Alberto Manguel
Alberto Manguel
Maïmonide a marqué de sa présence emblématique les trois cultures, arabes, juives et chrétiennes, qui ont cohabité en al-Andalus il y a près d'un millénaire. Tout au long d'une vie d'exil forcé, il a étendu l'influence de son intellect dans les domaines du droit, de la philosophie et de la médecine. Son recours à la pensée aristotélicienne pour structurer de nouveaux systèmes d'exploration intellectuelle a changé la manière dont la philosophie judéo-chrétienne était considérée. Thomas d'Aquin, Albertus Magnus, Vincent de Beauvais, Duns Scot, Pic de la Mirandole, tous ont reconnu Maïmonide comme l'un de leurs maîtres essentiels. La foi profonde de Maïmonide dans la capacité de l'esprit humain à saisir ce qui semble insaisissable, et sa tentative d'enrichir le langage de la théologie avec ceux de la science, du droit et de la logique, peuvent peut-être nous aider à restaurer aujourd'hui le prestige perdu de l'acte intellectuel.
Le mythe est, essentiellement, un déplacement, une métaphore, une traduction, une parole qui signifie « emporté d'un lieu à un autre ». Les mythes sont transformés, altérés, renouvelés pour correspondre aux besoins d'un temps et d'un lieu. Ils restent néanmoins eux-mêmes, n'étant pas créés en tant que fabrications de l'imagination humaine mais comme des manifestations concrètes de certaines intuitions primordiales. Pour inaugurer la chaire annuelle L'invention de l'Europe par les langues et les cultures du Collège de France, créée en partenariat avec le ministère de la Culture, Alberto Manguel analyse dans l'espace et le temps le mythe d'Europe, dont le contenu pourrait constituer la pierre de touche qui donne aux peuples européens une identité commune intuitive.
Et si traduire n'était pas trahir, mais révéler ? Suivre les traces d'un explorateur sans carte, rendre à une oeuvre l'ombre de sa forme originale, ressentir dans les mots les courants profonds du sens : autant de pistes explorées par le plus grand aventurier des lettres. Dans une prose inspirée et poétique, d'Homère à "Don Quichotte", en passant par Shakespeare et "West Side Story", Alberto Manguel tente d'appréhender le geste de la traduction, qui apparaît alors comme un art mouvant, une métaphore jamais figée, une pensée en soi, capable de dire le temps, l'intime, l'autre. Cet essai, construit en 44 brèves séquences, enchantera celles et ceux qui aiment réfléchir à ce qui se joue lorsqu'un texte circule entre les langues.
Bruno Villalba COMMENTE L'ARTICLE DE RODOLFO DIRZO ET SES COLLÈGUES : L'évidence d'un processus pouvant conduire à une sixième extinction de masse des espèces vivantes n'est plus à démontrer. Que fait-on de ce constat ? Cette réalité interroge notre responsabilité, individuelle et collective. Plus personne ne peut désormais ignorer le maillage étroit qui nous unit avec les autres compagnons terrestres. À partir de l'analyse du texte de Rodolfo Dirzo, Gerardo Ceballos et Paul R. Ehrlich. "Au bord du gouffre : la crise de l'extinction et le futur de l'humanité", le chercheur en écologie politique Bruno Villalba propose de suivre l'entremêlement des causes historiques de la destruction des mondes vivants et des conséquences présentes et à venir. Plus urgente encore que la crise climatique, cette extinction de masse révèle notre extrême dépendance à toutes ces espèces vivantes que nous considérons encore comme secondaires dans notre projet humain. Notre responsabilité est d'imaginer, maintenant, un monde commun car, comme le rappellent Dirzo, Ceballos et Ehrlich : "Les êtres humains font partie de la biodiversité." Une partie parmi d'autres.
Alberto Manguel, amoureux de la cuisine et de la bonne chère, nous revient avec un petit livre de recettes (accompagnées de croquis de sa main). Mais pas n'importe lesquelles : celles inspirées des lieux imaginaires emblématiques de la littérature mondiale. Il invente donc les mets dégustés au château de Dracula, à Poudlard - l'école de magie d'Harry Potter -, sur l'île de Robinson Crusoé ou de Circé, dans la Cité des Dames, à Jurassic Park, ou sur la mer des paroles gelées. Une invitation à la lecture par le biais de la cuisine : les deux piliers d'une vie heureuse ? Le petit texte qui introduit chaque recette (testée par l'auteur et facile à réaliser) fera rêver les grands comme les jeunes lecteurs. "La littérature ne nourrit pas seulement l'âme." (Alberto Manguel)
Une invitation aussi magistrale que délectable à retrouver les plus légendaires personnages de la littérature mondiale : du Petit Chaperon rouge à Dracula en passant par Alice au pays des merveilles, Faust, la Belle au bois dormant, Don Juan, Robinson Crusoé, Superman, Quasimodo, Sindbad-le-marin, Frankenstein et le capitaine Nemo. Ou comment ces personnages inoubliables débordent de leurs livres pour nous guider sur le chemin de la vie, par l'un des plus éminents bibliophiles au monde. Une préface tout en intimité et 40 illustrations de la main de l'auteur viennent compléter ce livre-talisman.
Dans le dessein de dépasser, pour cicatriser une très profonde blessure, la douloureuse expérience qui fut la sienne lorsqu'il lui fallut, en 2016, pour d'absurdes raisons administratives, quitter la France, où il vivait depuis quinze ans, et remballer sa bibliothèque constituée des 35 000 volumes qui furent les compagnons de son existence et qu'il s'était, toute sa vie, employé à amasser patiemment, ardemment et amoureusement, Alberto Manguel propose ici un voyage émotionnel où il re-parcourt son histoire personnelle, revisite les pays où il a résidé, et évoque ses nombreux déménagements, lesquels furent toujours liés à la recherche d'un endroit où enfin héberger ses livres, sans lesquels il lui est impossible de travailler... et sans doute même de vivre.
De l'Europe humaniste de la Renaissance à la Chine de la Révolution culturelle, en passant par l'époque des utopies communautaires des XVIIIe et XIXe siècles, Alberto Manguel propose une méditation plus que jamais nécessaire sur la notion de citoyen-lecteur et l'importance de la lecture en tant qu'indispensable instrument de déchiffrement d'un monde chaotique et toujours plus "inédit".
Né "animal-lecteur" avide de découvrir un récit en toute chose (paysages, cieux, visages, images ou mots), l'homme, confronté au monde changeant et inintelligible qu'habite son espèce, ne cesse de chercher à lui conférer une impossible cohérence. Mais, de même qu'"on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", l'expérience de l'authentique lecture est toujours celle d'une folle métamorphose : celle d'un moi qui mute sous l'effet d'un texte qui n'est qu'apparemment "fixé" sur une page. Accepter de courir le risque de se perdre à ce jeu reste pourtant le meilleur moyen de devenir plus sage.
Pour que Kipling soit plus et mieux qu'un nom associé à quelques titres célèbres, Alberto Manguel, avec l'élégante clarté qui lui est familière, a écrit cette brève biographie, irriguée par son érudition et sa culture.
Avec l'Alice de Lewis Carroll pour guide, l'auteur d'Une histoire de la lecture explore la nature du lien qui s'établit entre le monde et les mots que nous choisissons pour le nommer. Un voyage au coeur subversif du langage.
Fidèle à une approche où il excelle et qui a fait le succès d'Une histoire de la lecture, Alberto Manguel s'emploie ici à révéler ces histoires, explicites ou secrètes, où se fonde toute oeuvre d'art. Car si les images racontent des histoires, comment faire pour lire celles-ci ?
A la croisée de trois courants : policier, métalittéraire et historique, ce roman célèbre les zones d'ombres où se joue la vérité de toute histoire puisque "Tous les hommes sont menteurs", de l'auteur au lecteur.
Face à la question de la montée de l'intolérance dans nos sociétés, Alberto Manguel, dressant de fascinants parallèles entre les réalités individuelles et politiques du monde contemporain et celles que prennent en charge le mythe, la légende et le récit, propose de prêter attention, plutôt qu'au discours d'autorités prétendûment "compétentes", à ce qu'ont à nous dire, sur la manière de bâtir une société, les visionnaires, les poètes, les romanciers, les essayistes et les cinéastes, forts du commerce de longue date que chacun d'entre eux entretient avec l'énigme du coeur humain.
Une intrusion dans le quotidien des dernières années de la vie de Jorge Luis Borges par Alberto Manguel, qui fut "lecteur" pour l'écrivain argentin devenu aveugle.
De retour à Buenos Aires après trente ans d'exil, un homme croise les spectres du passé. Dans une ville minérale, ses camarades disparus surgissent tels des fantômes pour infliger le châtiment expiatoire à celui qui a fui devant la mitraille.
Ayant choisi de relire, une année durant, ses livres de prédilection tels qu'ils lui semblent refléter le chaos du monde contemporain, Alberto Manguel offre ici, entre carnet intime et recueil de citations, un journal dont l'érudition subversive rend à merveille compte de l'infini du "dialogue" entre toute oeuvre et son lecteur.
Dans son livre le plus personnel à ce jour, Alberto Manguel raconte comment il a assouvi sa propre curiosité par le commerce incessant qu'il a entretenu sa vie durant avec les livres grâce auxquels ils s'est frayé un chemin dans l'énigme et la complexité du monde. Et réaffirme les vertus du pacte que curiosité et lecture ne cessent de reconduire au bénéfice des plus féconds accomplissements que nous réserve notre imaginaire.
Homère reste une énigme. De sa vie, de son existence même, on ne sait presque rien, et pourtant l'Iliade et l'Odyssée n'ont cessé, depuis trois millénaires, de façonner notre imaginaire. C'est la très longue histoire de leur postérité, en Europe et dans le monde entier, qu'entreprend de raconter Alberto Manguel dans cet essai aux multiples facettes. De Platon à Dante, de Montaigne à Diderot, de Nietzsche à Joyce, il retrace la généalogie des lectures, des traductions et des réécritures qui ont fait des deux épopées un palimpseste vivant, sans cesse réinventé par chaque époque. Grand lecteur devant l'Éternel, Alberto Manguel nous guide à travers les pages de son immense bibliothèque et nous montre comment chaque génération a interrogé Homère pour y trouver ses propres réponses. Loin d'un monument figé, l'oeuvre homérique apparaît ici comme la source à laquelle puisent à l'infini poètes, philosophes, historiens, romanciers, dramaturges, peintres et artistes de toutes langues et de toutes cultures. Avec l'érudition joyeuse et la curiosité insatiable qui le caractérisent, Alberto Manguel offre moins une étude qu'une promenade savante au coeur de notre patrimoine littéraire. Cette édition augmentée s'enrichit de nouvelles réflexions sur l'héritage d'Homère dans la littérature et les arts, notamment au cinéma.
Une encyclopédie, pleine d'esprit et d'humour, conçue pour le voyageur curieux de visiter par la pensée les lieux fictifs créés de tous les temps par la littérature.
Une lettre d'amour à la lecture dans tous ses états et au cours des siècles, illustrée de nombreuses gravures et photographies, pleine d'érudite subjectivité, qui est en fait un peul'histoire de chaque lecteur.
Rich with literary awards and honours, Alberto Manguel extends his literary genius to address and complete a thoughtfully crafted extrapolation on a paper left unfinished by Northrop Frye in 1943. The result is a succinct yet densely multilayered examination of how various readings of Homer throughout the annals of history cast light upon the human tendency towards war rather than peace and asks what roles writing and reading play to bring the world into better equilibrium. Central to this lecture is the concept of re-binding, a word drawn from the Latin roots for the word religion, which Manguel posits is the essential definition of poetry. Homer's writings, the point of origin of all written verse, are also the first written instance of the binding of imagined, written, and read realities. The semantics of Homer's name and the literal and figurative ramifications of his blindness are investigated as Manguel builds the scaffold for unveiling our own blindness through our desire to read Homer in our own image. We are left to examine our own assumptions.Comblé de prix littéraires et d'honneurs, Alberto Manguel prête son génie littéraire à l'étude et au parachèvement d'une extrapolation songée que Northrop Frye avait laissée en plan en 1943. Il en résulte une analyse succincte mais en replis serrés des multiples lectures d'Homère léguées par les siècles, qui révèle comment ces interprétations éclairent la propension humaine à la guerre plutôt qu'à la paix, ce qui le mène à s'interroger sur le rôle que jouent l'écriture et la lecture quand il s'agit de créer un monde plus équilibré. La notion de re-lier, un mot dont les racines latines sont les mêmes que le mot religion, est au coeur de cette conférence, et Manguel en fait la définition essentielle de la poésie. Les écrits d'Homère, point d'origine de toute la poésie écrite, fournissent aussi la première occurrence d'un lien entre les réalités imaginées, écrites et lues. La valeur sémantique du nom d'Homère et les répercussions concrètes et figurées de sa cécité font partie des éléments que Manguel scrute pour fonder son évocation de notre aveuglement à nous quand nous insistons pour lire Homère à notre propre image. Nous n'avons plus qu'à remettre nos hypothèses.