Alister
Alister
"- Vous savez ce que mangent les girafes ? me demanda-t-elle. - Non, répondis-je prudemment, en m'essuyant la bouche avec un keffieh traînant sur le divan. Et en me protégeant la jugulaire." C'était alors une fatiguée de la plus belle espèce. Je me surprenais à la redéfinir, poussé par un désir sans sexe. Avec ces yeux qui paraissaient n'avoir jamais pleuré et ce rire coupant comme un jeu d'échecs en cristal. Elle m'offrit, pour finir cette agape introductive, un thé déculpabilisant. Et commença un laïus qui semblait longuement mûri, au point qu'elle donnait parfois l'impression de réciter. Se disant « travaillée par le doute », elle m'annonça qu'elle avait décidé de dissoudre le gang des Gentlemen. Pour ma part, après dix-huit mois de service, et pour récompenser mon implication et mon culot, elle faisait donc de moi « le dernier des Gentlemen ». « Et en quoi cela m'oblige ? » lui rétorquai-je. Elle me tendit une espèce d'in-folio jauni, voire orangé : « Cette partition ne va nulle part, mais elle va loin », me dit-elle. Elle m'embrassa le front, me caressa les cheveux, comme une mère sûre de ses sentiments le ferait, puis disparut de ma vie. Alister est auteur, compositeur, interprète ayant à son actif trois albums (Aucun mal ne vous sera fait, Double détente, Mouvement perpétuel), des sketches pour la télévision (« La Minute blonde », « Un gars, une fille »), des essais (Anthologie des bourdes et autres curiosités de la chanson française, Anthologie des méchants et autres salauds du cinéma français, La femme est une dandy comme les autres, La Bibliothèque impossible), et une revue (Schnock, dont il s'occupe depuis 2011). Le Dernier des Gentlemen est son premier roman.
"- Vous savez ce que mangent les girafes ? me demanda-t-elle. - Non, répondis-je prudemment, en m'essuyant la bouche avec un keffieh traînant sur le divan. Et en me protégeant la jugulaire." C'était alors une fatiguée de la plus belle espèce. Je me surprenais à la redéfinir, poussé par un désir sans sexe. Avec ces yeux qui paraissaient n'avoir jamais pleuré et ce rire coupant comme un jeu d'échecs en cristal. Elle m'offrit, pour finir cette agape introductive, un thé déculpabilisant. Et commença un laïus qui semblait longuement mûri, au point qu'elle donnait parfois l'impression de réciter. Se disant « travaillée par le doute », elle m'annonça qu'elle avait décidé de dissoudre le gang des Gentlemen. Pour ma part, après dix-huit mois de service, et pour récompenser mon implication et mon culot, elle faisait donc de moi « le dernier des Gentlemen ». « Et en quoi cela m'oblige ? » lui rétorquai-je. Elle me tendit une espèce d'in-folio jauni, voire orangé : « Cette partition ne va nulle part, mais elle va loin », me dit-elle. Elle m'embrassa le front, me caressa les cheveux, comme une mère sûre de ses sentiments le ferait, puis disparut de ma vie. Alister est auteur, compositeur, interprète ayant à son actif trois albums (Aucun mal ne vous sera fait, Double détente, Mouvement perpétuel), des sketches pour la télévision (« La Minute blonde », « Un gars, une fille »), des essais (Anthologie des bourdes et autres curiosités de la chanson française, Anthologie des méchants et autres salauds du cinéma français, La femme est une dandy comme les autres, La Bibliothèque impossible), et une revue (Schnock, dont il s'occupe depuis 2011). Le Dernier des Gentlemen est son premier roman.
Pourquoi le mot « dandy » serait-il réservé aux hommes ? L'histoire de cette mouvance d'origine anglo-française apparue vers 1800 montre que ce sont les hommes qui en ont posé les bases. Mais, près de deux siècles plus tard, n'est-il pas nécessaire de leur présenter celle qu'ils n'ont jamais vraiment reconnue : la « Lady Dandy » ? Car aucun de ce qu'on pourrait appeler les « dandy commandements » - élégance formelle, esprit, anticonformisme et surtout le fameux je-ne-sais-quoi, cette arme secrète qui permet de rester insaisissable - n'échappe aux compétences féminines. Des salons parisiens aux cocktails new-yorkais, de Sarah Bernhardt à Dorothy Parker en passant par Marlène Dietrich, de l'art de porter le pantalon à celui de faire scandale, du sens de la répartie aux mille et une façons de claquer son argent, ce livre démontrera que, oui, décidément, les femmes savent y faire.