Alain Emery
Alain Emery
Dans ce recueil de quinze nouvelles, Alain Emery exploite à merveille sa science du texte court pour en dire long sur nos contemporains, engeance qui sait si superbement traverser les époques. Que l'on ne se réjouisse pas trop vite de ces portraits aigres-doux, de ces fichus caractères à La Bruyère, car il se pourrait bien que l'on se retrouve soi-même épinglé sur cette partition pour chevrotine, sous le regard amusé du chef d'orchestre qui nous livre là l'un de ses tous meilleurs opus.
« Avant que je ne perde l'usage de mes souvenirs et que le temps ne corrompe l'idée que je me fais de la vérité, je voudrais être ces deux mains que joindraient encore autour de leur bouche, s'ils le pouvaient seulement, ceux qui en vain nous ont appelés à l'aide. Je dois porter leur voix. Et faire entendre la mienne. À l'heure des comptes, je me sens comme le passager d'un navire en perdition qu'une montée brutale des eaux surprend dans sa cabine, en plein sommeil. Mon âme, d'ordinaire si mesurée, cède à la panique et suffoque. Je sais que je joue ma vie, cette fois. »
Un vieux qui tue froidement deux hommes.Un fils qui tente de comprendre les raisons de ce double meurtre.
Dans une vallée reculée, au début du siècle dernier, un meurtre, un gendarme obtus, un coupable tout désigné... Un diamant noir... CE 9 JANVIER 1911, c'est un dénommé Sénéchal, scieur de long, qui découvrit, dans un méandre de la rivière, le corps sans vie de Rubens Carat. Celui-ci, flottant entre deux eaux, s'était pris dans une souche d'aulne et se balançait mollement, au gré du courant. Sa chevelure brune avait, a-t-on dit depuis, l'aspect de laminaires mais - si l'on en croit la déposition du témoin et le récit qu'il livra, des semaines durant, d'auberges en cafés -, ce qui retint surtout son attention, ce fut la forme étrange qui nichait sous le menton de la victime : comme une fleur gorgée de sang, une corolle écarlate et charnue battant au rythme du courant. Ce cadavre était en réalité on ne peut plus ordinaire : on lui avait simplement tranché la gorge d'une oreille à l'autre. La belle écriture, précise, ciselée, élégante, d'Alain Emery, nous livre un paysage de mesquineries fielleuses, de bêtises crasses, de perversions dissimulées. Quand la guillotine réglait la vie sociale, et que le ragot tenait lieu de rapport policier.
Mariette, jeune maman de Jérémie, privée de son compagnon suite à un accident de mer, est prisonnière de son silence, ce geôlier qui lui rend la vie trop difficile et viendra rompre le bonheur un instant envisagé. Son ex-ami, Angelo, pourra-t-il faire éclater la vérité et redonnera-t-il à celle qui reste son amie le bonheur et la joie de vivre ? Ou bien ce ne sera qu'une embellie passagère ?
Nouvelle gratuite inédite d'Alain Emery. "Mais je sais ce qui les attire. Sans doute m'imaginent-ils dans le secret des dieux. Au fond, ce n'est pas si ridicule : de tous ceux qui ont croisé Nancy Miller, je suis peut-être le seul à m'être approché d'assez près pour voir au travers. Après tout, elle est morte dans mes bras. "
Un tueur saturé de meurtres évoque sa carrière mirobolante. A CE PETIT ANGE aux seins nus qui monte soudain sur le comptoir, bien décidée à agacer le ventre lourd des lascars que nous sommes, j'adresse un sourire de fondu. Marilyn de contrebande, moitié tzigane, moitié indienne, elle a le mascara en débandade, étalé sur ses joues creuses, comme des peintures de guerre. Elle danse autour du feu qui me dévore. Tuer devient un métier comme un autre pour un spécialiste de l'effacement sur commande. Mais tout finit par lasser, même un pro peut avoir envie de mettre son gun au vestiaire. Alain Emery possède le brio d'un nouvelliste de grand talent.