Alain Vaillant
Alain Vaillant
Longtemps rélégué dans l'ombre, le rire est aujourd'hui à la mode. Mais on s'intéresse presque toujours au rire pour d'autres raisons que le rire lui-même. On veut démontrer ses significations philosophiques, exalter ses vertus esthétiques - comme s'il fallait toujours s'excuser de rire et de faire rire. À rebours, L'Esthétique du rire veut s'en tenir au rire. D'abord, en rappelant son irréductible unité, malgré toutes les variantes ou sous-catégories qu'il est loisible d'énumérer (l'ironie, le burlesque, la satire, la blague, la parodie, la farce, etc.). Ensuite, en affirmant avec force que, s'il existe bien un art du rire, il n'est rien d'autre que l'art de faire rire, avec le plus de force et de plénitude possible. Pour saisir cette dynamique du rire, il fallait un dialogue entre les spécialistes du Moyen Âge, des siècles classiques et de la modernité post-révolutionnaire. Mais l'histoire ne doit pas faire oublier l'essentiel : la nature anthropologique du rire. Le mécanisme comique plonge dans les zones les plus mystérieuses de l'homme : dans l'inconscient que refoule le moi sérieux ; dans les mondes merveilleux de l'enfance ; plus généralement, dans un stade archaïque et primitif de l'homme. L'art du rire opère la mystérieuse transfiguration des ténèbres opaques de l'intimité humaine en bruyant feu d'artifice. Et ce sont les extases d'imagination induites par cette inversion miraculeuse qui fait du rire un phénomène d'ordre esthétique.
La crise de la littérature : la rumeur est si banale aujourd'hui qu'elle en paraît avoir existé de tout temps. En fait des années 1830, et des bouleversements culturels qui, liés aux séquelles sociales de la Révolution, transforment radicalement la communication littéraire. Cette mutation qu'on appellera indifféremment romantisme ou modernité touche non seulement le fonctionnement social ou institutionnel, mais surtout la nature même de la littérature, considérée désormais comme un fait textuel et non plus discursif : de cette rupture jusqu'alors inimaginable avec la tradition héritée de l'Antiquité, découlent toutes les grandes innovations esthétiques du 19e siècle, parmi celles-ci les oeuvres de Mme de Staël, Lamartine, Balzac, Musset, Hugo, Baudelaire, Allais, Mallarmé.
L'histoire littéraire est en plein renouveau. Cet ouvrage en offre la première synthèse générale. Il se confronte aux grandes notions que rencontre toute théorie littéraire (la littérarité, l'auteur, le genre, le lecteur, la mimésis, etc.) et présente les voies les plus récentes de la recherche. Il est aussi un essai d'interprétation original, dont l'orientation est résolument pluridisciplinaire. Considérant la littérature comme un système culturel parmi d'autres, l'histoire littéraire entre en résonance avec l'anthropologie et la sociologie ; se définissant elle-même comme histoire de la communication littéraire, elle croise l'histoire culturelle et la médiologie ; visant à édifier une poétique historique des formes littéraires, elle porte la même attention aux inventions et aux pratiques esthétiques que l'histoire de l'art. Au fil des chapitres, l'ouvrage esquisse enfin une interprétation historique globale des grandes phases de la littérature française et, de façon plus précise, des bouleversements majeurs (esthétiques et institutionnels) qu'elle a connus de la Révolution jusqu'au XXIe siècle.
Le rire est à la mode. Mais sait-on vraiment de quoi l'on parle ? Il y a mille formes du rire ; et autant de manières d'en parler, selon qu'on est philosophe, écrivain, artiste, psychologue, historien. Le premier objectif de cet ouvrage est d'en offrir un panorama complet et synthétique. Mais il prend surtout le pari de l'unité fondamentale du rire, et défend une thèse originale : dans tous les cas, le rire naît chez l'homme face à l'irruption d'une menace potentielle qu'il décide de ne pas redouter, comme si un écran invisible l'en séparait. S'instituant spectateur du monde, il prend conscience de sa liberté, même précaire, au sein de la nature ou de la société. Le rire serait-il alors la matrice de toute civilisation ? Cette donnée anthropologique explique l'importance capitale du rire, le large éventail de ses mécanismes comiques et, en particulier, son affinité mystérieuse avec l'émotion esthétique. Quant à notre actuelle culture médiatique, on sait bien qu'elle a transformé le monde en un spectacle universel : très logiquement, le rire lui est devenu indispensable. L'âge post-industriel a donc parachevé la vocation primitive du rire humain : la boucle est bouclée. Provisoirement.
La France d'Ancien Régime était celle de la « gaieté » et de l'« esprit ». Avec la Révolution, commence le temps du rire moderne : d'un rire franc, dévastateur, protéiforme, et faisant flèche de tout bois ( de l'ironie, de la parodie, de la satire, mais aussi des brindille du calembour ou de la bague). Ce rire naît des convulsions de la Révolution. Il sape l'autorité triste des rois de la Restauration. Il triomphe dans le Paris louis-philippard, pour le plus grand plaisir du Bourgeois qui ne se lasse jamais de sa propre caricature. Il constitue le plaisir ordinaire d'une bohème entrée en dissidence contre toutes le formes de sérieux. Il trouve sa consécration sous la Troisième République, avec le Chat noir et ses avatars fin du siècle. Phénomène de société, le rire moderne est au coeur des inventions esthétiques du xixe siècle. Il inspire les journalistes, les poètes, les artistes et le monde de la scène. Il envahit les formes mineures de création culturelle aussi bien que les grandes oeuvres du canon. En voici le premier panorama raissoné, issu du travail collectif de vingt-huit spécialistes, historiens de la littérature, des arts ou de la culture.
Marie Biré naît à Sainte-Gemme-la-Plaine en Vendée. Le malheur et la maladie s'abattent sur cette femme, qui aspire à une vie simple et sans histoire, avec son mari et ses enfants. Les pertes et les maladies d'êtres chers la brisent. Toutes ces douleurs provoquent chez Marie Biré cécité et paralysie. Elle devient un fantôme, ne bouge plus, ne s'alimente plus, tandis que les médecins désespèrent. Sa foi suffira-t-elle ? Une vie extraordinaire d'une femme qui se voulait ordinaire, mais un destin hors du commun qui force le respect et l'admiration. Elle devient la 37 miraculée de Lourdes...
Benjamin Thoumazeau était grand, costaud, âgé, avec des mains de travailleur manuel, et avait des difficultés pour se déplacer. Mais alors, que cachaient ce regard absent et cette douceur dans ses yeux ? Une vie compliquée, une souffrance pendant sa jeunesse, sa vie adulte, sa fin de vie ? Après 76 ans de vie, la traversée du XXe siècle et avoir été prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale, que reste-t-il de ses projets, trente ans après sa mort ? Comment un homme ordinaire peut-il vivre une vie extraordinaire et hors du commun malgré lui ?
En 1971, Claude Duchet publie le texte fondateur de la sociocritique, « Pour une socio-critique ou variations sur un incipit », dans le premier numéro de la revue Littérature. En 2021, ce texte a eu cinquante ans. À l'occasion de cet anniversaire, les revues Études françaises et Littérature proposent de relire l'oeuvre de Claude Duchet dans deux numéros distincts, mais dont la parution simultanée souligne la richesse et la complexité de cette pensée de la socialité de la littérature. Loin de prendre les formes traditionnelles de l'hommage ou du bilan, ce double numéro est d'abord l'occasion d'un dialogue critique qui permet d'évaluer l'apport de la sociocritique des textes à ce que l'on a coutume d'appeler la théorie littéraire, de le questionner et d'en saisir les développements et les voies d'exploration sur un demi-siècle. Certains des articles réunis dans Études françaises examinent à nouveaux frais telle notion élaborée par Claude Duchet ou la mobilisent dans le cadre d'une lecture de textes littéraires. D'autres proposent de nouveaux sociogrammes, portent la réflexion sociocritique sur la pratique de la traduction ou rendent compte du devenir historique de cette perspective de lecture. Tous donnent la mesure de la richesse théorique de l'herméneutique de la socialité des textes proposée par Claude Duchet. Celle-ci se manifeste également dans les dialogues que la sociocritique a ouverts avec d'autres disciplines comme la psychanalyse ou l'histoire, ainsi qu'avec d'autres courants théoriques tels que la poétique, la sociogénétique, la sociopoétique ou encore la sociologie de la vie et des pratiques littéraires, de la création littéraire et de la réception des oeuvres.
Avec l'avènement de la démocratie, le rire apparaît comme un bien commun, partagé par tous et irriguant la totalité de l'espace public. Ce rire démocratique prend aussi appui sur la puissance de propagation et d'innovation des nouvelles industries médiatiques, qui acquièrent un poids économique et une force de frappe incomparables : acteur majeur de notre culture moderne du loisir et du divertissement, le rire s'est imposé à tous et constitue aujourd'hui l'un des moteurs de la société marchande et du consumérisme. Mais le rire répond aussi à un besoin anthropologique plus large : il soulage face aux angoisses de l'existence, et permet d'expérimenter le plaisir de la connivence sociale et celui de la fantaisie imaginative. Pour lui restituer toute sa richesse, cet ouvrage a choisi de multiplier les angles d'approche, en proposant à la fois une histoire culturelle du rire, une description de ses formes et des techniques utilisées, une réflexion théorique sur ses usages dans l'espace social. Tous les aspects du rire y sont envisagés de façon transdisciplinaire : des catégories du risible aux cibles du rire, de l'esthétique du rire à son usage au service des idéologies - à travers les beaux-arts, la littérature, la caricature, les arts de la scène, la télévision et les médias, la publicité, internet. Dans cette encyclopédie stéréoscopique du rire, abondamment illustrée, on aura encore plaisir à retrouver, au fil des pages et des images, toutes les grandes figures de l'humour depuis près de deux siècles. Il s'agira donc de prendre au sérieux la culture du rire, et de mesurer le rôle capital qu'elle a pu jouer dans l'histoire de notre modernité.
À l'aube de notre modernité, le romantisme a transformé la littérature, la musique, les Beaux-Arts. Mais, plus généralement, il a bouleversé notre manière de penser, d'aimer, de percevoir la nature ou l'Histoire - en un mot, de vivre. Né en terre germanique, il a brillé d'un éclat formidable dans la France postrévolutionnaire, avant d'essaimer dans l'Europe entière et, au-delà, dans les empires coloniaux et en Amérique, où il a toujours accompagné la naissance des États nationaux. Ce dictionnaire, le premier à en présenter une vision globale, propose en 649 articles de tout connaître des poètes, artistes, penseurs ou hommes politiques qui ont fait le romantisme : Byron, Hugo, Beethoven, Novalis, Chopin, Turner, Delacroix, Pouchkine, Garibaldi... Le lecteur y découvrira également les idées, les motifs, les modes qui dessinent les contours de la culture romantique et permettent d'en saisir les multiples visages à travers le monde. Un ouvrage exceptionnel qui restitue le mouvement romantique dans toute sa complexité.