Camille Peugny
Camille Peugny
Et si l’égoïsme n’était plus un choix, mais une contrainte imposée par notre société ? Le triomphe des égoïsmes de Camille Peugny déconstruit avec brio les mécanismes d’une compétition généralisée.
De nombreuses réformes sont menées au nom de l’avenir des « jeunes », qu’il s’agisse de réformer les retraites ou de réduire la dette. Pour autant, la France n’a aucune politique en direction de la jeunesse. Les dispositifs qu’on empile s’adressent à telle ou telle catégorie, sans jamais être arrimés à une réflexion d’ensemble. Une vraie politique de la jeunesse doit répondre à deux objectifs. D’abord, dans une société vieillissante, combler le fossé entre les jeunes, confrontés à une précarité grandissante, et les plus âgés, mieux protégés. Surtout, réduire les inégalités qui fracturent la jeunesse et, plus que jamais, menacent la cohésion sociale. Camille Peugny est professeur de sociologie à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Paris-Saclay). Il a notamment publié Le Déclassement (Grasset, 2009) et Le Destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale (Seuil, 2013).
Dans la France des années 2000, connaître une moins bonne réussite sociale que ses parents n'est plus exceptionnel : c'est une réalité statistique indiscutable et une réalité sociale méconnue. Les générations nées au tournant des années 1960, confrontées aux effets prolongés de la crise économique, font face à une dégradation de leurs perspectives de mobilité sociale. Dans le même temps, leur niveau d'éducation continue d'augmenter. De ce décalage entre la formation et la mobilité sociale naît un intense sentiment de frustration qui a des conséquences sur l'expérience vécue par les « déclassés », qui oscillent alors entre deux tentations : la rébellion et le retrait. Et qui n'est probablement pas étranger au succès de l'extrême droite, ou du moins de ses idées. Descendre les échelons de la hiérarchie sociale affecte clairement la manière dont on se représente le fonctionnement de la société et le comportement politique.