Université du Québec à Montréal
La question du statut juridique, symbolique et politique des restes humains constitue un champ d'investigation particulièrement fécond, situé au croisement du droit, de l'éthique, des sciences sociales et des transformations technologiques contemporaines. Longtemps appréhendé de manière marginale, le cadavre s'impose désormais comme un objet juridique à part entière, révélateur des tensions qui traversent les régimes normatifs de la dignité, de la personne et de la reconnaissance. Les contributions réunies dans ce numéro proposent une analyse plurielle de ces tensions, en interrogeant tant les fondements conceptuels que les usages pratiques et politiques de la dignité post mortem, dans des contextes nationaux et internationaux.
Le présent numéro de la revue Frontières se penche sur le concept et les expériences de la solastalgie en les liant aux changements climatiques et aux inégalités sociales et géographiques subséquentes devant le deuil. Par conséquent, la solastalgie se conjugue ici au pluriel pour témoigner des manières différenciées de la vivre et de la penser. Le numéro accueille des articles provenant de plusieurs pays, en sciences sociales, en humanités environnementales, en histoire de l'art ainsi qu'en études des médias et de la communication afin de nourrir un regard transdisciplinaire et international sur le sujet. Partant de corpus ou de cas d'études empiriques ou artistiques, la variété des contributions publiées souligne l'étendue actuelle des recherches sur la solastalgie et sur le deuil écologique.
Cette fois encore, Nouvelles pratiques sociales propose un numéro substantiel, tant par la richesse des analyses menées dans les différents articles que par son nombre de pages ! Il reflète ainsi l'évolution de la revue, qui publie à présent des dossiers contenant régulièrement de huit à dix articles scientifiques - soit environ le double du nombre d'articles inclus dans les dossiers de la première moitié de l'existence de la revue, fondée en 1988. Or, la publication de ces articles repose sur le processus d'évaluation par les pairs, chaque article étant soumis à l'examen critique d'au moins deux personnes chargées de formuler un jugement sur leur qualité scientifique. Il est de plus en plus fréquent que nous ayons à solliciter près de 10 personnes (parfois plus !) pour réaliser ce travail essentiel. En effet, l'évaluation ne consiste pas seulement à autoriser ou à refuser la publication d'un texte, le processus étant, comme souvent, aussi important que son résultat : la conversation scientifique qui se déroule au travers des commentaires issus de l'évaluation et des réponses données par les auteur·es participe assurément d'un perfectionnement des textes. Au-delà de l'enjeu de l'acceptation ou non d'un article, cette conversation a, de surcroît, le potentiel de nourrir les réflexions des auteur·es comme des évaluatrices et évaluateurs, à long terme.
Intrinsèquement liée à la formation de notre planète et aux mouvements de son écorce superficielle, l'activité volcanique a sans relâche sculpté les milieux physiques. Les volcans et leurs éruptions ont à de nombreuses reprises modifié temporairement le climat de la Terre, métamorphosé les paysages aux échelles régionale et locale, et bouleversé profondément les sociétés, parfois en les rayant irrémédiablement de la carte. D'abord synonymes de destruction et de désolation, les espaces affectés par les coulées de lave ou les épais dépôts de cendres volcaniques, se sont transformés au fil du temps en terres fertiles, offrant de nouvelles opportunités pour les communautés humaines. La fureur mortifère des volcans se confond ainsi, sans paradoxe, avec leur capacité à régénérer la vie (Bobbé, 1998; De Boer et Sanders, 2002; Coutros, 2018). Comme tels, les volcans n'ont eu cesse de nourrir les imaginaires.
Peut-on rire de la mort ? Ce numéro de Frontières explore avec audace les liens inattendus entre humour et fin de vie, du clown en soins palliatifs aux débats sur la liberté d’expression.
Jenni et Christoffer, demi-frère et sœur par alliance, voient leur relation basculer quand le désir interdit s’invite. Une nouvelle érotique audacieuse qui explore les limites de la passion et des tabous familiaux.
Comment les adolescents d’aujourd’hui perçoivent-ils la mort, entre rites numériques, deuils intimes et confrontations médiatiques ? Ce numéro de Frontières explore leurs rapports complexes à la fin de vie, du suicide aux pratiques funéraires 2.0.
Les sciences humaines et sociales ont connu ces dernières années un « tournant spatial », témoignant ainsi d'une prise en compte de la dimension spatiale des sociétés qui déborde la discipline géographique. Cette sensibilité à l'espace par les sciences humaines et sociales touche notamment les études sur la mort, ainsi qu'en témoigne ce numéro de la revue Frontières. Les sept textes qui le composent proviennent de la géographie, de la sociologie, de l'archéo-anthropologie, ou encore de l'histoire. Par-delà la diversité des disciplines, des objets de recherche ou des outils théoriques mobilisés, ces textes partagent le même souci de questionner les lieux et les espaces de la mort dans différents contextes. Ils mettent en lumière le fait que la mort, loin d'être un simple événement ponctuel, s'inscrit dans des pratiques sociales, des processus mémoriels et des dispositifs spatiaux qui continuent d'agir sur les vivants et leur quête de sens ».
La mort constitue l'un des moteurs fondamentaux de production d'images, et ce, dès l'aube de l'histoire humaine (Debray, 1992; Belting, 2004; Pigeaud, 2017). Les images mortuaires ont souvent été appréhendées comme comblant par leur présence une absence, celle de la morte ou du mort. Comme le rappelle Hans Belting : « la contradiction entre absence et présence que nous continuons aujourd'hui encore d'observer au contact des images, plonge ses racines dans l'expression de la mort d'autrui. L'image s'offre à notre regard à la façon dont les morts se présentent à nous : dans l'absence » (2004, p. 184). Cette présence des mortes et des morts auprès des vivantes et vivants par l'intermédiaire de l'image participe aux cultes des défunts en leur conférant un statut et une place au sein du groupe social. C'est dans cette perspective que Régis Debray écrit : « si l'image archaïque jaillit des tombeaux, c'est en refus du néant et pour prolonger la vie » (1992, p. 24). Au cours de l'histoire, et notamment lors de l'apparition de nouvelles techniques, d'industries médiatiques et créatives, cette relation si particulière entre mort et image n'a cessé de s'enrichir.
Avec ce numéro, Nouvelles pratiques sociales publie un ensemble de réflexions qui soulève des questions cruciales pour le champ du travail social et, plus largement, pour l'intervention sociale. Chaque rubrique de ce numéro interroge, en effet, sous divers angles, le positionnement des intervenant·e·s vis-à-vis des normativités qui contribuent à créer ou à maintenir des inégalités et dynamiques de marginalisation. Il est certes impossible d'échapper à l'intériorisation de normes qui s'énoncent quotidiennement, directement ou indirectement, explicitement ou implicitement, par le biais de multiples sources (conversations du quotidien, oeuvres de fiction, discours médiatisés...) et influençant ainsi, inévitablement, nos visions du monde. Pourtant, d'autres discours, d'autres normativités circulent dans le social. À qui prêtons-nous l'oreille, ou pas ? Quelles alliances ou allégeances choisissons-nous, dans la rencontre de l'autre ? Autant d'interpellations quotidiennes, dans l'exercice du travail social, qu'il n'est pas aisé de démêler pour en identifier les implications éthiques et politiques. Les contributions de ce numéro nous proposent différentes pistes pour mettre en oeuvre ce travail complexe mais nécessaire, si l'on veut contribuer à réduire les différentiels de pouvoir qui se manifestent (plus qu'ailleurs) dans le domaine de l'intervention sociale.
Qu'est-ce qu'une bonne mort ? Qu'est-ce que bien mourir ? Comment accompagner les mourants? Ce sont là autant de questions auxquelles les sociétés humaines sont confrontées depuis la nuit des temps. Les réponses s'ajustent aux cultures en mouvement, toujours en devenir dans l'espace-temps. En effet, on ne meurt pas et on n'est pas accompagné dans le mourir de la même façon dans les sociétés des chasseurs-cueilleurs que dans les sociétés de culte monothéiste ou encore dans les sociétés hypermodernes et médicalisées. Historiens et ethnologues tentent de documenter ces réalités à partir des traces les plus anciennes, remontant même à la préhistoire et à l'Antiquité, pour rendre compte des attitudes sociales très diverses, antagonistes souvent, convergentes parfois, ayant façonné les moeurs à travers les temps, montrant que rien n'est définitivement acquis en ces matières, que la « morale » gouvernant les façons de faire est fluctuante. Mais encore là, les sociétés ont toujours considéré la mort avec une géométrie variable, suivant que les mourants étaient des enfants, des adultes ou des aînés et selon leur statut social.