Catherine Paysan
Catherine Paysan
Terrienne et poétesse, Catherine Paysan chante dans La pacifique la nature, la terre et les hommes avec une langue à la fois simple et puissante.
Invités par leur aïeul Sébastien Jéricho, qu'ils chérissent d'une égale tendresse, à venir passer trois semaines dans la Sarthe, deux époux désunis, Jacques et Marie, vont être contraints de simuler l'amour conjugal... Mariés très jeunes, ils se sont aimés. Or ce bonheur n'a pas résisté au contact de Paris où ils ont dû s'installer. Trop saine, Marie s'est mal adaptée à cette vie-là. Et Jacques lui a bientôt préféré une jeune femme tout à fait « dans le vent ». Mais en redécouvrant la nature, les époux vont se redécouvrir eux-mêmes...
Lui, le Juif hongrois né en 1922 dans les quartiers pauvres de Budapest a connu à 20 ans les horreurs du nazisme. Miraculé de la Shoah il décide en 1946 de s'expatrier et de rejoindre Paris. Elle, la Française de vieille souche née en 1926 dans le village d'Aulaines est restée attachée à sa terre sarthoise. Devenue écrivain elle dit d'elle-même qu'elle a toujours été un arbre enraciné au carrefour des quatre vents de l'esprit, ayant pour vocation de prêter l'oreille au discours des oiseaux venus s'abriter dans ses feuillages. Ils se sont rencontrés à Paris et pendant plus de trente ans ne se sont plus quittés. A 90 ans Catherine Paysan avec l'énergie de plume, la force d'évocation, la luxuriance d'écriture qui la caractérise, évoque ce que fut cette union hors normes qui a su triompher des affrontements identitaires, des différences culturelles et des grands traumatismes de l'histoire du XXe siècle, qu'elle sait faire revivre avec une acuité inégalée.
Etonnante légende d'un des siècles les plus méconnus de notre histoire, à la fois conquête de l'Ouest par les hordes franques et naissance d'un peuple tout juste christianisé, vibrant de croyances druidiques, La Route vers la fiancée retrace aussi l'épopée des plus obscurs et des plus démunis d'entre eux. Barbares comme Heinrich la Jambe Morte, venu d'outre-Rhin avec le guerrier franc Raschomer, moines celtes et paysans comme Gundri le vassal jardinier qui prend la route pour rejoindre sa promise, c'est leur vie au quotidien qui nous est contée avec une précision et une richesse, un souffle lyrique et un style tantôt rude, coloré ou chatoyant, qui rendent la texture même, la vie et la beauté d'une civilisation accouchant dans le tumulte et la fureur.
René, qui est auvergnat, aime Madame qui a vingt ans de plus que lui, l'a pris sous son aile et ne s'est jamais remise de sa passion pour un G.I. rencontré en 1944, lors de la libération l'Alençon... L'épouse d'un directeur de prison souffre secrètement de ne jamais avoir eu ce qu'elle appelle " les doigts verts "... En compagnie d'un molosse imaginaire, un homme prend le T.G.V gare de Lyon pour Neuchâtel en Suisse, dans l'espoir d'en finir avec la solitude... Ailleurs, un paysan sarthois, qui n'a jamais oublié son séjour en Allemagne quand il était au S.T.O., rêve que les haies de son pays chantent... Les désarmés : quatre nouvelles, autant de destins douloureux. Ceux des gens ordinaires, publiés de l'Histoire, et passés à côté du bonheur. A son talent de conteur, déployant avec brio la fresque romanesque (La route vers la fiancée, Le passage du S.S.), Catherine Paysan joint ici une verve satirique, une vigueur d'écriture et un humour corrosif à la mesure du désarroi, de la fragilité et de la solitude de ses personnages.
FIn juillet 44, dans un village des confins de Normandie, dans l'attente d'une libération imminente, une jeune fille ourle des torchons avec sa mère, institutrice de campagne. Assis en face d'elle dans la cuisine de l'école où il a décidé de tenir ses quartiers, lui imposant chaque fin d'après-midi sa visite après l'avoir une fois embrassée de force, il y a un lieutenant S.S. Conversation au bord du gouffre qu'elle sait ne pas devoir refuser par crainte de représailles. Lui, essayant de cacher ce qu'il est : un exécuteur des basses oeuvres hitlériennes ; elle, lui dissimulant sa véritable nature, avec la crainte qu'elle a de lui et son désarroi profond en face des ambiguïtés d'une société française prise en porte à faux depuis quatre ans entre la collaboration et la résistance.
Comme l'or d'un anneau puise aux sources de l'histoire familiale, celle des parents de l'auteur, de leur jeunesse avant qu'ils ne se rencontrent et se marient. Si La colline d'en face évoquait une enfance heureuse auprès d'Auguste, le gendarme et de Marthe l'institutrice, Comme l'or d'un anneau retrace le difficile parcours au début du XXe siècle des deux jeunes gens issus d'un monde rural souvent touché par la misère et qui subiront les blessures de la guerre de 14-18. C'est aussi l'émouvante épopée des humbles qui n'ont souvent pour archives que la mémoire orale, à qui Catherine Paysan rend hommage, dignité et légende avec passion et truculence.
Avoir 20 ans et aimer un prisonnier allemand. Avoir 20 ans et enseigner en 1946 dans une Allemagne occupée par les Alliés. Avoir 20 ans et penser à son avenir dans un pays en ruine, couvert d'opprobre. C'est ce que vit Annie qui n'avait jamais quitté son village sarthois et qui sur un coup de foudre se rend à Spire, dans le Palatinat sous occupation française. Un premier amour au bord du Rhin quand la population peine à manger et que l'armée française se conduit en armée d'occupation est une épreuve que seule une jeune fille intrépide et amoureuse peut se risquer à vivre. Catherine Paysan évoque cette passion de l'après-guerre dans un pays en difficile reconstruction, avec ce talent si singulier à rendre le poids de l'Histoire et la complexité des sentiments. L'Amour là-bas en Allemagne a reçu le prix littéraire de la Gendarmerie nationale 2007.