Bernard-Henri Levy
Bernard-Henri Levy
« On se souvient de la légende de la gravure de Goya, « le sommeil de la raison engendre des monstres ». Bienvenue chez les monstres ! Au fil de cinq chapitres entrecoupés eux-mêmes de fragments, comme autant d'éclats d'un temps suspendu, circulaire, où se perd la notion même du temps, voici le bestiaire de la nuit d'un insomniaque qui laisse s'écouler, à ciel ouvert, le flux de conscience de ses pensées, rêveries, souvenirs, portraits, cauchemars éveillés, associations d'idées cocasses, poétiques ou graves. L'homme ne parvient plus à dormir : parce qu'il « en a trop vu » ? Parce qu'il hait le sommeil ou le redoute comme la mort ? Parce qu'il ne supporte pas de ne plus être en contrôle ? Parce que ce temps perdu pourrait mieux être mis à profit pour d'autres « recherches » ? Parce qu'il est devenu l'esclave d'un cocktail de somnifères qui tue en lui la faculté du rêve ? Ceux qui croient connaitre la caricature publique du personnage « BHL » seront surpris par cet autoportrait d'une vie intérieure en ébullition où se consigne méticuleusement le jaillissement d'un inconscient qui ne tarit jamais. L'humour succède à l'intensité, la gravité à la dérision, le sens du tragique à la légèreté et la rage à l'auto-ironie. Jamais l'auteur n'avait fait preuve d'un tel « lâcher-prise », matière et manière confondues, ni n'avait livré autant de détails intimes sur ce qui a fait de lui ce qu'il est devenu. Enfance, amis, amours, présence des morts, obsession du Livre et des livres, échos du passé qui ne passe pas dans le présent le plus brûlant, tels sont les thèmes qui traversent ce récit. Qui n'a rêvé de se retrouver « dans la tête » d'un autre - qui plus est écrivain, philosophe ? Entrez dans Nuit blanche : vous y êtes ! » O.N.
Que s'est-il passé le 7 octobre 2023 ? Un choc dans l'âme juive ? un pogrom sans précédent depuis la Shoah ? un ébranlement de la conscience universelle ? une étape dans la guerre mondiale menée contre les démocraties ? Quel lien avec l'invasion de l'Ukraine ? Quel sens donner à l'alliance, autour des terroristes du Hamas, de l'Iran, de la Turquie, de la Russie impérialiste, de la Chine, de l'islamisme sunnite ? La riposte de Tsahal fut-elle « proportionnée »? Que voulait dire Emmanuel Levinas quand il parlait de l'« exception juive » ? Et Romain Gary et Albert Cohen quand ils annonçaient à l'auteur le retour de « la plus vieille des haines » ? La solitude d'Israël est-elle irrémédiable ? Telles sont quelques-unes des questions posées dans cet essai de colère et de combat que nourrit un demi-siècle d'amour pour l'Etat des Juifs et de méditation sur son destin.
Ce recueil de la série des Questions de principe réunit des textes et chroniques publiés par Bernard-Henri Lévy, dans la presse française et internationale, entre 2017 et 2024. Ainsi que des conférences et discours prononcés à la même période. De l'exception kurde au centenaire du génocide arménien, de la guerre en Ukraine au pogrom du 7 octobre, de la pandémie à l'avenir de l'Europe, le philosophe déploie ici sa pensée en actes, donne à lire le temps présent et livre sa réflexion sur l'état du monde. Portraits, dialogues et interviews accompagnent ce tableau d'une époque en plein avis de tempête. L'intellectuel engagé tient son cap.
CAPITAINE CONRAD HARRIS : DÉCÉDÉ Le voilà, le moment que je déteste. Me réveiller, c'est toujours pire que mourir. Et notre homme sait de quoi il parle ; il en a connu des missions suicides, incarné dans un « simulant », un clone aux capacités neurophysiologiques exceptionnelles. Ce n'est pas pour rien qu'on l'a surnommé Lazare, cet éternel ressuscité. Son équipe de SimOps et lui sont les soldats d'élite de l'Alliance, engagés dans la guerre impitoyable de l'humanité contre les Krells. À qui d'autre confier la mission « Clef-de-voûte » ? Elle les entraînera en territoire ennemi, vers une station de recherche secrète chargée d'étudier un mystérieux artefact qui n'est ni krell ni humain. Mais les meilleurs guerriers ne sont pas toujours préparés à ce qui les attend. Et Harris lui-même poursuit une autre quête qui le tourmente...
La terre a tremblé au Kurdistan. Assiste-t-on à l'éclipse de l'Empire américain et au ressac de l'Occident ? Où l'on voit les cinq Rois des empires déchus - perse, turc, chinois, russe, arabe - partir à la reconquête de leur gloire passée. Comment Trump enterre, non l'Amérique d'Obama, mais celle de Virgile. A quoi pensaient les Iraniens quand ils rebaptisèrent l'ancienne Perse, en 1935, pour lui donner un nom nazi ? Pourquoi le vrai piège est celui, non de Thucydide, mais d'Hérodote. L'Empire est-il, comme le pensait Dante, la forme aboutie de la Cité ? Géopolitique ou géophilosophie. Jeremy Bentham, mort en 1832, serait-il le véritable maître à penser de Mark Zuckerberg ? Une rencontre avec l'idéologue de Poutine. Ce qui manque à la Chine pour devenir la première puissance mondiale. Spengler, Vico, Hegel - ou aucun des trois. Qu'il y a un temps pour Josué, et un temps pour Abraham. Le Messie se cache-t-il, vraiment, parmi les mendiants de Rome ? Que la terre américaine est, comme l'avait compris Melville, un océan. Que le désordre du monde a plus de sens qu'il n'y paraît quand on le voit avec les yeux des penseurs et des poètes. Quarante ans après La Barbarie à visage humain, Bernard-Henri Lévy, philosophe et écrivain, propose ici sa lecture des barbaries contemporaines.
Depuis la deuxième guerre d'Irak - et même bien avant... - les Etats-Unis occupent, dans l'imaginaire mondial, une place symbolique qui dépasse largement les notions de puissance, de politique, de géographie. L'Amérique, en vérité, est devenue un concept, une « région de l'âme », une matrice de passions et de phobies dont le déploiement contradictoire n'en finit pas d'infuser nos propres débats. C'est, précisément, cette réalité ontologiquement diverse que Bernard-Henri Lévy a voulu cerner, observer, penser, dans ce livre où le reportage se mêle à la réflexion, et où le pittoresque emprunte à la philosophie de l'histoire. A l'origine, ce livre est né d'une « commande » de l'influent magazine « Atlantic Monthly » : demander à un célèbre intellectuel français de visiter l'Amérique et de donner sens à ce pays-continent en refaisant - en plus vaste - le fameux voyage qu'Alexis Tocqueville avait entrepris au début du XIXème siècle, à partir duquel il avait écrit son désormais classique « De la démocratie en Amérique ». Pendant une année, B.-H. Lévy a ainsi sillonné les Etats-Unis. Plus de vingt mille kilomètres d'est en ouest et du nord au sud, la plupart du temps par la route : de Rikers Island à Chicago, des communautés islamiques de Detroit à une enclave Amish de l'Iowa, l'auteur interroge la nature du patriotisme américain, la coexistence de la liberté comme de la religion, le système pénitenciaire, la « tyrannie de la majorité », le retour en force de l'idéologie... B.-H.L. a rencontré tous les visages de l'Amérique : les illustres, les anonymes, ceux du désert ou des mégapoles. De Sharon Stone à une veuve de mineur du Wisconsin, d'un milliardaire philantrope à Norman Mailer, de Woody Allen à un « homeless » de Californie, d'Hillary Clinton à un contestataire turbulent, de Barack Ohama, la star montante de la politique, à la pensionnaire d'un bordel du Nevada, il écrit la comédie humaine de ce pays-continent. D'où la vitalité prodigieuse de ce « reportage philosophique » qu'on dévore, page après page, avec un enthousiasme qui ne se dément jamais. Un oeil de romancier, et une profondeur de penseur. Les conclusions de ce voyage ? B.-H.L. les tire en chemin, et elles sont souvent contradictoires. A l'heure où la « démocratie en Amérique » est de plus en plus contestée, ce livre atteste, au contraire, de sa prodigieuse vitalité. A cet égard, l'épilogue substantiel de ce livre (une centaine de pages) permet au « philosophe » de reprendre le pas sur le « journaliste » et le final de cet ouvrage conduit son lecteur au coeur des grands débats - des thèses de Fukuyama ou Huntington aux arrières-pensées des « Néo-conservateurs » - dont la complexité, bien souvent, gouverne le destin du monde.
Au début de l'année dernière, janvier 2020, Paris-Match, associé à d'autres grands journaux étrangers, a commandé à Bernard-Henri Lévy une série de 8 reportages dans la tradition de Joseph Kessel, Graham Greene, Ernest Hemingway ou Romain Gary. Ce livre rassemble ces reportages qui conduisent le lecteur dans le Nigeria de Boko-Haram, aux Kurdistan d'Irak et de Syrie, sur la ligne de front où s'affrontent Russes et Ukrainiens, dans la Somalie livrée à l'illégalisme et aux bandes islamistes, au coeur du Bangladesh martyr, dans les camps de la misère de Lesbos, dans l'Afghanistan en train de retomber sous la coupe des Talibans et, encore, en Libye. Mais le livre s'ouvre sur un autre texte, de longueur équivalente, intitulé « Ce que je crois » et où il explique ce qui conduit un philosophe à aller, au bout du monde, témoigner pour des guerres oubliées ou ignorées ; ce qui, des rêves internationalistes de ses aînés, lui semble encore valable et digne d'être prolongé ; et comment le goût de l'aventure, dans la tradition - pêle-mêle - de Cendrars, Byron à Missolonghi ou, bien sûr, Malraux, l'anime depuis sa jeunesse. Qu'est-ce que le genre humain ? Son unité est-elle menacée par la montée des souverainismes et des égoïsmes ? Qu'en est-il de l'idéal de fraternité ? Pourquoi aller si loin pour illustrer cet idéal quand il y a de la misère au coin de votre rue ? La guerre est-elle aimable ? Pourquoi Don Quichotte est-il ridicule ? Que dit Achille ? Hector ? Qu'est-ce que la grandeur ? L'héroïsme ? Et pourquoi prend-on, quand on est un écrivain nanti, le risque de mort ? Telles sont quelques-unes des autres questions que pose ce nouvel essai.
Une épidémie est, toujours, un phénomène social en même temps qu'un désastre sanitaire. Que nous dit, donc, cette épidémie-ci de la société qui est la nôtre? Que nous révèle-t-elle de son rapport au mal, au tragique et à la mort ? Un virus est-il un message ? Un agent de la providence et de l'histoire ? Est-il l'envoyé d'une Nature épuisée, et qui demanderait grâce ? D'une humanité exsangue, et qui voulait un carême planétaire ? A-t-on bien fait de mettre la planète à l'arrêt ? A-t-on raison d'espérer que, de ce coma où on l'a plongé, notre monde sorte régénéré ? Qu'est-ce que l'hygiénisme ? Que veut dire le Talmud quand il affirme que le meilleur médecin ira en enfer ? Que penser de ce « pouvoir médical » qui semble, partout, se mettre en place et prendre le relais du Politique tel qu'il s'est défini de Platon à Jacques Lacan ? Et qu'est-ce qui a changé, en nous, depuis l'époque où Paul Claudel, dans L'Annonce faite à Marie, magnifiait le baiser au lépreux ? Ce sont quelques-unes des questions posées dans ce livre de colère et de savoir. L'hommage aux soignants n'y interdit pas la lucidité. Les droits d'auteur seront reversés à l'ADELC (Association pour le Développement de la Librairie de Création).
Bernard-Henri Lévy poursuit, ici, la série de ses Questions de principe. Cette fois, c'est le recueil des années 2012-2018 du « Bloc-notes » qu'il donne à lire. Ces textes sont parus, chaque semaine, dans l'hebdomadaire Le Point - et ont été repris, du Corriere della Sera au País, du Wall Street Journal au Guardian ou au Spiegel et à beaucoup d'autres, dans toutes les langues et sur tous les continents. Des massacres en Syrie à la guerre d'Ukraine, de l'élection de Trump à celle de Macron, de la montée de l'antisémitisme à la guerre des deux islams, du réveil de l'Iran à la guerre de Libye, ce sont les événements majeurs de notre temps qui se trouvent passés au crible. On y lira aussi des chroniques de livres, des voyages dans l'oeuvre d'écrivains célèbres ou méconnus, des reportages, des portraits pris sur le vif, des réflexions philosophiques. Dans ce tableau d'une époque dans tous ses états, à la façon de l'oeil du cyclone qui reste immobile dans les turbulences du monde, la plume de l'écrivain, à travers ces péripéties, s'enfièvre mais ne tremble pas.
Précisément à cause de ses curiosités multiples, Bernard-Henri Lévy est, il le sait, fortement contesté sur le terrain de son métier d'origine. Les uns lui reprochent de préférer les média à la méditation. Les autres de n'avoir, depuis la Barbarie à visage humain, jamais produit de concept véritable. Les autres encore de s'être laissé happer par ce qu'un grand poète français appelait « l'universel reportage ». C'est à ces critiques qu'il répond dans ce livre, en livrant ses « secrets de fabrication » comme on retourne ses cartes. Il le fait, selon les cas, de manière indirecte ou frontale. Mais il le fait, toujours, avec franchise et probité. Quel rapport aux textes de la tradition ? Relations avec les contemporains ? Usage de la citation ? Nostalgie, ou non, du Système et de la Totalité ? La notion d'engagement a-t-elle un sens pour un philosophe ? Et faut-il se résigner, vraiment, à ce que la chouette de Minerve ne se lève jamais qu'à la nuit tombée ? C'est à ces questions, et à d'autres du même type, que répond ce livre court, concis, mais qui n'esquive aucune difficulté. Issu d'une Conférence prononcée à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm au printemps 2009, De la guerre en philosophie rassurera les détracteurs de l'auteur du Siècle de Sartre (Grasset, 2000, 55.000 exemplaires en édition courante) : Bernard-Henri Lévy n'est pas près de déserter le terrain de la pure philosophie.
Le point de départ de ce livre est, en janvier dernier, une conversation de Bernard-Henri Lévy avec celui qui ne va pas tarder à être élu Président de la République et qui, pour l'heure, sollicite son soutien : Nicolas Sarkozy. L'auteur quitte son interlocuteur (dont il brosse, au passage, et en écrivain, un portrait vif et passionnant) avec la double conviction : primo, qu'il n'est pas question, pour lui, de prendre le chemin que prennent, au même moment, certains de ses amis et qu'il votera donc une fois encore, comme il l'a fait toute sa vie, pour ce qu'il est convenu d'appeler la gauche ; mais, secundo, qu'il est difficile de donner tout à fait tort à ce que lui dit le futur Président de l'état d'archaïsme, de décomposition politique et morale, voire d'indigence idéologique, dans lequel se trouve sa famille politique. Quel sens y a-t-il, aujourd'hui, à se réclamer de cette gauche dont Sartre disait déjà, il y a presque cinquante ans, dans sa préface à Aden-Arabie de Paul Nizan, qu'elle était « un grand cadavre à la renverse où les vers se sont mis » ? C'est la première question que pose donc ce livre et à laquelle il répond sur le double registre du récit personnel et de la réflexion théorique. De quoi le progressisme contemporain est-il malade et quels sont les symptômes, les figures, les causes, de cette maladie ? C'est la seconde question qu'il soulève, plus complexe, et qui le conduit à des développements sur, pêle-mêle, l'anti-américanisme, les mythes de l'empire, la question de l'Islam, le retour de l'antidreyfusisme, les illusions de l'anti-libéralisme ou le parfum munichois qui rôde autour de nombre de discussions sur la guerre et sur la paix. A cette seconde question, qui occupe la plus grande partie de l'ouvrage, il répond par une thèse simple, mais paradoxale, et qui fera débat : la gauche, en France et dans le monde, a eu à faire face, au XXème siècle, à une première tentation totalitaire qui tournait autour de l'idée communiste et dont elle est, pour l'essentiel, revenue ; elle connaît aujourd'hui, en ce début du XXIème siècle, une seconde tentation totalitaire qui grandit à la place de la précédente, sur les décombres qu'elle a laissés, et dont le trait le plus singulier est qu'elle puise son inspiration dans une thématique venue plutôt de la droite, quand ce n'est pas de l'extrême-droite, ou du logiciel de ce que l'auteur appela, naguère, « l'Idéologie française ». Pour la gauche, donc, mais à condition de la refonder. Pour la refondation, donc, mais à condition d'en reconnaître, par delà les batailles de clocher, les enjeux véritables et planétaires. Trente ans après La Barbarie à visage humain et L'idéologie française, Bernard-Henri lévy persiste dans son combat de toujours : celui de la liberté de l'esprit contre toutes les variétés de l'obscurantisme.
Par la grande porte, l'auteur de la Barbarie à visage humain entre en littérature avec un livre polyphonique aussi ambitieux que réussi, et destiné à faire date dans l'histoire des lettres modernes. En cinq chapitres organisés selon une passionnante et savante architecture, un demi-siècle y défile en effet - depuis la dernière guerre, le conflit algérien, les années 60, l'aventure gauchiste et maoïste, la décennie 70 enflammée par les bombes des terroristes, jusqu'à aujourd'hui où se clôt ce roman itinérant, cosmopolite et tentaculaire qui éclaire une époque haute en couleurs, en horreurs et, malgré tout, en espérances. Ce roman, cependant, est aussi et surtout une très belle histoire aux épisodes innombrables. Bernard-Henri Lévy s'y montre aussi doué pour le roman d'espionnage que pour la grande histoire d'amour, aussi convaincant dans la peinture, de l'intérieur, des vertiges de la sexualité féminine que dans la description minutieuse d'un assassinat politique sur fond de roman familial, aussi percutant dans les bas-fonds du terrorisme international que dans les coulisses d'une banque suisse... Oui, tout fascine dans ce livre-fresque : la performance littéraire, la lucidité intellectuelle et politique, la variété des styles et des personnages, la beauté de la prose, et ce n'est pas sans tristesse que l'on quitte le héros principal, Benjamin, dont on a suivi, au fil de pages inoubliables, les aventures et l'étrange duplicité.
Des champs de bataille de notre temps aux coulisses de la vie littéraire, culturelle, politique et intellectuelle, un demi-siècle d'Histoire vu par un témoin hors du commun.
La guerre de libération du Bengale avait la vocation des guerres révolutionnaires classiques. Une guerre du peuple s'est engagée, avec les maoïstes en première ligne. Le nationalisme se radicalisait et se combinait à un socialisme diffus. L'agitation menaçait de s'étendre et d'enflammer l'ensemble de la région. Et le processus s'est mystérieusement enrayé ; le Bengale rouge a avorté sous l'effet d'une étrange machination. Révolution avortée, mais exemplaire pourtant... Qu'est-ce qu'une société militaire et quelle est la fonction de son appareil d'Etat ? Qu'est-ce que le colonialisme interne et que devient la vieille « question nationale » ? Pourquoi l'échec des communistes et pourquoi la faillite du marxisme ? Quelle peut être, quelle est, la structure de classe des mouvements nationalitaires aujourd'hui ? Autant de questions politiques qui se sont, cristallisées en un faisceau unique sur la crise du Bangla Desh, qui intéressent en vérité, sous une forme ou sous une autre, l'ensemble des mouvements populaires du tiers monde et qui sont l'objet ici d'une ébauche de traitement théorique.
Ce volume rassemble des textes écrits par Bernard-Henri Lévy entre 2011 et 2016, et qui témoignent d'une philosophie en acte. Articles, conférences, discours, préfaces, tribunes : toutes ces formes sont mobilisées pour questionner et analyser les turbulences du monde d'aujourd'hui. On retrouve, à travers neuf grands thèmes, les engagements et les personnalités qui sont chers à l'auteur : la philosophie et les maîtres disparus, la politique et les bouleversements internationaux (l'Ukraine, la Syrie, Daech), la religion et « l'esprit du judaïsme », l'art et la littérature. Au fil des pages se dessine en creux le portrait d'un philosophe-artiste engagé, qui réfléchit moins sur son identité que sur celle de son époque et sur les crises qu'elle doit affronter.
Pourquoi les Juifs sont à jamais glorieux. Où est Ninive aujourd'hui - et que s'y passe-t-il vraiment ? Proust et le Zohar, Claudel et le Livre d'Isaïe. Vivons-nous, ou non, le retour des années 1930 ? Pourquoi il n'est pas demandé de croire, mais de savoir. Comment le Royaume des Hébreux a inspiré l'idée française de République - et quand ce fait a été occulté. Lacan et la Kabbale. Ce qu'Auschwitz eut d'unique. Quand un talmudiste invente la langue française. Pourquoi l'antisionisme est le masque de l'antisémitisme de masse. Alexandre Kojève et le prophète Jonas. A quand un Talmud musulman ? Une conversation avec Romain Gary, une confidence de Michel Foucault. Partir ou rester ? Le sable contre la terre. Solal le fort, et sa couronne de carton. Qu'est-ce qu'un « Peuple Élu »? Quand Louis Althusser jetait les bases de la grande alliance judéo-catholique. Ce que veut dire « être Juif ». Itinéraire personnel, familial, intellectuel, d'un philosophe qui, trente-sept ans après Le Testament de Dieu, donne L'Esprit du Judaïsme.
Deux textes en vérité. D'abord Hôtel Europe, monologue en cinq actes, dont l'action se déroule le 27 juin 2014, à Sarajevo, en pleine cérémonie de commémoration du déclenchement de la guerre de 1914. Un homme, sans doute un écrivain, est enfermé entre les quatre murs d'une chambre d'hôtel qu'il a connue vingt ans plus tôt et où il est censé préparer le discours qui lui a été commandé pour la circonstance et qui doit porter sur l'Europe, ses valeurs constitutives, son futur et l'état présent de son esprit. Il est seul. Le monde extérieur ne lui parvient qu'à travers l'indistincte clameur qui monte de la rue en fête. Et il a, posé devant lui, un ordinateur où il navigue en quête de vieilles photos, de documents vagues, d'inspiration. Ensuite, Nouvelles vues sur l'Europe, un essai philosophico-politique développant ou élucidant les points les plus énigmatiques du texte théâtral. Il y est question de Husserl, de Heidegger, de la montée des populismes et des souverainismes, du malaise (ou de l'impasse...) dans la civilisation d'aujourd'hui ainsi que des progrès, partout, du nihilisme - et puis, aussi, de la façon dont peut et doit se nouer, ici et maintenant, le triple fil, constitutif du génie européen, de l'esprit d'Athènes, de celui de Rome et du génie de Jérusalem. Un diagnostic. Des solutions. Et des raisons de croire et d'espérer.
Tout, comme on dit, nous sépare - à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables. J'ai eu un père mélancolique et puissant, silencieux et guerrier, joueur d'échecs, insondable, lucide et incrédule, solitaire et souverain. Un grand dirigeant d'entreprise, le souvenir que j'en ai, est celui qui sait dire Salade pour tout le monde ! au bon moment. Il n'est pas impossible que vous ayez déjà mis de votre côté les rieurs, les sourieurs, les qui ont de l'humour alors que, moi, c'est bien connu, je n'en ai aucun. Il est possible au fond que le fait de ne pas avoir eu de mère vous renforce, mais alors c'est d'une manière qu'on ne souhaiterait à personne. Je revois Aragon, poussant la porte du bar, haute silhouette, chapeau à larges bords, cape marocaine sur un costume de lin gris, très élégant, qui lui donnait, huit ans après la mort d'Elsa, le même air de deuil inconsolé. A certaines personnes, peut-être, il est arrivé de faire l'amour dans un état de pleine lucidité ; je ne les envie pas. Tout ce que je suis, moi, arrivé à faire dans un état de pleine lucidité, ce sont mes comptes ; ou ma valise. Je peux faire toutes les mises au point possibles et imaginables : je ne ferai qu'aggraver mon cas de salaud de bourgeois qui ne connaît rien à la question sociale et qui ne s'intéresse aux damnés de la terre que pour mieux faire sa publicité.
Tout, comme on dit, nous sépare - à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables. J'ai eu un père mélancolique et puissant, silencieux et guerrier, joueur d'échecs, insondable, lucide et incrédule, solitaire et souverain. Un grand dirigeant d'entreprise, le souvenir que j'en ai, est celui qui sait dire Salade pour tout le monde ! au bon moment. Il n'est pas impossible que vous ayez déjà mis de votre côté les rieurs, les sourieurs, les qui ont de l'humour alors que, moi, c'est bien connu, je n'en ai aucun. Il est possible au fond que le fait de ne pas avoir eu de mère vous renforce, mais alors c'est d'une manière qu'on ne souhaiterait à personne. Je revois Aragon, poussant la porte du bar, haute silhouette, chapeau à larges bords, cape marocaine sur un costume de lin gris, très élégant, qui lui donnait, huit ans après la mort d'Elsa, le même air de deuil inconsolé. A certaines personnes, peut-être, il est arrivé de faire l'amour dans un état de pleine lucidité ; je ne les envie pas. Tout ce que je suis, moi, arrivé à faire dans un état de pleine lucidité, ce sont mes comptes ; ou ma valise. Je peux faire toutes les mises au point possibles et imaginables : je ne ferai qu'aggraver mon cas de salaud de bourgeois qui ne connaît rien à la question sociale et qui ne s'intéresse aux damnés de la terre que pour mieux faire sa publicité.
Le détective Eraste Fandorine dans le rôle de l'amoureux éconduit. Russie, 1911. A la suite d'un quiproquo, la veuve de Tchekhov charge Eraste Fandorine de découvrir ce qui terrorise l'une de ses amies, la comédienne Eliza Lointaine-Altaïrskaï. Pour les besoins de son enquête, le détective assiste à la représentation d'une pièce dans laquelle la jeune femme interprète le rôle principal. Dès que l'actrice apparaît sur scène, Fandorine est stupéfait par sa ressemblance avec son premier amour, Liza, disparue tragiquement. Il tombe immédiatement sous son charme. Malheureusement, l'envoûtante Eliza semble victime d'une malédiction : tous les hommes qui la courtisent finissent par trouver la mort. C'est pourquoi elle décide d'éviter Fandorine. Blessé dans son amour-propre, le détective saura-t-il faire preuve du discernement nécessaire pour résoudre ce mystère? De sa plume enlevée, Boris Akounine tisse une intrigue à la Agatha Christie, et nous livre un roman intelligent et léger, qui illustre encore une fois son immense virtuosité.
Pendant 200 jours, de Benghazi à l'Elysée, de New-York à Tripoli, des fronts de la Libye libre aux quartiers généraux de la diplomatie occidentale, un écrivain a été le témoin privilégié et, en plusieurs occasions, l'acteur d'une guerre sans précédent. Il a tout noté. Jour après jour, parfois heure par heure, il a tenu l'exacte chronique de cette séquence, décisive, du "printemps arabe". C'est ce Journal qu'il publie aujourd'hui. C'est l'envers et l'endroit, la coulisse et les grandes scènes, de cette histoire contemporaine qu'il donne à voir dans un récit riche en portraits, anecdotes, moments d'horreur et d'effroi, considérations philosophiques, fragments d'autobiographie, rebondissements saisissants et même, contre toute attente, intermèdes cocasses. Passent à travers les pages de jeunes Libyens héroïques qui rappellent à l'auteur les grandes heures d'une Résistance dont il vénère le souvenir. Un Général dépressif rallié à la révolution et amené à Paris à la veille de son assassinat. Des combattants anonymes dont il s'efforce de fixer le visage. Kadhafi et son fils préféré. Juppé. Hilary Clinton. Un Président de la République, Nicolas Sarkozy, dont il salue l'audace et reconnaît la ténacité. Et puis, chemin faisant, quelques-unes des ombres tutélaires qui l'accompagnent depuis toujours mais qui prennent, ici, leur vraie ampleur : Malraux, Gary, Lawrence d'Arabie, Le Byron de Missolonghi et le Orwell d'Hommage à la Catalogne - sans oublier un père magnifique. A ceux qui posent la question de savoir "à quoi servent les intellectuels ?", ce livre - écrit et vécu par un disciple de Levinas embrassant la cause d'une insurrection dans le monde arabe - apporte une réponse à la fois concrète et passionnée.
Que fait un lecteur de Lacan, à Gaza, dans la guerre ? La vraie leçon d'Althusser. Quel rapport entre Romain Gary et Alberto Moravia ? Ainsi parlaient Levinas et, naturellement, Benny Lévy. Pour le droit au secret. Où est vraiment la tombe de Jean Genet ? Les derniers mots de Norman Mailer. La culotte de Sarah Palin. Sartre ou Camus ? Rencontre avec un jeune sénateur de l'Illinois qui n'est pas encore Barack Obama. Un lecteur d'Aragon doit-il abattre ou cacher son jeu ? Pourquoi l'auteur de ce livre ne pouvait pas voter Sarkozy. Ce que dit « le Génie du Judaïsme ». Afghanistan, Darfour, Géorgie : quand les cyniques, hélas, gagnent toujours. Un philosophe a-t-il raison d'écouter les artistes ? Parce que les islamo-progressistes sont, partout, les complices de bourreaux. Ce que l'on doit à Milan Kundera. Contre Badiou ? Avec les Arméniens, les Iraniens et, sans nom, sans nombre et sans visage, les victimes des guerres oubliées. Contre le Mal, s'il est absolu, que faire ? De l'art de ne rien céder sur les Lumières. Lévy ou les vies ?
"On ne prend pas conscience comme on veut ! L'autre voie s'offre - l'unique - l'escarpée : aux sources, aux livres anciens, oubliés difficiles, dans une étude dure, laborieuse et sévère." Emmanuel Lévinas "Israël étant né à la suite d'un martyre, celui de la Shoah, toute discussion politique, historique ou sociologique risque toujours de raviver la souffrance originelle. Israël, c'est aussi la culture juive, celle qui a enfanté la pensée judéo-chrétienne, celle qui a largement participé à l'histoire de la philosophie, et majoritairement inventé l'introspection. L'Institut d'études lévinassiennes, qui maintient l'exigence d'une tradition intellectuelle du plus haut niveau de pensée et de savoir - a relevé le défi de poser la question d'Israël d'un point de vue philosophique. Il propose dans ce grand débat devenu historique une réflexion croisée de trois des plus éminents penseurs contemporains : Benny Lévy, Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut. Né du souffle philosophique d'Emmanuel Lévinas et destiné à en rappeler l'importance, l'Institut - fondé par les trois intervenants de ce débat et dirigé par Benny Lévy jusqu'à sa mort en 2003 - vit aujourd'hui sous l'impulsion de MM. René Lévy, Laurent Touil Tartour et Patrick Fabre. Il a pour objet de faire revivre la parole, celle qui ne confronte pas les coeurs mais qui se construit de la diversité des pensées et des écoles pour continuer d'actualiser la tradition philosophique dans notre modernité." Patrick Frémeaux "D'où vient, inattendu, tellement attendu, ce petit peu de fraternité ? Je réponds sans hésiter : du regard paternel entrevu dans le texte d'Emmanuel Lévinas." Benny Lévy "Que s'instaure [...] un espace de pensée menée en commun, voilà qui ressemble à un petit miracle philosophique." Bernard-Henri Lévy "Emmanuel Lévinas [...] nous a permis de surmonter nos préjugés mutuels sans pour autant combler la distance qui nous séparait." Alain Finkielkraut
Contributions : Jean-Claude Milner, Bernard-Henri Lévy, Gilles Hanus, Laurent Dispot, Jacques Henric, Pascal Kané, Abdelwahab Meddeb, Patrick Mimouni, Gyrgy Konrad...
Ceux qui aiment (ou n'aiment pas) Bernard-Henri Lévy sont toujours épatés (ou irrités) par l'étendue de sa curiosité. De la philosophie au cinéma, de la littérature à la politique, du grand reportage à l'intervention publique, à quoi, en effet, son nom n'est-il pas attaché ? Et tel est bien le projet de ces Récidives : donner à lire, sous une diversité apparente, la cohérence profonde d'un parcours intellectuel. Et, par delà l'opposition des genres (ici : de la chronique au portrait, de l'oraison funèbre aux carnets intimes, ou à la conférence) l'extrême fidélité d'un homme qui, par dessus tout, goûte le plaisir de vivre et le plaisir de penser. Récidives se compose ainsi de quatorze parties ; « Grands reportages », « Philosophie », « Etre juif », « Chroniques », « Fascisme français », « Théâtre », « Bosnie », « Adieux », « Le désordre du monde », « Musée », « Polémiques », « Israël », « Cinéma » et « Littérature ». Ces titres, pour l'essentiel, rassemblent des textes (souvent inédits ou, pour certains, publiés à l'étranger), et ils disent, au fond, l'itinéraire d'un intellectuel soucieux du monde tel qu'il va. Du journal de tournage d'un film au Mexique (avec portraits d'Alain Delon ou de Lauren Bacall) à une conférence sur la psychanalyse et l'Amendement Accoyer, d'une évocation de Jean-Luc Lagardère à une « Réponse à Regis Debray », d'un reportage à Jenine à une traversée de la vie de Romain Gary, ce volume impressionne par la diversité de ses analyses. C'est le journal de bord d'un écrivain. Le « Carnet de bal » d'un intellectuel engagé.
On se souvient avec effroi des images diffusées en février 2002 montrant le supplice de Daniel Pearl, ce journaliste américain enlevé puis décapité, à Karachi, par une bande de « fous de Dieu ». Hanté par le meurtre barbare du reporter du Wall Street Journal, à la fois juif et ami du monde arabo-musulman, Bernard-Henri Lévy a mené sa propre enquête. Celle-ci l'a conduit de Karachi à Londres, de Sarajevo à Dubaï, de Kandahar à Los Angeles et... Karachi. Il a remis ses pas dans les pas de la victime et de son bourreau. Il a retrouvé les témoins, les acteurs et les lieux. Il s'est plongé dans un monde de fanatismes et de passions sanglantes, de traques interminables, de manipulations périlleuses et de mensonges d'Etat. Il a côtoyé la nébuleuse terroriste dans ses ramifications les plus stupéfiantes, dans ses complicités les moins avouables. A chaque étape de cette immersion dans l'univers des nouveaux « possédés », deux questions : qui a vraiment tué Daniel Pearl ? Quel secret s'apprêtait-il à révéler quand ses assassins l'ont égorgé ? Bernard-Henri Lévy explore ces ténèbres en journaliste, en romancier, en philosophe. Son livre propose un tableau moderne du mal. C'est une descente vers les enfers où couvent, peut-être, nos prochaines apocalypses.
C'est en février 2002 que le Président de la République et le Premier Ministre ont conjointement confié à Bernard-Henri Lévy la mission de se rendre en Afghanistan, et d'y étudier la façon dont la France pourrait contribuer à la reconstruction de ce pays meurtri. B.H.L. s'est aussitôt rendu à Kaboul, où il séjournera jusqu'au 2 avril. A cette date, il remettra son rapport de mission. Et c'est ce texte - qui s'inscrit dans le prolongement naturel de son ouvrage sur La guerre, le mal et la fin de l'histoire - que nous publions aujourd'hui (en collaboration avec La Documentation Française).
Dans ce nouveau livre, BHL a choisi de mêler l'autobiographie au reportage. Et il inscrit le tout dans ce que l'on pourrait appeler sa « métaphysique du Mal ». Le reportage, tout d'abord : au cours de l'année 2001, BHL est allé observer de près, cinq « guerres oubliées » : au Burundi, en Angola, au Soudan, au Sri-Lanka, en Colombie. Dans chacun de ces pays, il s'est plongé au coeur de conflits - qui durent, parfois, depuis plus de trente ans, et qui n'ont même plus d'enjeux politiques - dont le sens, s'il a jamais existé, s'est complètement perdu pour les acteurs eux-mêmes. Il a vu, au quotidien, ces « guerres de spectres », dont l'issue est indifférente au reste du monde, et qui n'en continuent pas moins de tuer par milliers, par centaines de milliers. Chacune de ces guerres fait l'objet d'un reportage qui est publié dans Le Monde, à la fin mai. Ces « reportages » - dont on parlera beaucoup lors de leur pré-publication - constituent la seconde partie de cet ouvrage. Quant à la première partie, d'égale importance (150 pages), elle traite, plus précisément, de l'aspect « autobiographique » de cet ouvrage. Car BHL l'avoue : depuis ses aventures au Bangladesh, il y a trente ans, il entretient un rapport étrange, ambigu, avec la guerre. Elle lui fait horreur, certes. Mais il aime l'observer, partager la vie de ses acteurs, s'y perdre, s'y exiler... Pourquoi, alors, ce « goût » ? Au nom de quelle nostalgie ? Au nom de quelle culpabilité ? Au nom de quelle trouble fascination pour le mal et son spectacle ? Ces questions donnent lieu à des développements que BHL avait déjà esquissés - dans Le Diable en tête, dans Le Lys et la cendre - et qui, ici, complètent (avec Comédie) une sorte d'autobiographie éclatée. La confession s'y mêle à la théorie. Le « roman d'une vie » alterne avec l'analyse de l'époque. C'est beau. Pudique. Lucide.
Ce "Siècle de Sartre", c'est d'abord une époque, la nôtre, toute d'espérance et de désillusions, d'utopies et d'aveuglements, dont Sartre fut, pour le meilleur et pour le pire, la figure dominante. Comment cet homme-monument a-t-il pu, dans sa seule vie, surplomber ainsi son temps ? Par quel tour de force - métaphysique, politique, littéraire, existentiel - est-il parvenu à incarner si parfaitement ces saisons de bruit et de ferveurs ? C'est l'énigme que cette enquête philosophique s'efforce d'explorer... Surgit aussitôt une autre énigme. Sartre, mais lequel ? Qu'y a-t-il de commun entre l'homme libre de La Nausée et le compagnon de route stalinien qui lui succède ? Entre le stendhalien de la drôle de guerre et le militant de la guerre froide ? Entre le philosophe génial qui, très tôt, découvrit tous les vaccins anti-totalitaires et le maître à penser moins mémorable qui, plus tard, négligera de se les inoculer ? D'où, cette question : comment un intellectuel parvient-il à penser le mal tout en consentant, le jour venu, à y succomber ? Cette enquête, enfin, brasse avec ampleur toutes les figures, tous les élans qui ont accompagné Sartre dans son siècle. Céline et Gide. L'engagement et Flaubert. Bergson et Heidegger. Hegel, Nietzsche et les Maos. Le Diable et le bon Dieu. Venise, la coulisse des théâtres, le Tiers-monde et le Castor. cela compose un tumulte d'idées, d'événements, de défis, de défaites, de tragédies, dont notre modernité reste captive. On y entend la rumeur de l'âge qui s'achève. On y distinguera peut-être les lignes de force de l'âge qui s'annonce. Bernard-Henri Lévy est philosophe et romancier.
Dans ce livre, écrit à la première personne, Bernard-Henri Lévy a choisi, "au milieu du chemin de sa vie", de faire le point, de se pencher sur lui. Ca se passe à Tanger, en quelques heures. Là, celui qui dit "je" va attendre son vieux maître, un éminent prof de philo, qu'il n'a pas vu depuis trente ans, avec lequel il a un vague rendez-vous et qui, peut-être, ne viendra pas. En chemin, ce "je" va se souvenir, observer, délirer. Il va, dans un désordre apparent - quoique strictement composé en six mouvements - s'interroger sur l'incroyable quantité de hasards qui ont fait sa vie d'écrivain. Sur la non moins considérable quantité de malentendus qui ont tramé son destin, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. Au passage, on croise Romain Gary ou Guy Debord, le cinéma et la politique, l'échec et le succès, l'amour, les femmes, les idées. Ce livre - autobiographique et imaginé -, répond, au fond, à cette question : comment, en ces temps de brouillage généralisé, apparaître tel que l'on est.
Dans ce livre, il y a donc la Bosnie, avec ses coulisses où s'agitent diplomates officiels et officieux, avec ses combats perdus puis gagnés. Il y a aussi ce qui se passe à Paris, lors d'un entretien avec le Président Mitterrand, d'un déjeuner avec Alain Juppé ou bien encore aux Nations unies, à Londres avec John Major, au Vatican, ou bien parfois, entre des intellectuels se livrant une guerre qui, pour être moins sanglante, n'en est pas toujours moins cruelle. Avec la guerre de Bosnie a-t-on assisté, en Occident, à la fin de la grande aventure qui avait commencé avec le Zola de l'affaire Dreyfus et qui agonise, aujourd'hui, entre un journal télévisé et une pétition inutile ? S'agit-il, au contraire, d'un engagement de type nouveau ? Quelles furent les vraies raisons du lancement, puis de l'avortement d'une "liste Sarajevo" aux élections européennes de 1994 ? Pourquoi l'Occident a-t-il attendu si longtemps avant d'intervenir ? De quelle crise intellectuelle et morale cette longue hésitation témoigne-t-elle ?
Que signifie, en vérité, la confusion de cette fin de siècle ? Pourquoi Kojève et Fukuyama se sont-ils trompés en annonçant la fin de l'Histoire ? Qu'en est-il de l'ancien communisme et de ses métamorphoses ? Pourquoi le pire, en politique, se confond-il si souvent avec une certaine idée de la vertu ? L'intégrisme est-il devenu, après le fascisme et le totalitarisme, le principe secret de l'époque ? Qu'en est-il du spectacle humanitaire et de sa philosophie implicite ? Qu'y a-t-il de commun entre l'Algérie, la Bosnie et le Rwanda ? Qu'est-ce que le populisme ? Et n'est-il, à son tour, qu'un intégrisme ? Comment penser l'Islam ? Comment combattre le fondamentalisme ? Que reste-t-il du lien social dans ce monde désenchanté ? L'esprit des Lumières aurait-il, déjà, perdu la partie ? Comment retrouver la passion du débat ? Le sens de la révolte ? Et que serait une démocratie sans querelle ? Comment déjouer les barbaries promises par la volonté de pureté ? Pourquoi de Savonarole à Milosevic, et de Saint-Just aux mollahs iraniens, cette pureté est-elle toujours la matrice du meurtre ? Peut-on espérer, un jour, en finir avec la pureté dangereuse ? Telles sont quelques unes des questions posées dans cet essai, où Bernard-Henri Lévy retrouve - et prolonge - les thèmes de L'Idéologie française et du Testament de Dieu.