L’Orient perçu par Jean Potocki entre son voyage en Turquie et en Egypte en 1784 et l’expédition de Chine de 1805-1806 ne peut se comparer sur aucun plan avec celui des grands voyageurs qui l’ont précédé au siècle des Lumières. C’est bien ce qui lui fait dire, au début de sa relation de voyage en Turquie et en Egypte : la diversité des expériences du monde oriental vécues par Potocki met en valeur la délicatesse et la profondeur des propos échangés, loin des clichés orientalistes.
Voyage en Turquie et en Egypte
En 1784, un jeune aristocrate polonais de 23 ans s’embarque pour un périple audacieux : explorer la Turquie et l’Égypte, bien avant l’expédition de Bonaparte.
Recueil de lettres envoyées par l'auteur à sa mère lors du voyage qu'il entreprit en 1784 en Turquie et en Égypte. On y trouve une foule d'observations ethnologiques d'une étonnante originalité.
Le recueil est suivi de quatre apologues (récits) orientaux à la manière de Saadi.
Plongez dans ces échanges épistolaires et profitez d'une multitude d'informations relatives à la Turquie et à l'Egypte de la fin du dix-huitième siècle.
EXTRAIT
Le 20 en mer.
Nous avons passé cette nuit entre les îles Mosconis et l'île de Lesbos, fameuses pour avoir donné naissance à Sapho et à ce genre d'amour que les dames turques ont, depuis, renouvelé des grecques. Vers le midi nous avons passé entre Chio et le port de Cizmé, si fatal à la marine ottomane. Nous y avons trouvé l'escadre du capitan pacha à qui cette vue ne devait pas donner des souvenirs bien agréables.
Le 20 en mer.
Si vous voulez me suivre sur les côtes de l'archipel, il vous faudra d'abord passer entre Samo et Nicari, ensuite entre Nicari et Gatonissi, enfin dans l'île de Cos, où nous arriverons dans un moment. Il n'est pas sûr que nous y descendions, car peut-être la peste y règne comme dans les autres îles. Mais cette lettre sera toujours remise au consul de France et j'espère qu'elle vous parviendra.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né en 1761, grand seigneur polonais d'éducation française, le comte Jean Potocki fut savant, artiste et homme politique. Après une enfance aristocratique, il fit des études en Suisse, en langue française, et connut une jeunesse militaire en Hongrie.
Il fut le fondateur des études de langues et civilisations slaves, publiant une série de travaux importants étayés par des recherches ethnologiques, historiques et linguistiques effectuées sur le terrain. Amateur de voyages, et grand amateur de contes et de traditions populaires, Potocki en écouta et en nota à Constantinople, en Tunisie, en Espagne, au Maroc ou en Europe Centrale. Il publia également des récits de voyage (cf. Voyage dans l'empire de Maroc ; Voyage en Turquie et en Égypte). En 1789, il fonde à Varsovie un club politique progressiste et une « imprimerie libre », et publiera quelques pamphlets. En 1804, la situation politique ayant changé, il offre ses services au tsar, préconisant la conquête, dans un but civilisateur et commercial, d'une grande partie de l'Asie (dont l'Afghanistan). Il écrit dans sa jeunesse un Recueil de Parades, une opérette (Les Bohémiens d'Andalousie) et quelques contes et apologues, et travaille dès 1797 au Manuscrit trouvé à Saragosse, achevé peu avant sa mort, mais resté inédit. Il se suicide en 1815.
shield_question Frequently Asked Questions
person_edit À propos de l'auteur
Jean Potocki (1761–1815), comte polonais d’éducation française, fut un savant, artiste, ethnologue et écrivain majeur du siècle des Lumières. À seulement 23 ans, il entreprend en 1784 un voyage en Turquie et en Égypte, dont il tire un recueil de lettres adressées à sa mère, mêlant observations ethnologiques, récits de voyage et apologues orientaux. Figure cosmopolite, il fonda les études de langues et civilisations slaves, tout en explorant l’Orient et en collectant contes et traditions populaires. Son œuvre, marquée par une curiosité insatiable et une sensibilité préromantique, culmine avec Manuscrit trouvé à Saragosse, aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature fantastique.
newsmode Revue de presse
Tous ceux qui ont aimé le Manuscrit trouvé à Saragosse retrouveront avec plaisir son insolite auteur. À travers les pays qu’il traverse, le comte Potocki, d’une des plus grandes familles polonaises et écrivain français du meilleur aloi, cherche moins le frisson exotique qu’il n’étudie les coutumes, les mœurs et les systèmes de gouvernement. En homme du XVIIIe siècle, il accorde bonne place aux réflexions sur les libertés ou le despotisme.