Augustin Gérard
Augustin Gérard
Aube où le vin se combat le genou répandu sur le sable et la soif bien en vue accrochée dont nous nous sommes dévêtus liant tes seins à ma sensation à ce fragment par où la paire jadis fut dissoute oh, donne-moi ce citron ardu auquel ma science s'épuise à chercher peau à peau d'impossibles quartiers n'accourent les chiens qu'au-dessus de l'abîme et le double à leur mufle jeté devient musique cette candeur que nous redoutions chez toi ton passage sans cesse couvert et découvert ce sont les mots énoncés dans la phrase un à un dans le feuillage de ta voix.
Levée d'ancre est née d'une rencontre au sens le plus fort du terme entre Gérard Augustin et Michel Cassir, celui qui abrite dans un même champ de forces, convulsion et prolongement serein du temps. Pour son dixième anniversaire, Levée d'ancre fête la poésie avec plus de soixante-quatre livres publiés et quatre-vingt-dix poètes, à travers des oeuvres individuelles ou des anthologies. Des poètes de dix-neuf pays et de douze langues différentes. Une poésie à la fois enracinée et universelle.
Tout ce que j'écris apparaît comme blessure. Le poème incise le texte autobiographique et s'y engouffre. Quand j'avais huit ans, un gamin me crevait un oeil d'une flèche d'osier. Brèche ouverte, par où le monde s'écoulait. Dilapidé, offert. Entre mon image et moi, cette perte infinie : ce monde rouge, ces figures de sang qui font irruption, rendent inutile leur hôte involontaire. Il me faut alors aimer cette agression parfaite, cette ivresse, sans y jeter à mesure, pour la nourrir, tous les événements qui lui succèdent et lui résistent. Cet événement premier me prive de tout alibi, de tout compromis, au moment où il me revêt d'une innocence intenable. Toute blessure exige l'autocritique. La vie devient transgression de l'événement, le dépasse, le repousse. Elle ne rétablit pas des lois antérieures, soudain mises à mal : elle établit, elle s'efforce de produire des lois, une grammaire qui ramène le corps à une certaine docilité. Elle ne cache pas ses artifices. L'événement est infiniment désiré, parce qu'il est, et le corps qui le porte est aussi, la loi qui le perpétue. Le corps l'empêche de retourner à l'univers qui l'a, une fois, donné ; il l'oblige à s'arrêter à lui, pour y occuper un sens. N'est-ce pas cela même l'écriture ? Blesser et guérir. Bien plus tard, l'amour se présente à visage découvert, et il me revient d'apprendre la langue qui me permettra de le reconnaître et de le parler. À travers la poésie trobadoresque, la Vita Nuova... aujourd'hui. Les poèmes, le récit ne racontent pas Danielle, ils ne peuvent la raconter, elle les dit, s'y découvre, elle en jouit. La présence et la figure de l'amour ne sont pas achevées, elles se poursuivent, encore étranges, scandaleuses.