Presses universitaires de Saint-Étienne
Une littérature de l'écoute : par cette formule, je voudrais saisir une pratique littéraire désormais centrale, qui consiste à collecter les voix des autres. Rencontrer, enregistrer, transcrire la parole sont autant de gestes auxquels s'essaient les écrivains contemporains. À la manière de Svetlana Alexievitch, ils recueillent témoignages et récits de vie, renouvelant la littérature documentaire autour d'enjeux à la fois esthétiques, éthiques et politiques. Composant une cartographie du paysage littéraire de 1980 à 2020 (G. Perec, J.-P. Goux, F. Bon, J. Hatzfeld, O. Rosenthal, F. Beaune, S. Divry), ce livre réinscrit le goût de l'entretien dans le temps long, entre héritage du phonocentrisme et ère du témoin. De la dramaturgie de la collecte au montage polyphonique, il déplie les étapes du livre de voix, au coeur des problématiques de la littérature contemporaine : paradigme du terrain, dialogue avec les sciences sociales, nouvelles formes de politisation. Car le livre capte des voix oubliées, interrogeant par-là tant les failles de la représentation démocratique que les façons de refaire communauté. Émerge alors, au contact de ces livres, l'hypothèse d'une posture d'écrivain public, à l'écoute de celles et ceux qu'il rencontre, invitant à penser la littérature comme une forme de parole déléguée.
Balzac et Dumas, deux monstres sacrés du XIXe siècle, enfin réunis dans une étude inédite. Ce livre révèle leurs rivalités, leurs points communs et leurs visions croisées de la société, bousculant les idées reçues sur ces géants de la littérature.
Jean Echenoz, figure majeure de la littérature contemporaine, vu par les plus grands spécialistes. Ce recueil d’analyses croisées, entre universitaires et romanciers, explore l’œuvre d’Echenoz sous tous ses angles : humour, intertextualité.
Et si le « tu » devenait le héros du récit ? De te fabula narratur explore l’émergence récente d’une narration audacieuse où le personnage central est désigné par « tu » ou « vous ».
De 1833 à 1876, George Sand a poursuivi une activité critique. Elle a présenté pour la première fois Maurice de Guérin et Adam Mickiewicz, elle a tôt reconnu et salué Eugène Fromentin, défendu les romans de Flaubert, soutenu les créations de Victor Hugo exilé. Balzac avait songé à lui demander une préface pour La Comédie humaine. Écrivant sur la littérature de son temps et, plus rarement, sur la littérature du passé, George Sand^ apparaît dans une position d'autorité paradoxale qu'elle a pu construire grâce au succès de son oeuvre romanesque. Bien que femme, et souvent installée à Nohant loin de la capitale, elle sait utiliser avec beaucoup d'intelligence les nouveaux moyens médiatiques de l'édition et de la presse. Par la liberté du ton et des formes, ses articles participent de l'invention d'une critique d'écrivain, où l'empathie n'exclut pas la combativité. Le volume révèle combien fut déterminant le rôle joué par George Sand dans la vie littéraire et intellectuelle du XIXe siècle.
Quel que soit l'attrait que la littérature peut avoir pour elle-même, elle ne saurait se détourner d'un certain nombre de réalités. François Bon en témoigne avec force, lui qui choisit de s'imposer « la plus stricte obéissance à ces éclats de réalité, ne plus travailler qu'avec ces images qu'on trouve comme ça, ces bouts de phrases qu'on entend dans la rue, la stricte obéissance à la pauvreté même de tout ça ». Surgie au début des années quatre-vingt, son oeuvre, décisive pour notre temps, offre une phrase pétrie de littérature et de réel brut, tramée de voix où les mots entrent en conflagration avec les choses, et dont le fracas s'éprouve autant aux syntaxes heurtées des Ateliers d'écriture qu'à celle des Tragiques grecs.Car François Bon n'est pas simplement, comme on l'a cru trop souvent, « l'écrivain de l'usine », du « monde du travail », ni « la voix des exclus ». Quiconque fréquente intimement ses livres sait combien ils débordent de telles circonscriptions par l'extraordinaire croisement d'interrogations qui les travaille. Dans le présent ouvrage, écrivains, critiques et chercheurs réunis invitent à la découverte de cette diversité et de cette richesse. Ils montrent à l'oeuvre une écriture aussi curieuse des espaces, des villes et des techniques que soucieuse des rythmes et des mots. Car François Bon n'écrit pas sur : il écrit avec. Avec la littérature et avec ceux qui disent la sécheresse du monde, avec la musique et l'image, avec les livres et les écrans, le numérique et les claviers : dans le grand compagnonnage des textes et des hommes.
Comment l’œuvre de Jean Echenoz dessine-t-elle une géographie du vide et du vertige ? Jean Echenoz : géographies du vide explore les paysages déterritorialisés et les figures de l’absence qui traversent ses romans.
Depuis trois décennies, la littérature française est hantée par des présences invisibles : celles des fantômes de l’Histoire, des traumatismes enfouis et des images qui reviennent.
Et si le corps devenait le miroir de l’âme ? L’âme déployée explore l’imaginaire du corps chez Michel Tournier, entre corporéité et sacralité. Une analyse littéraire qui révèle comment la chair se transforme en symbole d’éternité et de désir.
Comment une voix littéraire s’invente-t-elle ? Pierre Michon : naissance et renaissances explore l’écriture comme un acte de création perpétuelle, entre ascèse et fulgurance.
Comment la poésie contemporaine redéfinit-elle la place du sujet dans l’écriture ? Présences du sujet dans la poésie française contemporaine (1980-2008) explore les enjeux de l’énonciation, de l’éthos poétique et du dépassement du lyrisme.
Le 22 octobre 1849, Gustave Flaubert et Maxime Du Camp réalisent enfin un grand rêve : ils s'embarquent pour l'Orient, « seuls, indépendants, ensemble ». Dix-huit mois durant, les deux amis vont être inséparables. Ils ont leur lanterne, une unique pelisse, ils se lavent ensemble ; ils partagent des femmes, du pain, des plaisanteries, des nuits sous la tente, et surtout le plaisir de vivre à deux. Nulle trace ne subsiste pourtant de cette intimité dans les publications de Du Camp, qui a choisi de se représenter seul en Orient. Or l'oblitération de Gustave dans les textes de Maxime ne constitue pas une exception, mais bien plutôt la règle : les plus célèbres écrivains français du dix-neuvième siècle se sont également embarqués avec un compagnon de route dont ils ne font pas mention dans les pages qu'ils ont publiées à leur retour d'Orient. Ainsi Nerval a-t-il lui aussi choisi de faire l'impasse sur ses amis Fonfrède et Rogier. C'est que la solitude orientale, véritable convention littéraire, permet alors aux jeunes artistes de se créer une identité littéraire basée sur l'indépendance et la masculinité, identité jugée indispensable à leur carrière, tant par les écrivains eux-mêmes que par le public.
Consacré à la fabrique médiatique de l'événement chez Vallès, cet ouvrage se situe au croisement de plusieurs champs de la recherche en littérature : les études sur la presse, les études sur les représentations médiatico-littéraires de l'Histoire et les études monographiques consacrées à Vallès. L'ouvrage propose une approche originale qui mêle trois perspectives particulièrement fécondes et s'appuie sur de solides travaux en presse et littérature pour interroger les spécificités vallésiennes. Par ailleurs, l'auteur s'appuie sur une définition large de l'événement, pas seulement historique mais sociale, sportive, artistique, etc., pour proposer des développements pertinents sur la redéfinition et la fabrication de « l'événement » en régime médiatique, entre grande presse d'opinion et petite presse dite « littéraire ».
La justice chez Victor Hugo est abordée le plus souvent à partir de son combat contre la peine de mort et réduite aux questions pénales. Sans renier l'importance de ces questions, l'ouvrage les met en perspective dans une vision élargie. Les combats de l'écrivain sont ainsi replacés dans l'histoire de la justice et du XIXe siècle, autour du point de bascule radical opéré par la Révolution française. Son oeuvre, en dialogue avec certains de ses contemporains (De Maistre, Michelet, Balzac, Sand, Barbey d'Aurevilly), trouve un éclairage nouveau grâce aux travaux les plus récents des historiens du droit et de la justice. Le corpus ne se limite pas aux récits les plus connus (Le Dernier Jour d'un condamné, Claude Gueux, Les Misérables) ni aux discours publiés par l'écrivain, mais envisage toute l'oeuvre, théâtre, poésie et certains dessins. Loin des idées reçues sur l'abstraction du poète philosophe, l'on découvre que Victor Hugo possédait une connaissance technique du droit. Si le refus de la peine de mort demeure central dans son oeuvre, il s'est intéressé également aux questions civiles, dans une pensée générale du « droit » et de la « loi » qui dérange (Peut-on juger ? Doit-on châtier ?) tout en proposant une forme inédite d'autobiographie qui anticipe sur les « témoignages » du XXIe siècle.
Doué d'une parole précise et cinglante, Benjamin Constant a été un journaliste et un homme politique de premier plan, depuis les dernières années de la Révolution jusqu'à la fin de la Restauration. Ses écrits politiques constituent un jalon essentiel de la réflexion sur les fondements de la société démocratique et de la vie parlementaire, en France comme dans le monde. Dans le domaine de la création littéraire, le cursif Adolphe s'est imposé comme une oeuvre majeure du roman à la première personne, et ses journaux sont un des chefs-d'oeuvre de l'écriture intime. Ouvrant une perspective nouvelle à la connaissance de Constant par la largeur du corpus envisagé, cet ouvrage analyse l'écriture, le style, la manière, tout ce qui fait la spécificité de l'esprit d'une oeuvre qui ne ressemble à aucune autre : de la fiction littéraire aux essais politiques, de l'histoire de la religion à la réflexion sur le théâtre, c'est un art exemplaire de l'analyse et de l'argumentation, un style singulier qui nous est révélé.
1789 a doré le citoyen d'un nouveau corps juridique, politique et social. Dans la littérature postrévolutionnaire, écrire le corps, c'est scruter les marques inscrites dans les chairs par la loi, les signes tracés par la société, les cicatrices laissées par l'Histoire. Les études réunies dans ce volume interrogent ces nouveaux paradigmes de la représentation littéraire du corps dans quatre perspectives : en premier lieu est explorée la signification politique qu'il prend chez Sade, Balzac ou dans le théâtre révolutionnaire ; est développée ensuite une analyse du difficile transfert du corps du roi, dégradé chez Michelet, au corps du peuple chez Dumas ou à celui d'un nouveau Christ chez les saint-simoniens ; en troisième lieu, l'interrogation porte sur les modalités de l'incarnation de l'Histoire chez les personnages de Chateaubriand, de Balzac ou de Barbey d'Aurevilly ; enfin est étudiée la relation entre corps et création, dans la poésie de Baudelaire ou dans l'écriture autobiographique de George Sand. Du théâtre comme espace où l'acteur incarne les rôles sociaux au roman où la corporéité ancre le personnage dans l'Histoire, ce volume montre comment la littérature du XIXe siècle a recouru au corps pour figurer les rapports, souvent conflictuels, de l'individu à la société, au politique et à l'Histoire.
La notion d'événement littéraire est née au dix-neuvième siècle, au moment où la littérature se constitue en objet historique, cependant que la médiatisation croissante du champ culturel entraîne des pratiques et des stratégies radicalement nouvelles. La conception événementielle de la littérature met au premier plan les critères d'écart, d'originalité ou de rupture, que ce soit dans l'appréhension des chefs-d'oeuvre du passé ou la réception des productions contemporaines : la reconnaissance de ce qui fait événement engage nécessairement une (re)définition de la littérature. Question lourde d'enjeux, au moment où l'essor de la presse et les bouleversements du marché culturel imposent des règles inédites, souvent ressenties comme traumatisantes : la valeur d'une oeuvre est-elle réductible à son impact événementiel ? celui-ci constitue-t-il une instance de légitimation ? un événement littéraire est-il encore possible dans le système éditorial moderne qui s'esquisse alors ? Le débat est aussi complexe que décisif : il questionne les effets sociaux de la littérature, et, au-delà, son possible impact sur l'histoire. L'événement littéraire oblige à se demander ce qu'est, ce que vaut, ce que fait la littérature.
Toute l'oeuvre de Chateaubriand est hantée par une pensée de l'Histoire, disséminée dans des textes de genres divers, de l'essai politique à l'autobiographie, du roman historique à l'article de presse. Située à un tournant décisif, historiquement avec la Révolution, et épistémologiquement, entre la fin des Lumières et l'émergence de l'historiographie romantique, elle a joué un rôle fondamental dans la recomposition en France des études historiques entre Voltaire et Michelet. Explorant des textes encore mal connus, comme les Études historiques ou l'Analyse raisonnée de l'Histoire de France, et jetant un nouvel éclairage sur des oeuvres comme l'Essai sur les révolutions, le Génie du christianisme ou les Mémoires d'outre-tombe, cet ouvrage collectif analyse la manière donc Chateaubriand a pensé l'Histoire et dont il a envisagé son écriture dans le nouveau champ littéraire qui se constitue au début du XIXe siècle. Cette pensée et cette écriture de l'Histoire sont appréhendées dans quatre perspectives. La première partie est consacrée aux questions de méthode historique, telle que la casualité, la place du document, la périodisation. La deuxième partie porte sur le temps, sur l'usage de l'Histoire dans la construction d'une vision du présent et de la modernité, et sur la relation qui se construit avec la pensée contemporaine. La troisième partie porte sur l'élaboration d'une écriture de l'Histoire, analysant notamment le travail de recyclage des sources, la rédaction de l'article de presse et l'écriture mémorialiste. Enfin la quatrième partie propose une étude de l'application d'une pensée de l'histoire de l'art cohérente dans ses principes, il parvient en revanche à faire de l'historien un artiste et de l'artiste un personnage ancré dans l'Histoire.
On ignore encore souvent que George Sand a été une journaliste prolixe tout au long de sa vie. Polygraphe, elle ne s'est pas cantonnée à une forme ou une rubrique mais elle a utilisé toute la palette du journaliste et du reviewer : elle a pratiqué la critique dramatique, la critique littéraire, la critique picturale, les grands articles politiques, le récit de voyage, les études de moeurs, les nécrologies, le billet d'humeur, le droit de réponse. Elle a fréquenté tous les types possibles de journaux : quotidiens, grandes revues, magazines, illustrés, petits journaux littéraires... Elle-même ne considérait pas cette production comme mineure dans l'ensemble de son oeuvre puisque régulièrement elle s'est évertuée à faire publier en recueils ses articles. Cet ouvrage se propose d'étudier les relations de George Sand avec la presse notamment dans l'édification d'une pensée du média, ce qu'elle-même appelait « la science du journalisme », avec ses crises et ses aléas. Mais ce volume montre aussi que si George Sand est réceptive aux mutations d'une écriture journalistique en plein bouleversement, elle fait aussi du journal très explicitement son propre oeuvre en détournant tous les codes attendus pour produire des textes hors norme. Cette expérience de la presse irrigue le reste de son oeuvre, du roman-feuilleton à l'oeuvre autobiographique en passant par le théâtre.
La Restauration marque la paradoxale résurrection du rituel de l'entrée royale cérémonie spectaculaire qui met en scène le pouvoir représenté par le souverain, et témoigne de sa mainmise symbolique sur le territoire dont sa propre personne incarne l'unité politique. Jusqu'aux débuts de la Troisième République, cette traditionnelle cérémonie du pouvoir connaît maints réinvestissements symptomatiques. Parallèlement, en ce siècle des révolutions, l'historiographie, la littérature, l'iconographie manifestent un intérêt tout particulier pour l'entrée royale ; en effet, ce dispositif complexe offre un modèle particulièrement efficace lorsqu'on s'interroge sur les modes de production de la légitimité politique. L'entrée royale, à la fois événement et récit, acte et paroles, construit une fiction du pouvoir : elle constitue un excellent point d'optique pour analyser le fonctionnement symbolique des fêtes de souveraineté, les logiques rhétoriques et stratégiques qui la fondent, enfin ses conditions d'efficacité et ses possibilités d'adaptation - toutes questions essentielles en un siècle qui travaille à une refondation symbolique prenant acte des effets de la Révolution.
L'extraordinaire développement de la petite presse littéraire qui a accompagné le mouvement symboliste est un phénomène remarquable de l'histoire littéraire. Laboratoire d'expérimentation pour les esthétiques d'avant-garde, mais aussi véritable invention médiatique, la petite revue constitue une appropriation des pratiques journalistiques, de la critique littéraire au premier chef. Quel rôle la critique périodique peut-elle jouer dans l'inscription de la littérature dans la modernité ? quel emploi constitue celui de critique en regard de celui d'artiste ? Au moment où les écrivains semblent considérer de la façon la plus radicale que l'avènement de l'ère médiatique porte en soi la mort de la littérature, la figure du jeune critique de revue émerge : lutteur intolérant, chroniqueur inlassable de l'actualité artistique et de la vie moderne, il s'impose comme l'interlocuteur indispensable du pur poète et comme une voix essentielle dans le système de communication littéraire qui se met en place dans les vingt dernières années du XIXe siècle.
Siècle du passage à l'économie libérale et à la société industrielle, le xxie siècle voit en France la création littéraire et artistique prendre tous les caractères d'une « production » - pensée avant même notre entrée, au xxie siècle, dans l'ère de l'immatérialité numérique -, comme celle de « produits immatériels ». Les belles-lettres et les beaux-arts doivent alors et sans retour s'adapter à ce nouveau système d'échanges et de valeurs, viser un public de masse, trouver leur place dans le premier des médias modernes qu'est la presse périodique (journaux et revues). En même temps, l'État postrévolutionnaire invente et instaure la pratique spécifiquement française de la politique culturelle à des fins d'autolégitimation, d'identité nationale et d'instruction publique. Il définit juridiquement la propriété intellectuelle. C'est ainsi que s'organise un marché contrôlé et régulé de l'immatériel, dont les principes et les effets ne manquent pas de susciter réflexion et critiques chez les contemporains. Quant aux poètes, romanciers, dramaturges, compositeurs d'opéra, peintres, etc., tous, de créateurs devenus « producteurs », et contraints de se redéployer par rapport au nouveau cadre, ils l'acceptent, le contournent ou le combattent selon des stratégies très diverses. Ainsi, d'une manière ou d'une autre, cette situation finit-elle par s'inscrire dans l'énonciation, dans la poétique et dans la thématique de ce qu'ils persistent à vouloir nommer leurs oeuvres. Bon gré, mal gré, elle les stimule à un renouvellement des formes et des genres. À travers les contributions d'une trentaine de spécialistes du xixe siècle, l'histoire culturelle et l'histoire de l'art joignent leurs approches à celles de l'histoire littéraire pour proposer des études de cas et construire une vision d'ensemble. L'ouvrage se focalise plus spécialement sur un certain nombre de témoins et d'acteurs centraux, tels Balzac, George Sand, Baudelaire, Vallès, Mallarmé, Courbet, qui permettent de dégager des phénomènes transversaux non dépourvus d'analogies avec la période de mutations actuelle.
Médiation entre l'individu et la société, la famille apparaît comme un facteur essentiel tant dans la construction des égos que dans l'élaboration de l'ordre collectif. En un XIXe siècle où se modifient les normes et les pratiques de l'institution, le roman explore les règles, les enjeux, les dessous de cartes de celle-ci, et, misant sur la dynamique de la mêmeté et de l'altérité qui assure le renouvellement domestique et généalogique, en fait jouer les possibles. Le Jeu des familles se penche d'abord, avec Balzac puis Paul Bourget, sur les nostalgies patriarcales, qui exaltent les valeurs de la filiation et de la transmission, vecteurs de la mêmeté. Il se tourne ensuite, avec Balzac, les Goncourt et Zola, vers les atouts et les handicaps du familialisme bourgeois moderne, qui privilégie les préférences individuelles et l'alliance, point d'insertion de l'« autre ». Il examine l'utopie d'une rédemption fraternitaire proposée par George Sand et Eugène Sue, qui rêvent de faire de la famille la matrice de la cohabitation des classes et de la réconciliation des sexes. Il suit enfin, chez Edmond de Goncourt, Barbey d'Aurevilly et Elémir Bourges, la décadence des lignages et des maisonnées fin de siècle, dans lesquelles se brouillent délibérément les cartes. Convoquant de nombreux textes, fictionnels et non fictionnels, cet essai montre comment le roman répercute, repense, reconfigure l'institution, et participe ainsi à sa redéfinition.
L'aventure politique détermine le sens de l'écriture chez Verlaine : sa manière. Contre la tradition qui a cultivé l'image affadissante d'un chantre élégiaque, aux accents pathétiques, cet essai montre avec force qu'il a été un poète résolument engagé dans son siècle. Si l'écrivain s'énonce toujours « en sourdine » ou sur le « mode mineur », c'est qu'il y reconnaît, en vers comme en prose, l'expression d'une éthique et d'une politique destinées aux victimes de l'histoire. Verlaine écrit d'abord pour les humbles, les sans-noms, tous ceux qui sont réduits au silence, et ne savent pas qu'ils ont droit au monde. L'emblème en serait le projet des Vaincus, un livre qui a hanté le poète de 1867 à 1874. Car il illustre une tension fondamentale entre l'exil et l'utopie, qui traverse toute l'oeuvre. De Poèmes saturniens à Sagesse et Bonheur, une même relation unit le sujet à l'histoire : démocrate et socialiste au temps du bonapartisme, chrétien en pleine ère laïque et républicaine, il reste exclu et dominé. Exilé, le sujet renouvelle sans cesse l'exigence critique d'un monde meilleur. Le sens de l'utopie fonde le devenir de l'oeuvre chez Verlaine.
Jean-Philippe Toussaint, entre humour et profondeur : voici un ouvrage collectif qui explore l’œuvre d’un écrivain majeur de la littérature contemporaine.
Christian Gailly, « l'écriture qui sauve » rassemble les études présentées lors d'une journée d'étude par les chercheurs de l'équipe « Textes et intertextes » du CIEREC et des chercheurs de l'ARGEC (Atelier de Recherche Génois sur l'Écriture Contemporaine). Écrivain exigeant et solitaire, auteur de treize romans, Christian Gailly a suscité plusieurs études dans des essais traitant de la littérature contemporaine. Pourtant, à ce jour, aucune monographie ne lui avait été consacrée, alors même que son oeuvre témoigne d'une volonté d'explorer de manière inédite la matière romanesque. En se donnant pour tâche de combler cette lacune de la critique, les chercheurs français et italiens se sont penchés sur ces romans, nous permettant ainsi de suivre le parcours littéraire de l'écrivain, en éclairant les différents aspects de son oeuvre. Les articles, consacrés à des romans particuliers et des études portant sur l'ensemble du corpus romanesque de l'auteur, rendent compte du caractère autobiographique de l'oeuvre, des aspects concernant le questionnement de l'écriture et de la création, de l'existence et de ses aléas, de la recherche esthétique (musique, art, écriture).
Après la première vogue du fantastique en France, cette littérature voit de nombreuses publications apparaître dans la presse et en volume sous le Second Empire. À partir du mitan du siècle, le fantastique prend une orientation nouvelle, celle du fantastique « psychologique ». La rencontre des pratiques et des discours savants et populaires fait du fantastique une écriture moderne qui suit l'actualité culturelle et scientifique tout en puisant dans un fond de croyances superstitieuses. Les oeuvres construisent un laboratoire fictionnel où s'élaborent les sciences du psychisme alors en émergence. Le regard inouï qu'elles portent sur l'intériorité humaine invite à la réflexion sur ces perspectives nouvelles. Ce livre cherche à comprendre comment les processus psychiques sont observés, conçus et racontés dans la fiction fantastique.
Au xixe siècle, la presse devient le premier média de masse qu'ait connu la France : aussi désigne-t-on volontiers cette période, qui s'étend jusqu'en 1914, comme la « civilisation du journal ». Or, à lire les journaux les plus « modernes » de la monarchie de Juillet ou du Second Empire (La Presse de Girardin, Le Figaro de Villemessant...), on avise d'un surprenant paradoxe : le journal s'efforce d'inventer un dispositif communicationnel révolutionnaire, distinct de l'ancien modèle oratoire ; pourtant, celui-ci continue à imposer ses paradigmes et ses modèles d'écriture jusqu'à la Troisième République au moins. L'écriture journalistique des années 1836-1885, avant l'émergence en France de la grande presse d'information à l'anglo-saxonne, est constitutivement rhétorique. Quels sont les modalités et les enjeux de cette reconfiguration médiatique d'un très ancien héritage rhétorique ? Quelle conception de la communication et de l'espace public engage-t-elle ? Quel rôle réserve-t-elle à l'intellectuel, à l'écrivain, au journaliste ? Toutes ces questions sont décisives en un siècle où s'invente, en France, la démocratie.