Agnès Grison
Agnès Grison
La prise en compte de la douleur des enfants malades a connu des avancées considérables depuis plus d'une décennie, en particulier auprès de ceux qui sont en âge de s'exprimer et de participer à leur traitement. Mais qu'en est-il en maternité, lorsq'uil s'agit de l'accueil au quotidien du nouveau-né et de soins entraînant des douleurs méconnues, négligées, voire inutiles ? Certains nouveau-nés peuvent souffrir à la suite d'un accouchement difficile, d'autres lors de gestes soignants agressifs, souvent banalisés en raison de leur pratique systématique. Ce qu'on ne fait plus ou ne devrait plus faire, sans précautions analgésiques, à un jeune enfant ou un adulte, on continue à l'admettre pour le nouveau-né. Pourtant nous ne pouvons plus ignorer qu'il est hypersensible à la douleur et que son immaturité neurologique ne lui permet pas de fournir des défenses adaptées aux agressions, ce qui n'est pas sans conséquences affectives importantes sur les premières interrelations entre ses parents et lui. Et nous savons aussi combien les traces inconscientes que ces souffrances impriment restent à l'oeuvre tout au long de notre vie. Les équipes de maternité ont désormais les moyens d'évaluer la douleur du nouveau-né, de la soulager et, mieux encore, de la prévenir et de l'éviter. Il est temps de l'entendre et de la comprendre pour mieux y répondre et pour engager ensemble une véritable rencontre avec le nouveau-né et ses parents.
Le 6 janvier 1979, à l'initiative de Françoise Dolto, de Bernard This et d'une petite équipe pluridisciplinaire, la Maison Verte ouvrait ses portes : ce véritable « modèle » des lieux d'accueil de l'enfant en France est resté unique dans sa conception, son évolution, son histoire. Il importe aujourd'hui de s'interroger sur ce lieu d'écoute et de parole : ni crèche, ni halte-garderie, ni jardin d'enfant, ni consultation spécialisée, l'enfant est toujours accompagné d'un parent, d'un adulte qui lui est proche, écouté comme lui par des « accueillants », dont le rôle a été déterminant dans le succès de la Maison Verte et des structures d'accueil qui s'en inspirent. Bernard This analyse la fonction singulière de ces accueillants, qui fournissent à l'enfant plus qu'une simple socialisation précoce et aux parents plus que le plaisir de rencontrer l'autre : la liberté de parler de ses difficultés, dans le paradoxe d'un accueil anonyme, pourtant caractérisé par le respect de la « personne » et de son histoire transgénérationnelle. Il témoigne ainsi de la place centrale de la psychanalyse dans la création et le fonctionnement quotidien de la Maison Verte. À partir d'exemples particulièrement vivants, Bernard This montre combien cette approche est différente de tout autre type de structure ou de consultation quant à la demande des parents et aux « symptômes » des enfants, et nous aide à réfléchir sur les réponses que nous leur donnons. Il nous place surtout devant ce questionnement déterminant dans notre société : savons-nous vraiment accueillir l'autre ?