Alexandre Matheron
Alexandre Matheron
Les travaux d'Alexandre Matheron sur Spinoza et sur les philosophies de l'âge classique représentent un des points forts de l'école française d'histoire de la philosophie. Après Individu et Communauté chez Spinoza et Le Christ et le salut des ignorants, les études réunies ici complètent la vision du spinozisme et de son contexte, de ses racines et de sa signification historique. Elles traitent de tous les domaines du rationalisme classique : métaphysique, théorie de la connaissance, analyse des passions, éthique, politique et religion. La méthode qui anime ces textes est celle d'une analyse structurale de la pensée philosophique : il s'agit de prendre au sérieux le caractère conceptuel des doctrines, leurs enchaînements argumentatifs, la rigueur et la cohérence de leurs catégories. Mais la considération de l'architecture d'un monument théorique ne se conçoit pas sans la biographie non de l'auteur mais de l'oeuvre : comment Spinoza est devenu Spinoza ; en d'autres termes, comment il a forgé sa pensée en traversant les arguments et les concepts de Machiavel, de Hobbes ou de Descartes pour arriver à des formulations de plus en plus spinozistes de son ontologie de la puissance. Le rationalisme absolu apparaît ainsi non seulement comme contenu des pensées étudiées mais aussi comme méthode d'histoire de la philosophie. Une démarche qui a donné des outils intellectuels à plusieurs générations de chercheurs et qui indique aujourd'hui le chemin pour pénétrer dans l'univers de la pensée classique. La seule façon rigoureuse de nous demander ce qui pour nous, de ces philosophies, est vrai.
À la question de savoir ce qu'est la raison d'État, il y a toujours une réponse. Depuis longtemps en effet, nous dessinons par ces mots la figure d'un pouvoir sans entrave. Dire que l'État possède cette capacité de briser la norme et d'ignorer les lois, comme on s'affranchit d'obstacles exaspérants, c'est reconnaître la fragilité de règles et de mécanismes qui prétendent pourtant nous faire accepter l'autorité, en garantissant des limites à son action. Il y a là l'aveu d'une inquiétude. Le scandale qui recouvre la raison d'État, trahit notre position de sujets et notre scepticisme à l'égard des rouages du droit constitutionnel. Pourtant, il apparaît vers la fin du XVIe siècle une autre définition de la raison d'État, à laquelle se rattache l'ensemble des contributions de cet ouvrage. On s'aperçoit alors que la problématique de la raison d'État peut aussi bien se déplacer, pour éviter de se laisser enfermer dans des conflits de légitimité. On se persuade que rien ne présidera plus efficacement aux destinées d'un État, que la connaissance de ses qualités spécifiques (peuple, géographie, ressources, etc.) et de la manière d'en perfectionner l'usage. Prenant appui sur de nouveaux savoirs, une telle raison d'État introduit une autre conception du pouvoir politique. Au-delà de son rôle de simple dispensateur d'une autorité protectrice, le pouvoir d'État s'entend désormais comme l'administration d'un peuple et de ses ressources sur un territoire délimité. La nouvelle forme de l'action politique devient le gouvernement.