Camille Lemonnier
Camille Lemonnier
Noémie Larciel est maîtresse d'école à la ville. Affaiblie par une anémie, elle part se reposer dans un village des Ardennes. Elle tombe amoureuse d'un homme du village, mais elle va repousser sa demande en mariage, car elle estime ne pas pouvoir abandonner ses élèves qui ont besoin d'elle. L'eau suit sa pente, et la jeune institutrice aussi : « Comme va le ruisseau... comme vont les ondes de la vie, comme va l'élan des âmes. » Un texte à la narration simple, un livre qui ressemble à un beau pastel de Millet. L'auteur sait trouver le verbe juste, l'épithète vraie, le mot qui peint cette nature des Ardennes, qui décrit cette jeune femme franche et gracieuse. Une histoire dont l'authenticité est renforcée par quelques locutions du terroir paysan et de magnifiques descriptions de scènes de pêche à la ligne.
Chaque jour de décembre, découvrez avec ce calendrier de l'avent féerique un merveilleux conte de Noël ! Écrits par les plus grands conteurs (Charles Dickens, Hans Christian Andersen, Guy de Maupassant, Camille Lemonnier, Joséphine Marchand...), ces 24 histoires traditionnelles vous feront patienter jusqu'au jour J. Ce recueil se termine par l'un des plus beaux contes de Noël de Charles Dickens, l'histoire de Scrooge et des trois esprits. Sommaire : 1er Décembre : Nuit de Noël de Guy de Maupassant 2 décembre : Le Bonhomme de neige de Hans Christian Andersen 3 décembre : L'arbre de Noël de Charles Dickens 4 décembre : Les sabots du petit Wolff de François Coppée 5 décembre : Noël de Joséphine Marchand 6 décembre : Le Noël du Petit Joueur de Violon de Camille Lemonnier 7 décembre : Une semaine du Petit Elfe Ferme-L'oeil de Hans Christian Andersen 8 décembre Le Petit Noël de Quatre Sans-Culottes de G. Lenotre 9 décembre : Les Trois Messes Basses d'Alphonse Daudet 10 décembre : Le Sapin de Hans Christian Andersen 11 décembre : Noël au Pays de Joséphine Marchand 12 décembre : Conte de Noël de Guy de Maupassant 13 décembre : L'arbre De Noël De Monsieur D'auvrigny de G. Lenotre 14 décembre : Le Rêve d'Antoinette de Joséphine Marchand 15 décembre : Le Noël de Caroline de Louis Dantin 16 décembre : Le pudding de Noël de Charles Quinel 17 décembre : Hier et Demain de Joséphine Marchand 18 décembre : Rikiki - Tradition Orale 19 décembre : Les Pierres de Plouhinec de Charles Émile Souvestre 20 décembre : Le Jour de l'An de Joséphine Marchand 21 décembre : Casse-Noisette d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann 22 Décembre : La Petite Fille et Les Allumettes de Hans Christian Andersen 23 Décembre : La Nuit avant Noël de Clément Clarke Moore 24 Décembre - Contes de Noël de Charles Dickens
La splendeur lyrique des tableaux de l'usine en travail ne parvient pas à étouffer la puissante émotion humaine dont ces pages de douleur sont lourdes. La vie d'un laminoir n'est que le cadre d'une action où évolue, de la tendresse jeune aux plus sombres péripéties du malheur et du vice, un couple ouvrier. (Léon Bazalgette.)
Chaque nuit, un drame plein de mystère se joue dans la grande boîte où il y a un cerf, des chiens, un vieil ermite à barbe blanche, des valets et un petit chasseur noir.Quand approche minuit, les arbres viennent d'eux-mêmes se ranger dans le bois, la hutte de l'ermite se met debout, et l'on entend le son du cor, très doucement. C'est le signal.Aussitôt la jolie maison en planchettes de caisse à cigares, qui a six petites fenêtres toujours closes à l'étage, sous un toit projeté en auvent, se remplit d'une rumeur singulière qui grandit, finit par dominer tous les autres bruits de la boîte.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
- Va pour cinquante francs, dit l'aubergiste en marchant du côté de l'écurie.Depuis deux jours, les chevaux n'avaient pas reposé trois heures en tout, et de ses cinq bidets il ne restait au licol qu'un petit roussin à courtes jambes et un vieux grison ardennais, poilu comme une vache.On tira de l'écurie le roussin et le grison et on les mit à une pesante carcasse, montée sur quatre roues qui faisaient en roulant un bruit de vaisselles entrechoquées.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Jan Slim a beau être muet comme un poisson : on sait bien pourquoi Kobe Snipzel, le riche « pachter », passe deux fois la semaine sur la route qui va de Louvain à Bruxelles, lui qui, auparavant, n'y passait qu'une fois tous les dix jours.Tout le monde peut passer sur la route, il est vrai, car les routes sont libres en Brabant ; mais tout le monde n'entre pas chez « boer » Slim.Et pourtant, quand le cheval de Snipzel demeure une heure entière accroché par la bride à l'anneau de fer qui est scellé à la porte de Jan Slim, personne ne peut douter que son maître ne soit dans la maison.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Il y a une idée généralement adoptée dans le monde des jouets : c'est que les jouets ne sont pas faits pour les hommes, mais les hommes pour les jouets.Il est certain que pour rien au monde la petite dame que voici, avec sa belle robe prune, son chapeau à plumes et son manchon bordé d'hermine, ne consentira à appartenir à la petite fille qui chaque matin lui fait sa toilette ; bien au contraire, elle est convaincue que la petite fille est d'une nature inférieure à la sienne et elle se croit mise au monde pour être dorlotée, caressée, choyée, traitée en un mot comme une fille de duchesse qui n'a rien à voir avec les trivialités de la vie.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Je ne savais pas exactement quel âge j'avais : personne ne m'avait appris à compter les années ; et elle-même ne parvenait pas à dépasser le chiffre dix quand on lui demandait le sien.Je lui dis donc : « Quel âge as-tu ? » C'était la première fois. Elle me répondit comme à tout le monde : - J'ai dix ans.La terre, pour elle, avait dix ans comme sa propre vie et la vie de toutes les choses autour d'elle. Une mère n'avait pas marqué sur le mur par de petites lignes le degré de sa croissance en comptant : Un, trois, cinq, sept, et ainsi de suite jusqu'à l'âge qu'elle avait maintenant.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
UNE après-midi venteuse d'avril, dans le bourgeonnement pâle des haies, on vit descendre du bois quatre hommes qui en portaient un autre, tous noirs parmi ce paysage de pluie et de nuées, sans qu'on pût les reconnaître ; et ils allaient très lentement, grandissant à mesure. Comme ils approchaient des maisons, une femme qui balayait le pissat de sa vache au puisard, s'écria : - Tiens ! Lossignol !, c'est-il qu'il est foutu ? Mais l'un d'eux remua la tête : - Cor pas ! Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Et l'homme parti, elle traînait son ventre dans la maison encore vide d'enfant. C'était la première fois qu'elle sentait remuer en elle la semence d'amour. Ils s'étaient mariés au dernier Saint-André, lui, grand, fort, râblé, le front doux, le geste bourru, le coeur vaillant, toujours à la peine ; elle, petite femme mamelue et saine, largement plantée sur ses pieds. La noce avait duré deux jours, l'un qu'on avait passé chez les parents de Tys, l'autre chez les parents de Ka.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
- Nous voici au plus beau jour de l'année, Nelle, dit joyeusement un homme d'une soixantaine d'années, grand et solide, à une bonne femme fraîche et proprette qui descendait l'échelle du bateau, des copeaux dans les mains. - Oui, Tobias, répondit la femme, c'est un beau jour pour les bateliers. - Vous souvenez-vous, Nelle, du premier Saint-Nicolas que nous avons fêté ensemble après notre mariage ? - Oui, Tobias, il y aura bientôt quarante ans.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Une histoire d'amour sans le glamour... Un matin de printemps, le braconnier Cachaprès aperçoit une jeune fermière ouvrant ses volets. C'est le coup de foudre. Après une période tâtonnante de séduction et de doutes, la saison de l'amour bat son plein au coeur de l'été paysan. Leur histoire sera brute, vraie et interdite. Avec un réalisme fascinant, Camille Lemonnier (1844-1913) nous emmène au fil des rendez-vous des amants dans les champs, forêts et chaumières de Wallonie. La violence et la complexité des sentiments - comme des rapports sociaux populaires - surgissent quand on ne les attend pas, au détour d'un chemin ou d'une kermesse d'un autre temps. "Les arbres balançaient leurs branches d'un rythme lent qui gagnait de proche en proche. Les oiseaux chantèrent au fond des feuillées. Et, comme une psalmodie, un murmure immense traîna le long des taillis, dans l'allégresse du matin. P'tite regardait, ne comprenant pas. Elle vit s'immobiliser sa face, et ses yeux grands ouverts s'anéantir dans une contemplation sans fin ; puis la bouche, crispée par les râles, reprit sa forme habituelle, et lentement une sérénité, une grande joie muette descendit sur le front."
Quand il publie, en 1889, les nouvelles de Ceux de la glèbe, Camille Lemonnier n'est plus, depuis quelques années déjà, un inconnu. Philippe Gille signale, dans Le Figaro du 6 février, un livre qu'il a peut-être feuilleté distraitement - il n'y compte que six nouvelles, alors qu'il y en a sept -, comptant probablement sur la notoriété de l'auteur pour s'épargner une lecture plus fouillée. Ces nouvelles sont, se contente-t-il de dire, «écrites avec la haute couleur, la franchise, j'allais dire la brutalité des oeuvres de ce romancier de grand talent.» Fermez le ban. Le Livre y consacre, le 10 mars, un article plus consistant où on lit notamment ceci: «Il y a une singulière poésie dans la Genèse, la nouvelle qui ouvre le nouveau volume de Camille Lemonnier; on y sent comme un reflet de la Bible, une Bible moderne, au langage plus rapproché de nous; la figure de la vieille Ka, enfantant sans cesse pour peupler la terre, a une allure grandiose qui impressionne et saisit.»
Cachaprès, le braconnier, court tel une bête sauvage à travers les bois depuis l'enfance jusqu'au jour où il aperçoit Germaine, la belle fermière. Pour la première fois, Cachaprès éprouve de l'amour, un amour fruste, sauvage mais sincère et Germaine se laisse toucher par l'emportement passionné de ce mâle terrible. Elle cède. Puis la lassitude arrive ; elle cherche à rompre ; mais le braconnier veille sur son amour avec une fureur jalouse, jusqu'à mourir. C'est l'éternelle histoire, l'éternel drame de l'amour.
Avec pour toile de fond la lumière rouge et démoniaque du laminoir, Lemonnier raconte parallèlement la dépravation progressive de Clarinette Huriaux et l'irrépressible montée de la violence sociale. Dans cet univers scellé par le mythe éternel du Feu, la femme découvre " la joie cruelle de sa perversité toute-puissante ", tandis que lentement gronde la révolte ouvrière à laquelle la grève apportera une éclosion brutale. Né et mort à Bruxelles, Camille Lemonnier a aussi vécu à Paris. Il consacra sa vie à la littérature et à l'art (L'École belge de peinture) et publia plus de cinquante volumes d'une grande variété. "Maréchal des Lettres belges", il se vit toutefois intenter, à Bruxelles et à Paris, trois procès en tant que "pornographe". Après la publication d'Un mâle, il devint le chef de fil du naturalisme en Belgique. Camille Lemonnier (1944-1913) est un écrivain bruxellois qui est considéré par beaucoup comme le chef de file d'un « naturalisme à la belge ». Avec la publication d'ouvrages comme Un mâle (1981), relation sulfureuse entre une fermière et un braconnier, il se rapproche de la veine réaliste par le choix de sujet touchant au monde rural et un traitement sans concession de la réalité. Des ouvrages plus politiques viendront compléter son oeuvre comme Happe-Chair (1886) ou La Fin des bourgeois (1892).
Stéphane, étudiant en droit à Louvain, cherche à échapper à l'ennui de la vie de province. Il rencontre Thérèse Monique, une belle jeune femme condamnée à rester célibataire par sa fréquentation d'un jeune Allemand qui l'a délaissée. Elle incarne ses rêves d'un amour pur et chaste, qui contraste bientôt avec les voluptés que lui offre la comédienne Nini. Pris entre ces deux figures féminines opposées, le narrateur raconte son initiation à l'amour, entre ville et nature, plaisir des sens et découverte de l'intériorité. Lemonnier révèle ici toute l'entendue de sa palette d'écrivain ; il décrit avec brio une kermesse à Louvain, les paysages de l'Ardenne autant que l'atmosphère d'une ville morte.
Camille Lemonnier (1844-1913) "- Nous voici au plus beau jour de l'année, Nelle, dit joyeusement un homme d'une soixantaine d'années, grand et solide, à une bonne femme fraîche et proprette qui descendait l'échelle du bateau, des copeaux dans les mains. - Oui, Tobias, répondit la femme, c'est un beau jour pour les bateliers. - Vous souvenez-vous, Nelle, du premier Saint-Nicolas que nous avons fêté ensemble après notre mariage ? - Oui, Tobias, il y aura bientôt quarante ans. - Le patron Hendrik Shippe descendit dans le bateau et me dit : « Tobias, mon garçon, puisque vous avez amené une femme dans votre bateau, il faudra fêter convenablement notre révéré saint. » Et il me mit dans la main une pièce de cinq francs. Alors je dis au patron : « Mynheer Shippe, je suis plus content de vos cinq francs que si j'avais une couronne sur la tête. » Puis je sortis sans rien dire à ma chère Nelle, je passai la planche et j'allai dans le village acheter de la crème, des oeufs, de la farine, des pommes et du café. Qui fut bien contente quand je rentrai avec toutes ces bonnes choses et que je les mis sur la table, l'une à côté de l'autre, tandis que le feu brûlait gaîment dans le poêle ? Qui fut contente ? Dites-le un peu vous-même, Nelle." Recueil de 9 contes : "La Saint-Nicolas du batelier" - "Fleur-de-Blé" - "Les bons amis" - "Sainte Catherine au moulin" - "Un mariage en Brabant" - "La Noël du petit joueur de violon" - "La Sainte Catherine" - "Les dettes du major" - "Le thé de ma tante Michel".
Camille Lemonnier (1844-1913) "... l'obsession morne d'une contrée sans espoir, avec un déferlement de névés toujours plus loin. Et seulement, par dessus l'horreur du vide, un pic, comme une désolation plus haute, s'entourait d'un passage d'opaques et gélatineuses nuées sécrétées par l'ennui des cieux. Rien, en ses lectures ni en son mode de vie, ne justifiait cette persistance de l'atterrant paysage ; aucun souvenir non plus ne commémorait le legs d'un antérieur et polaire voyage. Le président Lépervié, foncièrement cagnard, d'ailleurs répugnait au tracas des périples. Sans récurrences, la nostalgique amertume de cette vision semblait d'autant plus extraordinaire. En même temps, une mort partielle de proche en proche le rigidifiait ; des glaçons charriaient en ses membres la paralysie ; et toutefois, il subissait la contradiction de vivre à travers le remords de son être aboli. Il s'imposa successivement les reins, l'épigastre, la nuque, sans qu'un indice certain s'en inférât. - Non, s'avoua-t-il presque consterné, la souffrance ne vient pas de là. Et pourtant je suis malade. Depuis deux jours, tout m'affecte. Deviendrais-je hypocondre ? Il se contraignit à un travail pénible, avança le bras pour s'emparer, par-dessus un amas de livres encombrant le bureau-ministre, d'une boîte d'allumettes suédoises. Mais, au moment d'allumer le carcel, il éprouva une telle lassitude de cette besogne inutile qu'il rejeta la boîte et se rentassa dans son fauteuil. - « Et pourtant il vaudrait mieux faire de la lumière, je ne verrais plus cet odieux pays de neige qui toujours s'interpose entre les réalités et moi. » À présent des titillations violentes lui gratillaient la paume des mains et les plantaires." M. Lépervié est un magistrat, marié et père de deux adolescents. Sa vie est tranquille, classique... Mais, subitement, il se prend de passion pour Rakma, une jeune femme dominante. Cette passion dévorante va le détruire, petit à petit, physiquement puis mentalement...
Les Méandres de la Psyché Humaine : Une Collection de 18 Ouvrages Classiques explore en profondeur l'âme humaine à travers une mosaïque riche et complexe de styles littéraires. De la prose naturaliste de Zola aux explorations symbolistes de Gourmont, cette anthologie illustre brillamment la diversité de la littérature du XIXe et du début du XXe siècle. On y trouve des récits introspectifs et analytiques qui sondent les motivations et les contradictions de l'esprit humain, avec des oeuvres qui défient et invitent à la réflexion. Des contes d'introspection morales aux critiques sociales percutantes, chaque oeuvre développe une facette unique de la condition humaine. Les contributeurs de cette collection forment un éventail varié et influent d'auteurs européens dont les oeuvres capturent des époques charnières de changement culturel et littéraire. De Tolstoï, dont les romans témoignent des tensions sociales de son temps, à Wilde, dont l'esthétique provocante questionne la moralité et le désir, l'anthologie unifie ces voix pour commenter la complexité de la psyché humaine. Le mouvement réaliste de Bourget et l'esthétique languissante de Radiguet contribuent à peindre un panorama de grande richesse intellectuelle et stylistique qui éclaire chaque thème du livre. Recommandée aux amateurs de littérature classique et à ceux qui s'intéressent aux nuances psychologiques de l'humanité, cette collection offre une opportunité exceptionnelle de découvrir la profondeur et la diversité de perspectives en un seul volume. Chaque contribution invite le lecteur à s'engager dans un dialogue introspectif, alimenté par la riche tapisserie d'expériences humaines et de réflexions authentiques. En révélant les complexités de la psyché humaine à travers de multiples voix, cet ouvrage sert de miroir aux préoccupations universelles, stimulant et enrichissant pour toute lecture réfléchie.
Camille Lemonnier (1844-1913) "Il vint sur le môle une étrange et sarcastique figure, un de ces visages équivoques aux yeux hardis, au rire muet, qui vous frôlent du coude et ensuite vous proposent mystérieusement de vous mener vers les tavernes. Celui-là, on ne le connaissait pas, personne ne l'avait vu descendre d'un bateau et cependant il avait dû arriver à l'heure où les dernières barques enfilent la passe entre le feu rouge et le feu vert. Il vint donc en sifflant sur le môle parmi les marins qui regardaient au loin la mer, et il examinait les terrasses de la digue au loin. Il avait la courte vareuse bleue et le feutre bossué des matelots après une traversée. Il appuyait son énorme main large ouverte sur un objet qu'il cachait dans sa poitrine et qui, par moments, paraissait remuer. Un des hommes qui, de leurs prunelles grises et vagues, ne cessaient pas de regarder au large, s'approcha et lui demanda quelle sorte de bête il portait ainsi. L'étranger lui souffla silencieusement au visage un vent qui sentait l'ail et le saucisson d'ours, et puis il haussa les épaules, et il attendait que le premier flot de monde se décidât à descendre sur le môle. Recueil de 20 histoires.
Camille Lemonnier (1844-1913) "Le Vieux, depuis la veille, ne décolérait pas ; toute la nuit, on l'avait entendu, de son large pas qui faisait des lieues, aller et venir là-haut, comme quand il chassait en plaine. Vers le matin seulement, le bruit de cette marche incessante dans le noir, par cette nuit de gros temps, s'était interrompue : la famille avait pu dormir. Il était bien de la lignée des anciens barons, celui-là : le sang violent des Quevauquant, à quatre-vingt-six ans passés, lui bouillait encore dans les veines. Maigre, les os en herse sous une peau coriace, des mâchoires de carnassier, Gaspar de Quevauquant, très grand, sa tête à crins gris plantée droit entre les épaules, était pareil à un pan de roc ancré au creux profond de la terre. Une race guerroyeuse et terrienne, dans cette force qui s'égalait aux puissances de la nature, se refusait à s'éteindre. Sous les ans, il gardait la structure et l'air d'un des rudes campeadors, ses ancêtres, rois dans leur domaine. Près de lui, Jean-Norbert, son fils, essoufflé et court, les gencives mauvaises, avait l'humble mine et l'âme sournoise d'un paysan. C'était lui qui cultivait le champ, labourait, ensemençait, faisait la cueillette du verger et engraissait les porcs, une odeur de terre et de purot dans les habits. Le baron l'avait eu sur le tard d'une concubine, ménagère et gouvernante au château, épousée par la suite en une heure tragique où la mort l'avait flairé de près. Micheline Boeuf, de nature frêle et toussoteuse, avait transmis à l'enfant son hérédité de petites gens de la campagne. Longtemps malchanceux, ces Boeuf, soudainement enrichis par l'alliance, étaient enfin devenus des rentiers dans les villages." Le moment de l'hallali est arrivé... Le vieux baron Gaspar de Quevauquant est le gibier... Mais qui est le chasseur ?
Camille Lemonnier (1844-1913) "- Va pour cinquante francs, dit l'aubergiste en marchant du côté de l'écurie. Depuis deux jours, les chevaux n'avaient pas reposé trois heures en tout, et de ses cinq bidets il ne restait au licol qu'un petit roussin à courtes jambes et un vieux grison ardennais, poilu comme une vache. On tira de l'écurie le roussin et le grison et on les mit à une pesante carcasse, montée sur quatre roues qui faisaient en roulant un bruit de vaisselles entrechoquées. Puis le fouet pétarda : nous descendîmes, au trot des chevaux, les fers claquant, la grande rue de Neufchâteau qui débouche dans les champs. Nous allions à Bouillon. Au premier tournant de la route, près d'une grosse ferme où des soldats jouaient au bouchon, une sentinelle croisa le fusil et cria : - Qui vive ? C'étaient les postes belges. Ils étaient échelonnés de distance en distance, quatre hommes et un caporal, et se repliaient, à mesure qu'on les relevait, sur leurs campements, dans les villages et dans les champs. On répondait : - Belgique." 1870. Le narrateur voyage dans les Ardennes en guerre. Ce n'est que ruines et cadavres. Une vision de la stupidité des conflits armés dans lesquels ce sont toujours les mêmes innocents qui subissent : le peuple... Aujourd'hui, rien n'a changé... Suivi de "Le mort" : Un cadavre bien gênant...
Cet ebook bénéficie d'une mise en page esthétique optimisée pour la lecture numérique. Camille Lemonnier est un écrivain belge, figure marquant du naturalisme belge ce qui lui valut le surnom de Zola belge. Totalement fasciné par la psychologie et les comportements humains obscurs, il nous livre avec ces deux textes : Le Possédé et Mémoires de l'assassin un voyage dans les profondeurs de la folie où l'homme exprime toute sa bestialité. Pour son ouvrage Mémoires de l'assassin inspiré de l'histoire de Jack l'éventreur, l'auteur fera l'objet d'un procès pour atteinte aux bonnes moeurs, procès qui finira par un acquittement.
Première apparition dans la littérature d'un serial killer, par un auteur belge. Des confidences au ton délicieusement suranné et à l'écriture bourrée de talent... A découvrir sans délai... « En un transport, nos corps se nouèrent plus étroitement que si de tardives fiançailles enfin consommaient la souffrance d'un désir toujours insatisfait. Et quand, aux chaleurs et aux frissons de sa gorge, je conjecturai qu'un même spasme allait joindre éperdument nos haleines, - en cet instant précis, et avant qu'elle eût seulement soupçonné le geste qui éterniserait jusque dans les enfers et paradis sa volupté, - je pressai sur le rasoir et d'une fois lui tranchai les carotides ! Sur ses lèvres tôt violettes, décloses aux immortelles délices, - tandis que, jaillissant en torrentielles gerbes vermeilles, le sang arrosait les aréoles de son sein et fluait entre nos ceintures confondues, - je cueillis ensuite, avec le froid soupir où s'évagua son être, le souffle encore ardent de la minute qui de ses passives entrailles, peut-être pour la première fois, avait fait crier l'amour. » Cette novella est une bonne occasion de se glisser le temps de la lecture dans la peau d'un serial killer ; elle permet aussi d'entrer dans l'oeuvre de Camille Lemonnier, qu'il n'est pas futile de comparer avec beaucoup d'ouvrages actuels, pâles copies délayées de ce qu'il a été le premier à proposer. (Extrait de la préface de Jan Thirion)
Si vous voulez bien, cher lecteur qui m'êtes inconnu, je m'en vais vous prendre le bras, et nous allons faire un tour de causerie au salon de cette année. Mon Dieu ! ne prenez pas la peine de mettre vos gants, et si vous avez la cravache à la main, gardez-la. Il ne faut point tant de géne aujourd'hui et les dieux sont bons enfants. N'allez pas surtout vous compromettre à parler d'art et montrer par là que vous avez une idée de ce qu'il pourrait être.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Au coeur frais de la forêt est une transposition moderne du chef-d'oeuvre de Longus. Daphnis et Chloé ne sont plus de jeunes Grecs, épelant la chanson d'amour parmi les orangers et les lauriers-roses. Ce sont des vagabonds, des mendiants de grand chemin. [...] Camille Lemonnier [...], au lieu d'isoler l'homme des conditions de sa vie physique, l'y plonge, l'y considère, le noie dans son milieu. Et nul n'a donné jusqu'ici, avec autant d'intensité, cette sensation, que l'être humain n'est qu'une forme fugitive de la nature, se confond, dans une certaine mesure, avec elle, et lui est attachée par des liens étroits et mystérieux. [...] M. Camille Lemonnier est un puissant artiste. (Adolphe Brisson, Les Annales politiques et littéraires , 25 février 1900.)
«C'est un drame rustique, farouche, émouvant, complexe, dont les personnages luttent et crient, et tuent pour l'honneur, pour l'argent, pour la terre surtout qui semble s'animer et devenir une vivante héroïne; tout cela est d'une intensité, d'une vigueur extraordinaires. À travers tout le livre il passe comme un large souffle, une senteur âpre et forte de nature et de vérité, et je ne crois pas que M. Camille Lemonnier ait rien écrit de plus poignant et de plus fort...» (Ph.-Emmanuel Glaser, "Le Figaro", dimanche 9 décembre 1906.)
1893, Londres. Un tueur se confesse : ses mémoires, inspirés de Jack l'Éventreur, révèlent l'abîme d'une âme en proie à la folie meurtrière. Le Possédé complète ce diptyque glaçant par la chute d'un bourgeois obsédé.