Ce n’est pas un livre d’histoire, ce n’est pas un roman : c’est un poème épique ! M. Gustave Flaubert est un peintre de batailles antiques, qu’on n’a jamais égalé et qu’on ne surpassera point.
Salammbô
Salammbô : Carthage, IIIe siècle avant J.-C. Entre la fille d’Hamilcar et le chef des mercenaires, une passion interdite s’embrase au cœur d’une révolte sanglante.
On connaît mal les textes d'après Bovary. Comme si le roman qui fit tant de bruit par son procès éclipsait le reste de l'oeuvre. Salammbô fait partie du lot. Malheureusement. D'abord, parce qu'inclassable; tout bon professeur de Lettres s'y casse la tête; et voici un roman de Flaubert qui n'est pas réaliste. Mais historique. Et qui plus est une histoire que l'on ignore généralement : les guerres puniques (pas ou peu au programme d'histoire de l'Education Nationale), et particulièrement une époque singulière de ces conflits, la guerre qui opposa Carthage à ses mercenaires.
Mais c'est aussi un roman qui heurte le bon goût de l'intellectuel germano-pratin. Il y a plus de sang que la morale rationnelle l'exige. Un sang esthétisé par Flaubert, comble de la misère spirituelle pour tout lettré qui se respecte. La violence ne fait pas bon ménage avec la vraie littérature. Et bien Flaubert nous démontre le contraire. Au cinéma, il faudrait la caméra de Coppola pour rendre l'intensité flaubertienne. Celui d'Apocalypse Now et du Godfather. Une fresque baroque et nihiliste.
Résumé en une phrase, Salammbô, c'est l'histoire d'une princesse orientale, vierge et consacrée aux dieux, qui tombe amoureuse de l'ennemi de son père, de son pays, de sa patrie, qui le trahit et qui en meurt. Entre le premier et le dernier regard enchâssants le récit, il n'y a que d'incessants va-et-vient entre les deux camps et les deux corps, celui de Salammbô et de Mathô - le mercenaire au grand coeur.
Mathô, c'est aussi, paradoxalement et ironiquement, la figure romantique du révolté déchu. Qui pour trop aimer, est condamné à perdre, alors même qu'il lutte pour la Justice. En effet, Carthage refuse de payer ses soldats de fortune, qui lui ont été fidèles face à un ordre implacable, celui de Rome. Mathô, une sorte de pré-Spartacus. On ne peut prêter à Flaubert des intentions socialistes - il est pourtant dans l'époque - lui dont le pessimisme damne toute action politique. Cependant, il y a aussi quelque chose des frères Gracques chez ce héros flaubertien, symboles au XIXe siècle de la révolution intelligente, célèbres adversaires de l'injustice praticienne.
Bref, Flaubert dégouté de tout (du monde, littéraire et mondain) propose des figures alternatives. Aux veines gonflées de désir et de force. Antidotes à notre temps. Bien-sûr.
La présente édition reprend le texte de l'édition de 1883, de la Bibliothèque Charpentier.
Gustave Flaubert
shield_question Frequently Asked Questions
person_edit À propos de l'auteur
Né en 1821 à Rouen et mort en 1880, Gustave Flaubert est l’un des plus grands écrivains français du XIXe siècle. Figure majeure du réalisme, il est aussi un maître du style et de la description, comme en témoignent ses œuvres majeures : Madame Bovary, L’Éducation sentimentale, ou encore Salammbô. Ce dernier, publié en 1862, marque un tournant dans sa carrière : après le scandale de Madame Bovary, Flaubert y explore l’Antiquité avec une rigueur historique et une puissance évocatrice inégalées. Son obsession du « mot juste » et son travail acharné font de lui un modèle pour les générations suivantes.
newsmode Revue de presse
Salammbô est peut-être celui de ses romans dans lequel, pour le meilleur ou pour le pire, il s’approche au plus près du « livre sur rien […] qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style » qu’il appelle de ses vœux. Flaubert surprend avec ce roman archéologique mêlant érudition, érotisme et cruauté.
Salammbô, La Tentation de Saint Antoine sont comme l’aboutissement de ce rêve d’Orient qui obséda Gustave Flaubert toute sa vie. C’est le romantisme pictural, sculptural et musical ; le romantisme des « vers spacieux et marmoréens » et des périodes spacieuses et marmoréennes, c’est le romantisme de Flaubert.