Ali Benmakhlouf
Ali Benmakhlouf
De la philosophie au droit, en passant par la théologie et la médecine, Averroès a embrassé bien des domaines de la connaissance humaine du XIIe siècle. Le philosophe andalou, médecin auprès des sultans almohades à Cordoue, distingua nettement entre la religion, « soeur de lait » de la philosophie selon lui, et le discours théologique dont la méthode dialectique conduit souvent à des polémiques dangereuses pour la cohésion de la cité. Relire Averroès, dans ses mots, plus de huit cents ans après sa disparition, permet de prendre la mesure de la pérennité des problèmes en dépit des contextes historiques différents. L'actualité d'Averroès s'explique par la précision et la technicité de ses termes. À travers de multiples entrées rendant compte de la richesse et de la rigueur de celui qui fut désigné comme « Le Commentateur », cet abécédaire offre le recul nécessaire pour accompagner la compréhension de notre monde, grâce à une méthode philosophique qui privilégie avant tout les qualités intrinsèques de l'esprit. TEXTES CHOISIS PAR ALI BENMAKHLOUF
Face à l'essor fulgurant des intelligences artificielles et des technosciences, Ali Benmakhlouf interroge : comment concilier progrès technique et survie de l’humanité ?
Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’université de Paris-Est, retrace ici le sens de l’engagement des philosophes arabes dans la recherche de la vérité.Lire les philosophes arabes médiévaux avec l’œil de la philosophie contemporaine pour y trouver des affinités de méthode et de doctrine : tel est le parti pris de ce livre.Lire ces philosophes arabes, c’est aussi les inscrire dans la tradition et le patrimoine de l’humanité, car ils ont su ménager des accès multiples à la vérité où religion et philosophie sont pensées de manière conjointe. Leurs travaux dans de nombreux domaines, comme la médecine, la logique ou l’histoire continuent de nous interpeller comme ils ont contribué à la formation de la pensée européenne.Le médiéval rejoint alors le contemporain dans cette riche histoire qui est celle de l’humain et de l'intellect.
De Montaigne à Lewis Carroll en passant par Saint-Simon et Flaubert, le philosophe Ali Benmakhlouf explore le statut multiséculaire de la conversation, ce lien humain qui nous fait tenir les uns aux autres par la parole. La littérature est le miroir de nos vies en conversation, surtout quand celle-ci se fait l'écho de l'oralité. Ce qui importe, c'est la manière de dire : le rythme, la voix, le souffle, le silence et les gestes : autant de riches matériaux qui éveillent les esprits. La conversation n'est pas une sagesse toute faite, elle est plutôt une manière de vivre.
Comment parler d'humanisme aujourd'hui? À partir d'une lecture anthropologique de Montaigne, ce livre aborde cette question par la notion de diversité au sein d'une humanité une : la capacité à concevoir et juger font de l'humanité une seule espèce. Lire Montaigne permet d'aller vers la reconnaissance de « l'humanité des autres», celle de tous ceux qui ont résisté à l'esclavage, à la conversion forcée, au colonialisme, à l'inquisition. Sa voix lointaine nous fait entendre ceux qui crient justice en disant que «la vie des Noirs compte», ou ceux qui sont devenus une «humanité mobile», exposés au sort funeste de la noyade ou de la mendicité, et qu'on appelle «migrants». En récusant les concepts de «sauvage», de «primitif», de «barbare», c'est le bon sens de tous qui est dans ce livre honoré, un bon sens qui est à la base de tout acte de résistance, c'est-à-dire de tout acte de liberté. Ali Benmakhlouf est professeur à l'université de Mohammed VI Polytechnique (Maroc), directeur du Centre d'études africaines. Auteur de nombreux ouvrages sur la philosophie de la logique, la philosophie arabe classique et l'éthique médicale, il a notamment publié aux éditions Albin Michel Pourquoi lire les philosophes arabes (2015, rééd. en poche 2020), et La Conversation comme manière de vivre (2016, réédité en 2022).
Ce livre prend appui sur les analyses logiques et ludiques de Lewis Carroll pour souligner le caractère fictif et labyrinthique de l'identité. Contre le sophisme du particularisme culturel, ce livre place l'identité dans une réflexion sur la frontière, en abandonnant comme une notion peu opératoire celle d'appartenance. Comment mettre en avant les observations et les expériences plutôt que les convictions ? Cette question, mise en évidence par des philosophes empiristes comme Hume, sert de pivot pour substituer au débat idéologique contemporain sur l'identité, les constructions fictives des philosophes, des constructions rationnelles qui prennent relais des anciennes épopées.
Cette philosophie de la connaissance qui s'inspire du développement des mathématiques et de la logique de la fin du XIXe siècle fut élaborée entre 1910 et 1920. Elle renoue avec la tradition empiriste anglaise (Locke, Berkeley, Hume) en dérivant la connaissance humaine des données de la perception et en fournissant un style à la philosophie anglo-saxonne contemporaine. « Copyright Electre »
La logique mathématique doit à Gottlob Frege l'invention d'un langage par formules, où la quantification trouve son expression. Héritier d'une double tradition, celle de la philosophie et celle de l'algèbre de la logique, Gottlob Frege fut à la fois un philosophe du concept et un logicien extensionnaliste. Ce livre retrace le parcours de ce logicien philosophe de l'idéographie (1879) aux écrits posthumes. L'invention d'une écriture conceptuelle, la définition logique du nombre, ainsi que la croyance en un monde des pensées objectives, communicables et éternelles, sont les trois volets présentés ici.
Certaines questions parmi les plus contemporaines - comme celle du « projet parental » pour inscrire l'embryon in vitro dans une lignée humaine, ou celle d'une activité cérébrale détectée par imagerie cérébrale fonctionnelle dans le cas des comas avancés - sont à la fois médicales, existentielles et logiques. Pour les aborder et défaire ainsi les crampes mentales, la conscience apeurée d'un monde livré aux technologies et l'inflation de la parole des experts, il faut procéder à une révision des schèmes conceptuels. Ali Benmakhlouf, philosophe logicien, ancien membre du Comité consultatif national d'éthique, grand lecteur de Montaigne et de Lewis Carroll, promeut les deux concepts de compréhension et d'énumération comme permettant d'éviter la double réduction du concept au récit, et de l'éthique à de la technique. La démarche défendue dans ce livre assume que l'éthique n'est pas un savoir, bien qu'elle repose sur un savoir. C'est une éthique intégrative de la science, une éthique relative parce que procédurale, mais non relativiste car elle repose sur des raisons et des alternatives sans cesse évaluées et discutées ; une éthique qui prend le chemin des aventures conceptuelles de la science, non pour se faire science elle-même, mais pour être suffisamment informée en vue de décrire les dilemmes que les choix humains affrontent tous les jours. Ali Benmakhlouf, agrégé de philosophie, est professeur à l'Université Paris-Est Créteil et membre senior de l'Institut universitaire de France. Le fil directeur de ses recherches est la logique ; il est notamment spécialiste de G. Frege et B. Russell, auxquels il a consacré de nombreux ouvrages. Il est actuellement engagé dans les débats sur la bioéthique, notamment dans l'Académie nationale de pharmacie dont il est membre correspondant.