Décembre
Ou novembre...
Le prix Décembre est un prix littéraire français créé en 1989 sous le nom de prix Novembre, puis rebaptisé en 1999. Il récompense chaque année une œuvre de langue française — roman, récit ou essai — et se distingue par son goût pour les textes originaux et audacieux, à l’écart des choix littéraires les plus convenus. Malgré son nom, il est généralement décerné à l’automne, en novembre.
Décembre
Ou novembre...
Le prix Décembre est un prix littéraire français créé en 1989 sous le nom de prix Novembre, puis rebaptisé en 1999. Il récompense chaque année une œuvre de langue française — roman, récit ou essai — et se distingue par son goût pour les textes originaux et audacieux, à l’écart des choix littéraires les plus convenus. Malgré son nom, il est généralement décerné à l’automne, en novembre.
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Il arrive qu'un État franchisse la ligne. Comme un être humain le fait aussi, parfois. Alors une date naît. Les historiens la recueillent avec gravité et lui donnent une place raisonnable dans le cimetière des siècles. Mais, pour l'historien, il est rare qu'une date fasse davantage : qu'elle entre dans sa vie comme un couteau. Août 1968. Avec l'intervention des troupes soviétiques, l'URSS de Brejnev écrase le printemps de Prague. Mars 1969. Désespéré par l'entrée des chars soviétiques à Prague, Alexander Werth, le grand journaliste britannique d'origine russe, engagé dès les années 1930 dans le combat antifasciste, correspondant de guerre de la BBC sur le front russe devenu historien de l'URSS, met fin à ses jours. Février 2022. La Russie de Vladimir Poutine envahit l'Ukraine. Juin 2023. Nicolas Werth, son fils, vacille à son tour. Lui aussi a consacré sa vie à la Russie. Vingt années passées dans sa langue, ses villes, ses illusions et ses ruines : étudiant à Léningrad, enseignant à Minsk puis à Moscou, attaché culturel pendant la Perestroïka, chercheur au CNRS enfin, à partir de 1989, scrutant les mutations d'un pays et d'un système politique à bout de souffle. Des dizaines de livres, des milliers de pages, une vie entière offerte à comprendre la Russie, le père et le fils auront passé près d'un siècle cumulé à observer le même pays impossible. Et pourtant de ce père, Nicolas Werth ne savait presque rien. Alors commença son enquête. Il revenait à lui seul de raconter leur siècle, reprenant les travaux de son père, les tissant avec les siens et les plaçant ainsi sur la longue durée : cette étrange hérédité des historiens. Peu à peu apparaît quelque chose de plus rare encore qu'un témoignage : le récit d'un siècle d'histoire russe raconté par ceux qui l'ont le mieux connu. Deux générations, deux consciences historiques parmi les plus aiguës de leur temps ; leurs expériences, leurs blessures mêmes, sont ici réunies pour composer non pas une histoire officielle de la Russie, mais son histoire vécue, intériorisée et puis pensée. Ce livre d'une honnêteté rare raconte cela : deux vies nouées à une même tragédie historique. Il dit aussi, peut-être, une vérité plus discrète : les historiens n'écrivent jamais seulement l'Histoire. Ils écrivent la part d'eux-mêmes qu'elle a dévorée.
Le 15 avril 2019, le monde entier a vu la toiture de Notre-Dame partir en fumée et la flèche érigée par Viollet-le-Duc s'abattre en crevant ses voûtes. Après une nuit éprouvante, on découvrit que la cathédrale avait survécu, comme si l'incendie ne l'avait purifiée que des interventions contestées du célèbre architecte. Car il existe un paradoxe Viollet-le-Duc, que le récit de son ultime voyage éclaire enfin : comment le plus moderne des architectes se retrouva-t-il à errer dans un Moyen Âge fantasmagorique ? Ou à hanter la vie d'Ancelin, un jeune tailleur de pierre qui a grandi, un siècle plus tard, dans un manoir imaginé pendant ce voyage... L'architecte de Notre-Dame nous plonge dans les derniers mystères de notre histoire, de la chute du Second Empire à l'apparition de l'État islamique, des chevaliers arthuriens aux complotistes fascisants, de l'univers atemporel des compagnons à celui des multinationales du BTP, de Hugo à Trump.
À trente ans, Dounya voit sa vie basculer : rupture, licenciement, expulsion. En rangeant ses affaires, elle dialogue avec Darya, l’adolescente rêveuse et rebelle qu’elle a été.
On fait partie d'une grande famille. On sait qu'on est privilégiés. On vit ensemble, dans notre immeuble au centre de Paris, on se retrouve l'été dans notre maison à la montagne. On trouve que c'est normal. C'est chez nous, c'est à nous, c'est pour nous. On se ressemble, on se compare, on se confronte, on ne se quitte pas, on se confond, on s'appartient. On ne sait pas comment dire je, on n'en a pas besoin, puisqu'on est nous. Nous les enfants, les frères et soeurs, les cousins, les cousines, on partage tout, nos écoles, nos chambres, nos habits, nos repas, nos jeux, nos bains, nos lits. On est les membres indissociables du grand corps familial. On n'a jamais vécu dehors. On ne sait pas ce que c'est. On n'en est pas capables. On n'en a même pas envie. Et tout aurait dû continuer ainsi, dans un même immuable recommencement. Le jour où la façade s'est fissurée, on n'a pas compris. Ça n'aurait pas dû se produire, pas dans notre famille. Ce n'était pas possible que ça nous arrive, à nous aussi.
"C'est comme si j'avais encore 8 ans dans les yeux des gens, comme si être victime et l'assumer me condamnait au rôle de statue commémorative, on l'admire de loin les premières années, et puis les chiens pissent dessus sans que ça dérange, c'était y a longtemps tout ça. Mon corps comme un monument aux morts d'une petite ville de province, sommé de se faire beau pour les grandes occasions, pour témoigner, pour porter la cause, mais globalement oublié, envahi par la mousse, mausolée. Je refuse la tombe, pour moi, pour la petite fille, pour toutes les autres." Elle avait rendez-vous aujourd'hui pour porter plainte contre son grand-père, qui l'a agressée sexuellement durant son enfance, mais il vient d'être annulé. Alors elle décide d'aller tuer le vieux, là, tout de suite. Dans ce train vers le Pays basque, elle échafaude son plan : quand elle sera de nouveau face au vieux, qu'arrivera-t-elle à dire ? Et surtout, à faire ? Avec une écriture qui tempête et cavale, ce premier roman déplie, en une journée, tout un voyage intérieur et physique tendu jusqu'à son dénouement.
"De quoi ça parle, sinon ? D'une exposition commandée à un artiste plasticien. Il s'exécute mais, finalement, il n'y a rien à voir dans l'exposition. Comment ça se fait ? Qui a osé faire disparaître les oeuvres ? L'artiste lui-même. Il s'efface, de son fait, derrière un conteur. Car plutôt que de montrer ses oeuvres, il demande à quelqu'un de les raconter. Il y a une histoire, donc, à la place des objets." Tour à tour joueur, digressif et émouvant, le roman de Gaëlle Obiégly ne cesse de nous surprendre et d'interroger le désir d'art qui traverse nos vies.
Samuel est fétichiste. Quand sa vie professionnelle s'interrompt, il lui arrive de revêtir une combinaison de latex, un masque en silicone et d'aller à la recherche du plaisir. Cela ne veut pas nécessairement dire assouvissement sexuel : transformé par son armure noire, luisante et souple qui efface les aspérités de son corps, devenu un autre, il se crée une nouvelle manière d'être au monde. Depuis l'enfance - il avait cinq ans lorsqu'il fixait du regard les motards en cuir qui doublaient la voiture de ses parents - cette fascination ne l'a jamais quitté. Elle l'a conduit vers une communauté qui n'est jamais sérieusement montrée, avec ses lieux, ses rites, ses liens, son esthétique. Et, aussi, parfois, sa tendresse. Dans cet autoportrait, quant à lui sans masque, mais aussi sans exhibitionnisme, l'auteur raconte vingt ans d'une dissidence sexuelle dont peu soupçonnent l'existence. Addiction, refuge, fable, jouissance réelle et vie idéale, voilà ce qu'est cette vie en latex. Alors même que notre époque prétend célébrer toutes les identités, elle trace pourtant la frontière entre les plaisirs acceptables et les autres. Pourquoi faudrait-il mépriser, railler ou pathologiser celle-ci ? Commençons par lire. En publiant ce livre, Samuel Dock fait acte de courage, car il est psychologue clinicien, métier où la crédibilité est liée à la retenue. Il écrit à découvert. Non pas pour lui, mais pour tout un monde à qui l'on enjoint encore de rester caché, et honteux. Si personne ne s'avance, l'isolement et la douleur persisteront.