« Si l’on se base sur les enquêtes de Transparency, observe [Karamoko Kane], il n’y a pas eu de progression spectaculaire en Afrique au cours des dix dernières années. » Pour l’économiste malien, la corruption « menace sérieusement la fiabilité des modes de certification de l’enseignement supérieur, induisant le scepticisme sur la validité des résultats ».
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La corruption des fonctionnaires africains
Et si la corruption en Afrique était bien plus qu’un simple dysfonctionnement, mais un système organisé et toléré ?
La thèse exposée dans cet ouvrage est qu'il existe aujourd'hui, dans les pays africains, une entente implicite autour de la corruption des fonctionnaires, une entente qui équivaut à une capitulation générale. Le versement aux fonctionnaires de « salaires de capitulation » est, en effet, presque un encouragement, sinon un consentement, à leur corruption. Pour reprendre le mot d'un humoriste, « l'Etat fait semblant, en Afrique, de payer ses agents, qui font eux-mêmes semblant de travailler », et les fonctionnaires se cherchent, et se trouvent, dans un consensus généralisé, des compléments de salaires par une corruption quotidienne, au vu et au su de tout le monde. Certes, il existe des fonctionnaires honnêtes, et dévoués, et qui ont le sens du service public. Ils constituent, malheureusement, des « aberrations statistiques », perdus au sein d'un système où l'on se sert le plus souvent, en totale impunité, depuis le sommet jusqu'à la base. La corruption, en Afrique, est à l'origine d'un véritable cercle vicieux: il est difficile d'être honnête lorsque l'on est pauvre, et que l'on doit faire face à des dépenses incompressibles, et le coût de la corruption empêche d'investir efficacement pour lutter contre la pauvreté. L'application de l'analyse économique permet néanmoins d'établir des principes utilisables pour mettre en place un système de gestion administrative permettant de limiter les effets néfastes de la corruption, en la confinant à son « niveau optimal » qui n'est pas l'absence, cependant, de toute corruption, le niveau zéro, en la matière, étant un concept plutôt moral qu'économique. Encore faudrait-il cependant, pour mettre ces principes en pratique, que les africains soient majoritairement convaincus qu'il faut combattre la corruption, ce qui est loin d'être certain.
L'auteur, de nationalité malienne, est économiste de formation. Agrégé de sciences économiques du Conseil Africain et Malgache pour l'Enseignement Supérieur (CAMES) et Professeur titulaire de l' Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il a occupé de hautes fonctions dans l'administration de cette université. Ancien Directeur du Programme de Troisième Cycle Inter-universitaire en économie (PTCI), et membre-fondateur de la Fondation du Forum de Bamako, il est, depuis 2005, Administrateur de Programmes au Département des Programmes de Formation de la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF).
shield_question Frequently Asked Questions
person_edit À propos de l'auteur
Karamoko Kane (décédé en 2014) était un économiste malien, professeur titulaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et spécialiste des questions de gouvernance et de développement en Afrique. Agrégé de sciences économiques du CAMES, il a occupé des postes clés dans l’enseignement supérieur africain, notamment comme directeur du Programme de Troisième Cycle Inter-universitaire en économie. Son parcours académique et son engagement pour la formation d’une élite africaine en font une figure majeure de la réflexion économique sur le continent. La corruption des fonctionnaires africains reste l’un de ses ouvrages les plus marquants, mêlant rigueur analytique et connaissance approfondie des réalités africaines.
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