Antonin Potoski
Antonin Potoski
Qu'est devenue la figure monumentale de Jean Piaget? En 2002, ce Neuchâtelois était encore l'un des quatre psychologues les plus cités au monde. Couronnés par 35 doctorats honoris causa, ses 88 ouvrages ont été reconnus comme une approche fondamentale du développement cognitif et de la sychologie de l'enfant, dans un système global comprenant zoologie, psychanalyse, sociologie, théologie, logique et histoire des sciences. Mais si beaucoup voyaient en lui du génie, aucun des concepts de Piaget n'échappera aux critiques. Que penser aujourd'hui de celui qu'on célébra, après sa mort en 1980, comme un pionnier du structuralisme, et qui reste l'un des piliers intellectuels de la pédagogie aux Etats-Unis? Un chercheur alémanique, traduit par Etienne Barilier, présente ici Piaget à distance de ses émules et de ses détracteurs, fort de meilleures études sur sa vie, ses convictions religieuses, ses attitudes. Ce portrait de Piaget décrit clairement dans sa grandeur et ses limites la logique générale d'une pensée féconde.
Le pays de Cardamome : des boues du Bangladesh aux collines de l'Inde orientale, cette région étourdissante d'industrie et de mouvement fait face à l'immensité silencieuse du pays Or et Kaki, le Myanmar. En 2012, l'Arakan, le territoire tampon entre ces deux mondes, s'est enflammé ; des milices bouddhistes ont incendié des milliers d'habitations de musulmans pour les forcer à l'exil. Familier des deux camps, l'auteur voyage avec des apatrides arakanais. À leur progression dans les zones tribales se superpose le parcours intérieur de l'écrivain voyageur : en créant des correspondances avec le territoire sahélien qu'il a quitté, en interrogeant la solitude et les désirs de son enfance lorraine, Antonin Potoski livre, sur d'étranges journées d'amitié dans les jungles frontalières, un témoignage d'une grande tendresse.
Le pays de Cardamome : des boues du Bangladesh aux collines de l'Inde orientale, cette région étourdissante d'industrie et de mouvement fait face à l'immensité silencieuse du pays Or et Kaki, le Myanmar. En 2012, l'Arakan, le territoire tampon entre ces deux mondes, s'est enflammé ; des milices bouddhistes ont incendié des milliers d'habitations de musulmans pour les forcer à l'exil. Familier des deux camps, l'auteur voyage avec des apatrides arakanais. À leur progression dans les zones tribales se superpose le parcours intérieur de l'écrivain voyageur : en créant des correspondances avec le territoire sahélien qu'il a quitté, en interrogeant la solitude et les désirs de son enfance lorraine, Antonin Potoski livre, sur d'étranges journées d'amitié dans les jungles frontalières, un témoignage d'une grande tendresse.
Des villages suspendus au bord du Sahara, des trains à grande vitesse qui glissent sous des glaciers, des tours qui se dressent dans une atmosphère de jungle, des volcans dorés qui tombent à pic dans des baies d'huile, des avenues dont le goudron clignote, des passants que l'on fait exploser pour passer dans leur dislocation en flammes virtuelles, des militaires qui attendent derrière les lasers d'un night-club, des fillettes qui se tatouent les gencives avec un paquet d'aiguilles, des amis du Mali, du Japon et de l'Indonésie, des situations vertigineuses, un brouillage des limites du corps, une vie de voyages conçue comme un apprentissage de la liberté dans un monde sans extérieur où les touristes sont des justiciers en puissance, où notre pays et notre culture nous heurtent de front partout, aussi loin que nous allions. Car après nos propres émotions, nous voulons l'émotion des autres. Nous produisons des artistes du bout du monde, quitte à les inventer, en espérant pouvoir jouir de leur pensée. Et ensuite? Il faudra être l'autre. On y viendra. Voici la logique du voyage aboutie, voici la modernité, voici le siècle qui s'annonce.
Journées d'attente et de torpeur au pays dogon. Émotions aussi, émotions nombreuses, souvenirs d'enfance pour les comprendre. Surtout, ouverture constante à ce qui arrive, les corps, les gestes, la brûlure de l'air, cette grande brûlure, ce grand éblouissement qui font de ce pays le coeur du monde et dissolvent sa tristesse. Car là-bas, l'air même est émouvant. On est au milieu du continent : d'où qu'il vienne, chaque mètre de sable ou de roche l'a réchauffé. «J'ai ici l'impression que je ne pourrai jamais être complètement ailleurs, c'est peut-être un beau piège de poussière, une erreur, mais je m'en brûle le visage et m'en extasie.»