à ce qu'il puisse rejouer le même type de transformation que celui-ci a effectué lorsqu'il s'est qualifié de religion et a été reconnu comme telle par les institutions politiques de l'époque. Le néolibéralisme entend être au monde d'aujourd'hui ce que le christianisme fut au monde romain : assumer la fonction architectonique de l'ensemble du monde, en devenir l'instance instituante, non plus de l'extérieur (comme une Église), mais de l'intérieur (comme instance immanente). Maurice sachot enseigne la philosophie ancienne a l'universite Marc-Bloch et les Sciences de l'éducation a l'universite Louis-Pasteur. Territoires numériques, par Pierre Musso « Si, comme Zola, nous déclarions que nos personnages sont veules, faibles, lâches ou mauvais à cause de l'hérédité, à cause de l'action du milieu, de la société, à cause d'un déterminisme organique ou psychologique, les gens seraient rassurés, ils diraient : voilà nous sommes comme ça, personne ne peut rien faire ; mais l'existentialiste, lorsqu'il décrit un lâche, dit que ce lâche est responsable de sa lâcheté. Il n'est pas comme ça parce qu'il a un coeur, un poumon ou un cerveau lâche, mais il est comme ça parce qu'il s'est construit comme lâche par ses actes. » Sartre, L'existentialisme est un humanisme, Nagel, 1946. Pierre Musso est professeur à l'université de Rennes 2, directeur du master « Innovation, réseau et usages des TIC ». Dernier livre publié : Le Vocabulaire de Saint-Simon, Ellipses, 2005. La renaissance des gares, par Albert Lévy Qu'est-ce qu'une « gare » ? Il en existe de plusieurs espèces suivant deux lignes d'évolution : l'histoire des transports (de la locomotive à vapeur au TGV) et celle de la ville. Monuments historiques en centre-ville ou rejetées en périphérie, ostentatoires ou enfouies sous terre, étroitement adaptées à leur fonction ou diversifiées jusqu'à devenir ville elles-mêmes : Albert Lévy en analyse les variétés. Albert Lévy est architecte, chercheur au CNRS. Ses recherches portent sur le projet architectural et urbain. Dernier livre paru : Les Machines à faire-croire I : Formes et fonctionnements de la spatialité religieuse, Anthropos-Economica, 2003. En préparation, La Madeleine et le Panthéon. Les machines à faire-croire II : Pouvoir de l'espace, pouvoir de l'image, Anthropos-Economica. Mind the gap, par Philippe Vuaillat Attention aux petits écarts plus significatifs qu'on ne croit. Entre le quai et le wagon, entre Londres et Paris, entre le dedans et le dehors. C'est une question de sécurité, culturelle et personnelle. Philippe Vuaillat est ingénieur et scénariste. Vitesses de transmission, par Yves Renouard Transport et communication, véhicules et vecteurs ont partie liée. Nous nous étions penchés sur la route (Cahiers de médiologie n°2) et sur l'automobile (Cahiers de médiologie n°12). Il était temps de monter à cheval et en locomotive. Rien de ce qui est mobilisateur n'est étranger à la médiologie. Yves Renouard, dont on commémore en 2008 le centenaire de la naissance, normalien et membre de l'École française de Rome, a été doyen de la faculté des lettres de Bordeaux de 1946 à 1954, puis professeur à la Sorbonne. Il a présidé le jury de l'agrégation d'histoire et le Comité français des sciences historiques jusqu'à sa mort, en 1965. Le comité de lecture remercie le fils d'Yves Renouard, François, de nous avoir autorisé à publier ce texte. La morale d'un clic-clac, par Monique Sicard Un travelling est affaire de morale, disait-on naguère, après Godard. Une photo officielle aussi. Le genre est imposé. À quelques nuances près. Monique Sicard, revue Médium. Dernier livre publié : La Fabrique du regard (XV-XXe siècle). Images de science et appareils de vision, Odile Jacob, 1998. Le tout-à-l'écran, par Yves Racicot « Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt. » Le médiologue aussi. Considérons donc attentivement l'écran qui nous fait voir le monde, sa prolifération, ses mutations, son évanescence et sa harcelante omniprésence. Ce simple dispositif modifie nos dispositions les plus intimes. Yves Racicot est réalisateur, il enseigne à l'École des médias et au doctorat en études et pratiques des arts de l'université du Québec à Montréal. Ses recherches actuelles portent sur la transformation de la présence par la prolifération des écrans. Quand la photographie devient affiche, par Daniel Grojnowski La publicité a-t-elle vulgarisé l'art photographique ? Ou bien la photographie a-t-elle fait de la publicité un art ? A-telle désacralisé l'objet rare ou contribué à resacraliser l'esprit public ? Au-delà de cette trop simple alternative, une réponse originale. Daniel Grojnowski a publié Photographie et langage, Corti, 2002. PENSE-BÊTE (2), par Régis Debray Suite du journal intime d'un médiologue, zigzaguant, nez au vent, à travers films, lectures, anecdotes et rencontres. Régis Debray, dernier livre : Un candide en Terre sainte, Gallimard, 2008. BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Jean Le Clerc, ou la République des bibliothèques, avec Robert Damien Jean Le Clerc, né à Genève en 1657 et mort à Amsterdam en 1736, est considéré comme un polygraphe subalterne, un vulgarisateur abondant et un critique oublié. Son effacement est aujourd'hui quasi total. De cette oeuvre monumentale, retenons sommairement trois noeuds stratégiques. Tout d'abord, Le Clerc fut le traducteur, l'éditeur et l'ami de Locke. Le militantisme lockien de Le Clerc lui fit publier la méthode bibliographique de classement des livres de la bibliothèque de Locke (qui contenait 33 titres de Le Clerc) et un Éloge de feu monsieur Locke. Outre le philosophe et le politique, il reconnaîtra en Locke un exégète aigu de saint Paul, capable heureusement de soustraire la vérité chrétienne de la Bible aux combats apologétiques des factions comme à la crédulité des enthousiastes. Robert Damien est professeur de philosophie à l'université de Nanterre. Dernier livre paru : Le Conseiller du Prince, de Machiavel à nos jours, PUF, 2004. SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Bob Verschueren, par Robert Dumas À l'écart du gigantisme du Land-Art, dont l'appréciation nécessite souvent la photographie aérienne, Bob Verschueren se révèle un artiste modeste, un essayeur qui oeuvre aux frontières : celles de la matière et de la forme, celles de l'esprit et du corps, celles de la nature et de la culture. Dans ses installations, le médiologue repérera de nouvelles connexions, la réorchestration des vieux partages, l'entrecroisement de ce qui a été séparé. Robert Dumas est professeur de philosophie et vient de publier Bob Verschueren - Conversation avec Robert Dumas aux Éditions Tandem, 6280 Gerpinnes, Belgique. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Frontière, par Paul Soriano Le dictionnaire 1 définit la frontière comme une limite qui naturellement détermine l'étendue d'un territoire ou par convention sépare deux États. Au début du XIIIe siècle, frontière s'emploie au sens de « front d'une armée » et, par extension, de « place fortifiée ». Le sens moderne (XIVe siècle) paraît être issu de l'ancien adjectif frontier, « qui fait face à, voisin ». La guerre étant, comme chacun sait, la continuation de la politique conduite par d'autres moyens, il n'est pas surprenant que l'usage se soit élargi du militaire au politique - reconduire à la frontière ; violer, défendre, franchir une frontière ; tracé de la frontière, incident de frontière... - avant de franchir plus récemment les... frontières de cette première acception. Le terme est parfois employé avec valeur d'adjectif (pour frontalier) : zone, poste, ville frontière. Paul Soriano est chargé de mission « études et recherches » à la direction de la stratégie du groupe La Poste. Dernier livre publié : Internet, l'inquiétante extase, avec Alain Finkielkraut (Mille et Une Nuits, 2001). SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. L'école obscène, par Daniel Faivre Un beau jour des années 90, l'administration de mon collège supprima nos estrades. Ce changement s'imposait de luimême : d'après tous les inspecteurs, le cours magistral était révolu, le professeur était désormais l'égal de l'élève, quand il n'avait pas à apprendre de lui ! Le dieu du carnage, par Roger Bensky Politique, donc, cette comédie toute récente de Yasmina Reza - dramaturge, romancière et chroniqueuse de campagne pour personnalités proto-fascinatoires. Oui ou non, c'est selon. La querelle des médailles, par Daniel Bougnoux Professeur à l'Institut d'études politiques de Grenoble, dont il est actuellement le directeur, Olivier Ihl a contribué aux Cahiers de médiologie (en se penchant dans notre premier numéro, « La querelle du spectacle », sur les fastes et les spectacles républicains).
Regain antisémite : faillite du devoir de mémoire ?, par Esther Benbass Pas de transmission sans mémoire. Mais qui dit devoir ne dit-il pas contrainte et obligation ? À ne garder que la mémoire des victimes, n'oublie-t-on pas leur culture et le contenu spirituel d'une très longue histoire ? Après le pas assez, le trop de mémoire n'aurait-il pas ses effets pervers ? Questions dérangeantes. Questions à réfléchir. Esther Benbassa est directrice d'études à l'École pratique des hautes études (EPHE), titulaire de la chaire d'histoire du judaïsme moderne, et chercheur invité au Netherlands Institute for Advanced Study. Dernier ouvrage paru : La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd'hui, Paris, Mille et Une Nuits-Fayard, 2004. La formation du Nouveau Testament, par Régis Burnet Si le christianisme est une « religion du livre », la clôture du canon des Écritures aurait dû être la priorité absolue des premiers chrétiens. En réalité, la fixation officielle n'intervint que fort tard. Pragmatiques, les chrétiens laissèrent aux contraintes de la production et de la diffusion le soin de concrétiser ce choix capital. Régis Burnet, ancien élève l'École normale supérieure, a un doctorat de l'EPHE (5e section). Il est professeur agrégé de communication à l'IUT de Montreuil. Il vient de publier un « Que sais-je ? » sur le Nouveau Testament (Presses universitaires de France, 2004) et une histoire de la réception de la figure de Marie-Madeleine (Marie-Madeleine ier-xxie siècle, Paris, Cerf, 2004). Éloge du sac et de la corde, par François Dagognet Le minimal sied à la transmission. Le sac plastique mobilise les pondéreux, les cordes vocales transportent la voix. Plus ténu le médium de liaison, meilleures ses performances. Ce que montre ici l'un de nos maîtres préférés, dans une description aussi prosaïque que poétique. François Dagognet est professeur de philosophie émérite. Son dernier ouvrage paru est Philosophie des réfractaires. Initiation aux concepts (2004, Les empêcheurs de penser en rond). La télécommande et l'infantile, par Philippe Meirieu L'étude des intéractions entre technique et culture - à quoi s'adonnent les médiologues - ne saurait éviter un bidule décisif : la télécommande. C'est une inflexion de plus dans l'histoire des outils, mais peut-être un tournant dans celle des mentalités. La preuve : on ne peut plus éduquer après comme avant. Philippe Meirieu est directeur de l'IUFM de Lyon. Son dernier ouvrage paru est Le monde n'est pas un jouet, (2004, Desclée de Brouwer). La fin des disciplines d'enseignement, par Maurice Sachot Si enseigner c'est former l'être de quelqu'un, comment former sans inculquer ? C'est à cette question que répond la notion de discipline d'enseignement, toujours au coeur des bouleversements actuels de l'Éducation nationale. Mais, avec les impératifs de la société utilitariste et marchande, les disciplines, réduites à des savoir-faire, se vident peu à peu de leur sens. Maurice Sachot est professeur en sciences de l'éducation à l'Université Marc Bloch (Strasbourg). Sur l'art de masse, par Roger Pouivet Roger Pouivet aborde ici une question clé : les nouvelles technologies sont-elles en passe d'inventer un art nouveau, « l'art de masse », en rupture avec l'ancien ? Au lieu de le condamner comme sous-culture, ne devrait-on pas y voir un mode original d'expression ? À cette question, les médiologues ont leurs propres réponses, qui ne sont pas exactement celles de l'auteur. La discussion est ouverte. Roger Pouivet est professeur à l'université de Nancy 2 et chercheur aux Archives Poincaré (CNRS). Il a notamment publié L'ontologie de l'oeuvre d'art, Nîmes, Chambon, 2000 et Qu'est-ce que croire ?, Paris, Vrin, 2003. L'aura photographique : triomphe ou implosion ?, par Monique Sicard Dans un texte célèbre, Walter Benjamin imputa à la reproduction photographique l'évanouissement de l'aura attachée à l'oeuvre d'art. Mais, contre toute attente, c'est la photo elle-même qui tend aujourd'hui à capter cette aura. Avec un tel succès que son statut en est transformé ; et notre vie aussi. Monique Sicard est chercheuse au Centre de recherches sur les arts et le langage de l'École des hautes études en sciences sociales. Si loin de Foucault, par Régis Debray Du Figaro à Libé en passant par Le Monde, le vingtième anniversaire de la mort de Michel Foucault a vu l'ensemble des médias écrits, radios et télés édifier un mausolée national au grand philosophe disparu, sans fausse note aucune. Pareille unanimité peut inquiéter. Beauté mais inactualité de Foucault ? De Méliès à Matrix, entretien avec Costa-Gavras Au cinéma, la technique a toujours fait art. Si la révolution numérique est un épisode de plus dans un renouvellement des machineries, elle n'en marque pas moins une solution de continuité. Costa-Gavras, qui a quarante ans de métier, en parle en expert... et en artiste. Réponse à un Huron, par Germain Viatte Notre ami canadien Philippe Dubé s'est inquiété, dans notre premier numéro, d'un détournement vers l'esthétisme des cultures traditionnelles par le futur musée du quai Branly. Peut-être n'avait-il pas pu prendre une vue complète et actuelle de ce projet. Germain Viatte est directeur du projet muséologique du musée du quai Branly. BONJOUR L'ANCÊTRE Ici, contre l'amnnésie et la désinvolture, un médiologue d'aujourd'hui célèbre un maître d'hier oublié ou méconnu. Malraux le prémonitoire, par Michel Melot Michel Melot conservateur général honoraire des bibliothèques. Son dernier livre paru est La sagesse du bibliothécaire (Paris, OEil neuf, 2004). SALUT L'ARTISTE Ici, contre modes et paresses, un coup de projecteur éclaire un coin d'ombre dans la forêt des formes actuelles. Nisa Chevènement Née Grunberg. Née en Égypte, au Caire. 1964, École des beaux-arts du Caire. 1966-1967, études de psychologie à l'université Paris-Sorbonne. Diplôme de troisième cycle. Expositions 1992, Galerie Visconti, Paris. 1993, Mexico. 1994, Madrid. 1995, Galerie Sculpture, Paris. 1996, Galerie Dionne, Paris. 1997, Saga et Galerie Arnoux, Paris. 1998, Athènes, Foire de Shanghai et Galerie du Vieux Lyon, Lyon. 2000, Galerie Loft, Paris, et ArtParis. 2001, « L'Armonia Dell'istinto », Milan et Galerie Loft, Paris. Collections publiques : Fonds national d'art Ccontemporain. Basil et Elise Goulandris Foundation, Grèce. UN CONCEPT Un peu de logique s'il vous plaît. Place à une notion fondamentale et fondatrice sévèrement résumée. Parce que la médiologie ne se sait pas science, elle s'exige rigueur et cohérence. Transmission Si on appelle « communication » l'acte de transporter une information dans l'espace, on appellera « transmission » l'acte de transporter une information dans le temps. Il faut communiquer pour transmettre : condition nécessaire, non suffisante. Mais on peut communiquer sans transmettre : c'est la tendance du jour. Deux dimensions à corréler mais à distinguer. Si les deux opérations ne sont pas antagoniques, chacune mobilise des dispositifs et des compétences souvent antipathiques les uns aux autres. SYMPTÔMES Ici, chacun s'en donne à coeur joie et à compte propre sur tel ou tel sémaphore de l'esprit du temps. L'art a varié, par Antoine Perraud (producteur à France Culture et journaliste à Télérama.) (In)actualité de François Truffaut, par Arnaud Guigue (codirecteur du Dictionnaire Truffaut (La Martinière, 2004) et agrégé de philosophie.) Vins de transmission, vins de communication, par Robert Dumas (professeur de philosophie à Annecy). Le 3 novembre 2004..., par Françoise Gaillard (enseigne à Paris 7 et à la New York University. Dernier ouvrage paru La modernité en question (Paris, CERF), avec Jacques Poulain).
Médecin, biologiste, chimiste, François Dagognet (1924-2015) s'est forgé des armes pour délivrer la philosophie de son enfermement universitaire et de ses dérives idéalistes. À l'étroit dans son amphithéâtre, il a préféré les ateliers des canuts pour connaître les secrets des teintures et les procédés d'impression. Parce qu'un philosophe n'est pas un rat de bibliothèque, il a enquêté dans les verreries et les manufactures de pneus. Délaissant les introspections ressassantes du sujet, il a devancé les médiologues en célébrant les objets. Quoi de mieux pour éclairer l'intelligence que de la saisir à l'oeuvre ? Sommaire : Matières à penser Pour François Dagognet Sous la direction de Robert Dumas en collaboration avec Robert Damien Robert Dumas : Un maître Réaumur Julien Pasteur : Une pensée prolétaire 21 Matière Christian Godin : Le parti pris des objets Monique Sicard : Paysage Dagognet Synthétiques Pierre-Jean Borey : Rythmogrammes Oberkampf Paul Soriano : Le corps des mots Éloge du sac Régis Debray : À armes inégales Robert Damien : Souvenirs d'un disciple Le filet Variations médiologiques Jean-Yves Chevalier Le palmarès des lycées de France Philippe Guibert Le grand dérèglement Bruno Lavillatte Espionnez-vous les uns les autres Jacques Lecarme Pour Malraux
Ouverture La faiblesse des armes p.4 Vaincre et convaincre François-Bernard Huyghe Clausewitz, réveille-toi ! p.17 Paul Soriano Notre djihad p.32 Philippe-Joseph Salazar L'éloquence du massacre p. 48 Margaux Chouraqui La contamination par l'image p.62 P.-M. de Biasi et C. Schmelck Les réseaux du chaos p.70 Jacques Billard L'école de la guerre p.83
L'argent maître ? 1,17 euro - Régis Debray Bon serviteur et mauvais maître - Paul Soriano OMNIPRÉSENCE Plaidoyer pour l'argent - Charles-Henri Filippi Du monothéisme comme monopole - Philippe Simmonot De l'or à l'art - Michel Melot Flaubert : entre l'usure et la saisie - Jacques Lecarme NUMÉRIQUE 1929-2009 - François Lenglet Excel : les matrices de l'argent - Pierre d'Huy L'hypermonnaie - Marc Guillaume De l'electrum à l'électron - François-Bernard Huyghe Retour au réel - Jean-Paul Tchang Démonétiser l'identité numérique - Michel Arnaud SOCIÉTÉ Christian Baudelot - Alain Corneau - Teresa Cremisi - Jean-Paul Escande - Charles-Henri Filippi - Jean-François Kahn - Henri de Maublanc- Jean-Robert Pitte - Michel Platini - YazidSabeg - Henri Weber.
Bonjour Roland Barthes Les empreintes, non l'emprise - Daniel Bougnoux Incarnations - Françoise Gaillard Du signe à la trace - Louise Merzeau L'argent domestiqué - Paul Soriano Courrier électronique - Emmanuel Cauvin Dandy ou snob, choisissez - Pierre Chédeville Paul Valéry : l'esprit par la main - Valérie Deshoulières L'apprenant digital -Torsten Meyer Pense-bête - Régis Debray Salut l'artiste : Jean-Marie Fadier, par Monique Sicard Un concept : Influence, par François-Bernard Huyghe Symptômes : Brando et Presley ; De Palma ; Gordon Brown ; Denis Vasse ; Jacques Julliard ; Chalon-dans-la-rue Un objet : La bagnole, par Christian Cavaillé
Antifrançais, l'Américain ? - Jeffrey Mehlman L'art à l'épreuve de ses médiations - Nathalie Heinich Tchekhov, la scène et nous - Régis Debray Plus belle la vie - Julien Pasteur Les dieux ont soif - Michel Leroux Cambodge : quel traitement du trauma ? - Daniel Bougnoux Quand le christianisme a changé le monde - René Nouailhat Trinité, mathématiques et infini - Jean Yves Chevalier Pense-bête - Régis Debray Salut l'artiste : Pedro Almodóvar, par Thomas Steinmetz Bonjour l'ancêtre : Robida, par Michel Thiébaut Un concept : L'homme-fracture, par Pierre Chédeville Symptômes : Obama ; Bauman ; L'école ; La Pléiade Un objet : Éloge du rasoir, par Robert Damien
Mon pays que voici - Anthony Phelps « Alias Caracalla »- Jacques Lecarme De la tache à la tâche - Frère Anselme L'oeil du tank - Thierry Grillet Quand la chair se fait verbe - Paul Soriano Google ou le temps effacé - Milad Doueihi Leonard Cohen, scène zen - Daniel Bougnoux Avatar : le bio numérique - Anne Murat Salut l'artiste : Christophe Luxereau - par Françoise Gaillard Bonjour l'ancêtre : Darwin - par Paul Soriano Un objet : L'hostie - par Michel Melot Symptômes : La jupe, Aragon, Darnton, Citton, M. Jackson Pense-bête - Régis Debray
Ouverture - Michel Melot et Régis Debray Nouvelles du front Actualité et permanence des frontières - Michel Foucher Territoire et conflit - François-BernardHuyghe La terre de personne - Claudia Moatti Technologies de la frontière - Catherine Bertho Lavenir Berlin-Genève - Gabriel Galice Sans frontières mais pas sans passeports - Rony Brauman L'Oyapok, frontière impossible - René Nouailhat Les frontières du vivant Le minéral et le vivant - Jean-Paul Poirier La chute du mur entre les espèces - François-Joseph Lapointe Frontières animales - Pierre d'Huy Le corps, nouvelle frontière - Françoise Gaillard Les terres promises d'Amos Gitaï - Pierre-Marc de Biasi Salut l'artiste : Ernest Pignon-Ernest
Le livre : du lutrin à la vitrine - Thierry Grillet La perceuse et la girouette - Pascal Krajewski Religions : la bombe diasporique - Régis Debray Des caméras dans le prétoire ? - ArnaudLucien Quatre mariages pour un enterrement - Daniel Bougnoux Aragon le fidèle - Hervé Bismuth Écrire sous Staline - Jacques Lecarme Le retour des sorciers - Michel Leroux Salutl'artiste : Michael Rakowitz, par Nicola Setari Bonjour l'ancêtre : Balzac, par Pierre Chédeville Un objet : Balles et ballons, par Robert Damien Symptômes : Roger Planchon ; Plate-formes ; Francophonie ; Scribouille ; Métro ; Samizdats Pense-Bête - Régis Debray
- Les armes d'Éros (Pierre-Marc de Biasi) L'OBSESSION - Le Kamasutra du péché (Antoine Perraud) - Ève pornocrate (Robert Damien) - Les ciseaux d'Anastasie (François-Bernard Huyghe) - Érôs et Agapè (Pierre Chédeville) - Sur les bancs de l'école (Jacques Billard) HISTOIRES D'OEIL - Photo-Porno (Régis Debray) - Madeleine mise à nu (Karine Douplitzky) - Érogenèses photographiques (Monique Sicard) - Nue mais pas à poils (Françoise Gaillard) - L'oeil en saillie (Michel Erman)
- Le secret du « Secret de maître Cornille » (Jean-Pierre Dautun) - Le numérique contre les maths (Jean-Yves Chevalier) - Sur la rumeur (Jean-Luc Évard) - Du bon usage du passé (Albert Lévy) - Mainstream en questions (Frédéric Martel) - Soft power : l'apprenti sorcier (François-Bernard Huyghe) - Biographier Derrida (Daniel Bougnoux) - La frontière, et après ? (Pierre Murat) - L'autorité à l'école (A. Rivolier, F. Vallot, P. Vernusse) - La prière assistée par ordinateur (David Douyère) - Le couvre-chef (Paul Soriano) - Bonjour l'ancêtre : Claudel (Robert Damien) - Salut l'artiste : Bernard Plossu (Monique Sicard) - Objets : Sac à dos et container - Pense-bête (Régis Debray)
- Retour d'Égypte (Gilles Kepel) - Victor Hugo, médiologue (Monique Sicard) - Gracq, ou la leçon de géographie (Régis Debray) - L'ère numérique du faux (Marie-Anne Chabin) - Musique techno (Emmanuel Cauvin) - Les logistiques de l'hégémonie (Jean-Luc Evard) - Continuum (François Coldefy) - Valéry et le trafic littéraire (Joël Loehr) - Stratégie dans le cyberespace (F.-Bernard Huyghe) - La remise en jeu californienne (Karine Douplitzky) - Bonjour l'ancêtre : L. Herr (A.-C. Grandmougin) - Salut l'artiste : Miguel Chevalier (F. Gaillard) - Figures : La pimbêche (Paul Soriano) - Pense-Bête (Régis Debray)
- Ouverture (Monique Sicard et Paul Soriano) - Pasteur en héritage (Alice Dautry) - Grandeur et servitudes hospitalières (Lucien Gérardin) - Médecine 2.0 (Dominique Dupagne) - Espérances de vie (Jean de Kervasdoué) - La psychiatrie dans toutes ses étapes (Quentin Debray) - Des mots sur le mal (Gérard Danou) - De l'eau bénite à la Contrexéville (F. - Durand-Gasselin) - Knock médiocrate (Daniel Bougnoux) - L'utopie immunitaire (Éric Ancelet) - Dossier médical : un secret partagé )Monique Sicard) - Critique de la raison thérapeutique (Christiane Vollaire) - Pour une culture de la prévention (M. Védrine-Froment) - Bonjour l'ancêtre : Hippocrate - Salut l'artiste : Rembrandt - Un objet : L'ordonnance - Pense-Bête (Régis Debray)
- 2011 (Paul Soriano) - Steve Jobs, post-scriptum (Pierre d'Huy) - « The Artist » (D. Bougnoux) - Convivialité numérique (François Coldefy) - Fanfictions (Alice Boucherit) - « Banque virtuelle » (M. Sicard) - Réception d'un Goncourt (Antoine Perraud) - La règle du jeu (Pierre Berloquin) - « Cloner la terreur » (N. Setari) Quelles avant-gardes ? - La promesse du musée (Philippe Dubé) - En avant de quelle garde ? (Daniel Bougnoux) - Le dilemme contemporain (Françoise Gaillard) - Bonjour l'ancêtre : Maxime Ducamp (Jacques Lecarme) - Salut l'artiste : Jean Tinguely (Paul Soriano) - Un lieu : Topographie proustienne (Michchel Erman) - Pense-Bête (Régis Debray)
1. Identité - L'arabisme digital (Yves Gonzales-Quijano) - Al-Jazira, l'union par l'écran (Slimane Zeghidourà - Un printemps en hiver (Olfa Meziou Baccou et Pierre-Marc de Biasi) - Quand le peuple rentre en scène (Sadok Hammami) 2. Hostilité - Une guerre de l'attention (François-Bernard Huyghe) - Réseaux Free Worl (Olivier Koch) - Italie : fin du mainstream (Anne Daubrée) - L'homme aux 16 BlackBerry (Yusef Tuqan Tuqan et Stanley Moss) - Peut-on éteindre Internet ? (Mael Inizan) 3. Communauté - Nous, le réseau ? (Paul Soriano) - Un clic, une cause (Alexandre Coutant) - Un curé à l'ère numérique (Renaud Laby) - Les nouvelles technologies de la politique (Paul Mathias) - L'ordre du Web (Dominique Cardon) - L'hypersphère publique (Pierre Lévy) - Le politique, c'est le médium (Milad Doueihi et Louise Merzeau) - Bonjour l'ancêtre : Friedrich List (Gabriel Galice) - Salut l'artiste : Lucio Fanti (Régis Debray) - L'objet : Le smartphone (Paul Soriano) - Pense-Bête (Régis Debray)